‹ Lettres physiologiquesChapitre 31 sur 103 · L.\ >TTRITION · texte numérisé non relu

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formations rfiii semblent en amener la destruction. On a cru avoir aussi trouvé dans la moelle des os, le foie et la rate, des organes dans lesquels périssaient au dire des uns, et selon l'expression employée, les corpuscules sanguins en masse ; tandis que d'autres expliquaient ces mêmes phénomènes par les différents états des globules en voie de formation. Grâce à la petite dimension des globules du sang de l'homme et à leur grande sensibilité vis à vis des réactifs, on a pu engager sur cette question de longues discussions qui pourtant n'ont abouti à rien de précis. Mais il fallait arriver k un résultat, car on s'était jiersuadé en comptant les globules cà diverses reprises, que leur régénération est en raison directe de la quantité de nourriture absorbée. Trois cà quatre heures après le repas, on a trouvé sept k huit globules blancs pour deux mille globules rouges. Cette quantité de globules blancs devient toujours plus petite après que la digestion est accomplie, et douze heures après le repas, on n'a trouvé que cinq globules blancs pour la même cjuantité de globules rouges. Il y a donc une certaine quantité de globules lymphatiques cbangés en globules sanguins et à ces régénérations doit coriespondre une destruction équivalente.

Des expériences faites sur des grenouilles dont les éléments sanguins sont beaucoup plus visibles, grâce à leur grande dimension, ont servi à trouver une espèce de solution à la question de la régénération des globules. Nous avons déjcà dit plus haut que des grenouilles auxquelles on a enlevé le foie et la rate peuvent vivre des semaines entières. Après cette opération, le contenu d'acide carbonique de l'air expiré s'affaiblit beaucoup; la formation et l'oxydation des tissus sont donc favorisées par la présence du foie et de la rate. On a trouvé que l'enlèvement du foie chez ces animaux, amenait une augmentation considérable des globules blancs et une diminution non moins grande des globules sanguins. Des grenouilles privées en même temps de la rate et du foie présentent une bien plus grande quantité de globules blancs par rapport aux globules rouges que les grenouilles laissées intactes; les rapports sont comme 1 : 4 dans les gre-

nouilles sans foie ni rate, comme 1 : 8 chez les grenouilles intactes et comme 2 : 5 chez les grenouilles privées de leur foie seulement. Ces expériences nous prouvent donc d'une façon péremptoire qu'il y a une formation considérahle de glohules sanguins dans le foie et dans la rate. Les glohules hlancs se changent dans ces organes en glohules rouges. Le même ohservateur qui a découvert ce fait a suivi dans toutes ses phases la formation des glohules rouges. Les glohules hlancs de la grenouille sont ronds, faihlement granuleux, et contiennent un noyau à granulations plus accentuées. Ce glohule passe successivement par des formes diverses et souvent hizarres ; il devient cà la fois allongé, le noyau se décompose en quelques granulations ressemhlant à des gouttes ; ces granulations disparaissent peu ta peu pendant que la cellule même du glohule hlanc rougit insensiblement. Il est important de remarquer que cette formation de glohules rouges peut être constatée aussi dans le têtard, et que la formation de glohules rouges au moyen des cellules primitives de l'emhryon parcourt exactement les mêmes phases.

Il serait trop long de relater ici les phénomènes qui se passent dans les éléments mêmes du corps et qui nous prouvent un échange continuel de substances dans ces éléments. Nous sommes forcé d'avouer que l'observation de ces phénomènes n'a donné jusqu'ici que fort peu de résultats. Malgré l'emploi du microscope, nous sommes encore en face de tout un cycle de métamorphoses dont nous ne connaissons que le résultat final. Un chimiste a dit qu'on pouvait poursuivre avec plus de facilité les phénomènes de destruction de la vie organique que les phénomènes de formation. Nous devons avouer que les moyens anatomiqucs qui sont à notre disposition, tout en permettant de reconnaître les différentes formes des tissus, ne peuvent nous en montrer la formation qu'au prix de grandes difficultés. L'étude de la destruction des principes fondamentaux de l'organisme est encore hien plus difficile.

Linné en établissant sa classification des animaux yertébrés, s'est fondé sur un caractère connu de tous, et les a divisés en animaux à sang chaud et à sang froid. L'impression désagréable que nous éprouvons en touchant une grenouille ou un poisson, la répugnance que montrent certaines personnes à l'approche de l'un de ces animaux, viennent de ce que la température de leur corps a quelque chose de celle d'un cadavre. Dans les cadavTes d'hommes, de mammifères et d'oiseaux, la chaleur qui était le résultat de la vie a disparu. 11 y a bien chez les reptiles, les amphibies et les poissons vivants un certain développement de chaleur animale, mais cette chaleur est trop faible pour que notre main puisse la sentir ; il n'y a que le thermomètre qui puisse la mettre en évidence. La chaleur des animaux à sang chaud est h peu près toujours la même, que ces animaux se trouvent exposés au froid ou à la chaleur; on les a donc nommés aussi, les animaux à. chaleur constante. Chez les animaux cà san^ froid, appelés aussi animaux à chaleur variable, la température dépend du milieu dans lequel ils se trouvent. Leur chaleur est pourtant un peu plus élevée que ce milieu, si la température de ce dernier est basse, et elle reste toujours au-dessous de la

