‹ Lettres politiquesChapitre 11 sur 80 · A M. LE DUC DE BROGUL · texte numérisé non relu

A M. LE DUC DE BROGUL

MomiBUB LEID11G9

JjL discussion de l'adresse de la Chambre des pairs a été féconde en résultats. La seule question qui pouvait mettre en péril le ministère a pris une face nouvelle. Le champ de la politique extérieure s'est élargi. L'exposition des faits a revêtu, dans la bouche de M. le ministre des affaires étrangères^ un caractère de puissance et de fierté inattendu*

Bornant votre rôle de rapporteur de l'adresse et d'ancien ministre à la discussion des principes^ à la justification des anciens traités qui furent sur*

tout votre ouvrage, vous en avez expliqué l'esprit, la moralité, la légalité, avec une telle abondance de bonnes raisons, jointe à tant de convenance et de clarté, qu'il serait difficile, sur ce terrain de rhumanité et de la raison d'État , où vous avez maintenu la discussion, de vous opposer aucun argument sérieux.

Apr^ cettQ éclatante . m^ifestation de cç que peuvent répandre de cenvktion^ dam les esprits les plus prévenus, la dialectique sévère, le bon goût, les rapprochemens ingénieux, enfin toutes les ressources d'un publiciste éminent , à la fois philosophe et praticien,. 4>eimettez-moi, Monsieur le Duc, de sortir de la ligne que vous avez tracée à la discussion et où je ne pourrais me maintenir qu'en répétant et en affaiblissant ce que vous avez si bien dit.

Mon intention est de me placer à un point de vue nouveau, d'envisager principalement, non pas le passé du droit de visite, non pas môme son présent, tel qu'il résulte de la modification obtenue par le Cabinet, consentie par la Chambre des pairs^ et que|Consentira probablement aussi la Chambre des députés, mais son avenir ; ou plutôt, car tout le monde est d'accord pour reconnaître dans la difficulté du droit de visite une question beaucoup plus générale, je veux observer quelles conséquences l'attitude nouvelle du Cabinet et la manifestation des Chambres sont appelées à produire dans nos relations internationales^ quelle tendance cela indir

que dans la marche générale de notre politique ex* térieure.

Mais awnt d'entrer dans cet examen^ permettezmoi, Monsieur le Duc, une observation prélind-; naire, qui touche à la discussion même que vous avez résumée .et qui intéresse directement les pré? rogatives et Tinfluence du corps dont vous faites partie. '

Lorsque j'eus rhonneur^ il y a quelques mois ^ d'appeler rattention , des membres éminens des Chambres et du Gouvernement sur la nécessité d'attribuer à la,Pairie une part plus lai^e d'influence 4an9 la d^jtib^ationi des grands intâ'éts de l'État^ je r^çueillîs^ au milieu de nombreuses marques de sympathie, queues oba^vations auxquelles l'antorité . d'une longue expérience et d'une haute sa* gesse me commaudait d'attacher un grand prix.

On me disait, ^relativement au désir que j'avais exprimé de voir certaines lois administratives pré-* sentées d'abord à la Chambre des pairs ^ désir qui a été bien promptement réalisé dès l'ouverture de cette session; on me disait que j'attachais trop d'importance k la priorité /des délib^ations; qu'il ne s'en suivait pas de ce que la Chambre des dé* pûtes était presque toujours appelée la première à se prononcer sur les grandes questions, que cela lui attribuât une influence supérieure à celle de la Chambre des pairs ; que dans l'ordre administratif et dans Tordre judicaire, au contraire, la supério^ rite du degré consistait à prononcer en dernier^,

La discussion si calme^ si positive, si féconde du droit de visite à la Chambre des pairs^ etriofluence légitime qu'elle exercera sans doute sur la délibération de la Chambre ^élective , sont une réponse éloquente àTobjection qui m'était présentée.

