‹ Lettres philosophiques:Chapitre 62 sur 108 · K il [seroit] jr, ^ô-K [un simple] citoyen · texte numérisé non relu

K il [seroit] jr, ^ô-K [un simple] citoyen

Utt.phil.l. 6

l'Eucharistie, non pas à la relation du Pùrc et du Tils dans la Trinité.

4. Le récit est dans Théodoret (V, 16) qui nomme l'évèque saint Amphiloque, et dans Sozomène (VII, 6) qui ne le nomme pas. Voltaire est plus prés de Sozomène que de Théodoret dans tout son récit (t'o oa/.TjÀ(i)aa(vfi>v... i/.Ci/.t'jfh.i tov T:^^i'3Z-!f:r^'^ 'j'jÇ'.i- Tix(T); È/éXejaev). Quel est l'intermédiaire entre Sozomène et Voltaire ? Ce n'est pas Bayle. Ce n'est peut-être pas Maimbourg (Histoirede Varianisme^ 1683, in-40, 1. 1, p. 61 1-612). Est-ce Tillemont (Mém. pour servir à Vhist. eccîe's., t. VI, 2^ éd., 1704, p. 620 : les Ariens, § 139)? Est-ce Fleury (Histoire ecclésiastique, t. IV, p. 478 de l'éd. de 1740) ? L'accent voltairien dérobe ici la source ; mais il est probable qu'elle est anglaise. George Bull (Opéra, 1703, p. 235 ; The Works... Translated... by Fr. Kolland, 1725, t. II, p. 36), dans sa Defensio fidei Kicxnx, sec. IV, ch. 2, § 12, raconte l'anecdote d'après Sozomène. (A certain old Man, the Bishop of an obscure city... began to stroke him with his hand..., etc.) Je n'ai pas pu, ou pas su, la retrouver dans Clarke ou Whiston. La réflexion de Voltaire, d'apparence si personnelle, est bien dans l'esprit des ariens anglais, comme le prouve le passage suivant de J. Jackson (A collection of Queries, H'herein the most material objections... allcdged against Dr. Clarke' s Scripture-Doctrine of the Trinity... are... answered..., 1716, p. 123) : « It is no detraction from the honour of the Prince of Wales, to déclare He is not the King of Great Britain... It may well become serions and sincère Christians to consider, whether it is not possible that... they may dishonour the Fatlier..., attributing even to the beloved son that which is incommunicable and peculiar to the Father. » Voltaire a pu ignorer Bull et Jackson, et tenir l'anecdote avec le commentaire de la conversation de Clarke ou d'autres ariens.

5. Voltaire confond le mouvement antitrinitaire avec le socinianisme qui depuis longtemps s'était répandu en Pologne et en Hollande : c'est pourquoi il associe ces deux pays à l'Angleterre.

6. « M. de Voltaire dans ses Lettres s'est avisé aussi de mettre M. Newton au rang des antitrinitaires, on ne sait pas sur quel

fondement, car cet illustre savant n'a rien publié en faveur de l'arianisme » (Chaufepié, art. Newton, II, 63). Mais Chaufepié lui-même constate que Newton a été accusé d'arianisme par Gray. Brewster (II, 337, 342) montre que Newton était peu favorable à Athanase, et qu'on peut le soupçonner d'avoir été peu orthodoxe sur la Trinité. Il ne publia rien sur ce sujet de son vivant ; mais il laissa des manuscrits, dont l'un, Historical accoiint of two notable Corruptions of the Scripture, avait été écrit en 1691, et remis par Locke à Leclerc en 1691 : il ne fut imprimé qu'en 1754, et l'on y voit que Newton rejetait l'authenticité du fameux verset des Trois témoins célestes. Voltaire put recueillir de divers côtés en Angleterre des soupçons sur l'orthodoxie de Newton. Il lut aussi Whiston's Historical Memoirs of the Life of Dr. Samuel Clarke (2^ éd., London, 1730). Etait-ce cet ouvrage qu'il réclamait à Thieriot en 1732 (t. XXXIII, p . 277) ? Whiston se demande (p. 8) si c'est Newton qui donna à Clarke ses idées sur la Trinité, ou si Clarke y vint de lui-même : « Whether Mr. Newton had given Mr. Clarke yet any intimations of that Nature, for he knew it long before this Time, or whether it arose from some Enquiries of his own, I do not directly know, though I incline to the latter. » Il dit encore un peu plus loin (p. 9) : « I met whit the account of a private Tutor to a Nobleman in King's Collège whose name I hâve forgot, that was at first inclinable to Socinianism, but upon a Conférence with Mr. Newton, returned to what has been of late called Arianism. » Cf. sur l'accord de Newton et de Clarke, Some hrief critical Remarks on Dr. Clarke' s last Paper s ^ by John Edwards, D. D., I7i4(p. 36). 7. La Bibliothèque française, (t. XX, part. 2, art. i), et Chaufepié, art. Clarke (t. II, p. 92) ont vivement relevé l'irrévérence de ces expressions et du jugement qui suit sur les livres de Clarke. Voltaire avait connu Clarke en Angleterre et causé avec lui (cf. Métaphysique de Newton, t. XXII, p. 403 ; Courte réponse aux longs discours d'un docteur allemand, t. XXIII, p. 194). Clarke s'était fait attaquer de deux côtés, par les orthodoxes comme socînien et déiste déguisé, et par- les déistes comme gardalït-tiop de^a phraséologie ortHôdoxe etdes élément3 historiques de la croyance : c^st ce qui explique le ton