température environnante, quand celle-ci est plus ou moins élevée. L'activité vitale est donc très-différente chez les deux sous-classes de vertébrés. La production de la chaleur, en efîet, ne dépend pas du hasard, elle est liée intimement à la vie et résulte directement chez les animaux supérieurs de la mitrition. Mais comme cette chaleur n'est qu'un des derniers résultats de l'activité du corps, et qu'elle est en relation avec tous les phénomènes de l'échange des tissus, la production de la chaleur est restée un des points les plus obscurs de la physiologie. On ne peut influencer une fonction quelconque du corps, ou observer un changement dans un phénomène qui semble isolé sans qu'aussitôt le degré de chaleur de la partie du corps sur laquelle on opère, ou la chaleur Totale du corps en entier ne change ; on a, semble-t-il. commis trop souvent la faute, après avoir découvert une des nombreuses sources de chaleur, de lui attribuer toute la production de la calorification. On ne s'est pas assez souvenu du principe qui dit, que les mêmes causes ont les mêmes effets, mais que les mêmes effets n'ont pas toujours les mêmes causes. Le bois brûle également quand on l'enflamme avec une allumette enduite de soufre, comme le font les nations civilisées, ou quand on lui fait subir comme le font les sauvages, un frottement violent. L'action chimique, quoique différente de l'action mécanique, produit exactement le même effet ; ne serait-ce pas une folie que de prétendi'e qu'on ne peut faire brûler du bois qu'au moyen d'allumettes ? On ne peut nier que les physiologistes n'aient souvent commis cette faute. L'un voyant que l'activité musculaire développe de la chaleur n'admettait pas l'opinion d"un autre, qui attribuait aux transformations chimiques exclusivement, cette même chaleur. Quelques concessions mutuelles basées sur l'intelligence des faits, auraient pu mener à bien toute la discussion.

On mesure la température du corps de l'animal en plaçant la boule du thermomètre dans certaines puvertures, où il est possible de l'introduire. On choisit pour cela ordinairement le dessous de la langue, l'anus, ou aussi l'aisselle, le pli de laine,

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etc. La température moyenne d'un adulte déterminée dans ces endroits-là, est de 57°, 8 degrés centigrades ou 29*^,8 degrés Réaumur. Dans les parties du corps exposées à l'air, cette température tombe de quelques degrés et n'est en moyenne que de 34^,1 degrés centigrades ou 27", 5 Réaumur.

Des mesures prises sur différentes parties du corps donnent des résultats qui satisfont complètement les théories qu'on peut faire à priai i. 11 est facile de comprendre, que le sang offre le maximum de chaleur, 58 ou 59 degrés dans l'intérieur du corps. Les parties du corps qui offrent une grande surface par rapport à leur volume, et où par conséquent le rayonnement est plus considérable, se refroidissent plus rapidement que celles qui n'offrent qu'une petite surface. Les différents organes du corps, considérés dans leur ensemble, ont une forme favorable à la conservation de la chaleur; ce sont, en général, des cylindres plus ou moins réguliers comme le tronc du corps, les bras et les jambes. On y trouve encore des formes se rapprochant de celle de la sphère, et qui présentent par conséquent le minimum de surface pour le maximum de volume. Malgré cela, la déperdition de chaleur est si considérable aux extrémités, les doigts des mains et des pieds, les mains et les pieds mêmes, qu'au talon, par exemple, elle n'est que de 52"*, 5 degrés centigrades. On se prémunit contre cette déperdition en couvrant le corps de tissus qui sont mauvais conducteurs, comme la laine, les plumes, les poils, etc. Toutes ces substances se distinguent par la propriété qu'elles ont de ne laisser passer la chaleur que très-difficilement ; elles ne la communiquent d'ailleurs qu'à grand'peine. On ne peut garder sans danger à la main un morceau de métal chauffé au rouge à l'une de ses extrémités. Un morceau de bois qui brûle par Tune de ses extrémités, n'offre qu'un accroissement de chaleur à peine sensible à quelques pouces de la flamme.

Le métal se refroidit en revanche assez rapidement, il perd la chaleur qu'il a reçue en la transmettant rapidement aux alentours. Un corps mauvais conducteur la conserve d'autant plus

longtemps qu'il l'a absorbée plus lentement. Dans nos climats, où la température moyenne de l'année est de 20 degrés environ plus basse que celle du corps, il devient nécessaire de se préumnir contre ce froid : nous y parvenons par les vêtements, les fourrures et les édredons. La nature a pris soin d'une façon analogue des animaux qui habitent les climats du nord ou les climats tempérés. A l'exception des mammifères aquatiques dont nous ne connaissons que fort imparfaitement l'organisation et le genre de vie, et qui sont complètement entourés d'une épaisse couche de graisse, tous les animaux des pays froids sont couverts de fourrures ou de plumes dont l'épaisseur augmente considérablement en hiver. Il serait inutile de chercher en dehors dés pays chauds des animaux ayant la peau nue ; ces animaux sont pourtant communs dans les environs de l'équateur. Je ne voudrais pas prétendre pour cela que la nature ait donné aux animaux des plumes et des poils dans le seul but de les protéger contre le froid. On rencontre sous l'équateur des animaux ayant une toute aussi belle fourrure que ceux qui habitent les régions polaires, et l'on peut trouver dans la même forêt vierge de l'Amérique des singes couverts d'une laine épaisse, gambadant à coté d'autres singes presque complètement nus.

On a beaucoup parlé du sang plus froid des habitants du Nord et du sang plus chaud des méridionaux, et c'est là un des thèmes favoris des poètes. La jalousie, l'esprit de vengeance, toutes les passions qui sont plus ou moins développées chez certains peuples sont attribuées à la chaleur du sang. Non content de ces découvertes physiologiques, un poète d'une époque, dont survivent aujourd'hui seulement quelques rares représentants, a trouvé que la couleur même du sang était différente suivant les races ; que les Germains avaient le sang bleu et les Francs le sang rouge. Je ne sais si cette affirmation repose sur des expériences exactes ; ce qui est certain, c'est que la température du sang de l'homme est partout la même, et que les petites différences qu'on peut trouver entre les peuples habitant les climats les plus inégaux ne dépassent pas en importance

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les différences individuelles. Le Malais qui est connu pour la violence de ses passions, n'a pas le sang plus chaud que le flegmatique Ilottentot. Bien que les observations des naturalistes n'aient pu encore être bien généralisées, on peut cependant donner aux poètes et aux hommes politiques le conseil de chercher ailleurs que dans la chaleur du sang les distinctions parmi les races et les peuples.