Non ! la priorité de discussion n'est pas une chose indifférente , là surtout où la composition diverse des assemblées met nécessairement la raison d'un côté et la passion de l'autre. Je ne prétends attribuer à ces deux mots aucune acception favorable ni défavorable; permis à chacun de juger la raison froide ou juste, déjuger la passion aveugle ou généreuse. Mais, soit que Ton considère ces deux dispositions plus particulièrement naturelles aux deux Chambres comme des défauts ou des qualités , tout le monde tombera d'accord que sur les questions extérieures , la Pairie est surtout raisonnable et la Députation surtout passionnée. Dèslors^ il est incontestable que , dans l'intérêt même de la passion^ la raison doit délibérer la première.

Voyez ^ en effets ce qui s'est passé au sein de la Pairie. Le ministère se trouvait sur un terrain pratique qui lui permettait d'aborder cette grave discussion avec des déveioppemens et des documens dont l'eâervescence et l'impétuosité naturelles de la Chambre élective auraient supporté impatiemment la lecture. Ces documens sont acquis aujourd'hui à la discussion. La Chambre des députés en masse en eût repoussé peut-être la lecture ; elle en prendra connaissance dans le silence et le calme

du cabinet, et il est raisonnable de penser que cette conununication ne sera pas sans influence sur son esprit.

L'effet produit par la discussion de la Chambre des pairs se fera plutôt sentir^ j'en conviens, sur les députés qui écoutent que sur ceux qui parlent. On aura probablement le même nombre de discours ,. on les aura aussi passionné3 ; mais ils seront écoutés bien différemment. Les esprits que ces discours auraient aigris et enflammés sont maintenant éclairés sur un aspect de la question , qui n'est pas sans doute le seul important , mais dont il est essentiel de tenir compte. Car si les im«pressions nationales , les instincts populaires doivent avoir une large part dans les déterminations publiques^ il importe qu'ils ne soient pas aveugles, impérieux; ils pourraient produire à leur insu des résultats contraires au but qu'ils se proposent d'atteindre. Il importe donc de les éclairer, de les 'nstruire, avant que la détermination de la Chamore élective leur donne un caractère officiel et définitif.

Je dis que les points de la discussion qui ont plus particulièrement préoccupé la Pairie ne sont pas les seuls importans ; et par cet aveu^ je n'obéis pas à un entraînement injuste; cet entraînement, je l'ai partagé^ je le partage encore, bien que la modification inattendue des traités ait nécessairement changé les résultats qu'on en doit attendre et les devoirs qu'ils imposent aux pouvoirs publics.

Je crois qu'aujourd'hui une manifestation grave,

mesnrée^ de la Chambre élective est utile» indispensable. Il est nécessaire qu'un corps public, Véritable représentant delà nation, fasse justice des exagérations de la presse, et, donnant à la disposition morale du pays son caractère réel, sa Intime expression, prouve au peuple anglais toute la gravité du sentiment que le traité du 45 juillet «1 840 a soulevé dans la nation française, et fortifie le Ministère en face du cabinet de Saint-James. Cette manifestation est aujourd*hui le témoignage vivant de la vérité de cette parole de M. Guizot à lord Palmerston : «Vous allez sacrifier, Milord, la grande politique à la petite ; la Syrie ne vaut pas des rapports de bonne intelligence avec la France. »

Cette parole eût-elle été alors autre chose qu^une vaine menace, une bravade inutile, si la France ne manifestait pas aujourd'hui à TAngleterre publiquement, solennellement, cette disposition morale que son ambassadeur avait prophétisée ? Mais autant il importe que cet avertissement soit donné à l'Angleterre, autant il serait dangereux d'en exagérer Ténergie et là portée.

Dans l'état d'irritation du public, irritation qui doit être naturellement partagée par ses représentans, ce danger était peut-être à craindre si la discussion de la Chambre élective eût précédé la discussion de la Chambre des Pairs. Mais, grâce à l'ordre naturel que la constitution des deux assemblées met dans leurs premiers travaux, ce danger est beaucoup affaibli .

