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$oit, ne pourra jamais dépasser celui de la France, pour nous occuper des trois autres nations qui , par leurs antécédens, leurs ressources actuelles et Tusage qu'elles en font, annoncent dans un avenir prochain un résultat tout contraire.
L'Angleterre cherche à relier ses possessions des Indes à la mère-patrie, et à ouvrir aux produits de ses fabriques de nouveaux débouchés. Elle se considère avec raison comme le plus grand atelier de production, comme le centre commercial du monde. Chaque jour elle accroît, elle affermit, même au milieu des revers , son empire asiatique, et s'attribue quelque point intermédiaire qui est un pas de plus vers Tunité de ses vastes possessions et de sa domination maritime. Tout pour elle est moyen ; philantropie, religion, commerce, guerre; Témancipation des noirs, la nomination d'un évéque anglican à Jérusalem, les campagnes de Chine , de Caboul et de Syrie, tout marche vers ce but«
II y a une telle suite sous ce rapport, une telle solidarité entre tous les cabinets qui peuvent se succéder, qu'en 4840, quand lord Palmerston résolut la campagne de Syrie , il alla préalablement consulter lord Wellington et lui soumit le plan de campagne , afin de s'assurer , dans le cas où le Ministère Wigh serait renversé, que celui qui lui succéderait continuerait sa politique et les mesures décisives auxquelles elle allait donner lieu.
La Russie étend sa domination au sud et à l'est
de son vaste empire, avec une rapidité surpassée seulement par celle que déploient les États-Unis.
L'envahissement territorial de ces trois puissantes nations a été si prompt qu'à cette heure elles se sont rencontrées aux extrémités du globe : la Russie et les États-Unis aux derniers parages de l'Amérique du nord , l'Angleterre et la Russie sur le versant septentrional de l'Hymalaya; et le jour n'est pas éloigné peut-être où elles se rencontreront sous les murs de Pékin.
Il est bien certain qu'aujourd'hui les immenses territoires possédés par les États-Unis et la Russie ne conUennent pas une population qui soit en proportion de leur étendue , et que les espaces où domine le pavillon britannique ne lui sont soumis qu'à moitié. Mais comme aucune puissance intermédiaire n'est assez forte pour menacer la domination d'un de ces trois peuples sur les points innombrables 'où ils l'ont établie, U est raisonnar ble de penser que cette domination est durable, que chaque jour la rendra plus assurée et que, par les progrès seuls du commerce, des arts et de l'industrie, on verra la population des deux premiers empires et l'influence maritime du troisième s'ao-
croitre de jour en jour.
Qui peut dire ce que l'Angleterre doit puiser de richesse et de force dans le développement de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande, dans l'exploitation commerciale combinée de l'Inde et de la Chine? Cui i»eut dire ce que deviendra l'Amérique du Nord
quand ses forêts et ses prairies, que déjà des cHemins de fer et des canaux sillonnent^ seront aussi fertiles que les valions de la Normandie ou les plaioes de la Beauce? Et la Russie, alors que les peuples centraux de TAsie auront accepté la nationalité qu'elle leur impose, dirigé vers les arts, vers Tagriculture et assoupli à sa discipline l'iéûergie qui leur fit deux fois conquérir la Chine, Tlnde, la Perse, et menacer jusqu'am frontières de TEurope chrétienne ?
Les progrès accomplis pendant ces quarante dernières années, parées trois nations Les plus agis.- «antes, les plus envahissantes du globe, prouvent que cet accroissement, loin de toucher a son termie, tend à se développer dans une proportion indér £nie.
Si nous ramenons maintenant nos regards vers la France, qui avait joué jusqu'à ce jour un si beau rôle au milieu des nations modernes, nous comprendrons la raison de ses justes susceptibilités et de son inquiétude sourde. Demandons aux partis quelle œuvre elle accomplit en ce moment, et d'où lui viendra la force qui la maintiendra au niveau, des plus puissans peuples du monde ? Tous, sans exception, garderont un silence douloureux. Il est évident que, depuis la pacification de TEurope, depuis que les questions soulevées par la révolution de juillet ont disparu, et que les affaires internationales ont repris leur cours, la France ne poursuit pas dans ses affaires; aux yeux des partis
da moinsi un hnt qui lui otîre dans Favenir des destinées comparables à celles de la Russie, de FAngleterre et des États-Unis ; je dis, aux yeux des partis, et je n'eu excepte aucun. Ce qui s'est passé Tannée dernière^ ce qui se passe en ce moment au sujet du droit de visite^ prouve que la majorité souffre, autant que l'opposition, de Tattitude delà France dans les affaires extérieures.