Des recherches comparatives nombreuses ont donné ce résultat que les hommes et les femmes offrent cà peu près la même température ; l'échange de tissus moins grand chez la femme se complète par le rayonnement de chaleur moins considérable qu'on observe chez elle. L'âge a une influence importante sur la chaleur du corps; elle est à son maximum au moment de la naissance, descend sensiblement déjà dans la première heure à cause de l'insuffisance de la respiration, mais se relève ensuite, dès que la respiration et la circulation du nouveau-né ont atteint la régularité normale et finit par rester à peu près stationnaire jusqu'à l'âge de la puberté. Depuis l'âge de vingt ans, la température s'abaisse, mais très-lentement, jusqu'à la soixantième année où elle atteint le minimum. Elle augmente de nouveau chez les vieillards et atteint la température du corps d'un enfant. Ceci semble être en contradiction avec l'affaiblissement des fonctions vitales, observé chez les vieillards, mais il ne faut pas oublier que la chaleur intérieure perd de son intensité sous l'influence des facteurs extérieurs, le rayonnement et la transpiration. Chez les vieillards, la peau est toujours ridée et fanée, et la formation de la sueur et de la transpiration gazeuse qui refroidit le corps, atteint d'ordinaire son minimum. On remarque généralement aussi des variations périodiques pendant le jour. Ces variations semblent être jusqu'à un certain point indépendantes du genre de vie que l'on mène.

Il est intéressant de remarquer qu'elles sont plus grandes que les différences entre les moyennes de température des diverses époques de la vie. Elles atteignent presque un degré Réaumur, tandis que la différence entre le maximum de température,

atteint à quatorze ans, âge de la puberté, et la température à soixante ans, n'est pas tout à fait d'un demi-degré. La température s'élève assez rapidement le matin après le réveil, et atteint son maximum à onze heures du matin ; elle redescend dans les heures suivantes et recommence à monter après le repas, pour arriver à son maximum à six ou sept heures du soir. Depuis ce moment qui est en même temps celui du maximum pour la journée entière, elle redescend presque graduellement dans la soirée et pendant la nuit, et atteint son minimum dans le sommeil, à quatre heures du matin. On peut dire, pour se servir d'une image plus commune, que la température forme comme deux marées dans le courant de la journée ; le flux de la plus petite marée atteint son maximum à onze heures, et le reflux son minimum à deux heures de l'après-midi. La seconde marée atteint sa hauteur à six heures du soir, et elle est basse à quatre heures du matin. Ces variations sont en liaison intime avec celles du pouls, qui suit exactement les mêmes lois, aux mêmes heures du jour. Elles sont donc aussi en rapport avec le nombre des mouvements respiratoires qui correspond au nombre de pulsations du cœur.

Les différences de tenqjérature entre les organes internes du corps ne peuvent naturellement être étudiées que d'une manière incomplète chez l'homme vivant, et on n'a pu faire jusqu'ici que fart peu d'expériences exactes chez les animaux. L'opération nécessaire pour ces expériences, détermine immédiatement une perturbation dans la production de la chaleur. On a lieu de regretter de ne pas pouvoir s'appuyer sur des expériences nombreuses; il est vrai (jue ces expériences devaient avoir une exactitude telle que l'on puisse apprécier des différences d'un dixième, ou d'un vingtième de degré. Eiles seraient plus concluantes que de longues pages de théories pour la détermination du siège exact de la production de la chaleur. Les expériences faites jusqu'à présent n'ont donné que fort peu de résullats ; le sang des carotides paraît être d'un degré plus chaud que celui des veines jugulaires, et les artères profondes et protégées par les tissus,

qui alimentent les extrémités semblent contenir un sang plus chaud que les veines de la surface ; les poumons et le foie ont une température supérieure d'un degré à celle du cerveau et de l'estomac. Le sang qui revient de ces organes est plus chaud que celui (jui y entre, ce qui prouve qu'il se passe dans leur sein des transformations chimiques très -actives. Il paraîtrait aussi que le sang des veines hépatiques est plus chaud que celui des autres parties du corps ; et que le sang du cœur droit est plus chaud de deux dixièmes de degré que celui du cœur gauche, ce dernier ayant subi un abaissement de température par le dégagement de vapeur d'eau qui se produit pendant la respiration.

On a fait des expériences intéressantes sur le degré de chaleur ou de froid que peuvent supporter les organismes des animaux à sang chaud et de l'homme en particulier. On a remarqué, dans toutes les expéditions au pôle nord, que malgré le secours d'épaisses fourrures, le froid continuel des mois d'hiver paralysait de plus en plus les mouvements. L'homme est alors réduit à l'état de masse automatique ; les esprits s'assombrissent, les sens s'émoussent, les mouvements deviennent douloureux pour les membres, on n'a plus conscience de leur existence, on éprouve un irrésistible besoin de sommeil, pendant lequel la vie lutte difficilement contre la perte graduelle de la sensation qui s'éteint peu à peu, jusqu'à ce que la mort succède enfin à cet état de somnolence. Des mammifères que l'on laisse geler, offrent un ralentissement graduel dans la pulsation du cœur ; la sensibilité des nerfs s'émousse ; ils ne réagissent plus contre les irritations et ne commandent plus aux mouvements ; le corps se refroidit de plus en plus, et quand la température du corps s'est abaissée à + 15° centigrades, la mort met définitivement fin à l'existence. On peut, par une respiration et un réchauffement artificiels, faire renaître la vie dans un corps, dont la température est déjà descendue entre 15 et 20 degrés, quand même les battements du cœur et la respiration se sont déjà arrêtés depuis un certain tenq)s. — Sous l'influence de températures ambiantes sensiblement plus élevées que celles du corps, les diffé-

