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LA CONSCIENCE

La conscience est le sens moral de notre âme : elle distingue le juste de l'injuste.

Qu'est-ce donc que la justice ? Tout être vivant, du moment où il est né, a le droit de vivre. Voilà le fondement de la justice.

Mais en quoi consiste ce droit de vivre? Est-ce seulement à respirer, manger, boire , dormir, se multiplier et se mouvoir? Voilà bien le droit de la matière, et pour la brute, tout est là. Mais l'homme a d'autres besoins encore. Vivre, pour lui, c'est infiniment plus encore : c'est penser et aimer.

Celui qui étouffe mon intelligence et mon cœur est homicide. Il tue mon être moral.

11 y a deux sortes de meurtriers : ceux qui tuent par la matière et ceux qui tuent par l'esprit. Pourquoi donc les seconds seraient-ils moins coupables que les premiers ? Et pourquoi , si la société se croit en droit de dresser des échafauds à l'un , n'aurait-elle pas le droit aussi d'y faire monter l'autre ? Prenez garde : si le bourreau est

légitime ici , il faut l'appeler là également. Il y a pourtant cette différence entre ces deux classes de meurtriers , que Tune ne tue que des individus, tandis que l'autre immole des nations entières. C'est probablement en ce point que réside son excuse.

Mais jetons derrière nous la hache sanglante : qu'elle soit brisée entre les mains de la civilisation ! Le devoir de l'homme est d'arracher par tous ses efforts les semences du crime, bien plus que de couper les funestes épis qui se nourrissent de leur venin. Semez l'ignorance et la misère; vous récolterez la haine et l'injustice. Que de fois le juge devrait être assis à la place du coupable !

Il n'est qu'un seul droit pour l'homme , et cet unique droit est aussi son unique devoir : vivre en homme ; être homme. Tous les autres droits y sont renfermés. Mais qu'est-ce que d'être homme ? C'est aimer et savoir.

Plus un être est intelligent et aimant, plus il est homme. La vérité et l'amour sont la propriété du genre humain. Nul n'y a un droit exclusif; chacun y a un droit complet.

Celui qui m'empêche de penser, m'empêche d'arriver à la vérité , nui est mon bien. Celui qui

fait fermenter la haine et la vengeance dans mon cœur, m'empêche d'arriver à l'amour, qui est mon bien. A son tour, celui qui empêche mon corps de se développer en le privant des conditions indispensables au maintien de son existence normale, m'enlève mon bien. Empêcher le libre exercice des organes de mon être, c'est m'empêcher d'être moi-même; c'est commettre une injustice, une violation, un crime. J'ai le droit, au regard de tous , de faire mon devoir.

La destination d'une créature renferme son droit; mais la destination de toute créature con siste à être elle-même. Ce pourquoi elle a été créée, voilà pourquoi elle est; et voilà aussi ce qu'elle doit être. Mais là où est le devoir, est le droit.Être soi-même, pour l'homme, cen'est autre chose que satisfaire tous les besoins de sa nature, en conformité avec l'idéal du genre humain, qui est la perfection de puissance par celle du savoir, de la justice et de l'amour. Le code des droits est le livre des besoins. Il n'y a de tien et de mien que ce qu il nous faut à tous deux pour réaliser l'humanité. La communauté de notre obligation fait la communauté de notre droit.

Le besoin de l'animal, c'est d'être animal, et c'est aussi son droit. Le besoin de l'homme, c'est

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d être homme, et c'est aussi son droit. L'humanité est pour rhomme une propriété indivise, d'où nul ne peut exclure sa part.