Permettez-moi, Monsieur le Duc, d'insister siirce

point, car il offre un exemple frappant des ressources que possède f institatibn de la Pairie pour établir sa légitime influence à la hauteur de celle qu'exerce *la Députation: La nkture même' de sa constitution lui donne évidemment, snr des points impôrtans, et sans qu'il soit nécessaire de recourir à ane modification de la Charte on à des lois nouvelles , la faculté d'intervenir avec édat dans les grandes déterminations nationales. Il est curieux d'étndier particulièrement dans cette circonstance tous les ressorts qui lui attribuent , comme une sorte de privilège de fait, là priorité de discussion sur les graves objets de la politique extérieure. La différence seule de la constitution des deux assemblées, dont Tune est temporaire et dont Tautre est à vie, oblige naturellement la première à des dispositions préliminaires qui retardent ses travaux; la seconde, qui n'a pas de président à élire chaque année, pas de pouvoirs à vérifier, est plutôt libre de discuter l'adresse en réponse au discours de la Couronne.

Or, il est d'usage que, dans cette discussion^ soient débattus tous les grands intérêts de politique extérieure, qui, dans l'intervalle des sessions, ont le plus préoccupé ou agité l'opinion. Il en résulte que les questions internationales les pltis importantes doivent nécessairement, et sans qu'il soit besoin de réglemens , de lois ; d'établissemens lé* gislatifs nouveaux, être discutées par la Chambre despairs^ avant de Têtrepar laChambredes députés*'

Tant que nous avons vécu à'vne vie agitée et révolutionnaire^ tant qu'il a fallu lutter contre les partis^ contre les cabinets étrangers^ qui s'oppo* saient ouvertement ou sourdement à Forganisation du régime nouveau , ce privilège de la Chambre des pairs a dû passer inaperçu. Alors, évidemment , la Pairie ne pouvait suppléera Ténei^ie y à la force populaire que le gouvernement puisait dans le concours des élus de la nation. La passion dominait tout et la Pairie elle-même^ chaque fois qçi'elle intervenait à son rang, à sa place dans les discussions delà politique extérieure, se dégageait difficilement de rinfluence du dehors ; elle sentait qu'elle était à peine écoutée et c'était par devoir^ mais sans grand espoir de succès, qu'elle développait les con« éidérations de haute politique, fruits naturels de son expérience et de son inamovibilité.

Aujourd'hui les temps sont changés : la constitution est à peu près achevée ; les perfectionnemens qu'elle peut subir encore ne sont plus du moins l'œuvre importante, urgente de l'époque. Les passions, excitées par rétablissement de Tcirdre nouveau et les résistances qu'il rencontrait, se sont calmées; et, depuis ce moment, la prépondérance naturdle, que la Chambre des députés s'était attribuée, a tendu de plus en plus à faire place à l'égalité d'influence que la Charte avait posée en principe, et que la Pairie doit aujourd'hui réaliser; pour cela, il suffit qu'elle use de tous 1^ avantages ôa t» position.

Maintenant^ Monsieur le Doc, j'entre dans Texamen de la question du droit de visite^ au point de vue que j'ai indiqué.

Je serai franc comme toujours. Je déclare donc que la solution que j'avais proposée à M. le ministre des affaires étrangères en ces termes : déiumc&r les IraitéSj en les exécutant^ solution qu'il a suffisamment honorée en l'admettant à la discussion^ en disant que c'était la vraie question à débattre; je déclare, dis*J6, que cette solution n'est plus possible^ qu'elle tombe d'elle-même devant la situation nouvelle qu'il a communiquée.

