‹ Lettres physiologiquesChapitre 36 sur 103 · s LtlTHE LM)1 ZIE.ME · texte numérisé non relu

s LtlTHE LM)1 ZIE.ME

mit traiistbniiéc par conséquent seulement à l'entrée dans les parties voûtées. Cette opinion n'a aucun fondement sérieux, elle est même en contradiction avec les données anatomiques. L'anatomie en eifet nous apprend que les fibres radicales des nerfs périphériques ne dépassent pas les noyaux de substance grise que l'on trouve dans le tronc cérébral.

Ces rapports particuliers entre les tubes nerveux conducteurs et l'organe central nous expliquent une erreur assez curieuse que nous commettons surtout dans la perception de la douleur et du tact. L'irritation transmise par l'extrémité périphérique d'une libre nerveuse allant à l'organe central, arrive jusque dans le cerveau qui la j)er(,'oit comme une sensation toute locale. Certains éléments du cerveau correspondent donc à certaines parties de la périphérie, et l'irritation de ces éléments, qu'elle vienne de l'extérieur ou de l'intérieur, est perçue par nous comme une sensation périplîérique locale. C'est pourquoi les influences subies par une fibre nerveuse centripète, en un endroit quelconque de son parcours, sont perçues par la partie du cerveau irritée comme une sensation venant de la périphérie, ce qui donne lieu à de curieuses erreurs. Faisons ici une conq^araison pour faire comprendre la chose.

Supposons deux bureaux télégraphiques, dont Tun, que nous désignerons par A, représente l'extrémité périphérique, et dont l'autre, que nous désignerons par B, représente l'organe central.

Le fil télégraphique qui relie les deux bureaux représenterait le nerf conducteur. Cbaque courant électrique qui va dans la direction de A à B nous seia transcrit par le télégraphiste comme venant de A, et si, sans que le bureau B le sache, on construit sur le parcours du fil un nouveau bureau intermédiaire, les dépêches, transmises par ce dernier bureau, seront perçues par B, comme venant de A. 11 en est de même pour le cerveau. Les irritations, appliquées sur un point quelconque du trajet d'une fibre nerveuse, seront perçues par notre cerveau, comme venant de la terminaison périphérique. Cette perception, londée sur l'oriianisation même du système nerveux et confir-

LES PARTIES (.K>TPu\LES DU SYSTEME NERVEUX. 019

iJiée par rexpérieiice Journalière, est tellement forte qu'elle persiste même dans les cas où son erreur nous est démontrée par les sensations transmises par d'autres organes et par des sens différents. On croyait autrefois que ce phénomène provenait d'une structure particulière des tubes nerveux primitifs, quon croyait pouvoir expliquer par ce qu'on appelait la loi de la réaction pe'riphérique. Mais maintenant, par suite d'expériences exactes, on rapporte à l'organe central cette transposition à son extrémité périphérique de l'irritation suLie sur le parcours d'un tube primitif.

Cette loi est très-imjjortante, lorsqu'il s'agit de déterminer le siège de certaines douleurs que Ton ressent dans les organes périphériques. Chacun sait déjà par sa propre expérience, qu'un coup sur le coude, à l'endroit où le tronc nerveux de cette partie du corps passe sur l'os, produit une sensation très-douloureuse à l'extrémité de la main, surtout dans le doigt annulaire et le petit doigt. On perçoit dans la main et dans l'avant-bras un picotement msupportable, des fourmillements et autres phénomènes analogues.

Chacun peut donc expérimenter sur lui-même et sans danger ce fait de la réaction périphérifjue des nerfs. On se heurte au coude et l'on ressent des douleurs assez vives dans l'extrémité des doigts. Dans beaucoup de cas analogues, on peut voir que cette loi est générale. Un individu auquel on ampute la cuisse ressent de la douleur, pendant qu'on coupe la peau, à l'endroit même où se fait l'opération; le couteau n'a attaqué dans ce moment que l'extrémité périphérique des nerfs cutanés ; mais à l instant où le scalpel coupe le grand tronc nerveux, le nerf sciatique, dont les branches se distribuent dans le pied, le malade ressent une violente douleur dans les doigts des pieds, le pied et le mollet, et cette impression est si forte et sa localisation si exactement délimitée, qu'elle réussit à vaincre la conscience nièmedu malade.

Le médecin doit agir avec une grande prudence, quand il veut déterminer exactement où se trouve la cause d'une irritation per-

çue par les nerfs phéripliériques. Les malades s'étonnent souvent de voir le médecin laisser complètement de côté l'organe qui les l'ait souffrir, et appliquer ses remèdes à un autre endroit du corps, qui, pourtant ne fait éprouver au patient aucune douleur. Les annales de la médecine sont remplies d'erreurs de ce genre, qui viennent de ce que le médecin a né^-ligé cette loi si simple. Pour montrer combien on peut facilement se tromper et combien sont inutiles les traitements qui ne prennent pas cette loi en considération, nous nous bornerons à relater ici un cas qui a été conservé dans les annales de la chirurgie anglaise. Une jeune fille éprouvait des douleurs violentes dans un des genoux. Aucun remède, quel qu'il fût, appliqué à la partie malade, ne pouvait soulager la malade. Le genou lui-même semblait en bonne santé, et la douleur nerveuse était si violente que la malade, à bout de patience, après quelques années passées dans la souffrance, demanda à ce qu'on lui fit l'amputation. Elle fut faite au-dessus du genou, mais sans succès. Les douleurs paraissai:nt avoir toujours leur siège dans le genou, bien que ce dernier eût été enlevé. On fit une seconde amputation plus haut, à la cuisse ; les douleurs continuèrent ; on fit enfin une troisième opération dans laquelle on désarticula la cuisse. La malade ressentait toujours les mêmes douleurs. Elle mourut enfin, et l'on vit, en la disséquant, qu'il s'était formé une petite excroissance osseuse, dans le canal de sortie de la racine postérieure d'un nerf faisant partie du plexus crural. La racine postérieure de ce nerf se trouvait ainsi dans un état continuel d'irritation. Le siège de la maladie était donc à la naissance même du nerf. La douleur qui en était la suite était ressentie dans le genou ; c'était là rextrémité périphérique où se distribuaient les fibres nerveuses irritées. Tous les traitements locaux, l'amputation même, ne pouvaient par conséquent avoir aucun effet salutaire. On a déjà observé souvent des douleurs périphériques analogues provenant d'un état maladif de Eorgane ceni rai.

Les faits dont nous venons de parler prouvent que l'on peut lessentir de la douleur, même dans les membres que l'on ne

LES PARTIES CENTIIALES DU SYSTÈME NERVEUX. 5'2l

possède plus, parce que les nerfs coupés transposent toujours à leurs anciennes terminaisons périphériques les irritations auxquelles ils sont soumis. Les amputés peuvent en effet sentir pendant toute leur vie des douleurs dans l'extrémité qui leur manque, fût-ce vingt ou trente ans après l'opération. Même lorsqu'ils sont déjà habitués à la perte de leur membre, ils transportent à l'extrémité qui a disparu les sensations perçues par le moignon qui leur reste. Le pied ou la main qui manque leur fait mal, lorsque la cicatrice du moignon est affectée ; les individus atteints de rhumatismes ressentent les changements de temps dans les mêmes parties, et les invalides en bonne santé, tout en ayant la certitude de la perte de leur membre, le rétablissent cependant d'une manière inconsciente dans des moments d'inadvertance. Ils font, quand ils n'y prennent pas garde, des mouvements commandés évidemment par la possession de l'extrémité amputée. Ils recouvrent soigneusement en se couchant l'endroit où viendrait se placer le pied manquant. Sous l'influence d'une frayeur subite, ils se lèvent en sursaut comme s'ils pouvaient s'appuyer sur leurs deux jambes et tombent à terre. Ils cherchent à saisir des objets avec un moignon de bras, comme s'ils avaient encore la main à l'extrémité de ce bras. On pourrait citer des centaines d'observations analogues. Une autre preuve du fait que ces sensations des amputés dépendent tout à fait de l'organisation des nerfs se trouve clans les rêves qu'ils font. Dans les premières années après l'opération, ils se voient sans mutilation dans leurs rêves, et agissent comme s'ils possédaient encore leurs membres intacts. Les individus qui ont perdu une jambe rêvent qu'ils se promènent, courent et sautent avec leurs deux jambes parfaitement solides. Peu à peu, cependant, le sentiment de l'amputation se mêle à leurs songes. Il leur semble qu'ils possèdent encore leurs bras ou leurs jambes, mais ils ne peuvent s'en servir et les traînent après eux comme un fardeau inutile. Il y a bien peu d'invalides qui deviennent assez âgés pour se voir, dans leur sommeil, tels qu'ils sont en réalité. Même dans ces cas, où le sentiment du membre perdu n'existe plus, des blessures objectives du moignon

ramènent le sentiment dans la partie du corps qui fait défaut. L'invalide qui rêve qu'il se promène avec des béquilles ressent des douleurs dans l'extrémité périphérique du membre qu'il a perdu quand le moignon qui lui reste est atteint d'inflammation.

La chirurgie moderne qui s'est donnée à tâche de remplacer, autant que possible, les parties perdues, a fourni bien des faits pour l'étude de la localisation des sensations. On remplace le nez perdu, d'après les dernières méthodes, en découpant sur le front un morceau de peau triangulaire qui n'est rattaché à la peau de la figure que par un pont qu'on laisse subsister à la racine du nez ; le lambeau de peau, ainsi formé, est retourné et cousu avec ses bords sur le moignon du nez détruit.

Le nez est ainsi formé de la peau du front, et il accuse des sensations sur le front aussi longtemps qu'on a conservé l'attache cutanée qui permet la nutrition du morceau rapporté. On coupe cette attache aussitôt que le morceau rapporté s'est fixé des deux côtés à la peau environnante, et peut ainsi être nourri par les joues. Immédiatement après cette dernière opération, le morceau de peau devient insensible ; toutefois sa sensibilité revient peu à peu, et le morceau accuse, dans la plupart des cas, des sensations à la peau du nez et non pas à la peau du front. Mais il y a des cas dont on a méconnu l'importance et dans lesquels le nez nouveau conserve un sentiment frontal plus ou moins prononcé; le patient croit que cette peau fait encore partie du front. Un opéré, dont on avait sectionné depuis neuf semaines la partie de la peau du nez, encore attachée au front, conserva ce sentiment sur un côté du nez nouvellement formé ; quelques verrues qui se trouvaient sur ce côté du nez furent traitées avec l'onguent de cantharides, et le malade se plaignit plusieurs fois de douleurs très-fortes a l'endroit du front où se trouvait autrefois le morceau de peau enduit d'onguent.

Dans ce dernier cas, la localisation de la sensation sur le front ou le nez dépend du point central atteint par les fibres nerveuses nouvellement formées. Le morceau de peau du front, trans-

LES PARUES CENTRALES DU SYbTÉME .NERVEUX. .VJ5

porté sur le nez, ne perd aucune de ses propriétés nerveuses, aussi longtemps qu'il est relié au front au moyen de la racine du nez. Il perd toute sensibilité après sa séparation du front, parce que tous ses nerfs ont été coupés. S'il se forme de nouvelles fibres nerveuses qui entrent en relation avec les troncs nerveux de la joue, et par là avec les parties du cerveau uù les nerfs de cette même joue prennent racine, l'individu accusera des sensations sur le nez et non sur le front; mais si la réunion des tubes nerveux nouvellement formés se fait avec les nerfs du front, le morceau de peau rapporté conservera toujours son genre de sensibilité primitive.

Toutes ces expériences nous conduisent nécessairement à ce résultat : quil y a trois groupes de formations qui composent l'appareil nerveux sensitif. Le premier groupe transmet, à travers l'organe central, les sensations de la périphérie ; l'autre provoque, dans l'organe central, la sensation locale, et le troisième communique à la conscience générale la sensation locale. Chacun de ces groupes de nerfs, irrité seul, peut produire la sensation qui lui est propre, et beaucoup de maladies s'expliquent ainsi. Les douleurs des hystériques et des hypocondriaques, dont la place varie continuellement sans qu'il y ait de changement local périphérique, dépendent évidemment d'irritations maladives des groupes nerveux sensitifs qui se produisent dans une partie quelconque du système central.

Les expériences sur le 7nouvement ne sont pas aussi exactes et aussi concluantes (jue celles qui se rapportent à la sensation. Il faut distingîier ici deux sortes de faits que l'on peut spécifier par les noms de paralysie directe ou paralysie indirecte. Les observateurs ne s'occupent en général que de la première espèce et négligent les phénomènes de la paralysie indirecte. Parlons plus clairement : si Ton excite un tube primitif moteur, les muscles dans lesquels ce tube se distribue se contractent : si on irrite une partie de la moelle épinière qu'.on a isolée pour échapper à l'influence des mouvements concomitants, les muscles dans lesquels se distribuent les fibres naissant de ce morceau, se contractent

3i4 LETTRE DOUZIEME.

à l'irritation. Si l'on détruit les libres nerveuses, le mouvement est supprimé ; si l'on détruit les éléments conducteurs du mouvement (c'est-à-dire les cordons antérieurs et la substance grise de la moelle), il se produit une paralysie. C'est là une irritation directe et une paralysie directe produites par la destruction de la partie nerveuse, qui fait communiquer l'irritation du centre vers la volonté, et vice versa.

Le système nerveux central a, comme nous le verrons plus loin, des propriétés particulières. Ces propriétés servent à soutenir la force nerveuse, à faire percevoir les sensations par notre conscience, à soumettre les mouvements à la volonté et à les grouper pour faire un tout harmonieux; si les parties des organes centraux, qui possèdent ces propriétés, ne fonctionnent plus, les mouvements disparaissent. Si les parties qui élaborent la volonté motrice (si l'on peut s'exprimer ainsi) ont subi une lésion, ou bien encore si les parties qui transmettaient au tube primitif moteur la volonté élaborée ont été lésées, les mouvements pourront encore être produits par des irritations directes, mais non pas par la volonté de l'individu ou par une impulsion partie de l'organe central. La paralysie indirecte sera aussi importante et aussi complète pour l'individu qu'elle atteint que celle qui a été provoquée par la destruction directe des tubes primitifs moteurs ; mais pour le physiologiste et pour le médecin elle sera entièrement différente dans son essence. Il faut évidemment distinguer dans l'organe central certains éléments qui produisent la volonté, d'autres qui la transmettent, et d'autres enfin qui la font passer d'un organe dans un autre. J'ai observé, pendant longtemps, une femme dont la langue était presque paralysée par suite d'un épanchement de sang dans le cerveau. Elle prononçait quelquefois les mots allemands les plus difficiles par leurs consonnes gutturales et qu'un Français n'aurait jamais pu articuler ; les fibres motrices de l'appareil du langage n'étaient donc pas paralysées. Elle s'efforçait en outre de répéter le mot qu'elle avait prononcé ; la volonté était donc restée intacte; mais elle ne pouvait jamais parvenir à répéter le mot qu'elle avait parfaitement prononcé un instant au-

paravant. Faut-il admettre ({ue dans des moments de frayeur, où elle poussait une exclamation toujours adaptée à la situation (car ce n'est que dans ces moments-là que le phénomène se produisait), faut-il admettre que la malade subissait alors l'influence d'un mouvement réflexe provenant d'une idée surgissant subitement, mais que la transmission de la volonté avait été supprimée chez elle ? Il n'y a qu'à réfléchir sur les mouvements involontaires qui se présentent quelquefois, lorsque l'on coupe certaines parties du cerveau, et dont nous parlerons plus tard, pour nous mettre sur la trace d'une explication. Il paraît donc que dans le cas que nous venons de citer la volonté existait encore, mais que sa transmission, depuis le siège de son élaboration aux fibres périphériques, était dérangée ou faussée.