A chaque organe particulier correspond un droit spécial : la division des organes d'un être indique la véritable classification de ses droits. Plus il y a d'organes, plus il y a de besoins; plus il y a de besoins, plus il y à de droits. Mais, comme tous les organes, bien que leurs rôles soient distincts, n'ont qu'une fin commune, la vie , je puis affirmer positivement ce que j'avançais au début : à savoir qu'il n'y a , en dernière analyse, qu'un seul droit, générateur de tous les autres : le droit de vivre. Et vivre, je le répète, c'est exister, c'est se développer dans toute la plénitude et l'harmonie de ses facultés. L'instinct de la justice, en dernière analyse, est donc: l'instinct de la vie; l'horreur de l'injustice, l'horreur de la mort.

Ainsi, le seul code qui contienne la justice est celui qui donne à l'homme la libre jouissance de sa nature, en le rendant propriétaire de luimême. Est-il besoin de dire encore que justice et liberté sont deux mots pour une seule chose ? Oui , car beaucoup l'ignorent ou désirent l'oublier.

Le meilleur législateur est celui qui connaît le mieux la nature de l'homme , car c'est dans les aspirations de cette nature qu'il doit lire nos droits et nos devoirs. D'après cela, le progrès dans les lois humaines consiste à se rapprocher de plus en plus du type idéal qui est en nous , et qui se dévoile avec plus d'évidence et d'éclat à mesure que la pensée jette ses clartés dans notre être intime pour y découvrir, par l'étude de ses facultés et de leurs relations nécessaires , la vérité de sa destination et de sa vie.

Plus un code s'éloigne de celui de sa nature, plus, tu peux en être certain, il contient d'injustice et d'erreur. Sa loi est à la fois un outrage et une trahison à l'humanité : une tyrannie, qui ne peut vivre que par les tyrans. Mais une heure arrive sûrement, où la mesure de ses injustices déborde et devient le flot houleux de la colère populaire. Prenez garde, législateurs, en dictant des lois contre la nature, de semer les révolutions. Quand leur tempête est déchaînée, elle mugit partout, renversant et le mal et le bien. N'oubliez pas les générations futures : leur sort est en vos mains.

On fait journellement une distinction entre ce qu'on appelle le droit naturel et le droit civil.

Voyons jusqu'à quel point cette distinction est fondée.

La justice civile a pour but de régler les rapports entre les membres d'une même nation ; la justice naturelle, nos rapports vis-à-vis de nous-mêmes : c'est la loi interne; celle du for intérieur. — On l'appelle la morale. Elle est notre charte privée. Malgré la différence de leur objet, ces deux justices doivent sortir de la conscience; elles ont une même source. Les distinguer dans leur principe, c'est condamner d'avance les législations humaines ou civiles.

La morale renferme la justice comme le plus contient le moins. Séparer dans sa source la justice de la morale , le for extérieur du for intérieur, le code écrit du code naturel , n'est-ce pas dire qu'au dehors de nous la justice devient l'injustice, et la morale l'immoralité? Non, ce qui n'est pas juste n'est pas moral, et ce qui n'est pas moral n'est pas juste. En vain l'on me dira que les termes du rapport sont changés et que le lien doit changer avec eux : n'est-ce pas dire que l'on ne doit pas à autrui ce que l'on se doit à soi-même , et que ce qui est injuste en soi peut être juste hors de soi ? Ce qui a droit au respect en vous , comme hors de vous dans autrui : c'est

rhumanité. Par elle, vous êtes en autrui, comme autrui est en vous. Dans celte nature générique qui vous contient tous deux est la base de la justice comme de la morale. Ne la cherchons pas ailleurs; nous ne trouverons que le sophisme. Le seul progrès des législations consiste à se rapprocher de plus en plus du droit naturel et à réunir le for extérieur avec le for intérieur. Ce que je me dois à moi-même, je le dois à autrui : voilà le seul article de mon code.

La conscience ne peut tenir en main qu'une seule balance.