rentes fonctions s'activent, pendant un certain temps, mais cet effet n'est pas de longue durée. Les tissus meurent et deviennent rigides par la coagulation des corps albuminoïdes, et l'effet ressemble à peu près à celui du refroidissement ; on voit arriver l'affaiblissement, le sommeil, les convulsions, l'apathie et la mort. Les animaux exposés à l'air humide et chaud de 40 degrés centigrades, auxquels on ne donne ni aliment, ni boisson, meurent en quelques heures. L'animal supporte beaucoup mieux celte même chaleur lorsque l'air ambiant est sec, parce que le corps se refroidit par la transpiration. Si on réchauffe jusqu'à 45 degrés centigrades les organes intérieurs, la mort arrive presque inévitablement. Des fièvres dans lesquelles la température monte jusqu'à 45 degrés, et des maladies dans lesquelles, comme dans le choléra, elle descend jusqu'à 27 degrés, amènent inévitablement la mort chez l'homme.

La respiration est certainement une des causes les plus importantes de la production de la chaleur. Toutes les fois que la respiration s'affaiblit, que les intervalles entre chaque mouvement respiratoire deviennent plus gninds, les inspirations moins profondes, qu'en un mot, la respiration entière perd de son intensité, de sa profondeur et de sa vitesse, la température du corps s'abaisse rapidement et d'une façon très-sensible. Chacun a pu observer cela sur des individus évanouis ; pendant l'évanouissement, la respiration disparait presque complètement, le pouls s'amoindrit et un froid glacial s'empare du corps. Ceci donne aussi le moyen de distinguer un évanouissement véritable d'un évanouissement simulé. Nous pouvons bien retenir notre souille et rendre presque insensible ou au moins très-lente la respiration par la force de notre volonté, mais nous sommes incapables, par cette seule volonté, d'abaisser la température du corps ; les femmes elles-mêmes, malgré leur talent souvent incontestable à simuler un évanouissement, n'ont pu encore arriver à refroidir leur corps volontairement.

On peut étudier ces phénomènes sur une échelle beaucoup plus grande chez les animaux qui hivernent. J'ai eu l'occasion d'étu-

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(lier par moi-même l'hibernation du muscardin, et un de mes amis a publié des observations très-précises qu'il a faites sur le sommeil des marmottes. Sitôt que l'animal est endormi, sa respiration devient si lente et si douce, qu'il esfpresque impossible de la percevoir ; le cœur ne bat que faiblement et d'une manière presque insensible ; immédiatement après le commencement du sommeil, la chaleur propre de l'animal baisse et finit par dépasser à peine la température de l'air ambiant. L'animal continue son sommeil dans cet état semblable, sous certains rapports, à celui d'un animal à sang froid; on peut même le refroidir jusqu'à quelques degrés au-dessus de zéro, sans qu'il perde pour cela la faculté de se réveiller plus tard. Aussitôt qu'il se réveille, la respiration s'active, le pouls devient plus rapide, la chaleur augmente de plus en plus, et finit par atteindre le degré normal de chaleur de l'animal éveillé, Que l'animal ait mangé immédiatement avant de s'endormir, ou qu'il soit à jeun, tout cela n'a aucune influence sur les phénomènes subséquents. La température s'abaisse toujours de la même manière dans le sommeil.

L'influence de la respiration sur le développement de la chaleur ne peut donc être mise en doute, mais on peut se demander si cette influence est immédiate, si l'action chimique de la respiration produit cette chaleur, ou si cette fonction n'a d'inlluence que lorsqu'elle entre en liaison intime avec les autres fonctions du corps.

Il est certain que les substances introduites avec les aliments subissent une oxydation dans le corps. Si nous examinons dans son ensemble la composition chimique des substances introduites dans l'intestin, nous trouvons qu'elles contiennent toutes une certaine quantité d'oxygène. Cette quantité n'est pourtant jamais assez considérable pour qu'elle puisse transformer en acide carbonique et en eau le carbone et l'hydrogène, qui se trouvent dans les aliments ; mais nous retrouvons d'un autre côté dans les excrétions du corps et surtout dans les productions gazeuses de la respiration ces deux dernières substances compléttraent oxydées ; la respiration produit de l'acide carbonique

et de leaii : il y a donc évidemment dans le corps, grâce à l'oxy-. gène de l'air amené par la respiration, une combustion du carbone et de l'hydrogène, et il n'est pas besoin de démontrer que cette combustion doit développer de la chaleur. La première question qui se présente est évidemment celle-ci : Est-ce que le développement de chaleur engendré par ces oxydations suffit pour compenser les pertes que subit continuellement le corps par le rayonnement? Ces oxydations suffisent-elles à expliquer pourquoi nous conservons toujours à peu près la même chaleur propre, malgré les différences considérables de température de l'air ambiant; ou, si elles sont insuffisantes, peut-on indiquer d'autres sources de chaleur?