On peut admettre, comme résultat général, qu'aucun tube primitif d'un nerf périphérique ne va plus loin que la moelle épinière ou le tronc cérébral. Les fonctions des nerfs périphériques ne sont donc concentrées que dans la moelle épinière et le tronc cérébral. Malgré cela, nous voyons chaque jour se présenter des cas de paralysie de membres, provoqués par des maladies qui ont leur siège dans des parties du cerveau dont l'irritation ne provoque ni mouvement ni douleur. Les observateurs, au lieu d'expliquer ces phénomènes par une paralysie indirecte, venant de la destruction des parties qui ordonnent aux fibres [)rimitives d'entrer en fonction, avaient cherché à se tirer d'affaire par toutes sortes d'expédients curieux. On a dit qu'il y avait pression sur le tronc cérébral ; on affirmait que les tubes primitifs arrivaient jusque dans les parties insensibles; on s'appuyait dans cette hypothèse sur le caractère fibreux de la substance blanche. Les tubes nerveux chanç^eaient alors de caractère ; on donnait, en un mot, une quantité d'explications différentes. L'expérience et l'observation, si incomplètes qu'elles soient, nous ont cependant fourni des faits qui peuvent servir à un examen conséquent des phénomènes. Donnons-nous donc la peine d'être conséquents, et rassemblons les faits sur lesquels se baseront nos conclusions. Les fibres primitives motrices se ter-

ZiG LETTRE DOUZIÈME.

rainent dans le tronc cérébral. Des mammifères, des oiseaux, auxquels manque le cerveau proprement dit, peuvent encore exécuter des mouvements ayant un but déterminé. Les personnes chez lesquelles les parties voûtées seules sont malades sont, au contraire, souvent paralysées ; elles cherchent à mouvoir les membres paralysés, mais elles n'y réussissent pas. On ne peut admettre, dans la plupart de ces cas, une pression sur le tronc cérébral, car une partie ramollie dans l'hémisphère ne peut comprimer le tronc cérébral lui-même. Revenons à nos prémisses : Pourquoi l'oiseau, auquel on a enlevé les hémisphères du cerveau proprement dit, ne bouge-t-il plus? Il n'éprouve pas le besoin de faire un mouvement. Si on le pousse à se mouvoir, il le fera aussitôt; jeté en l'air, il vole. Les mouvements réflexes sont restés les mêmes, en tant qu'ils dépendent des parties du cerveau encore existantes. Pourquoi le malade ^ne se meut-il pas? Les tubes moteurs primitifs sont intacts, car une irritation galvanique les fait entrer en activité. Il possède encore toute sa volonté, et peut faire naître en lui-même le besoin de mouvement, ce que l'oiseau privé de son cerveau ne saurait faire. Il s'efforce de transmettre aux membres paralysés l'ordre de se mouvoir ; mais le mouvement ne se fait pas. Evidemment, le pont de communication n'existe plus, la volonté n'arrive pas jusqu'aux fibres nerveuses de l'organe qui doit être mis en mouvement ; c'est là la cause de la paralysie. Nous avons donc, en faisant abstraction des mouvements réflexes, trois facteurs nécessaires pour la naissance d'un mouvement volontaire : il faut des tubes primitifs, directement moteurs, qui subissent l'influence de la volonté ou d'une irritation, mais ne peuvent entrer par eux-mêmes en activité. Il faut encore des parties qui transmettent la volonté, et enfin d'autres qui pour ainsi dire élaborent cette volonté. La destruction de chacune de ces parties peut provoquer la paralysie ; il faut donc étudier, dans chaque cas, de quel genre est cette paralysie. Nous voyons donc que ces résultats concordent exactement avec ceux que nous avons obtenus en analysant les sensations, dans lesquelles

aussi les parties élémentaires sont divisées en trois groupes.

Cherchons maintenant à expliquer les résultats auxquels on est arrivé en faisant des expériences sur les rapports des différentes parties du cerveau avec les fonctions des nerfs, ^'ous reconnaîtrons qu'en allant de bas en haut dans le tronc cérébral, à partir de la moelle allongée, on trouve dans les pédoncules cérébelleux une relation évidente avec les muscles de la colonne vertébrale. Si l'on coupe une de ces parties, près du pont de Yarole, l'animal tournera sur lui-même dans le sens de la partie blessée, chaque fois qu'il voudra faire un mouvement. Si on fait la section un peu plus haut, l'animal tournera du côté de la partie en bonne santé. Dans les premiers cas, les muscles torseurs de Tépine dorsale sont paralysés du côté opposé, et, dans le second cas, du côté de la blessure. Ces mouvements sont si irrésistibles, chez les animaux opérés, qu'un savant affirme avoir vu un lapin opéré, mis dans du foin après l'opération, et qui pendant la nuit avait formé autour de son corps, par ses rotations continuelles, une enveloppe dans le genre de celles qui entourent les bouteilles. L'on connaît aussi des cas analogues chez l'homme, où une maladie affectant les pédoncules cérébelleux provoque chez le patient des mouvements de rotation autour de son axe, surtout pendant le sommeil. Si les deux pédoncules sont sectionnés, les mouvements du corps sont affaiblis dans leur ensemble : la marche de l'animal devient chancelante et peu sûre à cause du manque de fixation de la colonne vertébrale. L'on n'observe pas d'autre symptôme sur le corps lui-même. Mais, en revanche, chaque blessure provoquée aux pédoncules produit un dérangement dans la position des yeux. L'œil placé du côté blessé, est tiré en avant vers le bas, et l'œil en bonne santé en arrière et vers le haut.

Le pont de Yarole et les pédoncules cérébraux correspondent, sous beaucoup de rapports, aux cordons de la moelle épinière, ils sont sen>ibles ; le pont, dans sa surface antérieure surtout, accuse une grande sensibilité. Si l'on sectionne ces parties, on provoque, comme dans la moelle épinière, une sensibilit*''

plus forte dans la partie de la tète et du corps qui est du côté de l'endroit blessé. On a pu s'en assurer aussi dans les maladies. On a, en effet, souvent observé dans diverses parties du corps des douleurs qui étaient en rapport avec la dégénérescence de ces parties. On reconnaît aussi que ces parties ont des rapports évidents avec les mouvements. Si l'on sectionne un pédoncule ou le pont sur un côté, les mouvements se dirigent latéralement : l'animal ne peut s'en rendre maître par la volonté, et décrit des cercles au lieu d'aller en ligne droite. Cette courbe aura sa concavité tournée du côté de la partie blessée, et l'animal fera les mêmes mouvements qu'une cheval bien dressé dans un manège. C'est pourquoi l'observateur français, qui le premier a découvert ces mouvements, les a appelés fort justement les mouvements de manège. A'oici ce que raconte un observateur pour prouver que les animaux marchent involontairement en ligne courbe, quand même ils voudraient marcher en ligne droite : « Si l'on a placé un certain nombre de ces animaux opérés dans un local un peu vaste, ils se meuvent les premiers jours continuellement en cercle ; si on les a apprivoisés avant l'expérience, et si on leur a appris à venir chercher leur nourriture à l'appel, ils tâcheront de le faire aussi une fois qu'ils seront opérés ; ils tendront par conséquent leurs jambes de derrière avec plus de force, mais cela ne fait que donner un plus grand diamètre au cercle qu'ils décrivent, et ils sont obligés de décrire des spirales pour venir manger (on peut leur faire dessiner la forme de ces spirales sur le plancher en trempant leurs pattes dans l'huile). Au bout de quelques jours, l'expérience leur donne un moyen d'échapper à ces mouvements circulaires, qui sont évidemment fort gênants pour eux. On les voit alors, quand ils veulent traverser le local entier, s'appuyer contre le mur qui correspond au côté vers lequel ils tournent; puis ils se mettent à marcher. Le cou et la tète rencontrent alors dans la paroi une résistance contre le mouvement circulaire, et les pattes de derrière peuvent diriger l'animal en ligne droite. »

bes blessures des couches optiques ont à peu près le même ré-

sultat. Les animaux, quand on a blessé le tiers postérieur des couches optiques, tournent bien, comme quand on blesse les pédoncules, du côté qui n'est pas blessé; mais, lorsque la blessure est pratiquée aux deux tiers antérieurs de la couche, ils se meuvent en cercle du côté de l'endroit opéré. Il y a donc un croisement dans les couches optiques mêmes. Ces organes n'ont d'ailleurs aucun rapport avec les yeux, comme pourrait le faire croire le nom qu'on leur a donné.

Il faut soigneusement distinguer de ces mouvements circulaires mécaniques, provenant de la lésion de certaines parties du tronc cérébral, des mouvements provoqués par les lésions du cerveau moyen. Cette partie du cerveau est en rapport intime avec la vision. Des blessures, pratiquées à la partie antérieure des tubercules quadrijumeaux, provoquent aussi bien la cécité que le ferait la destruction du nerf optique lui-même, avec cette différence toutefois que la cécité se présente dans l'œil placé du côté opposé à celui où se fait l'opération. Ce phénomène s'explique par cette circonstance que les nerfs optiques se croisent immédiatement à leur sortie du cerveau dans la partie appelée le chiasma. Une cécité immédiate provoquée dans un œil ou dans tous les deux donne lieu, chez les animaux, à des phénomènes très-curieux. Un pigeon auquel on ferme l'œil avec un morceau de taffetas noir tourne en cercle dans le sens de l'œil laissé à découvert; un animal, dont on coupe tout à coup les deux nerfs optiques, tourne de la même façon. Les lapins, dont on détruit tout à coup les deux nerfs optiques, sautent à bas de la table où on a fait l'opération, et courent en ligne droite jusqu'à ce qu'ils rencontrent la muraille. On a fait les mêmes observations après le sectionnement des tubercules quadrijumeaux, à gauche et à droite. La terreur que provoque, chez les lapins, la nuit subite dans laquelle ils sont plongés, explique la fuite de ces animaux, déjà si craintifs de leur nature. Des blessures pratiquées à la partie postérieure des tubercules quadrijumeaux paralysent, au contraire, les mouvements de l'œil et de la pupille, sans qu'il semble que pour cela la vision soit affaiblie.

Nous avons encore bien moins de connaissances sur les parties voûtées du cerveau et du cervelet que sur le tronc cérébral et les parties qui l'avoisinent. Les parties latérales du cervelet présentent, à l'égarddes pédoncules cérébelleux, les mêmes fonctions opposées que la couche optique à l'égard des pédoncules cérébraux. Lorsqu'on les coupe, le corps tourne du côté qui n'a pas été opéré, et les yeux prennent la position suivante : celui qui se trouve du côté qui est en bonne santé se dirige en avant et vers le bas, et l'œil du côté malade en arrière et vers le haut. Si Ton enlève le cervelet lui-même, la moelle épinière perd complètement sa fixité, l'animal chancelle, même quand il ne marche pas. S'il marche, il paraît ivre, ses mouvements deviennent rapides et irréguliers, et n'ont pas la coordination nécessaire. On a prouvé depuis longtemps que l'opinion qui faisait du cervelet une espèce de sabot d'enrayure, retenant et tempérant Jes mouvements violents, provenait de ce qu'on avait mal compris les phénomènes. Les corps slr'iés, qui semblent appartenir, au point de vue anatomique, au tronc cérébral, mais qui, par leurs fonctions, forment évidemment des parties du cerveau proprement dit, sont complètement insensibles par eux-mêmes, et ne donnent lieu à aucun mouvement sous l'influence de l'irritation. Si on les blesse ou qu'on les sectionne, on voit apparaître des phénomènes fort curieux : le tact disparait dans le corps tout entier ; il ne reste plus que la sensation de la douleur. Les mouvements coordonnés et la motilité restent complélemment intacts, mais l'initiative a disparu tout à fait. Si l'on saisit les membres avec précaution et qu'on les déplace lentement, on peut faire prendre à l'animal les positions les plus étranges, sans qu'il cherche à bouger le moins du monde, tandis que l'animal en bonne santé change aussitôt de position. La pathologie a donné le nom de catalepsie à certains états particuliers, dans lesquels les membres prennent . des positions qui ne sont pas naturelles, et les gardent, sans que le malade cherche à les changer. Un homme en bonne santé ne pourrait conserver que quelques instants les positions souvent bizarres qu'affecte un cataleptique. L'animal opéré se conduit de

même à l'état de repos, mais, si on le presse ou qu'on le pince, ii se lève et s'enfuit. Il court d'abord lentement, puis de plus en plus vite, et, enfin avec une vitesse vertigineuse, jusqu'à ce qu'il arrive contre un obstacle qui l'arrête. Il reste alors dans la position qu'il avait au moment où il a rencontré l'obstacle. Rien ne l'excite à changer de position, aussi bien dans le repos que dans le mouvement, et si Tanimal ne rencontre pas d'obstacles, il court jusqu'à ce qu'il tombe épuisé de fatigue. Comme l'on voit, la même activité passive l'agite ici dans le repos et dans le mouvement. L'état où se trouve l'animal ne change pas, car l'animal ne peut en aucune façon l'influencer.

Beaucoup de physiologistes ont réussi à faire vivre pendant des mois et des années des oiseaux auxquels ils avaient enlevé le cerveau proprement dit. Ils ont pu ainsi étudier les phénomènes qui se passent chez les animaux privés de cet organe. Les mammifères ne survivent ordinairement que quelques heures à l'opération, car il se rassemble chez eux du sang épanché autour de la moelle allongée ; ce sang comprime peu à peu les parties centrales qui président à la respiration, et détermine ainsi la mort. Les mammifères ne peuvent donc servir pour cette sorte d'expériences. Celles qu'on a faites sur eux confirment du reste en tous points celles qu'on a faites sur les oiseaux. Des pigeons, opérés de cette manière, restent dans un état de somnolence continuel. Ils rentrent le cou, laissent pendre les ailes et reposent au commencement sur leurs deux pattes. Si on les pousse ou qu'on les pince aux pattes, ils se réveillent, secouent le corps et les plumes, ouvrent les yeux et font quelques pas en chancelant, pour retomber, plus tard, dans leur état habituel de somnolence. Si on les laisse tomber d'une certaine hauteur, ils ouvrent les ailes, volent très- bien et dans une certaine direction, mais tombent bientôt à terre et ne cherchent pas à s'envoler. Quelquefois ils se réveillent d'eux-mêmes , mais leur unique occupation est alors de lisser et d'arranger leurs plumes. Les yeux sont sensibles à la lumière ; le pigeon ne les ferme pas si on en approche une bougie allumée, mais il montre une certaine inquiétude et

suit tous les mouvements que l'on imprime à la bougie dans l'obscurité. Tous les autres sens semblent conservés, mais à un moindre degré; on le voit surtout par rapport au goût. Si on touche la patte du pigeon, il la lève, si l'on continue plusieurs fois à toucher cette patte, il finit par la cacher sous son aile, et reste alors en équilibre sur une patte. Si, dans ce cas, on pince l'autre patte, il change de position, et cache sous son aile celle qu'on a irritée en dernier lieu, en s'appuyant sur l'autre, qu'il a sortie de dessous son aile. Si on place dans les environs des fosses nasales des substances à odeur piquante, comme par exemple de l'ammoniaque, l'oiseau secoue violemment la tète et se gratte le bec avec la patte, pour enlever le corps irritant. Il est incapable de becqueter des grains, on est obligé de lui ouvrir le bec et d'introduire la nourriture jusqu'à la racine de la langue, pour lui permettre de l'avaler. On a pu observer, chez quelques pigeons qui ont vécu longtemps après l'opération, des accès de colère et una certaine sûreté dans les mouvements. On les a vus becqueter divers objets et montrer même une certaine animation. Aussi n'était-ce qu'après une observation attentive qu'on pouvait les distinguer des pigeons à l'état normal. Mais on ne les a jamais vus prendre d'eux-mêmes des aliments liquides et solides.

Ces phénomènes nous montrent que les sens, aussi bien que les mouvements, se conservent dans toute leur intégrité après l'enlèvement du cerveau proprement dit. Ils présentent la même combinaison qu'ils possédaient dans l'animal non opéré. Mais tous les mouvements semblent montrer que l'animal se trouve dans un état de somnolence particulier. Il ne se rend réellement compte ni de ses sensations, ni de ses mouvements.