Tout est changé. Du moment que les traités ne sont plus ce qu'ils étaient^ du moment que la modification qu'il s'agissait de poursuivre est acquise^ et dans des termes qui doivent satisfaire aujourd'hui ceux-là mêmes qui poursuivent dans l'avenir leur résiliation; dès ce moment on peut bien compléter les actes par l'expression d'un vœu, quanta l'avenir; mais assurément il serait insensé d'exil ger davantage dans le présent.

Je considère donc la question du droit de visite comme justifiée dans le passé par votre noble et remarquable exposition j comme résolue dans le présent par la modification introduite par les deux Cabinets. Ceci vous explique^ Monsieur le Duc^ le sentimait de prévoyance et de prévision qui me porte à Tenvisager sous une troisième* face qui n'a pas été étudiée : dans son avenir.

Je me demande dans quelle situation la ques-

tion du droit de visite, ainsi résolue^ place la France Tttt'dehors, quel penchant fatal elle iifapose au goui^rnetnent, qtkels secours ou quels embarras il doit rencontrer dans l'intervention des Chambrest

Et d'abord, rendous-notis un cottipte exact de Tattitudé réciproque du Cabinet , de la Chambre des pairs et de la Chambre des députés.

L'attitude du Cabineft , jusqu'à ce moment est irréprochable. Le Cabinet n'a pas attendu que le mécontentement populaire fit surgir dans le parlement des eiigences solennelles pour modifier les traités existans; il se présente devant les Chambres avec une nouvelle convention qu'il offre au pays comme la seule solution possible en ce mo* ment.

La Chambre des pairs ^ naturellement placée par le principe de sa constitution et de son r^ nouvellement au point de vue de la raison d'Etat, et qui doit envisager les questions extérieures sous leur face administrative et diplomatique, a accepté la solution présentée par le Cabinet et n'exige rien de plus.

La Chambre des députés qui, par son origine , doit plus particulièrement envisager en toutes choses l'aspect national, semble, si Ton considère le projet d'adresse comme l'expression de la majorité, devoir se montrer phis exigeante. Selon toute apparence elle acceptera comme solution momentanée la nouvelle négociation communiquée par M. le minisire des aifaifes étnmg^^s. Mais eu ihémë

temps elle exprimera un vœu formel pour Tabroigatibû f àtttf^' dé la cônceâsion matuelle dû ^it deTisite: • 1 1

Le nainistère s'y opposera; il le doit. Mais il ëft certain que, tout en s'^fforçant de faire retirer ^ projet d'adresse le vœu exprio^ dans sa rédate^ tion^ il ne considérera pas son maintien comme un échec. ' '

Ce qu'il exigera, c'est que la Chambre ne l'obligé pas, le lendemain d'iiûe concession consentie par le cabinet anglais, à faite contre lui acte d'hostilité; ce qu'il exigera, c'est que pour sortir d'tfn état qu'il reconnaît lui-même exceptionnel, on le laistee Hbré de choisir l'occasion, le moment, les moyens; 'c*ést que la Chambre se borne % exprimer des vœux; qu'elle demeure ce qu'elle est légitimement, le miroir db Topinion, l'écho solennel etr puissant de l'état d'irritation et de mécontentement oà le funeste traité de 4 840 a jeté toute la population française. • ' • ...:..,

Si la Majorité y consent, si les choses se passent ainsi, ce qui est assez vraisemblable, la Chambre ûek pairs, la Ohambre des députée et le Q on vernemént aoeront toiîl* à tour rempli leur devoir. La questioA ûa droit de visite , si périlleuse , A inquiétante il y apen* de jours , aura reçu une solution momentanée, suffittnte, pour que les relations des deux p ys et la destinée du Cabinet n'en soient pas compro^ mises»

Mais^ maintenant) en admettant que le préfet

d^Adresse de la Gommission soit accepté par la majorité de la Chambre des Députés ; en admettant que la position relative des ^ois Ponvoirs sur la question du droit de visite reste telle que je Tindique, que faut-il en conclure pour Favenir? Quelle est^ au fond, la tendance d'une pareille situation?

