AVANT-PROPOS. XV
venus se placer sous ma plume. Qu'on en juge ici par le simple raisonnement qui a di^ m'y conduire.
Si l'on dégage la notion de Dieu des alliages inévitables empruntés aux milieux divers où elle a surgi et s'est successivement développée , cette notion se réduit à cette formule, qui la présente pour ainsi parler dans sa nudité philosophique : Dieu est le Principe universel.
Mais que renferme l'idée de principe en général , et qu'est-ce que la raison entend affirmer lorsqu'elle parle du principe d'une chose? Elle entend évidemment que le principe de cette chose est le fait hors de l'existence duquel l'existence de la chose elle-même lui resterait absolument inconcevable.
Le Principe universel, ou, si l'on préfère, le Principe de l'univers, est donc, pour l'intelligence, le Fait hors de l'existence duquel il devient radicalement impossible pour la pensée de concevoir l'univers comme existant.
La question dès lors doit se poser en ces termes :
Est-il pour la raison, oui ou non, un Fait reconnu comme étant logiquement indispensable à l'existence de la Création? S'il n'en est point.
XVI fVANT-PROPOS.
la raison est forcément athée et le sera toujours^ mais si ce Fait existe et s'impose à l'esprit au mépris de tout ce qu'il pourrait tenter pour en écarter l'évidence, la raison ne peut être athée , et elle s'abuse nécessairement lorsqu'elle s'imagine arriver à la négation de l'idée de divinité, qu'elle ne fait en réalité que déplacer.
Or, cette idée de Nécessité ou de Principe universel existe; il est enfin une notion impliquée inévitablement dans celle de Création, et cette notion est celle de la Loi.
En effet :
Que l'esprit s'efforce de concevoir l'univers sans la Loi , c'est-à-dire sans des rapports nécessaires entre les existences individuelles: il n'y parviendra pas. L'idée de Loi supprimée dans l'intelligence, aussitôt surgit à sa place et fatalement celle de chaos, qui est l'idée négative de Création, la Création étant solidarité et harmonie. D'autre part, l'idée de Loi introduite dans la représentation des phénomènes engendre immédiatement, par voie de conséquence inévitable, et sans intervention d'aucune autre, l'idée corrélative de l'univers, qui est, en dernière analyse, celle de l'unité dans la multiplicité.
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