On voit par là que ces mouvements sont, jusqu'à un certain point, différents des mouvements réflexes ; cependant ils ne s'en distinguent que par le degré de complication. Le sentiment de .'existence a disparu dans l'animal auquel manque le cerveau proprement dit, aussi bien que dans l'animal décapité. Les sensations ne ?ont pas perçues connue telles, et ne donnent naissance

LES l'ARTlES CENTRALES DL SYSTÈME xNERVEUX. 335

à aucune activité. L'animal qui n'a plus de cerveau peut périr de l'aim devant une auge pleine de nourriture, comme le dit un observateur récent, parce que l'image de la nourriture et le Lesoia de l'absorber ne peuvent plus produire, par leur combinaison, les mouvements nécessaires pour la déglutition. Les animaux décapités, comme ceux qui n'ont plus de cerveau, perdent le sentiment de l'existence et la pensée. Ils conservent cependant une coordination inconsciente dans leurs mouvements, par suite d'excitations extérieures. Leurs mouvements ont même un certain but inconscient, et la différence entre les animaux décapités et ceux qui sont privés de leur cerveau réside dans le deo^ré de perfection et l'importance des actions, qui dépendent du nombre de sensations, plus grand chez l'animal privé seulement de son cerveau. L'animal décapité ne conserve plus que le tact et la sensibilité en général; l'animal sans cerveau, au contraire, conserve tous les organes des sens, ainsi que leurs fonctions. Si l'on enlève peu à peu les hémisphères cérébraux, ces phénomènes deviennent de plus en plus distincts, sans qu'il y ait de changement plus grand dans une direction déterminée plutôt que dans une autre. L'enlèvement d'une moitié de cerveau proprement dit n'a pas d'influence appréciable, l'autre moitié entre en fonction à sa place et l'activité normale du cerveau se conserve, mais cette activité s'affaiblit beaucoup plus rapidement que dans le cas où le cerveau est intact. C'est là un phénomène que l'on a pu déjà étudier chez des hommes, qui, par suite de blessures profondes au cerveau, avaient perdu une certaine quantité de substance cérébrale.

Si nous nous demandons, maintenant que nous connaissons parfaitement les faits qui peuvent nous éclairer par rapport aux fonctions spéciales des voûtes du cerveau humain, quel est le résultat de nos recherches, nous trouvons que, chez Vhomme, on n'a pas encore réuni assez de faits suffisamment connus. L'expérience elle-même manque presque totalement, et l'on est obligé d'étudier les cas qui se présentent dans les accidents ou les maladies. On connaît une foule de maladies qui, dans l'exa-

uieii du cadavre, se sont expliquées par les dégénérescences du cerveau et sa destruction partielle. Cependant tous ces cas n'ont pu encore conduire à une solution exacte. Nous ne connaissons pas même exactement les phénomènes qui ont lieu dans l'apoplexie, car c'est ainsi que l'on appelle les congestions sanguines du cerveau. L'apoplexie détermine, en effet, différentes espèces de paralysies, que nous n'avons pu encore étudier suflisamment. Nous savons seulement que ces paralysies se présentent toujours dans la partie du corps située du côté opposé à l'endroit où s'est j)roduite la congestion. Nous savons aussi qu'elles se présentent chaque fois que le tronc cérébral a subi une dégénérescence ou une pression quelconque, et qu'enfin la paralysie, qui attaque toute une moitié du corps, et dont la cause se trouve dans des blessures ou des maladies du cerveau, peut devenir durable et complète ; chez l'animal, au contraire, les blessures pratiquées au cerveau ne produisent jamais de paralysie durable pour toute une moitié du corps. Nous ne savons point encore s'il y a dans le cerveau, par rapporta la sensibilité, le même croisement que celui qu'on observe par rapport au mouvement, car elle ne subit pas aussi fortement l'influence des dégénérescences que le mouvement. Il semble pourtant que ce croisement existe, car la compression d'une artère carotide produit dos sensations de tact anormales dans la moitié opposée du corps. Par rapport aux fonctions de l'intelligence, nous savons que, comme chez les animaux, elles s'affaiblissent d'autant plus que la destruction du cerveau est plus complète. Il est encore un autre fait certain, c'est que la ligature ou la destruction de certaines parties cérébrales provoque l'affaiblissement de certaines fonctions de l'intelligence. L'anéantissement de certaines facultés intellectuelles particulières par suite de la destruction de certaines parties distinctes ducerveau, donc la localisation des fonctions intellecluelles, n'a encore été démontrée que pour une seule fonction, savoir : le langage articulé. iMais ici encore les preuves laissent beaucoup à désirer. Ceci du reste n'étonnera personne, car on sait que les deux hémisphères du cerveau sont symétriques ; et, comme les

lésions ne s'attaquent ordinairement qu'à un seul hémisphère, la l'onction parallèle de l'autre hémisphère affaiblit considérablement par sa suppléance les conséquences de la lésion.

Une série de phénomènes maladifs et des expériences nombreuses nous montrent que le système nerveux central, et surtout le cerveau, ont une influence importante sur les mouvements et la sensibilité des intestins, qui ne dépendent cependant pas de notre volonté. Les contractions de l'estomac, des intestins, des canaux excréteurs des glandes, des uretères et du canal biliaire, ainsi que les mouvements vermiculaires des parties génitales internes, peuvent être excitées par l'irritation provoquée dans certaines parties cki cerveau. Les sécrétions dépendent même, jusqu'à un certain point, de l'organe central, parce que les nerfs vasculaires sont en rapport avec certaines parties de cet organe. Il est donc vrai de dire que le lait des nourrices devient nuisible pour l'enfant, si les nourrices ne sont pas dans une bonne disposition d'esprit. Il est vrai aussi que la sécrétion biliaire, la diarrhée, une abondantetranspiration et une sécrétion abondante d'urine, dépendent très-souvent de l'état particulier du cerveau. Ces changements dans la vie végétative sont quelquefois très-importants. En effet, le diabète, dont nous avons parlé plus haut, qui se manifeste par l'existence de sucre dansl'urine par suite d'une lésion dans la moelle allongée, nous en fournit la preuve. On remarque aussi des changements considérables dans la nutrition de la tète, quand le pont de A'arole a subi une lésion. Mais nous ne pouvons entrer, sur ce sujet, dans de plus longs détails.

Les rapports de sensibilité entre les intestins et le système ner* veux central sont souvent aussi très-faciles à constater. Les migraines violentes observées dans les maladies du foie, les hallucinations, qui se présentent souvent par suite de maladies intestinales chroniques et cachent souvent au médecin la vraie cause de la maladie, sont des phénomènes qu'on peut ranger dans ce groupe. Ils ne sont malheureusement encore que fort peu connus.

LETTRE Xlll

Les propriétés particulières du système nerveux, qu'on n'a comprises dans leur ensemble qu'après de longs tâtonnements, ont été de tout temps le domaine favori des physiologistes et des médecins adonnés aux spéculations métaphysiques. Chaque école médicale avait des théories particulières sur les nerfs, leur force vitale propre et le fluide nerveux ; et ces théories dominaient plus ou moins la science dans son ensemble, suivant qu'on leur attribuait des influences morbides plus ou moins considérables. Lorsqu'on découvrit la structure microscopique des tubes nerveux, la rapidité de transmission qu'on observait dans ces canaux remplis de substances demi-solides, sembla aux observateurs en opposition directe avec rimmobilité complète du contenu des nerfs. Beaucoup de savants se sont inutilement donné la peine de rechercher des mouvements dans les nerfs irrités au moment où ils entraient en activité pour transmettre une sensation ou un mouvement. Peine tout aussi inutile que celle que Ton se donnerait en cherchant à voir directement les mouvements moléculaires dans un fil de cuivre au moment où le traverse une dépèche télégraphique. Au moment même où des secousses électriques rapides et variables provoquent le tétanos dans la cuisse d'une grenouille,

on ne peut apercevoir le moindre changement dans les tubes nerveux mêmes. Il parut donc évident que la transmission à travers les tubes nerveux, la propagation de l'irritabilité dans une certaine direction, toute l'activité des nerfs, en un mot, dépendait de changements moléculaires absolument inappréciables au microscope, mais rendus manifestes seulement par les résultats obtenus dans les organes mêmes.

Les recherches modernes, en suivant une autre voie d'expérimentation, ont donné de meilleurs résultats. Nous savons, parles lettres précédentes, qu'il y a diverses méthodes pour irriter un nerf. Il y a le moyen mécanique qui consiste à le piquer ou à le pincer, le moyen chimique par lequel on le place sous l'influence d'acides ou d'alcalis plus ou moins corrosifs, et enfin la méthode électrique qui est toujours la plus puissante dans son activité, et qui produit encore de l'effet quand tous les autres moyens n'en ont plus depuis longtemps. Depuis qu'on a découvert les contractions de la cuisse d'une grenouille, dont le nerf avait été mis par hasard en relation avec une cuiller dargentet une lame de couteau en acier qui se touchaient, ce qui produisit un courant électrique comme on en obtient par une faible pile, on s'est toujours servi de la cuisse d'une grenouille privée de sa peau comme d'un instrument de haute importance pour l'étude des nerfs. Sans elle, la physique des nerfs, et l'étude de l'électricité elle-même, ne seraient jamais arrivées à la perfection qu'elles ont atteinte de nos jours. Le galvanomètre nous indique des courants électriques excessivement faibles, nous donne aussi la direction de ces courants, et nous montre les changements qui se produisent en eux quand ils sont de longue durée, mais la cuisse de grenouille le remplace dans le cas où la lenteur même du galvanomètre en rend l'usage impraticable. Le moindre changement dans le courant, si court et si rapide qu'il soit, se traduit dans la cuisse de la grenouille par une contraction. Aussi a-t-on employé dans ces diverses circonstances tantôt l'instrument artificiel, tantôt l'appareil donné parla nature, et l'on a pu ainsi étudier les propriétés électriques des nerfs et en tirer

des déductions importantes sur les changements moléculaires qui se font dans le nerf lui-même, ainsi que sur la force qui les met en jeu. Il serait trop long de relater ici ces expériences, car on ne les comprendrait pas sans faire une étude approfondie des propriétés physiques de Télectricité. Voici les résultats que nous ont donnés une série d'expériences très-délicates. Chaque nerf vivant du corps est, pour ainsi dire, un circuit électrique fermé dont le pôle positif se trouve dans l'axe longitudinal et le pôle négatif dans l'axe transversal. La substance conductrice interne est entourée par un corps isolant humide qui est la gaine du nerf. La moelle du nerf et surtout le cylindre-axe forment donc la substance nerveuse proprement dita ; les parties qui constituent la gaine ne servent qu'à isoler le contenu des nerfs. Chaque nerf entretient à l'état de repos un courant électrique, dit le courant du repos, qui éj)rouve des changements importants-cjuand on irrite la substance nerveuse. Si l'on ferme le circuit électrique d'une pile au moyen d'un morceau de nerf, el que l'on place ce morceau de telle façon que le courant traverse le nerf dans la même direction que le courant nerveux primitif qui se continue dans toute la longueur du nerf, le courant de repos deviendra plus fort, et sera alfaibli dans le cas contraire. 11 faut, pour que ces expériences réussissent et que l'irritation se transmette dans le nerf, en détermijiant ainsi en lui un état électrique, que la substance qui se trouve dans lintérieur des nerfs n'ait éprouvé aucune solution de continuité. Dans ce dernier cas, et même lorsque l'électricité se propage par la surface extérieure, la propagation à l'intérieur des tubes nerveux disparaît complètement. Si l'on serre, par exemple, le tronc nerveux avec un fil mouillé, toute conductibilité sera supprimée dans les nerfs; si c'est un nerf moteur, on pourra l'irriter au-dessus de la ligature de toutes les façons possibles, sans que les muscles périphériques se contractent. Si l'on a affaire à un nerf sensible, la sensation venant des parties j;ériphériques ne dépassera pas l'endroit où l'on a fait la ligature. Le renforcement ou l'affaiblissement du courant nerveux primitif ne se fera pas sentir dans la partie du nerf placée

lUlICE .NEUVtUSE ET ACTIVITÉ DE L A.ME. 359

en dehors de l'endroit où se trouve la ligature. On peut étudier sur le corps-vivant l'influence de la solution de continuité dans la substance nerveuse. Chacun connaît le phénomène de l'engourdissement des muscles qui provient toujours d une pression pratiquée sur les troncs nerveux. Si cette pression est assez considérable pour provoquer pendant un certain temps une solution de continuité dans les tubes nerveux, les nerfs refuseront tout service. Le membre devient complètement insensible et atteint souvent un tel degré d'immobilité que l'individu dont la jambe est engourdie peut faire une chute s^il se lève subitement. La conductibilité ne revient que quelque temps après : elle est alors accompagnée de phénomènes particuliers tels que les fourmis^ des picotements et des contractions involontaires.

Les expériences faites jusqu'à ce jour nous conduisent presque nécessairement à la conclusion suivante. Le nerf développe pendant toute la vie une certaine force résidant probablement dans des transformations chimiques qui ont leur siège dans le contenu nerveux ; ces forces produites par la nutrition des nerfs sont voismes des forces électriques. Tous les phénomènes semblent nous prouver qu'une influence quelconque qui peut faire varier la composition des nerfs, en affaiblit l'irritabilité; les effets des forces nerveuses paraissent en outre être à peu près les mêmes que les effets électriques. La meilleure objection que 1 on puisse faire contre cette opinion se base sur la vitesse de transmission de ces deux forces qui est de 422 millions de mètres par seconde pour l'électricité, et qui par conséquent, transportée aux nerfs, serait complètement incommensurable. On ne pourrait donc calculer la vitesse de la transmission dans les nerf. SI elle était duo simplement à réleclricité. Il est vrai que nous pouvons, dans le langage ordinaire, dire que la vitesse de transmission dans les nerfs est instantanée. Des expériences exactes nous prouvent cependant que le temps qu'il faut aux nerfs pour transmettre une impression, tout en étant excessivement court, peut pourtant être mesuré avec précision. On a mesuré cette vitesse au moyen d'un appareil particulier qui peimet de calculer

avec certitude de très-petites fractions de secondes, et l'on a trouvé ainsi que la vitesse moyenne de transmission dans les nerfs est de 26 à 50 mètres par seconde. Celte vitesse est donc, comme on le voit, infiniment moins considérable que celle de l'électricité. Ce fait serait donc très-concluant pour ceux qui n'admettent pas que la force nerveuse soit électrique. D'autres expériences ont démontré cependant que le nerf ne peut être regardé comme un corps simplement conducteur, mais qu'il est composé d'une quantité innombrable de molécules dont chacune est entourée d'un courant électrique, ce qui fait que la conductibilité de la masse nerveuse n'est pas directe, mais bien indirecte, et par conséquent nullement comparable à celle que présente un autre corps, unlil métallique par exemple.

On a mesuré de la même faç^n la vitesse des sensations et de la pensée, et l'on a trouvé que les différences individuelles sont dans ce cas assez grandes. On a même reconnu que l'on peut raccourcir par l'exercice le temps (ju'il faut pour manifester par un mouvement une impression des sens. Donnons un exemple de la manière dont ces expériences et ces mensurations délicates sont faites. Un observateur doit indiquer par un mouvement fait avec son doigt, en appuyant sur un bouton par exemple, le moment où il entend un bruit, où il voit une étincelle. Des appareils électriques servent alors à mesurer le petit intervalle existant entre la production du phénomène (pii doit frapper les sens et le mouvement qui indique que ce phénomène a été perçu. Il nous faut en chiffres ronds, soit pour éprouver la sensation soit pour la manifester par un mouvement, 1/20 de seconde, ce qui fait 1/iO de seconde pour l'acie tout entier. Mais, si l'individu doit ajouter la réflexion pour manifester la sensation qu'il a éprouvée, s'il doit par exemple indiquer par un mouvement différent que l'attouchement qu'il ressent a eu lieu à sa gauche, ou à sa droite, si la lumière qu'il a vue était verte ou rouge, il lui faudra un temps plus long pour donner un'signal, jusqu'à 1/4 de seconde. Chaque réaction nerveuse a donc besoin d'un certain temps pour se manifester, mais cette vitesse est si faible qu'un

cheval de course ou une locomotive font en une seconde plus de chemin que la pensée n'en fait en traversant les nerfs. La rapidité de transmission dépasse celle du vent, mais elle n'atteint pas celle du son et bien moins encore celle de la lumière.

