XII ■ AVANT-PROPOS
la tempête soulevée contre vous, trouveront, n'en doutez pas, leurs sillons. Un livre de philosophie paraît s'adresser à tous; en réalité il est fait pour le très-petit nombre, car tant s'en faut que le chiffre de ceux qui le jugent soit celui des hommes pour lesquels il a pu être écrit. Mais est-ce à dire que, s'il renferme quelque semence féconde, il ne pourra fertihser qu'un p'etit nombre d'intelligences, et que ses fruits ne sortiront point de ce domaine d'élection, mais si étroitement restreint, où il doit d'abord éprouver son énergie ou sa faiblesse? Je ne le pense pas. Ce qui aujourd'hui est l'apanage exclusif et le privilège de peu d'intelligences disséminées, si cela porte en soi réellement puissance de vérité et d'avenir, deviendra un jour, bien que sous une forme différemment appropriée, le patrimoine ^du grand nombre. Ainsi s'accomplissent les évolutions de la pensée collective. Un germe d'abord, un atome déposé en quelques rares esprits, mais qui, se développant en eux, gagne à mesure et' se répand par la contagion inévitable du vrai , pour devenir enfin la croyance dominante où la conscience collective d'une époque vient s'abriter. Il faut aux idées un milieu d'aristocratie intellectuelle où elles puissent être re-
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cueillies et s'élaborer, avant que de descendre sous une forme plus accusée, mais aussi moins pure, dans l'instinct de la foule qui, se les assimilant, leur donne droit de cité dans l'histoire et force de vie sur les générations. Si c'jest au penseur à découvrir la vérité , il appartient à la masse seulement de la promulguer et d'en faire la substance de la vie sociale, l'aliment des esprits et des institutions.
Je n'ai certes pas la prétention de croire que j'ai déposé dans cet essai de première jeunesse le principe d'une révolution religieuse, mais j'ose penser, s'il en était autrement aurais-je pris la plume? que j'ai porté mon obole à. ce trésor de l'avenir que tant d'autres aujourd'hui, plus dignes assurément, travaillent à augmenter pour nos fils.
La même confiance qui me fit écrire et publier cet ouvrage , m'en fait entreprendre la seconde édition. Je ne me suis pas cru en droit de rien changer au fond du livre , et c'est à peine si, par quelques additions, je me suis permis de mieux accuser ma pensée en plusieurs passages. Ici et là de légers remaniements dans le style-, et surtout la suppression de redites fastidieuses et de métaphores surabondantes ou tri-