TE SANG, L\ LYMPHE. LE CHYLE
Autant l'analyse microscopique du sang scmMe généralement facile, autant est difficultueuse son analyse chimique, encore imparfaite de nos jours. Aucun filtre ne peut séparer le plasma des globules du sang; on ne peut donc les obtenir isolés l'un de l'autre. Cependant, en laissant reposer le liquide sanguin, les globules forment un dépôt et il reste une couche supérieure de plasma parfaitement pure. En déterminant la quantité de fibrine contenue dans cette couche, on peut en déduire la quantité de plasma de l'ensemble du liquide, puisque le plasma seul contient de la fibrine. On obtient du même coup la quantité de globules humides qui nagent dans le sang. Cette méthode a donné les résultats suivants : pour le cheval, sur 1,000 parties, il y en a 675,8 de plasma et ô^ô,^ de globules. Le plasma renferme principalement de l'eau : 1,000 parties de plasma contiennent 91 ,6 parties solides seulement, tandis que 1,000 parties de globules en contiennent 455,0, c'est-à-dire presque la moitié. Une autre méthode fondée sur le poids a donné pour l'homme les résultats suivants : dans 1,000 parties de sang veineux, chez un homme de 25 ans bien portant, il y avait 515 de globules, c'est-à-dire plus de la moitié. Ces globules, à leur tour, contiennent une grande quantité d'eau : (681,6 parties pour 518,4 parties solides). Il n'y aurait ainsi qu'un tiers de parties solides pour les globules de l'homme et une moitié pour ceux du cheval : c'est là une différence considérable qui se confirme par le fait que les globules du cheval se déposent plus vite que ceux <le l'homme.
En comparant ces chiffres à ceux que nous avons trouvés pour le poids total du sang qui est de 5000 grammes, on trouve que l'homme adulte possède dans son corps 2565 grammes de globules rouges et 2455 grammes de plasma. Les globules auraient 816,7 grammes de matières solides, le plasma en aurait 2Ô9,9 et la masse totale du sang 1056,6, ou, en chiffres ronds, 1 kilogramme, c'est-à-dire la soixante-cinquième partie du poids total du corps.
Les globules sont formés en majeure partie d'une substance
rouge et facilement cristallisable, Yhémoglobine ; cette substance offre très peu de consistance et se décompose facilement en deux corps différents sous diverses influences physiques ou chimiques; l'une de ces combinaisons peut être aisément dissoute dans l'eau ; elle est albuminoïde ; c'est la globuline, substance qui a une parenté avec l'albumine du cristallin et du corps vitré de l'œil. Cette globulineconlient 1 ,6 p. 100 de soufre, mais pas de phosphore.
Il y a environ 1 52 parties pour 1 ,000 de globuline dans le sang. La globuline est en connexion intime avec la substance colorante rouge, Vhématine, dont on peut évaluer la quantité à 7,7 parties pour 1,000 de sang. Cette hématine est surtout remarquable en ce qu'elle est la seule substance du corps qui contienne une assez grande quantité de fer ; ce fer est une partie indispensal)le des globules, et c'est la diminution de ce métal qui est la source essentielle de la chlorose. On guérit cette affection en introduisant du fer dans le sang. Les globules contiennent, outre le fer, d'autres substances inorganiques, surtout du chlorure de potassium et des phosphates, parmi ces derniers il y a surtout des phosphates de potasse et de soude, ainsi que du carbonate de soude : tous trois se retrouvent dans les cendres organiques, ^'ous venons de voir que le sérum du sang fouetté ne se distingue du plasma que parce qu'il manque de fibrine ; mais la quantité absolue de fibrine ne dépasse 5,95 parties ou 4 en nombre rond pour 1,000 de sang, tandis que ce dernier contient en moyenne 40 parties d'albumine. Il y a en outre, dans le sérum, 4 parties p. 100 de divers sels, formés pour plus de la moitié de sel de cuisine, mais ensuite essentiellement de carbonate de soude, de phosphates et de chlorures.