Si l'on examine les fonctions des nerfs dans leur ensemble, on voit déjà par Tanatomie que les fibres nerveuses périphériques ne présentent aucune différence qui corresponde aux diverses fonctions, et que la distinction entre les fonctions dépend uniquement des deux extrémités du nerf, c'est-à-dire les organes périphériques dun côté et l'extrémité centrale de l'autre. Les moyens qui font naître une irritation des nerfs peuvent être, nous l'avons dit, très-différents. Mais, si l'on emploie pour plusieurs nerfs le même mode d'irritation, l'influence différera déjà par le fait que l'organe qui contient le nerf et l'endroit où ce nerf sort du système central ne sont pas les mêmes. On peut donc soutenir l'opinion que toutes les fibres nerveuses sont les mêmes et ont la même conductibilité. Si l'on parle de fibres motrices sensitives et des sens, il faut se rappefer que ces expressions ne s'appliquent pas aux tubes nerveux, mais seulement aux extrémités entre lesquelles ces tubes se distribuent.

La différence d'organisation que présentent les organes périphériques engendre probablement en grande partie le fait que les nerfs transmettent à l'organe central des sensations très-diverses. Les sensations transmises par les nerfs de la peau ne sont pas toujours les mêmes et ne varient pas seulement par leur plus ou moins d'intensité. Il y a des différences qualitatives, souvent très-grandes. Nous ne sentons pas seulement la douleur, nous pouvons par le tact apprécier la dureté ou la forme de la surface d'un corps ; nous pouvons reconnaître sa température et même jusqu'à un certain point son poids. On ne se rend pas seulement compte de la lumière et de l'obscurité, mais encore des couleurs et de leurs nuances. On n'entend pas seulement un son musical, dont les vibrations sont perçues par l'oreille, mais on reconnaît aussi par le timbre paiticulier l'instrument qui l'a produit. Mais si

l'on dégage dans son parcours un nerf cutané, ou qu'on le sectionne, et que l'on irrite ensuite l'extrémité coupée, l'individu ne sentira que de la douleur, même si l'on irrite le tronçon avec un morceau de glace ; il en est de même pour le nerf optique qui, lorsqu'il est sectionné ou qu'il est soumis à d'autres conditions d'irritation, ne perçoit plus que de la lumière en général, mais non pas des couleurs définies.

L'irritabilité de la masse nerveuse peut varier beaucoup par moment, et c'est de là que dépendent en grande partie les différences que l'on observe entre les sensations, surtout au point de vue subjectif. On peut montrer par différentes expériences, et cela facilement, que l'irritabilité des nerfs s'affaiblit et s'épuise à la fin pour renaître de nouveau après quelque temps si on laisse reposer les nerfs. Si l'on fait agir, par exemple, pendant un certain temps, des secousses électriques sur le tronc nerveux d'une cuisse de grenouille, il n'y aura à la fin plus de contractions. Si on laisse alors reposer la cuisse de grenouille un certain temps, elle recommencera à se contracter sous l'influence de chocs répétés. Toutes les irritations que l'on produit sur les nerfs finissent par les affaiblir, mais dun autre côté, le repos absolu et le manque d'exercice peuvent avoir sur eux exactement la même influence. Chaque médecin sait par expérience qu'un malade qui a une jambe cassée et qui est resté un ou deux mois au lit, ne sait plus se servir de la jambe restée intacte après la guérison ; il est vite fatigué, et doit apprendre de nouveau à marcher avec cette jambe. La variabilité de l'état de l'organisme a une influence considérable sur l'irritabilité et sur la résistance du nerf contre l'épuisement ; il n'est pas toujours dit qu'une irritabilité plus grande soit suivie d'un épuisement plus ou moins rapide. Ces deux états semblent, au contraire, complètement indépendants l'un de l'autre et paraissent avoir, suivant les circonstances, des rapports de causalité très-différents. La conservation de l'irritabilité dans les nerfs dépend de la conservation du môme degré de température auquel ce nerf était porté dans l'animal, mais elle dépend aussi essentiellement de l'arrivée du sang

artériel, qui semble rétablir instantanément la composition première de la substance nerveuse modifiée un instant par l'entrée en fonction du nerf. L'arrivée du sang artériel dans le cerveau est la condition nécessaire et indispensable de l'activité de cet organe. Une quantité de phénomènes maladifs qui se produisent dans le cerveau, dépendent uniquement d'irrégularités dans le charriage du sang artériel. De grandes et subites hémorrhagies, un arrêt subit dans l'arrivée du sang rouge dans le cerveau, arrêt provoqué par une occlusion interne ou une ligature des grandes artères céphaliques,une contraction des muscles vasculaires qui peut provenir de l'influence de l'organe central par suite de la peur ou d'une autre influence psychique, enfin le manque do sang arlériel dans l'organe central provoqué par l'arrêt de lares^ piration, sous l'action d'un phénomène mécanique ou chimique; toutes ces causes énumérées et une foule d'autres encore peuvent amener des évanouissements, des attaques épileptiques avec des crampes formidables dans les muscles, et finalement la mort, si la cause malfaisante n'est pas écartée au plus vite. C'est une règle confirmée mainte et mainte fois par l'expérience qu'il ne faut opérer les saignées qui peuvent faire craindre des évanouissements qu'en plaçant le corps de l'individu debout. Si l'évanouissement commence, il faut étendre rapidement le corps dans une position horizontale, ce qui active la circulation du sang dans le cerveau, et empêche la mort. Des expéiiences classiques sur l'épilepsie ont démontré qu'un arrêt subit dans la nutrition du tronc cérébral, provenant soit d'une perte de sang, soit d'un empêchement quelconque dans larrivée du sang artériel, provoque toujours des convulsions épileptiques. La même cause agissant sur le cerveau proprement dit provoque, au contraire, l'insensibilité, la syncope et la paralysie. Il suffit de quelques secondes pour déterminer ces phénomènes effrayants qui, à la longue, amènent inévitablement la mort. On peut démontrer facilement sur des animaux, dont on comprime et relâche alternativement les artères céphaliques, que chaque arrêt dans la circulation produit immédiatement un effet désastreux qui dispa-

raît avec rapidité aussitôt que la circulation est rétablie. Nous pouvons provoquer sur nous-mêmes des phénomènes analogues, en comprimant pendant un certain temps les artères du cou.

Les nerfs périphériques n'ont pas moins besoin d'une circulation continuelle, mais les effets ne se produisent pas avec la même rapidité que dans le cerveau qui est très-facilement irritable sous ce rapport. Si l'on fait une ligature à l'aorte abdominale d'un animal, ce qui empêche l'arrivée du sang artériel dans les extrémités postérieures, la sensibilité et la motilité disparaîtront au bout de quelques minutes dans ces extrémités.

L'influence de Téther, du chloroforme et du chloral dépend en partie de ce que ces substances affaiblissent l'arrivée du sang artériel, mais ce n'est pas là leur seul mode d'action . On a beaucoup emplové,dans les derniers temps, deux des substance^ que nous venons de nommer en dernier lieu, pour faire disparaître complètement la souffrance dans les opérations très-douloureuses. On a trop oublié, dans tous ces cas, que pour faire perdre à l'individu le sentiment de la douleur, on est obligé de l'exposera un grand danger. Anciennement on employait de préférence l'éther, dont la vapeur respirée agit beaucoup moins efficacement que la vapeur de chloroforme. C'est cette seconde substance qu'on a préférée dans les dernières années, parce que lemploi en est excessivement facile. Tandis que Temploi de l'éther nécessite des appareils compliqués et une aspiration longtemps sou'.enue, et que, nonobstant, il n"a souvent qu'une intluence fort incomplète, le chloroforme agit presque avec sûreté. Quelques grammes de ce liquide, versés sur un mouchoir, sont complètement suffisants pour produire Panesthésie, mais il est aussi plus difficile de calculer avec le chloroforme lintensité des conséquences qu'il doit produire. Malgré toutes les précaulions que l'on peut prendre, les cas de mort sont encore assez nombreux, et c'est exposer sa vie fort inutilement que d'employer le chloroforme pour combattre une douleur passagère, comme par exemple celle que provoque l'extraction d'une dtnl. Les phénomènes sont à peu près les mêmes dans l'emploi des deux substances. 11 y a quelquefois une courte période d'agitation au commence-

ment, pendant laquelle les mouvements respiratoires sont plus violents et exercent une influence importante sur la rapidité et sur la force des pulsations. Puis il y a une période plus longue, pendant laquelle l'individu ne perçoit plus les impressions des sens et ne sent plus la douleur. Son cerveau se trouve alors dans un état de légère ivresse qui passe bientôt à un état de rêverie profonde ; dans cette période, la moyenne de la pression sanguine n'atteint plus que moitié de sa force normale. La respiration devient plus lente, et son influence sur les pulsations de moins' en moins appréciable. Au lieu de sensations douloureuse^ le malade éprouve souvent des ballucinations agréables ; les impressions causées par le tact se manifestent plus longtemqis, mais elles sont transformées et émoussées; si l'inflence de la substance continue, on voit arriver l'insensibilité complète, le malade râle, sa respiratioTi s'arrête tout à fait, son cœur cesse de l)attre, et la mort le saisit, enfin, quelques instants après. La paralysie va du cerveau à la moelle épinière; on peut prouver que les mouvements réflexes disparaissent peu à peu et que les nerfs cessent de percevoir les sensations. Dans Lapplicalion locale, et sans qu'ils arrivent jusqu'au système nerveux central, Léther et le chloroforme ont la même influence destructive sur l'irritabilité nerveuse. On a toujours remarqué, dans tous ces phénomènes, et surtout dans celui de l'influence de la respiration sur la circulation, que le chloroforme a une influence bien plus énergique, bien plus rapide et bien plus dnnuerouse. 11 est sans danger d'employer du chloral, avec lequel on n'obtient de résultats que par la décomposition lente de cette substance à l'intérieur de la masse sanguine; en revanche, l'anestliésie n'est jamais complète.

Il y a d'autres remèdes qui ont une influence essentielle sur le système nerveux en général, sur son fonctionnement et son irritabilité. Parmi eux, la noix vomique, qui occupe le premier rang, contient un principe efficient, la strychnine. Si l'on empoisonne une grenouille avec une dissolution de strychnine, les muscles de l'animal sont bientôt soumis à des crampes épouvantables ;

au moindre attouchement, à la moindre irritation, ils éprouvent des contractions violentes, qui bientôt se transforment en un tétanos général. La dissolutio!) de str\clmine agit aussi bien mêlée au sang lui-même, et par son introduction directe ou indirecte dans la circulation, que si on l'applique sur les organes nerveux centraux. La quantité de strychnine qui suffit pour faire naître cet état d'irritation générale et de contraction musculaire violente, est presque infiniment petite. Si la dose du poison a été très-faible, l'animal peut se rétablir, mais il conserve, pendant longtemps, une sensibilité très-grande. Des influences toutes semblables à celles dont noijs venons de parler peuvent naître d'ailleurs de certains états de l'organisme lui-même. L'insensibilité à l'égard de la douleur ou anesthésie semble pouvoir naître, chez la plupart des individus, d'un croisement durable et a^ssez considérable des axes optiques. On n'a qu'à faire regarder fixement au sujet un objet brillant, par exemple un diamant, qu'on lui aura placé sur la racine dunez, pourproduire une insensibilité presque complète. L'irritabilité des nerfs peut, d'un autre côté, être tellement augmentée que la plus petite irritation provoque une réaction des plus violentes sur tout le système musculaire, ainsi que des douleurs très-fortes et des crampes très-puissantes. Une grande partie des phénomènes connus sous le nom de magnétisme animal , ainsi que toutes les absurdités que l'on a accréditées dans le monde sous le nom de phénomènes odiques, proviennent uniquement d'une irritabilité nerveuse plus prononcée, par l'intermédiaire de laquelle des sensations et des attouchements, dont l'importance est nulle dans la vie ordinaire, sont perçus par l'individu. J'ai longtemps observé une femme que des vomissements journaliers et violents avaient conduite aux portes du tombeau ; la cause de cette excitabilité élonnante de Festomac, loin d'être une maladie de cet organe, comme on l'avait d'abord supposé, était uniquement un commencement de grossesse. Malgré un état de prostration et de faiblesse considérables, ou peut-être même à cause de cet état, le système nerveux avait atteint un très-grand degré d'irritabilité. La malade entendait les pas des habitants du village.

quand je pouvais à peine les voir dans le lointain ; et elle reconnaissait à leur pas, sans les voir, les personnes qui passaient dans la rue. Comme on le voit, cette irritabilité n'aurait eu qu'à s'augmenter un peu pour provoquer des phénomènes que des imposteurs auraient parfaitement pu faire passer pour des visions magnétiques,

Nous approchons maintenant du sujet qui doit nous découvrir le grand secret de l'activité nerveuse, et nous pouvons nous demander dans quelle relation les fonctions des nerfs périphériques sont avec les fonctions des parlies centrales, qui constituent ce qu'on désigne par le nom d'activité de l'àme.

Il est indubitable que le siège du sentiment du moi, de la volonté et de la pensée, se trouve uniquement dans le cerveau, mais il nous est encore impossible de déterminer comment la machine fonctionne dans cet organe. Comment se fait-il que je puisse appliquer ma volonté à l'accomplissement de tel ou tel mouvement? Est-ce la suite d'une localisation particulière de la volonté, ou le résultat d'une direction particulière qui doit être imprimée à l'activité motrice? Nos connaissances actuelles ne nous permettent pas de répondre à ces questions. Contentonsnous de parler des rapports des substances cérébrales avec l'organisation des nerfs, et avouons ici notre ignorance, sans vouloir aller plus loin que le point où nous ont mené l'expérience et la pratique.

Nous pouvons encore bien moins parler des rapports de l'activité de l'àme avec les fondions du cerveau, quand même la phré • nologiede Gallei la cranioscopie de Ctin(5 prétendent avoir trouvé la solution du problème. Chaque observateur arrivera bien, iepense, parunesnite de raisonnements logiques, à V opinion que voici : que toutes les propriétés que nous désignons sous le nom d'aclivilé de Vâme ne sont que des fonctions de la substance cérébrale, et, pour nous exprimer d'une façon plus grossière ; la pensée esta peu près au cerveau, ce que la bile est au foie et Vurine aux reins. Il est absurde d'admettre une âme indépendante, qui se serve du cerveau comme d'un instrument avec lequel elle

travaille comme il lui plaitK En appliquant aux autres ororanes

* J'ai laissé à dessein ce passage dans sa forme primitive, tel que je lavais formulé dans la première édition allemande de cet ouvrage, parue en 1847, car il n'a pas soulevé dès l'origine et dans les premières- années qui suivirent la publication de ce livre de violentes contestations. Ce n'est que beaucoup plus tard, lorsqiie l'on eut besoin dune arme datlaque, que ce passage se trouva en butte aux controvers s. Il est vrai, que la preuve de cet!e opinion, sur laquelle e.>t basé tout le progrès moderne, se trouve en cette opinion même, mais comme on a prétendu qu'elle était détestée et abandonnée de tous, et répudiée par tout naturaliste sérieux, je me permettrai de citer ici quelques passages qui suffiront à prouver le contraire.