Peut-^tre vais-je pousser la prévision un peu loin; mais je n'hésite pas à dire toute ma pensée, parce qu'elle exprime une vive et profonde conviction; et^ parce qu'en de si importantes matières, ce qu'il y a de fatale ce n'est pas le côté vrai des choses, ce sont les illusions. La vérité soulève, dans les assemblées, ile ces émotions salutaires , de ces agitations fécondes d'où sortent les grandes mesures, les résolutions sublimes ; les illusions bercent les peuples dans une fausse sécurité et les endorment honteusement au bord de l'abime,

La tendance de la situation nouvelle du Cabinet, Monsieur le Duc, c'est le retour à l'alliance anglaise. Cette tendance est inévitable, fatale; elle résulte de la relation qui s'est établie entre les deux hommes qui dirigent les affaires de la France et de l'Anglrterre; elle résulte de l'analogie de leur position en fsce des partis qui les ont précédés au pouvoir, aussi bien que de leurs doctrines politiques.

Le consentement de lord Aberdeen aux modifications du droit de visite ne prouve-t-il pas que le cabinet anglais est , à l'égard de la France , dans une disposition d'esprit bienveillante, qu'il cherche à £dre oublier des griefe dont il a plus d'une fois

repoussé la responsabilité , qu'il est même disposé k les réparer honorablement?

En face de cette attitude sage , convenable, M. Guiiot qui, mieux que personne^ peut en apprécier la sincérité , peut-il répondre autrement que par une attitude , par une disposition d'esprit analogues? Evidemment, non! Ainsi, par la seule force des choses, la nouvelle relation qui s'est établie entre les deux Cabinets les conduit nécessairement d'égards en égards, de concession en concession, à renouer Talliance anglo-française.

Est-ce un mal ?

Non, sans- doute ! mais à une condition. C'est que l'on ne se dissimulera aucun des dangers de cette voie nouvelle dans laquelle on entre ; c'est qu'instruit par une expérience récente, on prendra toutes les précautions pour que le scandale d'une rupture ne se renouvelle plus. Les deux nations ne peuvent se rapprocher et s'unir, qu'à la condition de se mieux coNNiiTRB«

Nous avons contre l'Angleterre des griefe encore palpitans. L'affaire de Syrie, malgré le traité du ^5 juillet, n'est pas encore oubliée en France; l'affaire d'Espagne , la malheureuse et révoltante intervention de la marine anglaise à Barcelone, n'est pas encore éclaircie, justifiée.

Voilà ce qui légitime la résistance considérable que l'opinion publique opposera au sein du parlement contre la tendance que je signale. Résistance utile, qui sera une lumière et un appui pour le

Cabinet dans cette route pérUlraae; car le takot d'ui seul koomie^ qaelqae grand qa'il aoit, ne Mifinift pae pour en.pwoer tontea ka (Ascuritéa^ pour «i éviter tous lea écoeih. .

An anrplus, â nul n'oae enoore avouer œtle loiidanee nouvelle de notre politique estérieore, tout le monde la presa^ftt. Les deux assemblées ne se disrimnkttt pas les conséqnenœs de la mo* difieation da dmt de visite soumise à leur appnn bation. Leur sollicitude est éveillée» et l'on peot prévoir dès ce moment que de là désormais viendMHit tous lea embecras^ tous les édiecs ou tous les tnonqAss futurs du Cabinet.

Par son vois y Is Fairie, pour le moment an moins, s'iest unie d'intention à œ retour vers Tal* lisses Miglaiae. EUe ne s'est pas engagée à tout jsmsis sans dcwffe; elle n'a pas piomis^ quelque fussent les setesdn pouvoir exéeutif dans cette direction y de les approuver lea yeux f emés. Non l rile s reaonnu seulement que la tendance était bomiie, que Tscte qu'on lui soumettait était sufli* sant dans l'état actuel des choses^ et pour les actes subséqnens elle s pris l'attitude que sa sagesse lui fera toujours prendre sur les points où la Chambre des députés s'attribue l'initiative du monve» ment, l'attitude du calme; elle n'agit pas alors^ elle juge.