La justice civile doit devenir la morale appliquée au dehors, dans les rapports de l'individu vis-à-vis de la communauté. Tant que je reste en moi, c'est-à-dire tant que mon action n'a que moi pour principe et pour fin, j'échappe à la loi sociale. La communauté, l'être collectif n'est pas compétent. A quel titre interviendrait-il, puisqu'il n'est point lésé dans les conditions indispensables à son existence? Je puis être mon propre assassin, et cela aux yeux de la société; je suis hors de sa portée. Mais sitôt que , sortant de mon isolement, j'agis en dehors de moi sur mon prochain, je me place sous le glaive social. Mon action n'est olus à moi elle est allée comme

une flèche percer le sein de la société dans la personne d'un de ses membres ; elle appartient à sa victime. C'est elle que j'ai attaquée^ c'est elle qui se défend.

Tout homme a pour ainsi dire deux faces, l'une interne, tournée vis-à-vis de lui-même, l'autre externe, tournée vis-à-vis de la société. Par la première il relève de lui seul; par la seconde, de la communauté.

L'être social appartient à la société ; l'être privé, individuel, appartient à sa conscience.

Ma^s si l'étendue de la juridiction et la compétence varient , le juge doit rester le même : c'est toujours la conscience qui doit siéger au tribunal.

A côté de ces deux tribunaux il s'en élève un troisième : celui de l'opinion publique. L'opinion publique, c'est la conscience de tous, la morale collective. Le juge n'est-il pas le même encore ici?

Cette justice de l'opinion publique ne peut frapper des actions secrètes, mais dès l'instant où celles-ci voient le jour, elles comparaissent devant cette cour suprême, n'importe leur nature. On peut dire avec raison que c'est là le véritable tribunal d'appel, car devant lui, à la longue, les sentences iniques sont révoquées.

soit qu'elles absolvent un coupable, soit qu'elles condamnent un innocent. Lorsque les tribunaux civils et l'opinion publique prononcent des arrêts différents , c'est l'indice certain que les lois sont en contradiction avec les mœurs, et que les révolutions sont proches. Et c'est encore là une preuve que la morale et la justice ne se doivent pas séparer dans leur principe.

Mon but, cher Adolphe, en parcourant d'un coup d'oeil ces trois degrés de juridictions humaines , était de te montrer qu'il ne peut, c'està-dire qu'il n'y aura quelque jour qu'une justice , comme il n'y aura qu'une conscience.

La justice, dans la totalité de ses aspects , est le respect de l'humanité en tous ses représentants, en soi-même et dans son semblable. Mais ce respect ne peut se développer que dans l'état social pour lequel l'homme est fait. J'en conclus que tout ce qui favorise cet état social est juste et moral ; que tout ce qui le contrarie est injuste , immoral et barbare.

J'ai dû tout à l'heure distinguer l'homme social de l'homme privé pour te faire voir la ligne de démarcation entre la justice civile et la justice intime, mais cette distinction est purement dans la forme, comme celle que l'on fait entre les deux

~*iltt.

justices. Au fond, l'homme social et l'homme naturel font un. La nature n'a pu se proposer de faire deux êtres d'un seul. Nous n'avons qu'un but, par conséquent une seule mission : vivre pour tous. L'individu appartient à l'espèce , comme la partie à l'ensemble. Dis-moi quelle force aurait un homme détaché du genre humain, un homme vivant pour lui seul, en lui seul? Sitôt, au contraire, qu'il est relié au tout, il n'est pas une de ses facultés qui ne devienne profitable à l'humanité. Seul , sa puissance s'évapore dans le vide : il est zéro. Dans la communauté, il devient un chiffre, une action.

L'organisation de notre être prouve incontestablement que nous sommes nés pour vivre en communauté. La vue des sociétés qui se sont formées sur tous les points du globe ne permet pas d'en douter. D'où vient donc que nous divisons notre être, en donnant une part à la société, en réservant une autre pour nous-mêmes?

L'on s'imagine souvent que c'est effacer les individualités que de les relier à l'ensemble; mais l'on oublie que, tout en restant nous-mêmes, nous pouvons vivre pour le genre humain tout entier. Développons les germes de notre nature individuelle; les fruits qui en résulteront tombe-

ront naturellement dans le sein de la société; nous les partagerons avec elle , et leur saveur en sera plus douce.