Molescboti, après avoir cité le passage ci-dessus, ajoute : « La comparaison est inattaquable si l'on a bien compris où Vogt a placé le point de comparaison. Le cerveau est aussi nécessaire à la production de la pensée que le foie à la préparation de la bile, et les reins à la sécrélion de l'urine. Mais la pensée n'est pas plus un liquide que la cbaleur ou le son. La pensée est un mouvement, une translormalion de la substance cérébrale, et l'activité est aussi nécessaire au cerveau et en est aussi inséparable que la force est nécessaire à la matière et inséparable d'elle. Il est aussi impossible qu'un cerveau en bonne santé ne pense pas, qu"il est impossible que la pensée soit inhérente à une autre matière qu'à la matière cérébrale^. ); (Molescbotl, La circulatiou de la vie, Mayence, 1842, p. 402;. Un autre physiologiste s'exprime en ces termes : « Siège de l'âme. Les opinions sur la situation des appareils qui servent à la production de l'aclivité de l'àme vaiient. >'ous sonimes en présence d'un premier groupe d'hypothèses qui attribuent les fonctions de l'àme à une substance particulière, l'àme, qui semblable à l'éther, se trouve entre les masses pondérables de la substance cérélrale, et est en rapport si intime avec cette substance, que ses ])ropres transformations sont en rapport intime avec celles de la masse cérébrale. C'est la même hypothèse que celle qu'admet le ithysicien à propos de l'éther et des substances qui l'entoiiient. Pour que cette hypothèse explique tous les phénomènes, elle nécessite l'adoption d'une opinion qu'il est impossible de soutenir scientifiquement, c'est que l'éther de l'àme puisse varier par le moyen d'influences qui lui soient innées, c'est-à-dire que l'éther ait une volonté propre. Les partisans des opinions réalistes, d'ailleurs si nombreuses et si variées, s'ils se décident à se faire une idée à ce sujet, sont tomb's d'accord i^ur ce point, que les ph''nomènes spirituels résultent dune certaine somme de conditions inhérentes au cerveau et au smg, puisque des changements qui ont lieu dans la composiiion du sang, peuvent faire naître, faire varier, ou faire disparaître, soit l'intelligence, soit la sensibilité, soit la volonté. Celui qui accepte cette conclusion par analyse et qui pnr ses connaissances est devenu capable de faire une comparaison approfondie entre les plicnomènes spirituels et les phénomènes de la nature, n'hésitera pas un seul instant dans le choix de l'opinion qui lui semblera la meilleure, mais s'il veut avoir une preuve irrécusable pour l'une des deux théories, il reconnaîtra qu'elle n'est pas encore donnée. » (Ludwig, professeur à Leipsik, Physiologie de l homme, p. 452, Heidellerg, 1855). Un troisième savant s'exprime en ces termes : « L'existence du courant nerveux ne se constate dans la nature que sous deux formes différentes ; le courant nerveux peut d'abord entrer dans des combinaisons élémentaires, qui ne sont pas capables de le propager ; il y développe alors des forces mécaniques et des effets palpables ; il peut encore ne pas sortir de la substance conduclriccf la ncurine, et se rassembler dans certains appareils nerveux que nous appelons le cerveau, cette action détermine ce que t tous appelons le sentiment du moi. Le principal obstacle qui s'oppose aune explication simple et naturelle des pliénonn''Mes d'innervation réside dans

FORCE NERVEUSE ET ACTIVITÉ DE L'AME. 5i9

du corps le même raisonnement, par lequel on institue une àme indépendante pour le cerveau, on serait furcé d'admettre une àme particulière pour chaque fonction du corps, et cette accumulation d'àmes incor[)orelles dirigeant les différentes parties du corps empêcherait complètement de comprendre les fonctions vitales. Ce sont la forme et la matière qui président à la fonction dans le corps entier, et toute partie de l'organisme qui jouit d'une composition particulière doit aussi avoir nécessairement une fonction particulière.

[.a loi physiologique, qui affirme que l'activité de l'àme n'est qu'un ensemble de fonctions de la substance cérébrale, forme la base naturelle de la phrénologie. Cette prétendue science cherche, en outre, à localiser les différentes activités de l'àme dans certaines parties du cerveau, et fait dépendre du développement de ces parties le développement des diverses activités de l'àme. Il n'est pas sans intérêt de savoir que justement les peuples qui montrent le plus grand attachement pour le dogme, conçu de manière différente selou les individus, se sont ralliés à cette base toute matérialiste de la psychologie, ce sont les Anglais et les Améri-

cc que nous avons adopti dès notre enfance des préjugés loucliant la soi-dkant activité de rame. Ces préjugés nous ont appris à regarder les phénomènes spirituels comme quelque chose qui na aucun rapport avec le monde et la nature en général. Nous croyons quo c'est une activité sui generis, spécifiquement dilïérente des phénomènes de la soi-disant nature matérielle. Il en résulte que d'^s pliysiolociites même très-distingués, dès que la science leur a appris que le cerveau est loruane de l'àme, conjme le foicîst l'organe qui produit la bile, ne continuent plus leurs. recherches en présence de la contradiction qui se présente alors pour eux entre la science et les idées dogmatiques qu'on leur a inculquées. Ils se contentent alors d'appeler celle contradiction un problème insoluble à cause de l'insuffisance des données scientifiques actuelles. » Un peut lire ce passage dans un mémoire ayant !e titre suivant : De la fonction cérébrale, par le docteur L. Fick. I». P. 0. à^Miirbourg, le mémoire a été imprimé dans les Arc/iives (Vanatomie, de physiologie, et de sciences médicales, 1851, p. 414. Ces archives onfété éditées par Jean .Muller, conseiller intime de Prusse et professeur à Berlin. Pour ce qui me concerne, je n'ajouterai que quelques mois. J'ai dit que chaque savant arrivait aux déductions dont j'ai parlé par la suite du raisonnement logique, mais je n'ai jamais vo:ilu soutenir qu'il n'y avait pas de savants incapables de raisonnements logiques et suivis, et je n'ai jamais prétendu qu'il n'y avait pas parmi les savants, d'Iionmies dépourvus de bon sens et d'intelligence. 1 es discussions animées qui ont eu lieu, en Allemagne surtout, au sujet de ccsqueslions si difficiles à résoudre, n'ont fait que me confirmer dans ithîs opinions autant sur les fonctions cérébrales que bur l'incapacité logique de beaucoup de savants.

550 LETTUE TREIZIEME.

cains. En Allemagne, au contraire, où la phrénologie a pris naissance, et en France, où ses inventeurs l'avaient mise en vogue, elle a perdu peu à peu son rang de science sérieuse. 11 est vrai qu'il faut rejeter, comme complètement faux, les résultats que la phrénologie prétend avoir atteints jusqu'à nos jours, car ils ne se fondent sur aucune preuve certaine ; mais l'on ne peut nier que la phrénologie ne s'appuie sur un principe vrai, qui est de croire que la qualité et la quantité des diverses parties du cerveau produisent, chez nous, la pensée dans toutes ses diverses formes et dans toutes ses différences individuelles. De telle ou telle formation cérébrale dépend aussi telle ou telle fonction psychologique, et telle ou telle passion ou appétit. Les actions des hommes ne sont donc que des résultantes toutes physiologiques de la nutrition et des transformations de la substance cérébrale. C'est là le seul point qui soit exact dans toute la science phrénologique ; ce qu'elle contient de faux, de non prouvé et de non scientifique, est lapplication pratique de ces principes.

La phrénologie de G«//, modifiée plus tard de maintes façons, a distingué sur le crâne différentes i^égions qui devaient représenter la localisation de chaque faculté dans le cerveau. Un crâne arrangé ainsi, et sur lequel on voit écrits les mots de courage, de sentiment,. de vol, etc., ainsi qu'une cin(|uaiitaine d'autres propriétés, a fort belle apparence; si une certaine région du crâne ressortait en bosse ^hez un individu, on disait que la faculté qui devait se trouver sous la bosse devait être développée à un haut degré. Si la région crânienne était aplatie ou en creux, la faculté correspondante n'existait pas ou n'était que fort peu développée. Cette opinion déjà, d'après laquelle les contours du crâne imitent exactement les contours du cerveau, situé à l'iniérieur, et donnent, par conséquent, la conformation du cerveau par celle du crâne, est inadmissible. Le crâne n'est pas une boîte ayant la même épaisseur dans toutes ses parties ; il offre certaines parties déterminées où il est plus mince, -d'autres où il est plus épais, et ces variations dans l'épaisseur des différentes parties sont assez considérables. Les uns ont l'os frontal plus épais que

FUUCE NEUVEUSE ET ACTIVITE DE LAME. 551

l'occipital; chez d'autres, c'est le contraire, et il suffit de scier dans différentes directions le premier crâne venu pour se convaincre que les contours extérieurs ne rappellent en rien la forme intérieure, et qu'il n'y a qu'une ressemblance toute générale.

Si la localisation des différentes facultés dans les diverses parties du cerveau était vrajment telle que l'enseigne la phrénologie, il serait, malgré cela, impossible d'étudier les diverses facultés sur le crâne extérieur, puisque, comme nous venons de le voir, ce n'est pas un moule représentant la suiface du cerveau. Cette localisation s'appuie sur une suite d'articles de foi qui, comme toute croyance, ne reposent sur aucune preuve certaine. On a placé le sens musical à telle ou telle région, parce que, du temps de Gall, un ami de ce médecin, musicien de mérite, avait une bosse à cet endroit même du crâne. On a pris l'instinct de la destruction sur le crâne d'un assassin célèbre, et ainsi de suite. Des blessures faites à la surface du cerveau, et qui occasionnent souvent de grandes pertes de substance cérébrale, n'ont pas dinfiuence certaine sur les facultés mentales, et les expériences mentionnées plus haut nous montrent que des blessures importantes au cerveau ne font que provoquer un affaiblissement général de toutes les fonctions et non pas la destruction spéciale d'une fonction particulière. Tout cela nous prouve sufhsannnent qu'il n'y a pas de localisation exacte des facultés de l'àme dans les parties voûtées du cerveau, mais qu'il y a là des conditions plus générales, dont nous n'avons pu encore étudier tous les rapports.

Les fonctions des parties centrales du système nerveux ont dans le règne animal tout entier une certaine périodicité que l'on désigne sous les noms de sommeil et de veille. Je n'ai jamais pu comprendre pourquoi l'on n'attribue le sommeil qu'aux hommes, aux mammifères et aux oiseaux, et pourquoi on s'évertue à croire que les autres animaux ne dorment pas. La plupart des reptiles se reposent pendant la plus grande partie du jour. 11 suffit d'observer les lézards et les crocodiles pour voir qu'ils dorment au soleil ; on peut prendre avec la main des poissons endormis. Les mollusques, les écrevisses et d'autres articulés ne

cherchent ordinairement leur nourriture que pendant la nuit et dorment pendant le jour. L'heure de la journée ne fait rien à raffaire, la chouette ne dormirait-elle pas parce qu'elle vole la nuit? On sait que les animaux qui habitent le bord de la mer se retirent dans leurs coquilles pendant la marée descendante, qu'ils s'enroulent sur eux-mêmes et ne reparaissent plus; ils attendent ainsi sans bouger la marée montante. Ne serait-il pas absurde de croire qu'ils restent alors éveillés et s'occupent à construire des théories philosophiques au sujet de l'influence de la lune sur le mouvement de l'eau? Je ne sais comment on a expliqué jusqu'à présent ces phénomènes et beaucoup d'autres semblables ; tout ce que je puis dire, c'est que je n'ai pas encore trouvé d'animal chez lequel ou n'observe des états périodiques correspondants au sommeil et à la veille.

Les phénomènes du sommeil sont connus de tous. Les paupières s'alourdissent, on baille, on cherche le repos et une position commode, et Ton devient bientôt insensible aux impressions extérieures. Chacun peut en faire lui-même l'expérience ; il est donc inutile de s'ap})esantir sur ce sujet. Chacun sait aussi que des irritations sensitives vous tiennent plus longtemps éveillé, que des aspersions d'eau froide, une lumière vive et une musique bruyante retardent le sommeil, tandis qu'une musique douce, le bruit monotone d'une cascade, le clapotement d'un ruisseau, et surtout les conversations ennuyeuses ou les livres de philosophie spéculative amènent inévitablement le sommeil. Mais il y a aussi des phénomènes qui précèdent habituellement le sommeil et dont la plupart des hommes ne s'aperçoivent ordinairement pas, car ils sont difficilement appréciables pour l'individu chez lequel ils se produisent; il n'y applique pas en général son attention. Si l'on ferme les yeux, on voit des points sans contours déterminés, un brouillard, des taches lumineuses et des masses plus claires qui dansent dans le champ visuel, et dont le jeu amène de plus en plus le sommeil. Il faut pour les observer beaucoup d'empire sur sa propre Volonté et une réflexio.i soutenue dont l'exercice fatigue énormément.

Les fonctions de la vie végétative continuent toutes pendant le sommeil, mais il y a évidemment un certain relâchement et un certain ralentissement dans tous les mouvements. Le cœur bat plus lentement, la respiration devient plus tranquille et plus profonde, les mouvements péristaltiques de l'intestin et la digestion se ralentissent. « Qui dort dîne. » C'est là un vieil adage. Les phénomènes de la vie animale sont bien plus intéressants. Le sentiment du moi devient plus faible sans pour cela disparaître complètement, et cet émoussement du sentiment du moi, ainsi que son manque de concordance avec les autres facultés, détermine le sommeil. Le dormeur entend, sent et voit, au point de vue matériel, tout aussi bien que l'homme éveillé. Son nerf auditif reçoit les vibrations sonores et ses nerfs sensitifs perçoivent la douleur aussi bien que dans l'état de veille. Mais les sensations ne sont point transmises à notre conscience, et si cette transmission se fait, les sensations arrivent à notre esprit faussées, embrouillées et obscures. Il en est de même des mouvements. Nous abandonnons très-facilement dans le sommeil une position incommode, nous frappons autour de nous en rêvant, et le chien de chasse qui rêve remue les pattes comme s'il voulait courir. Mais les mouvements n'ont aucune force, ils sont indéterminés et n'ont ni règle ni concision.

Des phénomènes nombreux nous prouvent que les sensations sont transmises dans toute leur intensité pendant le sommeil, mais ne sont pas perçues par la conscience comme dans l'état de veille. Le plus petit bruit insolite peut réveiller, tandis que des sons très-forts auxquels on s'est habitué n'empêchent nullement le sommeil. Un bruit qui dans le commencement dérangeait notre sommeil ne nous incommode plus une fois que nous en avons l'habitude. Mais les sensations ne sont pas perçues dans leur réalité par ce jeu fantastique de l'esprit que nous appelons le rêve. Notre cerveau y rattache différentes illusions fantastiques. De cette façon, les sensations tant externes qu internes s'enchevêtrent, se mêlent à des histoires et à des romans extraordinaires, ayant ordinairement rapport à certains

faits exacts qui ont eu lieu ; elles se rattachent aussi souvent à des idées qui nous ont occupé quelque temps auparavant. Chacun sait par sa propre expérience que les rêves peuvent avoir souvent une suite coordonnée pour arriver enfin à concevoir la sensation même. Ils la préparent et l'expliquent, pour ainsi dire, en y rattachant souvent un épilogue tiré de circonstances étranges. Je sais par ma propre expérience que je rêvais beaucoup quand j'étais encore gamin, et que je lisais, en buvant de la bière, beaucoup plus de romans de chevalerie qu'il ne le fallait dans l'intérêt de mon instruction scolaire et de ma santé. Je rêvais beaucoup de batailles et de combats, d'attaques courageuses et de retraites savamment combinées; et à la fin du rêve je restais ordinairement seul en vie; puis je me retirais dans une maison isolée et j'allais me cacher au fond d'un lit d'où je ne sortais plus. J échappais souvent de cette manière, mais quelquefois l'ennemi me découvrait et me massacrait. Je sentais le poignard dans la blessure, je sentais le sang couler sur mon corps, et quand je me réveillais, mon lit était mouillé ,. Il est indubitable que l'excès de boisson avait irrité le col de la vessie, et que le cerveau rêvant avait fait de ce besoin d'uriner un roman qui se terminait ordinairement par une correction.

Si la plupart des rêves se relient ainsi à des sensations internes ou externes, on ne peut nier d'un autre côté qu'il y a des rêves qui en sont complètement indépendants, et qui résultent peut-être de certains rapports particuliers dans la structure ou de la nutrition du cerveau. Ces rêves reviennent toujours quel que soit le sujet d'ordre spirituel ou matériel qui lésait fait naître : ils se présentent toujours les mêmes à intervalles irréguliers, sont souvent fort désagréables à cause de leur uniformité. Ils ont ceci de particulier qu'ils restent dans notre souvenir quand même on oublie tous les autres rêves. J'ai pu par moi-même étudier ces phénomènes, et je n'ai que fort peu d'amis qui ne soient affligés d'hallucinations semblables et pour ainsi dire fixes ; elles se reproduisent de temps en temps. Elles sont différentes pour chaque personne, et chez

moi, elles se réduisent à deux sortes d'hallucinations. J'ai pu trouver la cause de l'une d'elles : elle réside dans des congestions vers la tête. Quand j'ai une violente attaque de migraine, et que le sang afflue à mon cerveau, cette hallucination se présente même quand je suis complètement éveillé. Ma tête me semble alors trop petite. Elle s'ouvre par le haut comme le calice d une fleur, ce qu'elle contient s'échappe de tous côtés, se bouffit, et disparaît dans le lointain en grossissant toujours sous forme d'une vapeur grisâtre. Je n'ai encore pu expliquer au moyen de l'état du corps une autre hallucination qui m'obsède quelquefois. Elle consiste, si je puis m'exprimer ainsi, en une représentation de l'infini. Une surface plane comme celle d'un jeu de boules s'étend à perte de vue depuis mon œil, et des personnages que je ne puis distinguer, même avec les plus grands efforts, sont occupées à lancer une boule sur cette surface. La boule grossit en roulant, devient enfin infiniment grande ; alors même que je ne la vois plus depuis longtemps, j'entends toujours son roulement, et j'ai encore le sentiment de son accroissement.