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de Voltaire, synifolhkjue ii la -liberté hérdliquc, et hostile à ce quf reste de dogmatisme tliéologique et d'enthousiasme mysti^ûiT chez Clarke comme dieVTgji; guaWçrs. TTiieriot ayant contesté ce passage, Voltaire Tlii répondit : " Vous me dites que le Dr. Clarke n'a pas été soupçonné de vouloir faire une nouvelle secte. Il en a été convaincu, et la secte subsiste quoique le troupeau soit petit. Le Docteur Clarke ne chantait jamais le credo d'Athanase » (24 février 1733,1. XXXIII, p. 327). Cette dernière phrase prouve que Voltaire s'est servi des Mémoires de Whision sur le docteur Clarke, où on lit : « Voici seulement ce que je soutiens de lui avoir ouï dire : qu'il n'avait jamais lu le symbole d'Athanase dans sa paroisse soit à Norwich, soit dans le voisinage, si ce n'est une seule fois... « (cité par Cliaufepié, art. Clarke), « et cela seulement par méprise », ajoute le texte de Whiston (p. 9).

8. A discourse concerning the heing and attribules of God. Le sujet avait d'abord été exposé par Clarke dans les Boyle Lectures en 1 704-1 705 ; de là étaient sortis deux volumes imprimés en 1705-1706, et réimprimés ensuite sous le titre que j'ai donné. Whiston cite (p. 8) l'opinion d'un théologien anglais, qui disait que « it was the best bock on those subjects that had been written in any Language ».

9. The Verity and Certitude of natural and revealed Religion^

10. Voltaire n'aurait aucune raison de taire ici le nom de Rabelais (cf. notes critiques^ p. 79, 1. 41). Il tait le nom d'un vivant. Est-ce Bolingbroke ? mais Bolingbroke n'était pas Vami de Thieriot. Notre ami semble désigner un ami commun de Thieriot et de Voltaire : serait-ce Voltaire lui-même qui se cacherait sous ce masque ?

11. The Scripture-Doctrine of the Trinity, in three Parts, by Samuel Clarke, London, 1712, in-S^ ; la première partie contient les textes ; la deuxième en dégage le sens et le formule en propositions accompagnées de références aux textes ; la troisième donne les passages de la liturgie d'Angleterre qui sont relatifs à la Trinité. — Le Dr. Bennet répondit à Clarke : A Discourse of the Trinity, 17 18, in-80.

12. L'anecdote introduite en 1739 (cf. notes critiques, 1. 47) est très suspecte. Cependant Voltaire y croyait puisqu'il l'impliquait sans la conter dans sa rédaction de 1734 : ce n'est donc pas le désir de débiter une anecdote piquante qui à cette date lui faisait écrife^que les îd^èTlle ^iarkc^ur la Tfîhîteluî avaient fait manquer l'archevêché de Cantorbéry. Je n'ai trouvé le fait nulle part. Le Dict. of Nat. Biogr. le donne, mais sans autre référence que Voltaire. Il y a de grandes difficultés dans le récit de l'éd. de 1739. L'archevêque Tenison succéda à Tillotson en décembre 1694-janvier 1695, donc sous Guillaume III : son seul concurrent fut Stillingfleet. Il mourut le 14 décembre 17 15, et fut remplacé par le Dr. Wake. Donc le siège de Cantorbéry ne fut pas vacant sous la reine Anne. Est-ce de cette nomination de 171 5, que Voltaire veut parler? Gibson avait peut-être intérêt à écarter les concurrents du D»" Wake, qui, ■en passant à Cantorbéry, laissa vacant l'évêché de Lincoln ■où Gibson fut en effet promu. Mais je ne trouve trace d'au- •cune manœuvre de Gibson contre Clarke à aucun moment. Il fut à coup sûr très animé contre les déistes et libres penseurs, et très en crédit auprès de Robert Walpole qui le consultait sur les affaires ecclésiastiques : « Gibson's influence was sufficientto prevent the consécration of Bundle to the see of Gloucester, as he was believed to hold deistical opinions » {Dict. of Nat. hiogr., art. Gibson). Le fait est de 1734, donc postérieur à la première rédaction des Lettres anglaises, mais antérieur au récit qui met Gibson en cause. Est-ce ce fait qui fut raconté à Voltaire et devint l'origine du développement de 1739? En tout cas il était bien informé en choisissant Gibson comme le type de l'orthodoxie intolérante. 11 seniHé, ^^^il^fi- part, que Clarke ait refuTé d'être évêqûê : en 1727 la reine Caroline (et non la réîhe AnnèJ^sîrart son élévation, et Walpole essaya, à sa prière, de décider Clarke; il ne voulut pas (Coxe, Memoirs of the life... of Robert Walpole, t. I, p. 275-276). Enfin voici une anecdote qui, par le tour, est identique à celle que conte Voltaire : « La reine Anne lui destinait (à Swift) un évêché en Angleterre et c'était là l'objet de son ambition ; mais le docteur Sharp, archevêque d'York, le dépeignit à cette princesse comme un homme qui

