AYANT-PROPOS. XVII
La Loi est donc pour l'intelligence le Fait absolu hors lequel Texistence universelle est impossible à concevoir, et qui, réciproquement, une fois reconntt , entraîne avec lui nécessairement ridée de l'existence universelle.
La Loi est donc pour la raison le Principe universel; or, la notion de Principe étant identique avec la notion de Dieu, il faut conclure que la Loi est Dieu manifesté et rendu visible aux yeux de l'esprit. La véritable , la seule théologie de la raison est donc dans la Science, qui a pour unique objet la découverte de la Loi. Dans l'homme et hors de lui, quand le savant rencontre une Loi , il constate en réalité la présence de Dieu: il est révélateur. Ainsi la théologie , d'immobile qu'on voudrait la faire et de surnaturelle, devient par essence progressive, et se fonde sur l'observation la plus stricte des phénomènes, par le secours desquels l'esprit monte jusqu'à la conception de la Loi, et qui deviennent ainsi la vivante apparition de la Divinité dans le monde de la sensation. Un jour, nous ne le croyons pas éloigné , la Science , sous toutes ses formes, sera reconnue sainte dans ses efforts et dans ses découvertes aux yeux de l'humanité.
XYIII AVANT-PROPOS..
Si Dieu est la Loi, et que la Théologie et le Dogme résident dans la notion de la Loi , la Morale, qui signifie la vie selon la Vérité et l'Éternel, consiste à rechercher en toutes choses la Loi , afin de la pratiquer. L'homme est moral pour autant, ni plus ni moins, que sa vie. est une démonstration de la Loi dans l'humanité.
Dès lors que toute créature individuelle ne trouve le principe de son existence particulière que dans l'existence universelle, une vie morale, c'est-à-dire normale, ne saurait être que celle où la volonté et l'acte qui en est l'expression extérieure se trouvent d'accord avec les lois qui rattachent l'individu à l'Ordre universel : car ces lois ou ces rapports sont les liens qui le mettent en communauté avec l'Absolu et constituent ainsi sa religion naturelle. Le devoir, en même temps que l'intérêt le plus élevé de l'homme, consiste à rechercher ces liens, afin de ne point troubler tout à la fois, par une insurrection aveugle, sa propre existence avec celle de la collectivité.
En conséquence de cette doctrine, j'ai dû affirmer que le degré suprême de liberté, de force et de vie , est dans l'adhésion la plus entière à la Loi, reconnue salutaire par l'intelligence, et accueillie avec amour par le cœur
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AVAOT-PROPOS. XIX
comme sa libératrice. L'homme libre n'est que celui qui pratique librement la loi. Cette assertion m'a valu d'être appelé fataliste, car on n'a pas redouté de dire que pour ne point voir la liberté au bas, mais seulement au sommet de l'humanité et de l'intelligence , je niais la liberté elle-même.
J'ai dit encore que la Loi , apparition en nous de l'infini et de l'harmonie universelle, transgressée dans ses décrets, amène infailliblement, soit plus tôt soit plus tard, à raison du trouble occasionné, une souffrance qui se mesure toujours à la grandeur de l'infraction. Ce qui est vrai dans l'ordre physique l'est également, sous les modifications qui résultent d'un milieu différent, dans l'ordre moral. L'harmonie constitue la santé d'un côté comme de l'autre, et si elle donne au corps le bien-être et la force, elle communique à l'âme, dans le sentiment de son accord avec l'immuable, la sérénité, la puissance , et de toutes les voluptés la plus grande qu'il ait été donné à l'homme de goûter au fond d3 lui-même : la conscience de son élévation dans la communion avec l'Infini.
Cette théorie, qui est celle de la nature et de l'expérience, devait cependant, aux yeux de cer-