L'analyse de ces hallucinations qui ne nous saisissent que pendant le rêve lorsque nous sommes en bonne santé, explique comment certains défauts d'organisation qui donnent naissance à des hallucinations semblables peuvent produire la folie chez l'individu malade. Ces exemples nous montrent aussi combien il est facile aux états maladifs et matériels de notre corps d'influer sur notre état mental. On voit aussi par là que 1 état de l'esprit n'est alors que la résultante de ces transformations d'ordre matériel. Les hallucinations que provoque le rêve se montrent alors dans la veille aussi, dès que l'activité anormale du cerveau commence à diminuer. On sait que les amputés qui savent parfaite • metit que leur pied n'existe plus, conservent cependant le sentiment de son existence, et cela peu de temps après l'opération. 11 en est de même du fou qui a souvent la conviction intime de la fausseté de ses idées, et ne peut pourtant les laisser de côté, jusqu'à ce que ces idées finissent par le maîtriser. Nous avons vu déjà que l'on ne peut faire de distinction tranchée entre les phé-

nomènes réflexes et inconscients qui ont un certain but, et les actions volontaires et conscientes. Le sentiment du moi et la volonté peuvent entrer dans certains domaines d'activité et les abandonner ensuite, et cela sollicités par des causes définies qui nous sont encore inconnues. Je peux me gratter sans en avoir conscience à un endroit qui me démange, mais je peux aussi me gratter à des endroits qui ne me démangent pas, et cela par ma volonté; en concentrant enfin cette même volonté, je peux ne pas me gratter, malgré de violentes démangeaisons. Il en est de même quand je veux m'expliquer les ballucinations de mon cerveau, et les sensations qu'il éprouve. La limite jusqu'à laquelle peut s'étendre ma critique des idées et des images produites par mon cerveau est susceptible de nombreuses variations quand je suis en bonne santé, mais elle peut être entièrement dérangée dans Tétat de maladie. La représentation d'une impression des sens peut remplacer complètement pour mon for intérieur celte impression même, elle peut devenir une réalité subjective : « nous frissonnons et nos cheveux se hérissent » à l'ouïe d'une histoire qui nous représente quelque acte épouvantable. Cette histoire produit donc sur noire corps les mêmes phénomènes réflexes que si elle avait réellement lieu devant nos yeux. Là où ma critique individuelle ne peut plus se rendre compte si les images produites sont des phénomènes subjectifs, c'est-à-dire engendrés seulement par l'activité normale ou anormale de mon cerveau, ou si elles sont réellement la perception d'une sensasation venant du dehors ; là aussi commence V hallucination, qui nous fait prendre des illusions intérieures pour des réalités extérieures; les faits nous expliquent aussi que la cause matérielle de la folie peut résider dans les autres parties du corps tout aussi bien que dans le cerveau. Une sensation qui, comme toutes celles qui proviennent des viscères, n'est comprise (pie fort imparfaitement par la conscience, peut, et cela insensiblement, dominer la conscience elle-même et produire ainsi des illusions qui n'ont rien à faire avec le cours régulier de la pensée. Rappelons seulement ici un phénomène, le cauchemar, qui peut presque

complètement arrêter la respiration. C'est une oppression semblable à une crampe qui souvent tient à l'indigestion, se termine par un cri et attaque ordinairement les gens endormis. Les uns croient avoir sur la poitrine un poids qui les accable, d'autres croient voir un horrible petit nain, et plus d'un est près d'affirmer par serment qu'il a vu tout éveillé un fantôme qui ne l'a quitté et ne s'est évanoui en fumée qu'au moment où il se levait. Des illusions de cette nature peuvent facilement devenir dominantes. Mon ami Gressly, géologue connu et qui est mort dans une maison de santé, m'a expliqué lui-même la suite de ses hallucinations. Les monstres pétrifiés qu'il étudia si longtemps, l'attaquaient sous forme de diables monstrueux; « il me semble, me disait-il dans son langage expressif, que je suis comme saint Antoine avec son cochon ; je sais fort bien pendant un certain temps que tous ces sauriens, qui viennent m'assaillir et me tourmenter, n'existent qu'à l'état fossile, et je peux quelquefois par cette idée étouffer l'hallucination. Mais il arrive souvent que cela ne m'est pas possible, et alors tous ces animaux m'attaquent et deviennent réellement vivants pour moi. »

Il ne faut jamais oublier, dans l'étude de ces phénomènes, que, tout en reconnaissant la base matérielle des fonctions cérébrales, nous arrivons cependant à l'inconnu, cjuand nous voulons analyser de plus près cha<jue phénomène particulier, pour lui assigner son siège parmi les parties si multiples de l'organe central. Comme je l'ai fait remarquer plus haut, le défaut de notre analyse réside dans une connaissance incomplète de la structure anatomique intime des organes centraux. Le sommeil nous montre que les différents ponts qui relient les nerfs périphériques au siège de la conscience peuvent refuser leur activité pendant un temps plus ou moins long, même pendant que la vie végétative continue, et que la santé est parfaite. Les états anormaux d'irritabilité nous mènent à d'autres conclusions, d'après lesquelles les différents appareils peuvent entrer en fonction soit isolés, soit combinés dune façon anormale. L'empirisme précède, en général, dans ces circonstances, la science elle-même, car il nous

fournit des faits dont les causes ne peuvent encore être indiquées,, vu l'insuffisance de nos connaissances. L'explication de ces phénomènes se présente ordinairement toute seule aussitôt que les bases de ces phénomènes sont connues.

Disons ici quelques mots encore sur ce que l'on appelle le magnétisme animal. Les théories que l'on a répandues sur ce « côté sombre de la nature, » et les rapports qu'on a voulu trouver entre les phénomènes observés et l'électricité" ou le magnétisme, ne résistent pas à la moindre critique basée sur les observations scientifiques. Les mensonges et les absurdités dont on a émaillé cette prétendue science, expliquent suffisamment pourquoi des observateurs qui se fondent, avant de faire une recherche quelconque, sur des principes fixes, pour en déduire ensuite des résultats, n'ont jamais voulu s'occuper sérieusement du magnétisme animal. L'observateur sérieux n'aime pas du reste à entrer en rapport avec des imposteurs des deux sexes, arrivés à un grand degré de virtuosité. Mais tout cela n'empêche pas d'admettre certains faits indubitables, c'est qu'il se produit soit parla propre volonté, soit par l'influence d'un tiers, soit enfin par la maladie, certains états particuliers dans le système nerveux central. Ces états déterminent soit dans certaines sphères de l'activité nerveuse, soit dans les nerfs pris dans leur ensemble, des effets semblables à ceux du sommeil et à ceux que produisent le chloroforme, le curare et la strychnine. Nous avons déjà dit plus haut qu'une irritabilité nerveuse un peu forte nous permet de percevoir des sensations que nous n'aurions pas accusées à l'état normal. Une grande partie des soi-disant phénomènes magnétiques se fonde sur cette plus grande irritabilité. On peut, en outre, produire des phénomènes, comme la catalepsie, la paralysie de certaines parties du corps, l'insensibilité, qui nous prouvent que certaines parties du cerveau sont alors incapables d'entrer normalement en fonction. Le stoïcisme d'une jeune fille qui veut faire parler d'elle, peut, il est vrai, dépasser toutes les bornes. Les annales de la médecine nous donnent plus d'un exemple de traitements atroces que des jeunes filles se sont infligées à elles-

mêmes pour faire des dupes, surtout parmi des médecins en renom. Cette domination de la volonté sur la douleur ne peut cependant aller jusqu'à arrêter des mouvements réflexes et involontaires. Malgré cela, on peut observer, chez des personnes magnétisées, que l'œil, quelque ouvert qu'il soit, peut rester insensible à la lumière, et que la pupille même conserve sa forme, quand on en approche vivement une bougie allumée. Dans ce cas, les parties du cerveau, qui transmettent la sensation de la lumière aux fibres motrices de Tiris, sont sans doute paralysées temporairement et ne peuvent plus entrer en fonction; mais c'est encore une énigme pour nous que de savoir comment peuvent se produire des effets de ce genre.

L'instrument le plus compliqué du corps est indubitablement l'œil, dont la fonction est la perception des rayons lumineux. Avant de parler des lois qui sont appliquées dans ce curieux appareil, il sera nécessaire d'en étudier la structure anatomique dans son ensemble.

Le globe de l'œil lui-même est une sphère creuse, composée de plusieurs couches de membranes, placées les unes sur les autres, comme les couches d'un oignon, et dans l'intérieur de laquelle sont déposées des matières plus ou moins liquides et transparentes. A'oici, si on laisse de côté les appareils protecteurs et moteurs qui s'attachent à la sphère, quelles sont les parties essentielles de l'œil : Il y a d'abord une enveloppe externe et semblable à une coque, dont la partie postérieure est blanche, solide et non transparente. Elle a un segment antérieur plus petit, formé d'une membrane ferme, mais transparente comme de l'eau et saillante, qu'on a appelée cor?i^'^. La surface intérieure de ce segment est tapissée d'une peau fine et sans structure, la cuticule de AVrisberg, de Descemet ou de^Demours. La surface antérieure de la cornée, au contraire, est couverte par la continuation transparente de la co7ijonctive de l'œil, qui s'étend en-

core sur la moitié à peu près de la membrane blanche, et s'infléchit ensuite pour pas-^er sur la surface interne des paupières. Cette

Fig. 54. — Coupe transversale et horizontale du globe de l'œil, grossie. — a, sclérotique ; h, cornée; c, lam-Ue de la conjonctive, passant sur la cornée; d, veine circulaire deTiris; e, choroïde, avec sa couche pigmentaire; /", muscle ciliaire; g, processus ciliaires ; h, iris, au milieu la pupille; i, nerf optique; A% bord antérieur de la rétine [ora ^errata retinœ] : /, cristallin, entouré de sa capsule; m, membrane de Desceniet tnpiîsant la chambre antérieure deloeil; n, couche interne de la rétine; o, membrane du corps vitré; p. canal de Petit.

membrane blanche ou sclérotique, dont la partie antérieure constitue le blanc de Tœil, a la forme d'une coupe à fortes courbures et à petite ouverture, comme un verre à vin duRliin; sur elle s'attache la cornée transparente, dont la courbure est plus forte et dont le rayon de courbure est, par conséquent, plus court que celui de la sclérotique. Toute la surface interne de la sclérotique est couverte d'une membrane veloutée et noir foncé, la choroïde, qui contient une grande quantité de vaisseaux sanguins ^et doit sa couleur noire à un pigment carboné particuher, qui est déposé dans des cellules spéciales. Chez beaucoup d'hommes qu'on appelle albinos, chez les souris blanches et chez les lapins blancs, ce pigment n'existe pas. On voit, chez eux, au lieu d'une pupille noire, comme dans les veux normaux, une teinte

362 LETTRE Qr.VTORZIÈME.

rougeâtre, qui vient du fond de l'œil et qui est due au rouge du sang, qui circule dans les vaisseaux de la choroïde. Celle-ci est attachée au bord antérieur de la sclérotique, et cela par sa surface externe, \^Sir\emuscle ciliaire. Elle se continue à l'intérieur en une membrane large et plissée, le corps ciliaire, qui repose solidement sur les bords du cristallin et du corps vitré. La surface interne de ce corps ciliaire arrive dans la chambre postérieure de l'œil, et forme les processus ciliaires, qui s'introduisent entre la surface postérieure de liris et la surface antérieure du cristallin. Uiris est aussi une continuation de la choroïde vers l'intérieur, et forme dans l'œil un rideau perpendiculaire, qui est placé derrière la cornée, comme le cadran d'une montre derrière son verre. Ce rideau mobile est percé au milieu par une ouverture circulaire, d'apparence noirâtre, la pî//9/7/^, qui se contracte sous l'influence d'une vive lumière et se dilate dans l'obscurité. La couleur des yeux dépend du pigment qui est déposé à la surface antérieure de l'iris, et est tantôt gris, bleu ou brun. La surface postérieure est couverte d'un épais pigment noir. La choroïde, Liris et les processus ciliaires, qui sont derrière lui, forment donc la seconde couche de cette sorte d'oignon qui constitue l'œil. Dans la partie postérieure de l'œil, elle adhère fortement à la sclérotique ; en avant, on trouve entre la cornée, qui est courbée en cercle, et le rideau perpendiculaire de Liris, un espace semi-lenticuîaire, rempli d'un liquide acqueux, et qui forme la chambre antérieure de VœU,

La choroïde et la sclérotique sont percées en arrière par le nerf optique, qui se dilate, dans l'intérieur de l'œil, sous forme d'une cuticule semi-transparente, grisâtre et très-fine, qu'on appelle la rétine. La place d'entrée du nerf optique nest pas exactement vis-à-vis de la pupille, mair un peu vers l'intérieur. Dans l'axe opiique même, que l'on fait passer horizontalement par le centre de la pupille, se trouve sur la rétine une tache jaune particulière, qui ne se rencontre que chez l'homme et chez quelques singes. La rétine tapisse toute la surface interne de la choroïde, elle va en avant jusqu'auprès du bord antérieur de cette dernière,

et se termine sur la limite postérieure des plis ciliaires en formant un rebord ondulé. Les trois membranes qui forment l'œil sont donc d'autant plus courtes et d'autant plus ouvertes en avant qu'elles sont plus internes. La sclérotique et la cornée forment une sphère fermée de tous côtés, la choroïde et l'iris présentent une petite ouverture centrale, la pupille ; et la rétine, enfin, forme une sorte de coupe largement ouverte en avant.

L'intérieur de l'œil est remipli, comme nous l'avons dit, de plusieurs substances liquides, qui déterminent la densité particulière de cet organe; dans les chambres antérieure et postérieure de l'œil, entre l'iris et la cornée, d'un côté' et le cristallin, de l'autre, se trouve un liquide clair, qui est presque de l'eau pure et ne contient que fort peu d'éléments en dissolution. Quand on pique la cornée, ce qui arrive souvent dans des opérations de l'œil, le liquide forme un jet, maisilestbientôtremplacé,etsa perte n'a aucune importance, justement à cause de ce renouvellement facile. Derrière la pupille, et rattaché presque immédiatement à la partie postérieure de l'iris, est le cristallin, qui n'est séparé de l'iris que par le petit espace de la chambre oculaire postérieure. Ce cristallin est un corps formé de couches foliacées, dont la surface antérieure est un peu aplatie, mais la surface postérieure très-bombée. Les couches extérieures du cristallin ont une consistance pâteuse, tandis que le noyau intérieur est assez dur. Le cristallin, à l'état normal, est très-clair et très-transparent, et les couches foliacées qu'il forme se composent, à leur tour, de longs tubes, fins, plats et fibreux, les fibres du cristallin. Ces fibres contiennent une substance épaisse et albuminoïde. Le cristallin, dans son entier, est entouré d'une capsule fine, vitreuse et sans structure, qui est la capsule du cristallin. Le cristallin repose, avec toute sa surface postérieure, dans un renfoncement en forme d'assiette du corps vitré, covTps albuminoïde et gélatineux, qui remplit toute la chambre postérieure de l'œil. Ce corps vitré est partout immédiatement entouré par la rétine ; il possède une enveloppe particulière, la cuticule vitrée, qui forme probablement des espaces cellulaires, dans lesquelles est rassemblé le liquide.

Les parties essentielles de l'œil se partagent donc en deu3[ classes principales, d'un côté : de sortes de médiums transparents et plus ou moins liquides, à travers lesquels les rayons lumineux peuvent arriver jusqu'au fond de l'œil; et, de l'autre côté, des expansions membraneuses, ayant des propriétés diverses, que nous analyserons plus particulièrement.