On a cherché à calculer approximativement et avec le plus de précision possible, la quantité de carbone introduite dans le corps au moyen des aliments. Ces déterminations ne peuvent avoir un grand degré de lixité, car il est difficile de trouver des individus qui veuillent se soumettre à un régime uniforme, en prenant chaque jour exactement la même quantité de nourriture et qui veuillent continuer ce genre de vie pendant des mois entiers. Beaumarchais nous dit en effet que l'homme se distingue surtout des animaux en ce qu'il boit et mange plus que ses besoins ne l'exigent. On a calculé d'après la quantité de nourriture fournie aux marins danois, que ceux-ci consomment à peu près 1 1 onces 1 '2 de carbone en vingt-quatre heures, et on est arrivé à peu près au même résultat pour les marins anglais. On a trouvé chez des forçats qui travaillaient ensemble aux champs, autant que possible, qu'ils consommaient la quantité un peu moindre de 10 onces l/'2, et pour des détenus en cellules, la quantité bien moins considérable encore de 8 onces 1/2, ce qui prouve que leur activité vitale était en souffrance et affaiblie. Ces rapports nous montrent déjà à quel raffinement de cruauté est arrivée la civilisation moderne qui a admis le principe des longues détentions cellulaires. Le même observateur qui a découvert une si petite quantité de carbone chez les détenus soumis au système cellulaire, a trouvé par la même méthode.

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qu'un soldat, dont le genre de vie n'est pas cà envier, a besoin d'environ 14 onces de carbone, c'est-à-dire un quart de plus que le prisonnier détenu dans une cellule. L'éloquence de ces chiffres n'empêche cependant pas certaines personnes de soutenir que les hommes deviennent meilleurs par le système cellulaire, et que cette manière d'emprisonner les coupables exerce sur leur moral une excellente influence.

Mais revenons à notre sujet. On a cherché souvent à prouver que l'oxydation du carbone introduit dans le corps, suffisait pour produire la clialeur constante, en balançant les pertes éprouvées par le rayonnement et la transpiration.

Pour prouver cette assertion, on s'appuyait sur le fait qu'une certaine quantité de carbone ou d'hydrogène développe toujours la même quantité de chaleur, qu'elle soit brûlée directement, ou seulement après avoir traversé divers états intermédiaires et formé diverses combinaisons ; mais ce théorème fondamental a été reconnu faux par les observateurs récents. D'un autre côté, les sources de la chaleur ont été considérablement augmentées; on a reconnu en effet qu'il n'y a pas d'échange de matière, de décomposition chimique, de mouvement moléculaire sans qu'il se développe en même temps de la chaleur. Ceci une fois admis, il fallait bien reconnaître aussi, qu'il est impossible de déterminer, au moyen d'expériences directes, la quantité de chaleur développée cà l'intérieur du corps. Les résultats de la nutrition, que nous ne pouvons examiner que dans leur ensemble, sont composés dune quantité très-considérable de facteurs minimes qui échappent à l'observation cà cause de leur petitesse. Chaque globule du sang, chaque fibrille, chaque cellule, chaque gouttelette de liquide est soumis à un mouvement incessant, cà un échange permanent, à une formation r-t à une destruction continuelle dans le corps ; chacune de ces actions chimiques qui se produit dans de toutes petites molécules développe une quantité de chaleur si faible qu'on ne saurait la déterminer ; nos instruments ne peuvent nous faire connaître que la somme de ces petites quantités incommensurables de chcaleur. Les perte?

subies par le corps dans la transpiration de liquide, la liquéfaction de parties solides, le rayonnement et d'autres actions analogues se composent aussi d'une multitude de quantités trèsminimes de chaleur, et la somme est seule appréciable au moyen de nos instruments.

Nous avons vu que différentes raisons empêchent de calculer la quantité absolue de chaleur que le corps doit produire au moyen des aliments, mais on peut en revanche déterminer la quantité de chaleur produite et la comparer à la quantité de nourriture absorbée. Des expériences faites à ce point de vue ont démontré qu'une nourriture excessive de viande est celle qui produit le plus de chaleur et qu'une nourriture non azotée est celle qui en produit le moins. Une nourriture mélangée donne une quantité de chaleur moyenne ; on a trouvé aussi qu'un homme bien nourri produit aux dépens des tissus de son corps, dans un jour où il ne mange rien, autant de chaleur que quand il absorbe une nourriture mélangée : si Ton veut appliquer ces expériences à la vie pratique, elles nous montrent que l'homme doit manger une plus grande quantité de viande dans les climats froids pour produire une plus grande quantité de chaleur, afin que celle-ci soit capable de lutter contre la température de l'air. Le végétarien est obligé de s'habiller plus chaudement que celui qui mange de la viande et Ihomme bien nourri peut se trouver encore parfaitement à son aise, quand le mangeur de pommes de terre frissonne déjà.

Quand on connaît les faits dont nous venons de parler, on peut déjà plus ou moins déterminer dans quelle partie du corps doit se produire la chaleur ; l'opinion de Lavoisier, maintenant vieillie, mais qui fut longtemps adoptée par les phvsiologistes, semblait la plus simple de toutes. Lavoisier pensait que la combustion se faisait dans les poumons : le sang veineux rempli de matières combustibles arrivait, suivant lui, dans les poumons et . y entrait en combinaison avec l'oxygène de l'atmosphère ; toutes les matières combustibles s'oxydaient et le sang artériel échauffé par cette action chimique distribuait dans le corps entier la

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chaleur qu'il avait absorbée. Les poumons étaient donc pour ainsi dire des fourneaux organiques; ils étaient en quelque sorte un calorifère, d'où partaient comme dans une maison des tubes qui se distribuaient dans le corps entier pour le réchauffer, après s'être préalablement rassemblés dans le cœur gauche.