Tout ce que l'individu fait pour son bonheur, il le fait pour le bonheur de l'espèce ; tout ce qu'il fait pour son progrès , il le fait pour le progrès de tous. Les mêmes qualités qui élèvent l'homme, l'amour, la justice et le savoir, élèvent aussi l'humanité. Soyez donc égoïstes. L'égoïsme, tant calomnié, est le meilleur instrument de la civilisation , mais il s'agit de s'entendre sur le mot. L'égoïste est celui qui cherche son bonheur per • sonnel. Mais ce qui rend l'individu véritablement heureux, c'est l'accomplissement de sa loi. Cet égoïsme donc , qui marche de front avec la vraie science de la nature et du bonheur, n'est ni plus ni moins que la vertu. Oui, la vertu, c'est l'égoïsme bien entendu. — Or, un pareil égoïsme profite aussi bien à chacun qu'à tous. Il n'y a pas de plus profond révolutionnaire que celui qui , dans son intérêt même , tend au perfectionnement et à l'harmonie de ses forces , et qui augmente ainsi et élève à mesure la sphère de son existence. Que chacun fasse le même effort dans la limite de sa nature et des condi* tions où il est placé, et tout naturellement, sans

violences et sans secousses , s'accomplira la plus grande révolution qui fût jamais.

Mais Tégoïsme qui procède dans l'ignorance de l'humanité , en luttant contre la loi , attaque en même temps le bonheur de l'individu et celui de l'espèce. C'est donc l'ignorance et non pas l'égoïsme qui est à redouter. S'il suffit de chercher à être heureux personnellement pour être un égoïste, l'égoïste est aussi indestructible que l'homme, car il est l'homme même.

Le désir d'être heureux , qui vit au fond de chacun de nous, qui est l'instinct même et la racine de la vie, que la mort seule peut détruire, ce désir n'est pas un crime, mais une vertu, un droit , un devoir.

Faites qu'il n'y ait plus d'ignorants^ et l'égoïsme sera le fond de toutes vertus.

L'état de nature et l'état de société sont la même chose pour Thomme. Les philosophes du dix-huitième siècle se trompaient grossièrement lorsqu'ils plaçaient 1 état naturel dans l'état sauvage : il n'en est point au contraire de plus antinaturel à l'homme. Le sauvage est la négation de notre être. Il ne s'agit donc pas de retourner vers la nature, mais bien d'y arriver. Nous ne l'avons pas encore atteinte, Rousseau, comment

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donc pourrions-nous y revenir? C'est dans la loi naturelle, j'insiste sur ce point, que l'homme doit chercher son code social, sa justice et sa liberté. Il faut que cette loi, gravée dans notre conscience où convergent toutes nos facultés et toutes nos tendances , se traduise dans nos institutions.

A l'état instinctif, la conscience n'est autre que le sentiment confus des besoins dé notre nature. Certes , l'enfant qui se révolte lorsqu'on lui arrache ses jouets, n'a suivi aucun cours de droit : il n'a pas entendu de dissertations sur la propriété, et n'a jamais discuté le mien et le tien. D'où vient donc qu'il sent l'injustice avant de la connaître? C'est qu'il a l'instinct des objets conformes, et nécessaires , par conséquent, à sa nature. Cet instinct le porte vers tout ce qui contente et remplit son être. Arrachez-lui ces objets, vous lui prenez une partie de lui-même. De là sa souffrance et sa plainte. Les cris de l'enfant sont les cris de la nature qui redemande sa satisfaction : son droit.