Les différents appareils qui entourent Tœil sont très-importants pour la fonction de la vision : ils servent soit à protéger, soit à mouvoir l'œil. Six muscles donnent naissance, par leurs contractions, aux mouvements de haut en bas et de droite à gauche. Ils produisent, en outre, la rotation de l'œil autour de son axe, et peuvent le faire rouler à l'intérieur et à l'extérieur. Une glande assez importante est placée assez profondément dans l'orbite, au-dessus du globe de l'œil ; la glande lacrymale maintient continuellement humide la surface extérieure de l'œil au moyen d'une sécrétion que nous connaissons tous. Deux rideaux mobiles et opaques, les paupières, s'ouvrent et se ferment au devant de l'oeil, pour permettre, selon la volonté ou les besoins de l'individu, l'entrée de la lumière ou bien pour l'empêcher. Une muqueuse excessivement fine, appelée la conjonctive , \ii\)hse l'intérieur des paupières, et se continue sur la surface antérieure de l'œil qu'elle couvre complètement. Cette muqueuse devient transparente sur la cornée ; c'est dans la conjonctive que se distribuent les petits vaisseaux que l'on voit sur la surface de l'œil humain. Cette surface, toujours lisse et glissante, permet le jeu des paupières sûr le globe de 1 œil et les mouvements que l'œil peut faire dans toutes les directions. La conjonctive est excessivement sensible ; nous avons vu plus haut qu'elle contient les extrémités si curieuses des nerfs du tact, qu'on appelle les massues de Krause. Des corps étrangers, qui arrivent entre les paupières, provoquent des violentes douleurs, surtout s'ils sont anguleux. Dans le coin intérieur de l'œil, là où la conjonctive passe à la peau des paupières et du nez, se trouvent les deux orifices lacrymaux, par lesquels les larmes arrivent continuellement dans le sac et le tube lacrymaux. Le tube lacrymal passe à travers l'os nasal et

s'ouvre dans la cavité nasale. A l'extrémité inférieure de ce canal se trouve une soupape, qui est placée de telle façon que les larmes peuvent arriver continuellement dans le nez, mais que des liquides ne^Deuvent arriver en sens inverse jusque dans l'œil. Il y a des hommes chez lesquels cette soupape ne ferme pas complètement, et qui peuvent faire passer de l'air ou de la fumée de tabac, en se bouchant le nez, à travers le tube lacrymal jusqu'au coin de l'œil. Les fermetures maladives des tubes lacrymaux, et qu'on appelle des fistules lacrymales, sont encore plus communes. 11 en résulte que les larmes s'écoulent continuellement sur la joue, comme lorsque l'on pleure. Le plus souvent cet état provoque une irritation de la peau des joues et une suppuration.

La partie essentiellement sensitive de Tœil est la rétine, dont la structure est très-compliquée, malgré son peu d'épaisseur et sa transparence. Le nerf optique, qui traverse les deux membranes extérieures de l'œ'il à une certaine distance de l'axe optique et s'épanouit ensuite à l'intérieur pour constituer la rétine, forme, au moyen de ses fibres, une seule des couches de la rétine, celle qui se trouve la plus à l'intérieur et qui est immédiatement appliquée à la couche qui limite la rétine vers le corps vitré. Le tissu tout entier de la rétine est formé d une quantité de fibres verticales et dentelées latéralement, composées de tissu conjonctif, et que nous appelons les fibres d'appui. On n'avait trouvé anciennement

Fi^. 00. — Coupe verticale de la rétine, à quelque di<lànce de l'entrée du nerf optique. — 1, couclie externe à I àiônnets et à cônes ; 2, couche granuleuse externe; 3, couche intermédi.iire; 4, couche granuleuse interne; 5, couche moléculaire; 6, couche ganglionnaire; 7, couche fibreuse; 8, fibres d'appui dans celte couche; 9, attaches de ces fibres à la membrane limitante interne 10.

ce tissu conjonctif que dans les couches intérieures ; il est très-difficile de l'examiner. Dans la figure A, il est lavé et isolé; dans la figure 5, on voit un schéma des éléments nerveux qui se trouvent intercalés dans ces masses de tissu conjonctif.

On distingue, dans la rétine, des couches diverses, qui se succèdent dans l'ordre suivant, en allant de l'extérieur à Tintérieur. A la partie la plus extérieure, et immédiatement appliqués sur la choroïde, dans laquelle ils s'enfoncent même un peu, on voit des petits cylindres, transparents et alignés comme des palissades, ce sont les bâtonnels. L'extrémité arrondie de ces bâtonnets est tournée vers la choroïde, tandis que, du côté de la rétine, ils se changent en un long filament très-cassant. Ces filaments, aussi bien que les bâtonnets, sont très-sensibles aux influences mécaniques ou chimiques. On rencontre souvent, à l'extrémité intérieure du bâtonnet, un petit granule, mais ce granule ne se trouve ordinairement que sur le parcours du filament. Entre /les bâtonnets se trouvent les cônes, qui sont beaucoup plus épais et présentent à leur extrémité intérieure renflée une petite cellule, qui, comme les bâtonnets, se termine en un filament très-fin. Comme la rétine est cupuliforme et creuse, et que toutes les fibres qui partent des bâtonnets et des cônes traversent, dans l'origine, la rétine perpendiculairement, il en résulte que toutes ces fibres forment des diamètres par rapport à la rétine. On a reconnu encore d'autres particularités de structure dans les bâtonnets et les cônes. Leur partie externe semble composée de fibrilles excessivement fines, etl'ou reconnaît, à la partie extérieure des cônes, une portion terminale, formée de petites plaques trans verses et placées les unes sur les autres. Les bâtonnets et les cônes, si on les prépare comme il faut, se divisent en une série de plaques semblables. On peut poursuivre les fibres des bâtonnets jusque dans la couche moyenne (n" 5, fig. 55 et fig. 56, B). Là ces fibres semblent former un enchevêtrement. Les fibres des cônes se changent évidemment, en cet endroit, en un système de fibrilles très-fines et perpendiculaires. Les rapports entre les bâtonnets et les cônes sont assez curieux à étudier. On ne trouve que des cônes dans la tache jaune

LŒIL. 567

mentionnée plus haut. Autour de cette tache, les cônes sont sim-

-xU^(

»• ^^■, ^ • ^e treillis des libres d'appui isolé. — a, membrane extrêmement fine qui sépare la couche à bâtonnets des autres couches; e, fibres verticales d'appui a prolon^çremenls latéraux et noyaux intercalés (c') visibles surtout dans les couches moyennes (G et 7, fig. bb);rl, couche intermédiaire (5, fig. bb] ; g, couche moléculaire (5, /?^. 55); t, membrane limitante interne, où les fibres d'aonui prennent racine, ^^

B. Les éléments nerveux de la rétine, isolés. — b, bâtonnets à -ranules externes (6'); c cônes avec leurs granules (C) ; d, couche intermédiaire à fibrilles ext emement fines; /•. couche à granules internes; g, treillis de fibres nerveu es surfines dans la couche moléculaire; h, cellules ganglionnaires; h' fibres nevcuses qui s'y rendent ; i, fibres du nerf optique. '

plement entourés d'un cercle de bâtonnets; si l'on se dirige vers la partie antérieure de la rétine, les bâtonnets deviennent de plus en plus nombreux, elles cônes de plus en plus rares.

A l'intérieur de la couche de cônes et de bâtonnets, qu'on a appelée aussi la couche ou membrane de Jacobs, se trouve la couche granuleuse externe, formée de tout petits granules, qui sont en relation avec les bâtonnets et les cônes par le moyen des fibres verticales. La couche intermédiaire (d, fig. 56, B), dans laquelle se terminent les fibres, recouvre la couche granuleuse interne {fi(j. 56, B), qui a des granules plus gros, semblables à des cellules; ces granules sont aussi manifestement placés au milieu de fibres radiaires. La couche de granules internes offre la plus grande épaisseur dans la tache jaune. A l'intérieur de la couche granuleuse, se trouve un encbevétrement de fibres excessivement fines, (g, fig. 56, B) qui sont en relation soit avec les fibres perpendiculaires de la couche qui les recouvre, soit avec les prolongements des cellules ganglionnaires. Puis il y a une couche de ccUult'S nerveuses nuiltipolaires (/i, fig. 56, B) et offrant des prolongements. Ces cellules sont tout à fait semblables à celles de la substance cérébrale grise, et se prolongent de tous les côtés en fibres nerveuses très-fines. Les fibres nerveuses forment une sorle de réseau, et leurs extrémités entrent évidemment en rapport, comme on a pu le constater chez l'éléphant, soit avec les dernières fibres du nerf optique, soit avec les fibres radiaires.

Les fibres du nerf optique forment la couche la plus intérieure (/, fig. 56, B) et s'épanouissent à la surface interne de la couche de cellules nerveuses. Ces fibres rayonnent dans tous les sens depuis l'endroit où entre le nerf optique. Elles suivent la courbure de la rétine, et les fibres radiaires leur sont perpendiculaires.

La dernière couche qui se trouve immédiatement près du corps vitré, est une membrane limitante fine et transparente qui est pavée vers l'intérieur d'une couche de cellules arrondies.

Dans la tache jaune ([ui se trouve dans l'axe optique, on ne rencontre que des cônes et point de bâtonnets. La couleur de cette tache ne semble pas produite par un élément microscopi-

que particulier, mais bien plutôt par uii liquide qui sature tous les éléments constitutifs de la tache. Cette dernière ne contient pas non plus de fibres du nerl* optique, tandis que les granules médians et les granules internes, ainsi que la couche de cellules ganglionaaires y sont développés au plus haut degré. On peut voir facilement comment les fibres du nerf optique se fondent avec les prolongements des cellules ganglionnaires en arrivant près de la tache. C'est à cet endroit qui forme une sorte de renfoncement par suite d'un amincissement de lu rétine que la vision est le plus développée et que les images ont le plus de netteté. Cette structure anatomique nous prouve donc nécessairement que les cellules nerveuses et les cônes sont les conditions essentielles de la vision, et que les fibres du nerf optique ne sont que des appareils conducteurs qui transmettent au cerveau les perceptions acquises surtout dans la tache jaune. Ces fibres ne sont donc pas capables de transmettre au cerveau une autre sensation que la sensation de lumière. Toules les propriétés qui font de l'œil un organe particulier, comme la perception d'images et de couleurs, appartiennent donc aux bâtonnets, aux cônes, aux fibres radiaires et aux cellules nerveuses. Le nerf optique en l'absence de ces organes analyseurs ne nous transmettrait qu'une sensation de lumière ou d'obscurité. ^ Il est facile de prouver que la rétine est l'organe sensitif de l'œil, et le nerf optique l'organe conducteur des impressions reçues. Une maladie ou une destruction de ces deux organes produit nécessairement la cécité. Ces deux états sont nommés Vamaurose. Les parties extérieures de l'œil sont ordinairement intactes dans les états maladifs de ce genre; l'intérieur de la pupille est clair et noir comme dans un œil en bonne santé, et il ne faudrait pas pratiquer une opération qui attaquât les autres parties de l'œil. Il est aussi très-facile de prouver que le nerf optique par lui-même ne peut transmettre que la sensation de lumière. La partie de l'œil dans laquelle la rétine n'est formée que des fibres du nerf optique, c'est-à-dire là où le nerf optique entre dans l'œil, est, comme nous le prou-

verons plus tard, complètement insensible à la lumière ; nous avons donc toujours une tache obscure dans le champ de notre vision.

Les diverses parties de l'œil ne sont pas toutes sensibles ou conductrices ; nous avons vu plus haut que beaucoup d'organes comme les paupières, la conjonctive et même la sclérotique, ne sont que des organes protecteurs. D'autres parties de l'œil, comme la cornée, le cristallin, le corps vitré et l'humeur aqueuse, ne sont que des médiums transparents destinés à laisser passer les rayons lumineux depuis l'extérieur jusqu'à la rétine. La courbure de leurs surfaces ainsi que les propriétés physiques de leur substance servent à dévier les rayons lumineux pour permettre à ceux-ci de former au fond de l'œil des images qui puissent être perçues comme telles. L'examen des rapports de réfraction dans l'œil est par conséquent un sujet important de la physiologie optique et de l'optique dans son ensemble.

Si l'on enlève Tœil d'un lapin blanc immédiatement après sa mort et qu'après l'avoir soigneusement lavé on le place devant l'œil en se tournant contre une fenêtre, on voit sur la paroi postérieure de l'œil du lapin dont la choroïde est transparente et manque de pigment, une très-jolie image de la fenêtre et des objets qui se trouvent à l'extérieur; mais cette image est beaucoup plus petite et renversée. L'expérience réussit encore mieux quand on place l'œil du lapin dans un rouleau de papier, de telle façon que la pupille est dirigée vers l'extérieur, et que l'on regarde dans le tube qui empêche l'arrivée de toute lumière venant de côté. Les objets placés devant cet œil s'y voient sous forme d'images parfaitement distinctes ; ils ont leur couleur naturelle, mais sont rapetisses dans une certaine proportion et renversés. Les arbres, par exemple, semblent avoir les racines en l'air et les couronnes en bas. L'œil d'un lapin blanc se prête très-bien à cette expérience, parce que la choroïde, comme celle de tous les albinos, est complètement transparente, tandis qu'elle paraît noire et opaque dans l'œil ordinaire. Pour faire une pareille expérience sur un œil normal il faut placer un

œil de bœuf, par exemple, dans un tube, et diriger la cornée du côté de l'objet que l'œil doit représenter, puis il faut enlever un petit morceau de la sclérotique et de la choroïde à la surface externe de l'œil. 11 faut enlever aussi à cet endroit la rétine, ce qui permet de voir par cette petite fenêtre le fond de l'œ'il. Le corps vitré sort ordinairement à travers cette ouverture ; aussi faut-il la couvrir d'un petit morceau de verre qui empêche par sa pression la sortie du corps vitré. Mais dans cette expérience, les images visibles ne sont jamais aussi distinctes et aussi jolies que lorsqu'on examine l'œil d'un lapin blanc.

Cette expérience très-simple et facile à faire, prouve que l'œil renferme un appareil optique au moyen duquel les objets environnants sont réduits à une image renversée, petite et d'une grande netteté. Les différentes parties de l'œil sont construites de telle façon que cette image se forme sur la rétine. Nous avons des appareils optiques construits dans le même but et que nous appelons des chambres noires. Ces appareils consistent en une boîte très-simple et enduite de couleur noire cà l'intérieur. Sur Tune des parois on a placé une lentille de verre ; vis-à-vis de cette lentille se trouve au lieu d'une paroi noire une plaque de verre mat. Si l'on regarde cette plaque de verre, on voit que les objets qui se trouvent en avant de la lentille s'y peignent plus petits et renversés. L'image se produirait déjà si l'on plaçait simplement à une distance convenable en arrière de la lentille, dont le nom scientifique est celui de lentille coll active, une plaque de verre dépoli sans l'enfermer dans une boîte noircie intérieurement. Mais l'image est alors moins nette et pure, parce que la lumière arrivant de tous côtés la trouble et Tefface. La boîte noircie intérieurement à laquelle sont attachées la lentille collective et la plaque de verre, ne sert qu'à arrêter cette fausse lumière et à absorber tous les rayons latéraux qui pourraient influer sur la pureté de l'image.

Si l'on compare la construction de Tœii à celle d'une chambre noire, on trouve les points de ressemblance suivants : toutes les parties transparentes de l'œil, la cornée, le cristallin et le corps

ôl'l LETTRE QUATORZIÈME.

vitré, ont des surfaces courbes, et forment dans leur ensemble une lentille collective. Cette sorte de lentille se trouve réalisée par des surfaces à rayons de courbure dilférents et des substances à angles de réfraction divers. La rétine qui forme la partie sensitive correspond par sa transparence et sa 'couleur mate en tous points à la plaque de verre faiblement dépolie de la chambre noire, et la sclérotique avec la choroïde qui la tapisse à l'intérieur représentent la surface noircie intérieurement delà caisse même de la chambre noire.