De nombreux phénomènes cependant étaient inexplicables avec cette théorie. Parmi ceux-ci la température des poumons eux-mêmes était la chose qui offrait le plus d'importance. Il fallait nécessairement que les poumons eussent une température très-élevée, supérieure au moins de quelques degrés à la température des autres parties du corps. L'expérience nous prouve le contraire ; les poumons ne sont pas plus chauds que le foie et les autres viscères qui se trouvent dans des espaces fermés et pro^ tégés contre les influences extérieures. On aurait pu encore tourner la difficulté, mais depuis le jour où des expériences avaient prouvé que des animaux qui respirent dans une atmosphère composée d'autres gaz que l'oxygène sécrètent néanmoins de l'acide carbonique, que l'acide carbonique existe dans le sang veineux avant que celui-ci arrive dans les poumons et que la présence de ce gaz peut y être constatée ; depuis ce jour, dis-je, la théorie devait tomber devant les faits. Les poumons ne pouvaient plus être le seul organe qui produise l'acide carbonique, et comme d'après l'ancienne théorie, la production de cet oxyde est la cause du réchauffement du corps, on devait nécessairement transporter ailleurs le lieu où se fait cette oxydation et la placer dans d'autres organes.

Si les poumons ne sont pas le seul foyer de chaleur, il faut cependant admettre quils en dégagent au moins une petite quantité. Voici les phénomènes qui nous permettent de l'affirmer.

Dans nos pays, l'air que nous respirons a en moyenne une température de iO à 12 degrés. Cette température est plus élevée en été et plus basse en hiver. La température de l'air n'atteint que fort rarement la température du corps. L'air expiré au contraire, a presque la température du corps; il s'est donc

réchauffé dans les poumons, et ceux-ci ont nécessairement perdu une certaine quantité de chaleur en la communiquant à l'air expiré. Cette dernière quantité est d'autant plus considérable que la température extérieure est plus basse. La déperdition de chaleur est par conséquent plus gi^andc en hiver qu'en été ; plus le pays qu'on habite est près du pôle, plus la perte de chaleur est grande. Cette perte diminue à mesure qu'on se rapproche de l'équateur.

L'air que nous respirons n'est que très-rarement saturé de vapeur d'eau ; il n'est presque jamais non plus complètement sec ; ce cas peut pourtant se présenter quelquefois, mais le cas opposé n'est pas moins rare. Quant à l'air expiré il est au contraire presque toujours saturé de vapeur d'eau, sauf dans quelques cas exceptionnels. Cette vapeur ne peut provenir que de l'évaporation des liquides contenus dans les poumons, c'est-à-dire du sang. Si nous supposons qu'un adulte ne produit dans ses poumons qu'une demi-livre de vapeur d'eau par jour (quantité qui d'après les dernières expériences est plutôt trop faible que trop foi te), nous trouvons dans ce fait une cause de refroidissement qui doit être plus forte que l'augmentation de chaleur communiquée à l'air aspiré. 11 est avéré qu'un corps solide qui devient liquide, ou qu'un corps liquide qui se change en vapeur, a besoin d'une grande quantité de chaleur pour changer de forme. Cette chaleur appelée la chaleur latente n'est pas appréciable au thermomètre. L'évaporation d'une certaine quantité d'eau dans les poumons provoque donc nécessairement un refroidissement considérable dans cet organe. Ce refroidissement peut être cependant directement apprécié; les poumons, en effet, ont la même température que tous les organes internes du corps, qui n'offrent pas cette cause importante de refroidissement. On peut avec raison, tirer de ce fait, la conséquence que les poumons doivent contenir une source de chaleur particulière qui les maintient à une température constante, malgré la grande déperdition de chaleur qu'ils subissent constamment.

Comme nous l'avons vu plus haut, une partie de cette source

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de chaleur provient peut-être du travail chimique qui s'exécute dans les poumons sur le sucre du foie. Quanta savoir si la combustion de ce sucre suffît à couvrir la perte de chaleur que subissent les poumons ; c'est une question qui n'est pas encore résolue. D'autres phénomènes semblent prouver encore qu'il se passe dans les poumons une combustion qui développe de la chaleur ; ce n'est pas sans intérêt que l'on constate que chez les vieillards dont la respiration est beaucoup plus faible, que celle des enfants et des adultes, il se dépose presque toujours dans les poumons des masses noires composées presque exclusivement de carbone pur. Ces dépôts de carbone, connus sous le nom de mélanose, ne sont pas seulement des tumeurs maladives; ils apparaissent plutôt sous forme d'une poudre fine qui se rassemble dans le tissu pulmonaire lui-même, et l'obstrue de telle sorte qu'elle rend le fonctionnement de cet organe très-pénible. 11 y a même des médecins qui soutiennent que la mort arrive chez les vieillards en grande partie à cause de ces amas de carbone. Il semble donc, que 1% carbone qui ne peut s'oxyder dans les poumons, parce que la respiration y est trop lento et trop incomplète, est déposé dans sa forme primitive dans les tissus.

Une cause évidente du développement de chaleur chez l'homme et les animaux réside encore dans le mouvement. Malheureusement, on ne peut encore ici déterminer exactement l'importance de ce facteur, qui varie d'ailleurs dans de grandes hmites ; le fait en lui-même ne peut être révoqué en doute. Nous savons que la chaleur et le mouvement peuvent se transformer l'un dans l'autre et qu'une certaine quantité de mouvement ou de travail mécanique correspond à une certaine quantité de chaleur. Chaque unité de chaleur correspond à une certaine quantité de travail, c'est-à-dire de mouvement et vice versa. La chaleur est mouvement, le mouvement est chaleur; le mouvement doit donc nécessairement développer du calorique. Nous réchauffons plus facilement et d'une manière plus durable nos pieds en faisant une forte marche que lorsque nous les rapprochons du feu, et l'on peut travailler pendant l'hiver dans les champs, vêtu d'habillé-

ments qui, à peine, pourraient nous empêcher d'être gelés si nous restions à l'état de repos. L'influence du mouvement sur le développement de la chaleur est donc immédiat. Le muscle du bras d'un scieur de bois se réchauffe par les contractions continuelles qu'il subit; sa température dépasse alors de plus d'un degré la température moyenne de son corps, ce qui prouve d'une manière évidente que tout mouvement musculaire en lui-même développe de la chaleur. On a montré par des expériences exactes faites sur des cuisses de grenouilles séparées du tronc, dans lesquelles le sang ne circulait plus et qu'on a fait contracter en irritant les nerfs, que ces contractions développent une quantité très-petite de chaleur encore appréciable au thermomètre.

