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XII PRÉFACE

nous faire une idée claire et nette de la vision si les recherches microscopiques les plus délicates et les plus minutieuses ne nous avaient fait connaître la structure de Tœil, et surtout de la rétine, jusque dans ses moindres détails. Je le disais déjà il y a trente ans : si, pour l'œil du véritable chirurgien, le corps humain doit être transparent comme du verre, de manière qu'il sache quelle partie, quel vaisseau, quel nerf il rencontrera en plongeant son bistouri dans telle ou telle partie du corps, ce même corps doit être pour l'œil spirituel du physiologiste parfaitement translucide jusque dans ses éléments microscopiques les plus déliés ; cet œil doit pouvoir suivre chaque corpuscule sanguin jusque dans les derniers contours des capillaires et chaque filament nerveux depuis son origine dans le cerveau jusqu'à sa terminaison dans les organes périphériques.

Les sciences morphologiques, qui étudient avant tout la structure et la forme des organismes, ont reçu dans ces derniers temps une impulsion puissante par les travaux de Charles Darwin. Je n'hésite pas à comparer cette impulsion à celle imprimée aux sciences physiques et chimiques, par la découverte de l'identité des forces et de leur transformation. C'est surtout dans la troisième partie de mon ouvrage que les vues qui découlent des principes Darwiniens trouveront leur application. J'ai, en effet, cru devoir traiter le développement embryogénique du corps humain avec détail, tout en sachant fort bien que, généralement, cette étude est très-négligée dans les manuek de physiologie et même entièrement mise de côté dans les livres qu'on des-

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tinc au grand public. Je n'ai jamais pu comprendre, en effet, pourquoi on agit ainsi ; il m'a toujours semblé que l'homme présentait de l'intérêt, non-seulement dans son état accompli, mais aussi dans le développement progressif de son corps : je suis même convaincu, qu'on ne peut comprendre clairement la structure et la fonction d'un organe ou d'un organisme, que lorsqu'on sait de quelle manière il est arrivé à devenir ce qu'il est en définitive.

Un mot encore sur l'histoire de ce livre, car tout petit qu'il est, il en a déjà une, assez courte il est vrai. Il y a plus de trente ans, me trouvant à Neuchâtel, en collaboration avec Agassiz, je reçus, de la part d'un grand journal d'Allemagne, la demande d'écrire pour son feuilleton scientifique et littéraire une série de lettres sur la physiologie. De là le titre de l'ouvrage, que je n'ai pas pu changer, de nombreuses éditions et traductions ayant paru depuis ce temps, en Allemagne, en Russie et en Italie. Pour cette première édition française, faite d'après la quatrième allemande, j'ai eu la bonne chance de pouvoir profiter du concours de mon fils Emile et de son ami, M. Louis Thiébaut, de Rouen.

Le fait que je viens de préciser, quant à l'origine du livre, indique en même temps le but que je m'étais proposé. Il ne s'agissait pas d'écrire un manuel complet, il fallait seulement indiquer à grands traits les faits et les conclusions immédiates qui en découlent, de manière à être compris par le grand public. Je n'avais pas à préparer mes lecteurs par des introductions donnant des définitions et des

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