Les rayons lumineux qui traversent une lentille collective à rayons de courbure réguliers sont réfractés de telle façon qu'ils forment derrière la lentille un point de réunion déterminé qu'on appelle le foyer; il n'y a que le rayon axile passant par le centre de la lentille qui continue sa route en ligne droite. Les autres rayons sont réfractés par la lentille du côté du rayon axile et se réunissent à lui au foyer, au moins pour leur plus grande partie. Si Ton rassemble au moyen d'une lentille les rayons du soleil pour en former une image, les rayons qui traversent la lentille forment un cùne au sommet duquel ils se réunissent tous et produisent ainsi un accroi.-.sement de chaleur. Chacun s'est déjà servi d'une lentille pour allumijr de l'amadou ; rappelons seulement les diverses manipulations que cette opération rend nécessaires. D'abord on rapproche Irop la lentille, et Ton aperçoit une surface circulaire lumineuse sur l'amadou; si on éloigne la lentille, le cercle devient de plus en plus petit, et quand on arrive h ne plus avoir qu'un seul point extrêmement lumineux, l'amadou s'eiiilamme. Si l'on éloigne encore la lentille, il se forme de nouveau un ciicle qui grandit d'autant plus que l'on s'éloigne davantage de l'amadou. Les rayons lumineux se croisent donc au foyer et forment à partir de là un second cône dont le sommet se trouve dans ce même foyer. En mettant la lentille près de l'œil pour examiner un objet rapproché, par exemple des lettres imprimées, on voit ces objets grossis; si on éloigne davantage la lentille en regardant un objet encore plus éloigné, par exemple une afhclie, on pourra trouver un point où l'on voit les lettres

L'ŒTT.. 573

très-distinctement et très-nettement, mais renversées ; les lettres ont la tète en bas et l'écriture semble aller de droite à gauche. Cette expérience si simple suffit pour démontrer que lés rayons absorbés par une lentille colleclive se croisent en effet au foyer, et donnent par conséquent, en arrière de ce foyer, une image renversée de l'objet. La gauche et la droite, le haut et le bas sont alors échangés, les proportions de l'image restent les mêmes, mais sa position devient différente.

Pour apprendre à connaître plus exactement les phénomènes qui se passent dans l'œil, il est bon de rappeler encore quelques circonstances ayant rapport à cet organe. Chaque lentille collective a un foyer principal dans lequel se réunissent les rayons qui sont le plus rapprochés de Taxe. Quant aux rayons qui arrivent sur le bord de la lentille, ils se croisent en des points qui sont plus rapprochés de cette lentille même. Ces rayons sont par conséquent rejetés en dehors après le point de croisement. Ils donnent naissance dans l'image qui se forme en arrière du foyer à un contour plus ou moins indistinct. Plus la lentille sera protégée sur les bords contre ces rayons gênants, plus aussi l'image sera nette ; on appelle ce phénomène V aberration de sphéricité.

Si les surfaces courbes d'une lentille ne correspondent pas exactement à une courbe régulière comme le cercle ou l'ellipse, le foyer sera dévié hors de l'axe de la lentille, et se décomposera même en une quantité de petits points isolés ; on dit alors que l'instrument n'est pas bien centré.

Comme les rayons qui sont rassemblés au foyer par une lentille s'y croisent, il en résulte qu'il se forme en arrière du foyer une image renversée de l'objet ; >i l'objet est à une distance de la lentille qui soit double de la distance focale principale, il se peindra à la même distance de l'autre côté et aura la même grandeur. Si l'objet est plus rapproché, l'image sera plus éloignée et plus grande, et si l'objet se trouve à une distance moindre que la distance focale principale, il n'y aura pas d'image exacte. Si l'objet est placé plus loin que le double de la distance focale prin-

cipale, l'image sera renversée, mais d'autant plus petite que l'objet sera plus éloigné.

Examinons maintenant ce que nous avons observé dans l'œil d'un lapin blanc, et nous verrons qu'en elfet les substances réfringentes de l'œil produisent une image plus petite et renversée sur la rétine. Voici ce que l'on observe.

Fig. 57. — Coupe horizontale de l'œil droit, grossi deux fois. — b, s, moitié gauche interne de l'iris; s, s', pupille; s', b', moitié externe droite de l'iris; k, foyer optique où les rayons lumineux se croisent.

Le foyer principal des rayons qui traversent la cornée et l'bumeur aqueuse pour êlre ensuite réfractés par le cristallin, se trouve dans le cristallin même, à l'endroit désigné par k dans la figure. Ce point est placé presque exactement à un demi-millimètre du bord postérieur du cristallin. La rétine, sur laquelle se peint l'image, est à quinze millimètres à peu près du bord postérieur du cristallin. La figure suivante nous expliquera la marche des rayons lumineux qui partent jl'un objet. La flèche A B représente l'objet que l'œil doit voir. Tous les rayons qui traversent la pupille sont réfractés soit au foyer, soit en arrière

de celui-ci, de telle façon qu'ils forment sur la rétine l'image plus petite et renversée b a.

Fig. 58.

Si l'on compare l'œil humain à un instrument d'optique, nous voyons qu'il a certains avantages, mais aussi certains défauts que l' on peut, avec Helmholtz, résumer en disant, que cet instrument n'est pas du tout exempt de défauts, mais qu'il fonctionne cependant d'une manière parfaite, parce que par l'habitude et par l'exercice nous savons nous en servir d'une manière particulière. La perfection de l'œil est purement pratique et nullement absolue; l'œil a tous les défauts que l'on trouve dans un instrument d'optique, il en a même qui rendraient impossible l'emploi d'un instrument artificiel qui présenterait des défauts analogues; mais il est très-bien adapté à son but, et le travail d'une longue série de générations successives, accumulé par l'influence delà transmission héréditaire, en a fait un instrument précieux et tel que la sagesse la plus accomplie aurait pu le construire par une intelligence providentielle.

Les avantages de l'œil sont fondés uniquement sur sa motilité en général et sur celle de certaines de ses parties ; son champ de vision générale est excessivement grand, mais le champ de vision pour la vue distincte et nette est, comme nous le verrons, fort peu étendu. Comme nous pouvons transporter facilement et en un instant de tous côtés ce champ borné de la vision distincte, le désavantage d'une image peu nette du reste des alentours se fait bien moins sentir : le mouvement de l'œil remédie de même 5 la plupart des défauts physiques de celui-ci, et, pour certains

défauts, l'accommodation rapide de l'œil à des distances variées et le changement de Técran de l'iris par les variations du diamètre de la pupille, peuvent être d'un grand secours. La nature a placé, en effet, par le moyen de l'iris qui est contractile, une sorte de rideau au devant du cristallin; ce rideau peut faire varier l'intensité de la lumière, peut s'accommodera toutes les exigences, et donne toujours à la j)upille le diamètre qui lui est nécessaire pour produire une image suffisamment nette. Les mouvements de l'iris sont involontaires et réflexes, et sont en relation avec la sensation de lumière qui se produit sur la rétine. Plus l'irritation sur la rétine est forte, plus l'iris se contracte et plus le diamètre de la pupille devient petit. Plus nous fatiguons la rétine en regardant un objet, plus la pupille se contracte et plus l'image qui se forme sur la rétine devient nette. La destruction du nerf optique, la paralysie de la rétine, produisent l'immobilité de l'iris et la fixité de la pupille. Quand l'œil est en bonne santé, cette contractilité si remarquable est continuellement en jeu ; elle agrandit ou diminue l'ouverture nécessaire au passage des rayons lumineux suivant les besoins de la vision.

La rapidité des mouvements de l'iris dépasse celle de tous les mécanismes que nous pouvons employer pour obtenir le même effet dans les instruments d'optique. Quant à l'appareil optique de l'œil en lui-même, il est, sous beaucoup de rapports, fort défectueux ; les déviations que produisent les formes sphériques des surfaces réfringentes sont considérables ; la cornée n'a pas une courbure uniforme ; elle n'est pas exactement sur le même axe que le cristallin, et ces deux organes ne sont pas exactement centrés. Les fibres du cristallin causent des déformations considérables dans les images. Tous ces défauts provoquent cet état souvent très-développé et très-incommode de l'œil qu'on appelle V astigmatisme. Ce défaut nous empêche de voir en même temps des lignes verticales et horizontales situées à la même distance. On voit doubles les corps un peu minces, on les voit même triples, et il nous semble que les étoiles qui sont rondes et qui forment des points sont rayonnantes. « Les rayons, dit lïelm-

lîoltz, que nous Toyons autour des étoiles et des llammes lumineuses situées à une certaine distance, sont des représentations de la structure rayonnante du cristallin de l'homme. Ce qui nous prouve que cette aberration est commune à toute la race humaine, c'est que nous désignons sous le nom d'étoilée une figure rayonnante. . » Helmholtz continue en ces termes : « Il me serait parfaitement permis de faire des reproches violents à un opticien qui voudrait me vendre un instrument ayant tous les défauts que je viens de signaler dans l'œil. Je serais en droit de le lui rendre immédiatement en protestant contre sa mauvaise construction. Il est vrai, que par rapport âmes yeux, je n'agirai pas de même et que je serais fort content de les conserver aussi longtemps que possible malgré tous leurs défauts. Mais la circonstance que ces organes me sont indispensables malgré leurs imperfections, ne diminue pas l'importance même de leurs défauts, si je me place au point de vue un peu spécial, mais parfaitement justifié de l'opticien. »

Ce qui rend les mouvements de l'ajil si rapides dans leur ensemble, c'est que la forme de la partie de l'œil cachée dans les orbites est presque exactement sphérique. Cette sphère peut tourner autour d'un centre qui est placé dans son axe. Ce centre de rotation se trouve à 1 millim. 75 à peu près en arrière du milieu de l'axe optique ; il se trouve donc dans le corps vitré et bien en arrière du foyer de l'appareil optique. De quelque façon que nous placions notre œil, vers le haut, le bas, l'extérieur ou l'intérieur, le centre de rotation restera toujours à la même place, car l'œil tourne dans l'orbite comme la tète articulaire d'un os, du fémur par exemple, dans sa cavité glénoïdale creuse et sphérique. On appelle en anatomie ce genre d'articulation : une diarthrose orbiculaire.

La sphère qui tourne dans une articulation pareille ne peut pas dévier : elle est partout fixée dans sa périphérie, mais grâce à sa forme sphérique elle peut tourner et diriger son axe dans tous les sens sans que son centre bouge. Un instrument combiné de cette façon donne le maximum de motilité et de précision

dans le mouvement, car les points de la surface sphérique qui lournent autour d'un point central situé en dedans de cette surface ont fort peu à se déplacer pour produire dans la direction de l'axe un changement considérable.

La boîte de l'orbite, dans laquelle se meut la sphère de Fœil, est remplie de masses graisseuses qui cèdent jusqu'à un certain point à la pression. On pourrait, par conséquent, regarder tout l'arrangement comme une sphère tournante placée sur un coussinet mobile par lui-même jusqu'cà un certain point, mais il semble que l'influence des muscles ne va jamais jusqu'cà déplacer le globe oculaire lui-même. Il paraît que cette action se borne parfois à faire rentrer l'œil dans l'orbite et dans la direction de Taxe optique et à le laisser ressortir de nouveau par le relâchement. Beaucoup de mammifères ont un muscle particulier pour ce mouvement qui est probablement produit chez l'homme par l'action combinée des quatre muscles ociUaires droits.

L'expérience fondamentale sur l'œil d'un lapin blanc, dont nous avons déjà parlé plusieurs fois, laisse voir encore une foule de phénomènes fondés sur la structure de l'œil comme instrument purement optique et dont l'exposition est nécessaire pour rendre compréhensible la vision. Si l'on place l'œil préparé du lapin contre une fenêtre à travers laquelle on voit dans le lointain des maisons, des arbres, des montagnes, bref, tout un paysage, on verra au fond de l'œil une image proportionnellement plus petite, encadrée par la fenêtre. Plus les objets sont éloignés, plus aussi ils semblent petits, les montagnes situées à l'horizon semblent à peine aussi grandes que la cheminée de la maison voisine. Ce rapetissement des objets éloignés, sur lequel se fondent toute la peinture et toute la perspective, dépend de 1 agrandissement ou du rapetissement de Vanyle optique sous lequel les objets nous apparaissent. Prenez un crayon d'une certaine longueur, placez-le à cinq ou six pouces de l'œil, et supposez alors que de toi]s les points du crayon il parte des lignes qui se croisent dans le foyer de l'œil, le crayon sera ainsi la base d'un triangle dont le sommet sera

au foyer, et si, en continuant la construction géométrique, je poursuis ces lignes qui se croisent dans le foyer jusqu'à la rétine, j'aurai sur cette dernière une image renversée qui peut être aussi regardée comme la base d'un triangle, dont le sommet se trouve au point d'entre-croisement des rayons et dont les côtés sont formés par les deux rayons extrêmes qui partent des deux bouts du crayon. Chaque triangle a trois angles, et l'on appelle aiigle optique celui qui est formé au point d'entre-croisement par les deux rayons extrêmes ; c'est sous cet angle optique qu'on aperçoit les objets.

Plus on éloigne la base d'un triangle de l'angle qui lui est opposé, plus aussi l'angle formé par les deux cotés partant des extrémités de la base du triangle devient petit. Plus donc un objet est éloigné de l'œil, plus l'angle optique sous lequel ses deux rayons extrêmes se croisent au foyer sera petit, et plus aussi l'image que l'objet produit sur la rétine sera petite. Un objet qui, s'il est rapproché de l'œil, occupe un certain espace, comme par exemple un disque, n'a bientôt plus que la grandeur d'une tête d'épingle dans l'éloigncmcnt ; il devient ensuite un point presque inappréciable et disparaît enfin complètement. Cela s'explique par le fait que l'angle optique est réduit à son minimum à une grande distance et ne peut plus former d'image sur la rétine.

Il n'est pas facile de déterminer l'angle optique mmimum sous lequel on peut encore apercevoir un objet. On a essayé, en expérimentant sur les yeux d'hommes vivants, de déterminer la grandeur qu'un objet doit avoir pour être appréciable à l'œil, et Ton a calculé ensuite, au moyen des résultats obtenus et en connaissant les dimensions de l'œil, la grandeur de l'angle optique et celle de l'image qui se fait sur la rétine. Ces résultats ne peuvent être bien exacts ; les yeux, outre les défauts optiques dont nous avons parlé plus haut, présentent des différences individuelles très-considérables, et le même observateur, quand il est bien disposé, voit beaucoup plus distinctement et clairement qu'à un autre moment. Les couleurs, la lumière et la délimita-

tion des corps que l'on examine, peuvent donner lieu à des différences souvent très-grandes. Un point blanc fortement éclairé sur un fond noir peut être beaucoup plus petit qu'un autre point grisâtre sur un fond un peu plus foncé, et à la distance où on voit le premier avec toute la netteté désirable, on n'aperçoit déjà plus le second. Ces mensurations nous prouvent cependant qu'il existe toujours certaines limites déterminées dans lesquelles on peut voir, avec une lumière suffisante, les corps quels qu'ils soient. On a trouvé que des traits creusés profondément sur du verre et séparés par une distance de 0,007 millimètres, peuvent être parfaitement visibles à l'œil si la lumière et la distance sont bien ménagées. Si la distance de l'œil est de 248 lignes, il se formera sur la rétine une image ayant 200/1000 de pouce de Paris, ce qui donne un angle optique de deux ou trois secondes. Les objets qui produiraient sur la rétine des images encore plus petites et formeraient un angle optique encore plus petit, ne peuvent en aucun cas être visibles et sont inappréciables à l'œil.

I a détermination des distances auxquelles semblent pour nous se trouver les objets est souvent une abstraction involontaire des objets connus qui frappent ordinairement notre vue. Les personnes pour lesquelles cette détermination a une certaine importance ont souvent des règles d'après lesquelles elles calculent très-exactement les distances. Le cbasseur de cbamoissait qu'un chamois ne se trouve à portée de carabine (jue quand on peut voir distinctement ses deux cornes. Le tireur et le soldat ont appris, par expérience, qu'ils ne peuvent plus voir à une certaine distance les boutons de l'uniforme de leurs ennemis, fis voient à une plus grande distance les pompons et, aune distance encore plus grande, les épaulettes ; il y a des instruments qui servent au soldat pour calculer, au moyen de la grandeur apparente d'un fantassin ou d'un cavalier, la distance à laquelle il se trouve, et cela assez exactement. Nous pouvons déterminer aussi, par une sorte d'expérience, la grandeur d'une maison ou d'un arbre, et nous en déduisons la distance à laquelle .se trouve

Page 1