Vous avez peint mieux que personne, Monsieur, ce sentiment universel de méfiance qui existe dans les esprits, et je serais heureux si vous reooonai»* siez qu'il tient à la disposition que j'indique.
Quelque utile que puisse devenir un jour Tacquisition des lies Marquises , quelque grand que soit le territoire Africain soumis à nos armes plus qu'à nos lois, quelque accroissement qu'il puisse acquérir par la suite ; cet archipel éloigné, cette nouvelle France ne sont, en réalité, qu'une faible compensation au surcroit d'étendue que la Russie et l'Angleterre trouvent en Asie, et la fédération Américaine dans ses états de l'Ouest.
Faut-il désespérer de la France? Faut*il croiM qu'elle a cessé d'être une puissance de premier ordre, et qu'elle est descendue désormais au second rang? Faut41 croire qu'à d'autres nations appar^ tient aujourd'hui le gouvernement du monde ; que nous allons marcher à la suite de l'Angleterre et de la Russie^ jusqu'au jour où la démocratie Américaine se lèvera en maîtresse au milieu des Océans, donnant des lois, à sa droite» et à. sa gauche^ aux
deux extrémités du vieux monde, entre lesquelles elle semble n'avoir été placée, elle, monde nouveaUy que pour devenir le foyer régulateur de la moralité humaine^ et de l'industrie terrestre?
Non, Monsieur! Non, tel n'est pas Ta venir de la France. La France porte en elle un principe de force qui lui est propre et qui la maintiendra éternellement au premier rang des nations civilisatrices. L'état de suspicion où elle est tenue au milieu des cabinets européens prouve assez sa puissance. Si elle était entrée en décadence , on la redouterait moins.
Dans un écrit récent (4), après avoir étudié Tétat des affaires à Tintérieur et reconnu les causes de cette absence de système dont tous les esprits sont préoccupés, j'ai cherché quel principe , quel système de gouvernement devait présider désormais à la politique du pays*
ff Le principe qui a dominé et triomphé dans la politigue constttuantey c'est l'alliance de l'ordre etde la liberté, le juste milieu entre les abus du pouvoir royal et les excès du pouvoir populaire. Ce principe de justice et de transaction, éternel dans tout ce qui concerne le développement ou la défense de la constitution , doit dominer également dans la politique des affaire».
» Oui, le sentimentnouveauqniservira désormais de guide sera encore un juste-milieu, c'est-à-dire
(l) lA VAitJMp dans ses rapports av^c to siiiMion politique^
un équilibre, un arbitrage fondé sur la justice; souloment ce sera une expression nouvelle, un nouvel aspect de la justice. Au lieu de s'appliquer à Talliance des principes abstraits de Tordre et de la liberté, elle s'appliquera à des intérêts palpables, à des classes, à des êtres vivans.
> L'indemnité des cinq cents millions, payés par l'Angleterre aux propriétaires des noirs qu'elle voulait affranchir, a été un acte juste.
» L'article de la Charte qui autorise Texpropriation pour cause d'utilité publique, moyennant indemnité préalable et suffisante, est une disposition juste.
» La loi qui a étendu gratuitement le bénéfice de l'instruction primaire à toutes les pauvres communes de France est une loi juste.
V La loi qui règle le travail des enfans dans les manufactures et qui, malheureusement, n'a pu être encore d'une application générale, est une loi juste.
» La loi récente des chemins de fer, par laquelle le gouvernement intervient dans l'exécution des grandes lignes de communication afin qu'elles soient profitables à tous, est une loi juste.
» La justice, c'est d'égaliser de, plus en plus les améliorations et les charges publiques, de rendre de plus en plus solidaires les membres du corps social, c'est d'ouvrir pleine carrière à la force productive, mais de protéger aussi la faiblesse contre la force; c'est de féconder tous les germes d'ave*
nir^ mais de protéger en même temps le passé contre Tavenir. »
Ce principe généreux, grand, vraiment français^ qui peut seul délivrer la politique intérieure des combinaisons mesquines, des ambitions person^ nelies et de la compétition des localités, n'est pas moins légitime et ne serait pas moins puissant dans la politique extérieure. La justice est invoquée par tous, en tous lieux. Elle est l'appui des faibles et le frein des puissans ; elle est inséparable de Tordre et de la paix; elle implique la nécessité de Tobéissance aussi bien que le droit d'examen; c'est le but de toutes les communions chrétiennes et musulmanes. La justice ne doit pas moins gouverner les affaires du monde que celles de la France !
