‹ Lettres philosophiquesChapitre 4 sur 41 · AVANT-PROPOS. IX · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. IX

tout à la fois de seconder le mouvement qui s'accomplit visiblement à cette heure dans les hautes régions de la pensée humaine. Cet espoir devait me suffire. Je n'ignorais pas non plus ce qu'il en peut coûter de divorcer publiquement avec le lieu commun, et là-dessus mon parti était pris. Mais, je l'avoue, je gardais une illusion : je croyais que, pour être jugé , un livre devait être lu. L'expérience m'a ouvert les yeux et j'ai compris, après tant d'autres, qu'à part quelques hommes sincèrement en quête de justice, et pour lesquels seuls on aimerait à écrire, il fallait se résoudre à subir l'arrêt de deux classes de lecteurs : en premier lieu, celui des lecteurs qui ne lisent pas, — majorité formidable ! — puis des lecteurs qui lisent, mais qui s'obstinent à ne pas comprendre. Dans cette seconde catégorie, il est une classe de gens dont vous avez découvert la pensée secrète en exposant la vôtre, alors qu'en toute circonstance ils s'étudient avec soin à la celer pour ne laisser paraître au dehors, comme leur appartenant, que les opinions ayant cours, et propres en cette qualité à leur ouvrir dans le monde les voies du succès. De la part de ces gens-là, n'espérez aucune merci. A leurs yeux, vous êtes un dénonciateur,

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