Ces composants minéraux des globules et du plasma, quoique liien inférieurs en quantité aux autres composants du sang, paraissent du moins aussi nécessaires à la vie du corps que beaucoup d'autres substances organiques dont le poids est à peine appréciable. Un grand nombre de ces substances ne se trouvent en si faible quantité dans le sang que parce qu'elles en sont cou-
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tiniicllement extraites par les glandes. D'autres disparaissent dans le cours de la circulation et peuvent ainsi se trouver dans le sang d'une veine et non dans celui d'une autre. Ainsi le sang ne contient jannais beaucoup d'acide urique, de biliverdine (substance colorante de la bilei, de sucre de raisin, d'acide butyrique, de cholestérine ni beaucoup d'autres grais.ses saponifiées ou non. L'urée devient beaucoup plus abondante dans le sang lorsqu'on extirpe les reins ; si on empêche la sécrétion de la bile et les fonctions du foie, la biliverdine s'accumule en si grande quantité dans le sang qu'elle finit par se déposer dans les tissus du corps produisant ainsi la jaunisse. Ces substances, constamment élaborées dans le corps et versées dans le sang, en sont continuellement extraites par les glandes ; les intestins reçoivent, au contraire, tout formés, la caséine et le sucre, et comme ce dernier disparaît en grande partie dans les poumons, on ne le trouve que dans le système sanguin du foie et pas dans le sang rouge circulant dans les artères du corps.
Les substances inorganiques qu'on trouve sous forme de cendres après la combustion, ont pour 1 entretien du corps une importance aussi grande que les substances organiques. L^iomme privé de sel de cuisine ou de phosphate ne peut pas plus vivre que l'homme privé d'albumine ou de graisse. La plupart des sels se trouvent dissous dans le sérum. Le sel de cuisine y est le plus abondant ; après lui viennent les alcalis carbonates et phosphatés ; les substances inorganiques sont distribuées de telle sorte que l'acide phosphorique et la potasse se trouvent surtout dans les globules ; les chlorures, la soude, la chaux et la magnésie, l'acide sulfurique et l'acide carbonique, au contraire, dans le liquide du sang. La quantité des matières inorganiques, et leurs proportions varient beaucoup entre le moment de leur absorption ou celui de leur expulsion correspondante. Le pain et les céréales augmentent dans le sang la quantité des phosphates alcalins; les légumes augmentent celle (les carbonates, car la plupart des acides organiques des plantes se transforment en acide carbonique en entrant dans le sang.
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Si l'on compare d'une manière générale la composition du sang et celle du corps, on est étonné de leur ressemblance. Les principaux oruanes du corps humain contiennent de l'albumine, de la fibrine et de la graisse, su})slances que l'on peut toutes trois retrouver dans le sang; et les modifications de ces substances que nous offre le corps vivant semblent toutes dérivées des matières que contient le sang. On y trouve aussi les matières excrémentitielles et les substances non volatiles de la cendre se retrouvent quant à leurs éléments dans le corps comme dans le sang. On peut donc dire avec raison, que le sang est Vonjanisme dissous. La suite nous montrera, en effet, que toutes les modifications de la matière du corps ont leur centre dans ce liquide qui est en continuelle circulation ; que toutes les substances qu'absorbe le corps sont transportées par le sang aux endroits où elles doivent être employées, et que tout ce que le corps élimine est de même charrié par lui en lieu convenable. Par ces moyens les métamorphoses les plus diverses s'effectuent soit dans la masse même du sang, soit dans les organes qu'elle traverse. L'étude de ces métamorphoses est encore et sera toujours la tâche de la science. 11 ne faut donc point s'étonner des différences individuelles et temporaires si grandes que nous offre la composition du sang. On peut en effet les attribuer à trois causes différentes : les variations individuelles, l'absorption de substances étrangères, enfin l'expulsion de substances devenues inutiles. Il est évident que l'action de ces trois influences produit les plus grandes variations et oppose à l'observateur des difficultés considérables, surtout si l'on tient compte de la complication apportée par la longueur même de temps qu'exigent les opérations analytiques. En outre, la chimie n'a que des procédés très-insuffisants pour déterminer des substances dont la quantité est très-faible et qui n'ont pas de réaction caractéristique. Si l'on se souvient qu'une toute petite quantité de vaccin introduite dans le sang y produit une révolution si violente que les suites de cet ftcte insignifiant en apparence sont l'inflammation, la fièvre, un malaise général, des éruptions et des ])ustules, et qu'en outre la sensibilité du
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corps aux atteintes de la petite vérole est amoindrie pour plusieurs années ; si l'on pense en outre au peu de changement produit dans la composition du sang par l'introduction de cette quantité de poison si faible que Ton n'a pu jusqu'à présent la découvrir ni par le microscope ni par des réactifs chimiques, on doit s'avouer que les recherches si laborieuses entreprises jusqu'à présent, n'ont point encore rendu clairs les changements et les phénomènes produits à l'intérieur delà masse du sang.
