‹ Lettres philosophiques:Chapitre 60 sur 108 · Cf. la première lettre, n · texte numérisé non relu

Cf. la première lettre, n

8. « Les Anglais de toute secte, mais particulièrement les Presbytériens, font profession d'être grands obser\'ateurs du jour du Sabbath » (Misson, art. Dimanche, p. 95). a Ils (les dissentcrs) sont pour la plupart grands prédestinatiens et exacts observateurs du dimanche « (Chamberlayne, éd. 1698, t. I, p. 306).

9. « On ne voit ce jour là ni jeux ni spectacles ni courses ; on n'entend ni chansons ni musique mondaine ; on ne fait aucune sorte de travail et de négoce, et on ne peut payer que le boire et le manger » (La Mottraye, Voyages..., I, 160).

10. Misson, p. 34; Beeverell, t. IV, p. 900. Cf. aussi Ashton, Social Life, p. 102.

11. « Le Change Royal ou la Bourse est un autre fort beau morceau d'architecture où des marchands de presque toutes les parties du monde semblent s'être donné rendez-vous sans se connaître » (La Mottraye, I, 155). « J'avoue que la Bourse dans son fort me paraît être un Grand Conseil où toutes les nations un peu distinguées ont leurs représentants » (Addison, Le Spectateur, tr. fr., 1722, t. I, p. 365). Addison énumère Français, Danois, Suédois, Juifs, Arméniens, Japonais, sujets du Grand Mogol ; Voltaire substitue aux nationalités les religions.

12. ht Journal Littéraire (t, XXII, p. 352) avait compris le despotisme royal et contestait la justesse de cette idée. Cependant Voltaire a laissé subsister l'article le qui fait l'équivoque. Cf. la note critique, 1. 69 .

13. Bayle, Commentaire philosophique de cette parole de J.-C. : Contrains-les d'entrer {Œuvres div., t. II, p. 415), ch. vi : « Si la multiplicité des religions nuit à un état, c'est uniquement parce que l'une ne veut pas tolérer l'autre, mais l'engloutir par la voie des persécutions. Hinc prima mali labes, c'est là l'origine du mal. Si chacun avait la tolérance que je soutiens, il y aurait la même concorde dans un état divisé en dix religions que dans une ville où les diverses espèces d'artisans s'entresupportent mutuellement.... ». Ch. vu : « C'est ici que nos adversaires s'ima-

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ginent nous tenir par la gorge : Il s'ensuit de vos raisons, disentils, qu'il faudrait souffrir dans la République, non seulement les Sociniens, mais aussi les Juifs et les Turcs. Or cette conséquence est absurde. Donc la doctrine d'où elle naît l'est aussi. — Je réponds que j'accorde la conséquence, mais je nie qu'elle soit absurde ». — Montesquieu, Lettres Persanes^ 85, s'était aussi prononcé pour la tolérance de la pluralité des religions dans un État. — Les deux paragraphes qui terminent cette lettre sont la conclusion générale de l'esquisse des religions d'Angleterre. On pourrait estimer qu'elle serait mieux placée à la fin de la lettre VII. Mais Voltaire ne considère pas la doctrine des nouveaux ariens comme une religion ; ils ne forment pas une Église, c'est une opinion philosophique, rationnelle, qui circule à travers diverses sectes. Et puis la sixième lettre serait bien courte sans ce morceau.

\K< .^iT V

SEPTIEME LETIIIE

Sur les Socimens ', on\incns, ou Anti-Trinitaires.

Il y a ici une petite secte composée d'Eclésiastiques & de quelques Séculiers très-sçavans qui ne prennent ni 5 le nom d'Ariens ni celui de Sociniens, mais qui ne sont point du tout de l'avis de Saint Atanase sur le chapitre de la Trinité 2, & qui vous disent nettement que le Père est plus grand que le Fils.

Vous souvenez-vous d'un certain Evêque Ortodoxe,

10 qui I pour convaincre un Empereur de la consubstantia- [59] tion 3, s'avisa de prendre le fils de l'Empereur sous le menton & de lui tirer le nez en présence de sa sacrée Majesté ; l'Empereur alloit se fâcher contre TEvéque, quand le bon homme lui dit ces belles & convaincantes

1 5 paroles : « Seigneur, si votre Majesté est en colère de ce que l'on manque de respect à son Fils, comment pensezvous que Dieu le Père traitera ceux qui refusent à Jesus- Christ les titres qui lui sont dûs 4 ?» Les gens dont je vous parle disent que le saint Evêque étoit fort mal avisé, que

20 son argument n'étoit rien moins que concluant, & que

Ligne 2. 594-7J Des [sociniens...] K Sociniens,... et eti note : Fragment d'une lettre écrite de Londres, vers 1730. (Dict.pbil.) — ^ . K [il y a] en Angleterre