Partout l'instinct précède la notion. Mais l'instinct laisse les forces à l'état anarchique : c'est à l'intelligence seule qu'il appartient de les coordonner, de les maintenir dans la hiérarchie de

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leurs relations nécessaires, et en établissant par là cet ordre et cette justice intérieure qui fait l'être libre et puissant, parce qu'il lui remet la possession de lui-même , de créer des hommes vraiment dignes de ce nom.

Alors que les clartés de l'intelligence s'élèvent par degrés dans le cerveau de l'enfant, il commence à distinguer vaguement les besoins de sa nature. A mesure que la lumière de l'esprit devient plus vive, la transition se marque plus nettement entre l'être instinctif et l'être intelligent. La première tendance de la pensée est alors de produire au dehors de l'être qu'elle éclaire tout ce qu'elle découvre en lui. L'homme se traduit lui-même extérieurement, s'affirme dans ses œuvres, s'y retrouve dans une seconde vie. Ses besoins, ses instincts, clairement reconnus, deviennent l'objet de son activité et lui appartiennent après qu'il leur a appartenu.

La justice de l'homme réside donc tout d'abord dans la connaissance de sa nature , car du moment où il connaît ses besoins, il connaît aussi ses droits et ses devoirs.

Mon droit vis-à-vis d'autrui vient de mon devoir vis-à-vis de moi-même, car ce que je me dois à moi-même est précisément ce qu'autrui ne

peut m'empêcher d'accomplir. Les devoirs précèdent les droits , je le répète , ou plutôt , ils sont les droits : c'est mon droit d'être homme parce que c'est mon devoir. Mais c'est l'intelligence qui lit les préceptes de ce devoir dans les organes de mon être. — Elle est donc la mère de la justice, qu'elle engendre dans son alliance avec l'instinct. Sans l'intelligence, nous serions restés éternellement dans l'ignorance de nousmêmes, et notre conscience, comme celle de l'animal, ne serait plus que la voix confuse de notre besoin immédiat. L'instinct qui se connaît et se gouverne par sa propre science, devient le sens moral. Cela nous explique pourquoi les nations et les individus occupent des degrés si différents dans l'échelle de la justice. L'instinct, gravé au fond de notre nature, est l'élément invariable de la conscience , dont la raison est l'élément mobile et progressif. — L'instinct est la lettre ineffaçable de notre loi, que la raison éclaire, mais selon l'intensité de lumière qu'elle a acquise,

Tel est le lien entre l'intelligence et le sens moral, lien si intime, que la conscience humaine, c'est-à-dire Vinstinct se sachant luimême , doit jusqu'à son existence à la pensée.

S'il est nécessaire d'apprendre la justice, c'est afin de la pratiquer. Le souffle qui lui donne la vie et en fait le ciment de l'édifice social , c'est lamour. La science n'est que la lettre; l'amour est l'esprit qui féconde. L'intelligence nous enseigne la loi; mais seul le cœur la rend fertile en la faisant vivante. La pensée produit la justice dans le monde idéal de la science ; mais le cœur seul la fait passer dans le monde de l'action et de la réalité.

On ne parle guère de la conscience ou du sens moral, sans y attacher l'idée du remords, que l'on considère comme la sanction de la loi. Je dirai peu de mots là-dessus , parce que j'ai déjà traité la matière ailleurs, bien qu'indirectement.

La transgression de la loi engendre inévitablement la douleur.

Notre corps a ses lois qui le conservent, le développent et l'anéantissent. L'accord de ces lois produit la santé physique; leur trouble, là maladie. La maladie corporelle n'est que l'anarchie dans les lois de notre organisation physique. — Or, la maladie porte la souffrance avec elle , tandis que la santé engendre le bien-être.

Si nous examinons maintenant notre organisation morale , nous y rencontrons absolument

le même ordre de choses. — L'unité des lois du cœur et de l'esprit fait entrer la satisfaction dans notre âme et y produit la santé. — Cette harmonie rompue, il en naît une lutte interne :

l'équilibre est détruit; il y a douleur. La morale est l'hygiène de l'âme.