Le mouvement ne développe pas seulement immédiatement de la chaleur, il active encore indirectement toutes les fonctions du corps ; si l'on court ou si l'on saute, en un mot si l'on fatigue les muscles, la respiration s'active, le CŒ'ur bat plus vite et provoque au moyen de la circulation un échange plus actif dans les tissus. Le sang circule alors plus rapidement à travers les organes ; la métamorphose est plus vive parce que les excrétions formées dans la nutrition sont emmenées avec plus de célérité par le courant sanguin. Nous savons déjà que les systèmes capillaires des organes sont le siège d'actions chimiques ; c'est dans les tissus mêmes des organes qui sont traversés par de nombreux vaisseaux capillaires, que se produit l'échange de matières entre les tissus auquel nous donnons le nom de nutrition. La tâche principale de la nutrition est de former des éléments organiques nouveaux et d'expulser les substances déjà employées. Le siège des diverses transformations chimiques dans le corps, est donc en même temps le foyer de la chaleur animale, car ce sont surtout les combinaisons chimiques qui développent de la chaleur. Nous pouvons donc aftirmer avec raison, que c'est la nutrition qui est la source de la chaleur animale ; et des faits nombreux nous prouvent qu'il ne faut pas envisager la chaleur du corps humain, comme provenant d'un seul point du corps. La température du corps est bien plutôt le résultat du rassem-

blemeni de toutes les petites quantités de chaleur qui sont produites dans toutes les parties du corps. On peut démontrer, thermomètre en main, que les parties du corps, où s'est formée une inflammation possèdent une température plus élevée; la sensation de chaleur que nous éprouvons quand nous souffrons d'une inflammation quelconque, n'est pas seulement provoquée par une sensation su!)jective des nerfs, mais se base sur un fait tout objectif. L'échange des tissus est très-actif au siège même de l'inflammation; le sang circule plus rapidement en cet endroit, surtout lorsque l'inflammation est encore à l'état de simple congestion. Le sang cesse plus tard de circuler à travers les capillaires paralysés, son plasma exsude dans les parties environnantes, et l'on voit se produire des formations nouvelles suivant l'issue à laquelle doit aboutir l'inflammation. La température de l'endroit où se trouve le siège de Tinflammation est beaucoup plus élevée tant que cette inflammation dure; il est donc certain que les métamorphoses chimiques qui ont lieu à l'intérieur de la partie malade, ont produit à elles seules une certaine quantité de chaleur appréciable.

Il ne faut pas confondre cet accroissement de chaleur auquel non-seulement les malades, mais encore les thermomètres sont sensibles, avec les sensations subjectives de chaud et de froid qui peuvent très-facilement nous tromper. Les sensations de ce genre qu'éprouve un individu dépendent beaucoup plus de l'état de son système nerveux que des véritables différences de température. Nous verrons dans une lettre subséquente que les nerfs de la peau ont surtout pour fonction de nous transmettre la sensation de la chaleur. Si ces nerfs sont attaqués par la maladie, l'individu est sujet à des erreurs subjectives grossières, comme le savent tous les médecins : on sait que dans la fièvre intermittente on peut remarquer trois états très-distincts les uns des autres; le malade éprouve un frisson, contre lequel ne peuvent lutter ni couvertures ni cruches d'eau chaude, puis vient une chaleur sèche et la crise se termine par une abondante transpiration. Si l'on introduit un thermomètre sous l'aisselle (c'est

l'endroit du corps le plus favorable chez les adultes pour ces observations), on remarque que contrairement aux sensations qu'éprouve le malade, le mercure monte avant que le frisson commence et continue à monter pendant toute sa durée. C'est vers la fin du frisson, au moment où le malade tremble de froid et claque des dents, que le thermomètre atteint son maximum de hauteur, il y a donc, au lieu d'un abaissement de température, une augmentation de chaleur intérieure pendant cette période froide de l'accès intermittent. Pendant que le malade éprouve une grande chaleur sèche, le thermomètre commence à baisser; il baisse encore pendant que le malade transpire et il arrive à la hauteur normale à la fin de la crise. On voit donc qu'il faut distinsfuer entre la sensation de chaleur subjective qui peut se développer chez l'individu indépendamment des influences extérieures, et le degré de chaleur objective indiqué par les instruments. 11 faut aussi distinguer entre les sensations que nous communique la main qui sert à l'attouchement. Les médecins distinguent avec raison plusieurs sortes de chaleurs au moyen desquelles on peut reconnaître souvent diverses maladies. La main du médecin imposée sur certains malades éprouve une chaleur piquante et désagréable ; d'autres malades font ressentir une augmentation de température qui n'a rien de désagréable et d'autres enfin ne font ressentir aucune augmentation de température appréciable. Le thermomètre donne souvent, pour ces trois sortes d'impressions que font naître les malades, le même degré de température. La peau, dans ses différents états de tension et d'affaissement, quand ses vaisseaux sont vides ou remplis de sang, offre sans doute une conductibilité très-différente ; c'est là ce qui détermine la sensation de chaleur dans la main, beaucoup plus que la chaleur réelle. Placez un morceau de fer et un morceau de bois sur un fourneau chauffé, jusqu'à ce que tous deux aient acquis la température du fourneau ; on pourra saisir et enlever le morceau de bois, tandis qu'on se brûlera en touchant le fer et pourtant le thermomètre indiquera exactement le même degré de chaleur pour tous les deux.