Or la France est évidemment aujourd'hui la nation qui, grâce au nouveau principe de sa constitution, le principe d'ALUANCE entre le pouvoir popu^ lairé et le pouvoir royal, grâce à ses mœurs , à son égalité civile, peut pratiquer la justice dans son sein sur l'échelle la plus large. Ce fait seul lui constitue un rôle spécial au milieu des autres peuples.
La défiance qu'elle inspire tient à ce qu'elle n'a pas encore nettement conscience du caractère de l'œuvre qui s'accomplit dans son propre sein et des conséquences qu'elle doit produire au dehors. Les faits apparens devaient tromper les cabinets étrangers sur son avenir et ses intentions. Mais le temps n'est pas éloigné où le voile que les querelles des
partis jettent sur le grand travail national se dissipera, où la confusion des langues cessera. Le besoin d'ordre, de sécurité apparaîtra dans les nouvelles institutions et sera satisfait par elles. Dès ce moment TEurope n'aura plus intérêt à contester la part légitime d'influence que la France doit exercer sur le globe. On reconnaîtra, ce qui est la conséquence du caractère, des mœurs, de l'histoire du peuple français, que sa part dans le grand travail des nations, c'est le perfectionnement des institutions publiques, de l'égalité civile, de la sociabilité humaine et qu'elle forme à cet égard comme un atelier d'essai au profit du globe entier.
Il y a cinquante ans, une des gloires de la France était de sentir, la première, la solidarité des peuples et de les appeler tous an partage des bienfaits qu'elle réalisait chez elle. Elle a donné alors l'exemple aux gouveruemens qui, à leur tour, se sont sentis solidaires les uns des autres. Contenue plutôt que vaincue par les traités de ^813, ce qu'elle considère comme une cause de faiblesse doit devenir pour elle la source d'une nouvelle puissance; et tout en déplorant les dures extrémités auxquelles elle a été réduite, il faut reconnaître au moins que ces conditions douloureuses l'ont placée désormais dans la situation la plus favorable pour que son intervention morale excite le moins de méfiance, de crainte, et soit préférée à toutes les autres.
Aujourd'hui que l'abime des révolutions et des conquêtes est comblé ^ que le calme a reparu^ et
que les constitutions r-es royaumes sont établies sur des bases plus (îénéreuses, la France, qui, pendant cinquante ans, s'était vue admirée, imitée par les nations qui Tenvironnent , dont les journées ont eu si souvent en Europe des lendemains , peut se rendre ce témoignage qu'elle n'a troublé le monde que pour le faire participer à sa civilisation. Il ne lui est rien resté de ses conquêtes ; d'après les calculs irréprochables de M. le comte Moilien lui-même, elle a restitué plus du double de ce qu'elle avait levé de contributions en pays étranger. Sa philanthropie enfin ne s'est jamais démentie, comme celle du cabinet britannique à Barcelonne et à Caboul !
Depuis Louis XVI jusqu'à Louis -Philippe, c'est les armes à la main que la France est intervenue dans les questions politiques de l'Europe, par la guerre de l'indépendance américaine, par toutes les guerres de la révolution et de l'Empire, par Foccupation de l'Espagne et celle de la Grèce sous la Restauration.
La nouvelle monarchie a senti que c'était par attrait, par imitation, que Finfluence politique de la France devait désormais s'exercer. De là, le principe de la non-intervention qui a été la règle générale de tous les cabinets qui se sont succédé, et dont les entreprises d'Anvers, de Lisbonne et d'Ancône n'ont été que des exceptions suffisamment justifiées par Fimminence des événemens.
Cette politique, vous l'avez reconnu. Monsieur,
n'a pas été populaire en France^ et la cause en est toute naturelle. Il semblait contraire à l'honneur et à rindépendance de la France de s'inquiéter de Teffet que produisaient sur la situation politique des nations étrangères, les réformes qu'elle opérait dans son propre sein et de rassurer leurs cabinets. Pent-élre le gouvernement français, préoccupé des embarras que lui suscitaient les discussions publiques, a-t-il trop redouté d'initier le pays à sa haute pensée, de proclamer ouvertement le principe d'égalité et de solidarité qui unit désormais les peuples, et qu'il appartient surtout à la France de respecter, puisqu'il est son ouvrage, et que, plus qu'une autre, elle est responsable des désordres et des malheurs que le principe contraire provoque* rait inévitablement au dehors.