Les différences spécifiques des deux sangs artériels et veineux, sont fondées surtout sur la couleur et sur la quantité des divers éléments qui entrent dans leur composition. Les observateurs les plus minutieux n'ont pu encore découvrir d'une manière certaine des différences dans la forme des globules des deux sangs. Le seul caractère positif et visible même à l'œil nu est la couleur. La différence des nuances apparaît encore très-visiblement dans des dissolutions même fort étendues d'eau. Le sang rouge se caille plus vite, et son cruor se solidifie plus complètement que cekii du sang veineux ; il contient une plus grande quantité de fibrine, de sels, de matières extractives, de sucre et d'eau, mais il a m^ins de globules, d'albumine et de graisse. Il est étonnant de constater que hi densité du sang artériel est moindre que celle du sang noir, ainsi que l'affirnient les observations concordantes de la plupart des savants. On peut expliquer cela par une proportion d'eau plus forte dans le sang artériel. On a trouvé en effet dans une analyse comparative du sang d'un cheval pour mille parties de sang les proportions suivantes :
SANG VEINEUX. SANG AllTÉKIEL.
Ali)uniine et sels 81,25 78,05
Fibrine 3,97 5,'0
Globule. 98,67 96,87
Eau 815,15 819,89
La comparaison de ces chiffres montre la proportion des globules et de l'albumine comme à peu près la même dans les deux sangs. On voit en outre que non-seulement la quantité relative, mais encore la quantité absolue de fibrine est beaucoup
U LETTRE DEUXrÈME.
plus forte dans le sang artériel. Nous devons prendre ces chiffres tels que la chimie nous les donne, mais il faut cependant reconnaître qu'ils sont peu d'accord avec les résultats de la respiration. D'après ces résultats, le sang artériel devrait avoir moins d'eau et être plus concentré que le sang veineux, car la respiration extrait du sang une certaine quantité d'eau. Quelques chimistes soutiennent en effet que le sang artériel est plus concentré et moins aqueux, mais la plupart se rangent ta l'opinion contraire. Peut-être cette plus grande quantité d'eau contenue dans le sang artériel dépend-elle de l'adjonction de la lymphe qui comme on sait est beaucoup plus aqueuse que le sang. Or les observations faites sur le sang des veines n'ont porté que sur le sang non encore mêlé à la lymphe et comme celle-ci ne se verse dans le courant veineux qu'au moment où il entre dans le cœur, Tad jonction de la lymphe peut balancer la perte d'eau occasionnée par la respiration. La quantité de gaz contenue dans le sang semble varier suivant les circonstances. Dans une lettre subséquente nous chercherons à établir d'une façon plus certaine à quelle partie du sang ces gaz peuvent se rattacher. Nous nous contenterons pour le moment de savoir, qu'au moyen de la pompe pneumatique ou du mélange du sang avec des gaz indifférents, on peut extraire du sang de l'acide carbonique, de l'oxygène et de l'azote, et cela dans les proportions suivantes : 100 centimètres cubes de sang de chien (de cinq individus différents) contiennent en moyenne
SANG ARTtniEL SANG VEINEUX
nu VENTRICULE GAUCHE DU VENTRICULE DROIT