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Nous ressentons avec la main non-seulement la différence de température mais encore la quantité absolue de chaleur qui émane en un temps donné d'un corps quelconque. Le fer qui est bon conducteur donne au moment où on le touche une grande quantité de chaleur, tandis que le bois ne la communique qu'après un certain temps. Les différentes sensations de chaleur que nous éprouvons en touchant des mahides qui tous présentent la même chaleur thermométrique, ont certainement la même cause.

Si nous rassemblons nos recherches sur la naissance de la chaleur dans le corps animal, nous voyons que cette chaleur est pour ainsi dire le résultat de toute l'activité vitale. Cette chaleur est une quantité très-variable, composée d'une grande quantité de facteurs variables aussi ; quelques-uns de ces facteurs ne peuvent être isolés et échappent ainsi à l'observation immédiate. Ce n'est pas seulement l'échange des tissus qui se trouve exprimé par la production de chaleur, tous les phénomènes se rapportant au système nerveux ont une influence indirecte sous ce rapport, en arrêtant ou en activant la transformation des tissus. On a raison de dire qu'un discours éloquent nous enflamme, et qu'une conversation ennuyeuse nous refroidit. L'activité plus grande du cerveau amène un échange de matières plus rapide dans cet organe, partant une circulation plus rapide et une activité plus grande dans tous les organes du corps, et finalement, comme conséquence, une augmentation de chaleur. L'irritation, l'affaissement des nerfs vasculaires, provoquent un afflux sanguin plus ou moins grand dans certains organes ; ils diminuent ou augmentent la chaleur de ces organes. Le sang lui-même, dans sa circulation non interrompue, est le courant régulateur qui partout permet et égalise l'échange des matières dans les tissus; il enlève la chaleur aux organes réchauffés et en donne aux organes trop froids ; plus sa course est rapide, plus cette égalisation devient complète, c'est pourquoi, la vitesse avec laquelle un corps se refroidit est en raison directe du nombre des battements du cœur.

222 LETTRE >EUVIEME.

Pour terminer cette lettre, je mentionnerai une hypothèse qui est encore enracinée dans plus d'un cerveau, et qui ne disparaîtra du monde que lorque les opinions que nous avons développées ici seront confirmées par des expériences exactes. Cette hypothèse consiste à attribuer aux nerfs ou à la cause inconnue de la force vitale la production de la chaleur animale. Je ne puis comprendre comment on peut attribuer aux nerfs moteurs et aux nerfs sensibles ordinaires qui sont si différents des nerfs vasculaires une fonction de ce genre. Un membre dont on a sectionné les nerfs conserve malgré cela sa température normale, aussi longtemps que la nutrition ne souffre pas par la paralysie des nerfs ; on ne peut dans ce cas attribuer aux nerfs la cause de l'abaissement de la température ; chacun sait que des membres qui sont restés longtemps inactifs pour une cause quelconque offrent une nutrition plus lente et maigrissent. On a constaté que lorsqu'une jambe est cassée, l'autre jambe qui est en bonne santé maigrit considérablement durant le repos forcé imposé au malade par la fracture. La difformité des pieds bots qui laissent complètement inactifs les muscles du mollet détermine un amaigrissement de ces derniers, sans que pour cela les nerfs soient attaqués. La nutrition diminue à un tel point que les malades sentent continuellement le froid au pied qui n'a pas sa forme normale. Le même cas se présente dans la paralysie ou après le sectionnement des nerfs. L'abaissement peu considérable de la température dans les parties où le nerf est coupé, ne peut venir que de l'affaiblissement de la nutrition dans son ensemble. Cet abaissement de température ne se montre quelquefois que plusieurs mois après la disparition de l'action des nerfs. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à faire des essais comparatifs sur des animaux, en faisant une ligature des vaisseaux sanguins chez les uns, et en sectionnant les nerfs chez les autres. Dans le pied où la circulation du sang est arrêtée, on peut constater d'heure en heure, et le thermomètre en main, le décroissement de la température. Là où l'influence des nerfs a cessé, on ne peut constater aucun refroidissement.

La force vitale est un de ces arcanes, comme il y en a tant dans la science, et qui serviront toujours de refuge aux esprits paresseux qui ne veulent pas se donner la peine d'examiner de plus près ce qu ils ne comprennent pas, et se contentent d'en faire un miracle. La médecine surtout sait tirer parti de cette manière d'envisager les choses. Que deviendrait la science médicale sans rhumatismes, hypochondrie et hystérie? Ce sont là des sortes de greniers où l'on place tout ce que l'on ne connaît pas exactement. Aussi longtemps qu'on n'a pas connu l'électricité, on a cru que le tonnerre était un phénomène surnaturel, mais à mesure que l'on a avancé dans l'étude des lois de la nature, les mystères ont de plus en plus disparu. 11 en est de même pour la physiologie; la force vitale est une inconnue que l'on rencontre partout à Tanière-plan, qui échappe à l'esprit qui veut la saisir, mais dont la puiïisance s'affaiblit de plus en plus, à mesure que la science fait des progrès. Au commencement de notre siècle, il n'y avait pas de fonction du corps pour l'explication de laquelle on n'eut mis en avant ce facteur inconnu de la force vitale. Il n'est plus du rôle de la science de se servir de cette force vitale pour expliquer un phénomène, son invocation ne sert plus qu'à cacher l'ignorance.

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