Quand la France aura une intelligence nette de sa destinée sur le globe ; quand un Cabinet tout entier aura le courage de proclamer hautement que l'œuvre caractéristique de la nation française est le perfectionnement, au profit d'elle même et de toutes les autres, non seulement des rouages administratifs et politiques, mais des bases mêmes de la société et de la civilisation, alors seulement les masses pourront comprendre toute la grandeur du règne de Louis-Philippe. Alors, on tirera d u principe de non intervention tout l'effet, tout le profit qu'il contient. On sentira que la France étant la nation qui perfectionne, dans l'intérêt du monde entier^ les bases de l'association humaine, devait
et doit éternellement accepter dans une certaine mesure le concours pacifique des nations qui sont le plus rapprochées d'elle par leur constitution, leurs mœurs, aussi bien que par leur position sur le globe; et qu'en se soumettant la première au principe de la justice, elle a acquis le droit d'en parler le langage, d'en réclamer les effets à son tour dans les affaires du monde.
Tel est son rôle désormais. Après s'être abstenue de toute intervention guerrière et n'en avoir pas souffert dans les constitutions de l'Europe , intervenir moralement dans ses affaii^es , non pour les gêner , pour les retarder , mais pour les conclure à la satisfaction de tous; intervenir au nom de la justice, avec bienveillance et dans un but d'union et de paix; faire désirer son arbitrage par la sagesse et le désintéressement de ses conseils, voilà le genre d'action et d'influence qu'il appartient surtout à la France d'exercer ; voilà désormais sa mission , sa destinée !
Mais cette destinée est-elle en état de satisfaire le besoin de gloire qui est plus particulier peut-être au caractère du peuple Français qu'à celui de tous les autres? Arborer sur le globe l'étendard pacifique de la justice , se constituer l'ami des faibles et des puissans, car les puissans , M. Laffitte l'a déclaré, n'ont pas toujours tort ; convier tous les gouvêrnemens et tous les peuples à l'imitation de Tordre plus humain et plus généreux que la France réalise chaque jour dans son sein, est-ce là un sort
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digne de notre passé et pour lequel puissent se passionner les fils de l'illustre génération que la propagande de la liberté embrasait en 89?
Oui, Monsieur, cela suffira ! 11 n'y a pas de démonstration sans doute qui puisse le prouver; ceci tfest pas une affaire de calcul; les passions publiqaes ne se Raisonnent pas plus que les mouvemons intimes du cœur. Que chacun consulte donc son cœur! qu'il se demande ce qu'il éprouverait, si là couronne de France prenait au milieu du monde, avec modestie et avec fermeté, cette glorieuse initiative! s'il la voyait metlre au service de la justice, eo toutes choses et eu tous lieux, renthousiasme, les richesses, toutes les forces vives de la patrie! et si, lebut de son intervention morale proclamé ouvertement, il voyait les ministres prendre les mesures les plus favorables pour l'atteindre.
Je ne crains pas d'être démenti; si jamais cette pensée entrait dans votre ame, si elle était proclamée par votre bouche éloquente , il n'est pas un Français qui, la main sur le cœur, ne le sen(ît battre de joie et d'orgueil ; pas un Français qui ne s'écriât: oui, maintenant nous sommes les digne* héritiers de nos pères ; aussi généreux qu'eux, mais plus sages et plus justes, nous allons élèvera un nouveau degré d'éclat et do grandeur la France de 92, la France de Henri IV, de Louis XIV et de Napoléon.
Ah I Monsieur , si vous deviez jamais faire un si noble usage de cette supériorité que tout le monde
admire et qui est jointe à tant de bienveillance et de naturel que tous vous la pardonnent, s'il m'était donné celte joie de vous voir redevenir le propagateur ardent et audacieux de la paix, vous l'enfant du peuple, dont le peuple surtout est fier , vous dont j'ai si souvent défendu hors de France le caractère, les intentions, la probité et jusqu'à celte insouciance du pouvoir qui vous l'a fait tant de fois abandonner volontairement,vousdont j'avais deviné toutes les qualités aimables et franches avant même de vous avoir approché; si une pareille joie m'était donnée, je croirais que l'heure de la France est venue , et ce qui n'est en moi qu'un désir ardent , qu'un espoir inébranlable, deviendrait bientôt pour tous une réalité.
Mais il faudrait pour cela rompre avec bien des habitudes, secouer le joug de bien des préjugés; il faudrait ouvrir les yeux enfin, les yeux exercés d'un praticien à tout ce qui vous environne, placer moins de confiance dans le mérite de vos amis, et faire un peu plus de cas de l'habileté de certains de vos adversaires. Il faudrait étudier toutes choses à nouveau, en homme qui ressuscite,* Monsieur; ce qui ne veut pas dire que vous soyez mort.
CI» QViâMS X.ETTBB.