irêldit pas chrétien, et une certaine dame appuya cette accusation, de sorte que la reine donna i'évêché à un autre » (Chaufepié, 175 1, art. Swiir), Faut-il£<^er^eJ^arK*cdoie ju^ est le résultat d'une sérié de confusions qui se firent dans la mémoTre de Voltaire, ou bien qu ici encore noussommesen présence d'un arrangement artistique^ dont la vérité est symbolique, et non historique ? ~"

13. Bayle, art. Arius, note F, dit « que l'arianisme subsista avec éclat plus de 300 ans ». Dans ses Œuvras (II, 840), il le fait naître en 320 ; ce qui, si on compte 300 ans d'éclat, justifie les doj(:(e siècles de Voltaire, mais oti~e serait plus exact.

14. La dispute sur l'opinion des anlitrinitaires fut très violente, et l'était encore au temps où Voltaire écrivait (cf. n. i). Mais elle ne sortit guère du milieu ecclésiastique des Universités. C'est sans doute ce que Voltaire veut dire. Bayle donnait une autre raison, plus générale : « Les mystères spéculatifs de la religion n'incommodent pas les peuples... On serait donc presque visionnaire si l'on se persuadait que le bourgeois et le paysan, Thomme de guerre, le gentilhomme seraient délivrés d'un pesant joug, pourvu qu'on les dispensât de croire la Trinité et l'union hypostatique » (Art. Socin, note H).

15. Montesquieu avait constaté la même indifférence en 1730 : « Point de religion en Angleterre : quatre ou cinq de la Chambre, des Communes vont à la messe ou au sermon de la Chambre, excepté dans les grandes occasions où l'on arrive de bonne heure. Si quelqu'un parle de religion, tout le monde se met à rire. Un homme ayant dit de mon temps : Je crois cela comme article de foi, tout le monde se mit à rire » (Éd. Laboulaye, VII, 195). Un futur arche\-êque de Cantorbérv, Secker^écrivait en 1738 : « Christianity isnowrailed at and ridiculed with very

little reser\'e, andlHéteachêrs of it without any at ail » (Cité par Ba?tide, JohiTHocke, pr~33"3)rTrl:a cour, la ville et la campagne, tout est rempli d'incrédules... A présent, les femmes, le peuple même se mêle d'imiter les philosophes : c'est un fait » {Bibliothèque française, 1735, t. XXll7~P^pau., p. ■^). Voyez aussi la Lettre de Saint-Hyacinthe à un ami touchant le progrès du déisme en Angleterre dans les Mémoires concernant la théologie et

la morale, Amsterdam, 1732, in- 12. — C'est le moment où, avant le mouvement wesleyen, les sectes dissidentes sont le plus affaiblies, et l'esprit religieux au plus bas dans l'église établie. Cf. lettre IV, n. 49.

16. Mahomet « ne savait ni lire ni écrire » (Vertot, Diss. sur V auteur de VAlcoran lue à l'Acad. des Inscr., Mercure, déc. 1724, p. 2577). C'est l'opinion commune que Voltaire a suivie longtemps. Il s'est rétracté dans VEssai sur les Mœurs, ch. vi.

17. Locke, Le Christianisvie raisonnable, 1695. John Edwards attaqua le livre dans un ouvrage intitulé Some thoughls concerning the several causes and origines of Atheism, 1695, et dans 5o«nianism uninasked, 1696. Bayle aussi l'interprétait dans le même sens (Lettre à Coste, 27 déc. 1703; Œuv . div., IV, 838).

18. Leclerc avait manifesté des sentiments unitaires et sociniens dans ses Liberii de Sancto Amore Epistolae theologicae, Irenopoli, 1679 (postérieur réellement à 1680). Sa Version du Nouveau Testament, 1703, le fit accuser d'être socinien par Phil. Ménard, Essai sur le socinianisvie. Il protesta vaguement d'être « du sentiment commun de tous les chrétiens sur la matière de la sainte Trinité » (cf. Bibliothèque choisie, t. XVIII, p. 401). Bayle l'estimait socinien (Œuv. div., III, 990 ; IV, 12 et 623), Dubos également (Corr. inèd. de Bayle, p. p. Gigas, p. 311).

19. Voyez la n. 7. La critique de Thieriot se rapportait sans doute à ce terme de troupeau. Clarke et les antitrinitaires faisaient secte en ce sens qu'ils professaient une opinion contraire à l'orthodoxie de l'Église établie ; mais ils ne se séparaient pas de cette Eglise, ils ne fondaient point un culte dissident.

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