Chaque transgression de la loi amène le trouble f en amenant le désordre. Les êtres privés de sentiment et de vie ne perçoivent pas ce trouble; il peut les anéantir entièrement, les désorganiser sans qu'il en résulte pour eux la moindre souffrance. — Mais il en est tout autrement des êtres sentants, créatures vivantes. Leur loi est vivante avec eux; ils en ressentent aussi bien l'accomplissement par le bien-être , que là violation par le malaise , en sorte qu'ils souffrent chaque fois qu'ils sont hors leur loi , et jouissent au contraire chaque fois qu'ils sont en elle.

Le plaisir et la douleur marchent sur les talons de la loi , rivés à elle par des chaînes indestructibles.

Pas de loi sans une sanction , pas de sanction sans une loi.

Le remords est la souffrance morale qui se manifeste lorsque l'homme sort de sa nature interne. Mais, dans le vrai sens du mot, il y a un

remords physique aussi bien qu'un remords moral , absolument comme il y a une jouissance :corporelle et une jouissance intellectuelle.

Quelle conclusion tirer de là? — C'est que la vertu , la santé , le bien-être et la félicité sont les fruits d'un même arbre, dont la racine est la loi. — C'est que le crime, la maladie, les douleurs , proviennent d'une même cause : la violation de la loi. — Qu'en résulte-t-il encore ? Ce précepte fondamental, que si souvent déjà j'ai répété : avant toute chose apprenez à connaître la loi en vous. — Cette science de toi-même , c'est le chemin qui te conduira à la liberté', en même temps qu'à la plus grande somme de puissance et de bonheur que ta condition et tes aptitudes ont placée entre tes mains.

Tout excès est une transgression de la loi , et c'est pourquoi il amène tôt ou tard la terrible sanction de la douleur. Le corps en donne chaque jour sous nos yeux de terribles témoignages , par une dissolution prématurée; mais l'âme en fournit aussi qui, pour être plus secrets, n'en sont que plus affreux.

Encore un mot. La théologie, et avec elle bien des philosophes, voient dans le remords un châtiment céleste. Mais la souffrance , tant morale

que physique , n'est pas une punition : elle est un avertissement, un signal. C'est la loi qui réagit et nous atteint de son infaillible sanction : non pour nous frapper cruellement d un bras vengeur, mais pour nous arrêter; non pas en ennemi acharné contré nous, mais comme un ami qui nous fait sentir l'aiguillon , afin de nous avertir que le chemin où nous entrons est plein des épines de la douleur. En nous mettant en révolte contre la loi, c'est Dieu lui-même que nous entreprenons de vaincre : et Dieu est invincible. — Cette lutte est insensée.

Te le répéterai-je encore? — Veux-tu être heureux et libre : reste dans ta nature , — c'est-àdire dans la loi. Chaque être a son élément, chaque plante son sol et son climat, où seulement elle peut croître et fleurir; chaque arbre a son sol et son ciel sous lequel il porte des ombrages et des fruits : ainsi de l'homme; c'est dans l'amour et la vérité qu'il doit s'implanter ; voilà son vrai milieu, car il est cœur et inteUigence , chaleur et lumière ; il ne peut donc fleurir et fructifier que sous la lumière de la science , sous le rayon chaleureux et bienfaisant de l'amour.

La vertu consiste pour nous à aimer et à sa-

voir. Est-elle encore cette matrone farouche qui, couronnée d'épines, repousse avec regret, en détournant la tête, les doux breuvages que lui offre la vie? Non , je la vois, couronnée de roses, souriante et belle, me servir d'échanson au festin de la vie , et me verser dans la coupe l'amour, ce nectar du cœur, et la vérité dont Tintelligence est avide. — Oui, la vertu, c'est la volupté. suprême pour l'homme: car elle est l'humanité, maîtresse d'elle-même, et se développant dans la loi pour réahser, de concert avec elle , les plus hautes promesses de notre être.

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