II. J2-A' consubstantialité — 13. S4^-K [alloit] faire jeter [l'Evêque] par les fenêtres {42,42^ la fenêtre 46, ji ses fenêtres) — 15, }4^-K [est] si fâchée [que]

l'Empereur devoit lui répondre : « Aprenez qu'il y a deux façons de me manquer de respect, la première de ne renjdre pas assez d'honneur à mon Fils, & la seconde [60] de lui en rendre autant qu'à moi. »

25 Quoiqu'il en soit, le parti d'Arius commence à revivre en Angleterre aussi bien qu'en Hollande & en Pologne s. Le grand Monsieur Newton faisoit à cette opinion l'honneur de la favoriser^, ce Philosophe pensoit que les Unitaires raisonnoient plus géométriquement que nous.

30 Mais le plus ferme patron de la doctrine Arienne est l'illustre Docteur Clarck. Cet homme est d'une vertu rigide & d'un caractère doux, plus amateur de ses opinions que passionné pour faire des Prosélites, unique- X ment occupé de calculs & de démonstrations, une vraie --A- . ^^

35 machine à raisonnemens 7. * ^

C'est lui qui est l'auteur d'un | livre assez peu entendu, [éi] mais estimé sur l'existence de Dieu ^, & d'un autre plus intelligible, mais assez méprisé sur la vérité de la Religion chrétienne 9. ' j)

40 II ne s'est point engagé dans de belles disputes scho- -^A^^ lastiques, que notre ami... apelle de vénérables bille-' Aa^^ versées ^° ; il s'est contenté de faire imprimer un livre qui 1 ^ contient tous les témoignages des premiers siècles pour v^^^^^^ & contre les Unitaires, & a laissé au Lecteur le soin de \

45 compter les voix et de juger ". Ce livre du Docteur lui a attiré beaucoup de partisans, mais l'a empêché d'être Archevêque de Cantorbéry ; je crois que le Docteur s'est

22. ^ç4 {corr.) [il y a] dans cette afFaire {addition qui n'a été reproduite nulle part) — 27. ^4*-;; [Le grand] M. [Newton] Dans ^^A (corr.) M. a été biffé. K Le grand Newton

31. J^'-K Clarke — 34. /94-ii^ aveugle et sourd pour tout le reste, [une vraie] — 35. 42* raisonnement — 37. jj^'-jr et estimé Dans j^4 (corr.) et est biffé et remplacé par mais. — 40. 46, 48, J2 des [belles]

41. ;4, ^7" notre ami (Rabelais) [apelle] — 47. ;5^4-/i: [Cantorbéry]. Car, lorsque la reine Anne voulut lui donner ce Poste, un Docteur

SEPTlt.ME LLTTRE ^ "^

trompe dans son calcul, ik. qu'il valoit mieux être Primat d'Angleterre que Curé Arien.

50 Vous voïez quelles révolu |tions arrivent dans les opi- l^ ■» nionscommc dans les Empires. Le Parti d'Arius, après trois cens ans de triomphe 'J & douze siècles d'oubli, renait enfin de sa cendre ; mais il prend très-mal son tems de reparoitre dans un âge oij le monde est rassasié de disputes

5 ) & de Sectes '4 ; celle-ci est encore trop petite pour obtenir la liberté des Assemblées publiques, elle l'obtiendra sans doute, si elle devient plus nombreuse ; mais on est si tiède à présent sur tout cela, qu'il n'y a plus guère de fortune à faire pour une Religion nouvelle ou renou-

60 vellée') : n'est-ce pas une chose plaisante, que Luther, Calvin, Zuingle, tous Ecrivains qu'on ne peut lire, aient fondé des Sectes qui partagent l'Europe, que l'ignorant I Mahomet ^^ ait donné une Religion à l'Asie & à [63] l'Afrique, & que Messieurs Newton, Clarck, Locke '7, le

6yS Clerc ^^, &c., les plus grands Philosophes & les meilleures

\3Vplun1es de leur tems, aient pu à peine venir à bout Ja Rétablir un petit troupeau ^9 qui même diminue tous les

' Voilà ce que c'est que de venir au monde à propos ^°. '^ 70 Si le Cardinal de Retz reparoissoit aujourd'hui, il n'ameuteroit pas dix. femmes dans Paris.

nommé Gibson qui avoit sans doute ses raisons, dil à la Reine : a Madame, Mr. Clarke est le plus savant & le plus honnête homme du Royaume, il ne lui manque qu'une chose. — Et quoi ? dit la Reine. — C'est d'être Chrétien, » dit le Docteur bénévole. [Je crois que] Clarke [s'est] — 48. ^4^-K [Primat] orthodoxe Angl. ^j primate of ail England ce qui confirme la leçon de ^4.

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