Jusqu'à quri point la Chambre Elective doit^eUe pousser Ift vivadié de ses méfianees et de son opposition oontre cette tendance inévitable?

Pour en juger sainement il faut rappeler en peu de mots da,as quel état la question va se présenter au Pal%is-Bou^bon.

An point où la discussiQi;^ d» la Chambse à9^ pûr^r.a. laissée^ vpici T^nc^ainemenit des faits et des motifs sur lesquels s'appuiera le Cabinet. ^ » ^ Le traité du 9 ao^t 4.842 entce rAugle4erX:e et les États-Unis . avait offert: à la. France une ^oQca^ion légitime de rentrer dans le droit commun > «droit rigoureuxip^tntr^tre, mais en toui<ca4 incontçstab](e« Quel motif s'est oppoaé; à ce que Tob profitAt di| cette occasion? un motif puiisant, impérieux. |^^ France n'était, pas ^ seule engagée^ elle avait ^cqilt conru^ de 4854M859yii faire entrer. dans.les traités sept États secondaires^ eUe ne pouvait espérer d'i^b?. tenir à elle seulAde ces Etats,» iq>rèi si peu de Mm^ps» une résohiUon ci\ntraixeà ceU« qu'elle était pariver; nue. à leur faira. prendre» alors. qu'à. son influence était unie l'inQuence du cabinet anglais. ..

Les États secondaires, ont leur honneur et leur dignité i conserver et il$ eussent élé en droit de ré^ pondre à la France, si elle eût fait une pareille .ten-^ tative^ que leur position n'était plus semblable k la sienne. La France, en se retirant du droit de visite, pouvait bien.^ jusqu'à un certain point» âtre conséquente et digne.; mais les États seicondaires^ complètement désintéressés dans les conséquenccvi du,. traité du 45 juillet ^ ne pouvaient obéir en aveugles anjL justes )|nsçeptibiUté& à» la France^ sane abdiquer leuç indépendance et leur dignité*^

Si la France se fût retirée, elle n'aurait donc pas entraîné les Etats secondaires, elle les aurait abandonnés à l'exercice d'un droit tyrannique, du moment qu'il était exercé sans contrôle et sans contrepoids. Assurément , ce parti n'était ni honorable, ni prudent, on du moins, c'était an parti extrême, justifiable seulement si les abus da droit de TÏùte eussent été si nombreux , si intolérables que la France, pour s'en affranchir, dût passer sur tonte antre considération.

Loin de là, sur douze plaintes, sept ont été retirées faute d'avoir réuni les témoignages indispensables pour qu'elles se présentassent avec quelque caractère de gravité; sur les cinq autres plaintes deux senlement ont été jugées sérieuses ; le gouvernement anglais ne se refuse pas à réparer les dominées , il fait justice de ses propres officiers; ce sont enfin des contestations , des accidens qui suivent le cours ordinaire de ht justice humaine, entre puissances décidées i se soumettre à tontes ses conséquences. Ainsi, bien que le traité américain uous offrit une occasion convenable de faire cesser le droit exceptionnel que nous avions consenti, notre position vi»-à-yis des Etats secondaires ne nous permettait pas d'en profiter.

C'est dans ces circonstances et en tenant compte de ces considérations , que le cabinet français a cherché à satisfaire autrement l'expression unanime de l'opinion publique. Il a demandé deux choses : que le nombre des croiseurs fût égal et que

l'actloa de chacun d'eux fut circonscrite dans la station particulière à laquelle il était attaché.

Ces deux conditions nouvelles ont été consenties, et^ dès ce noioment^ il est bien clair que la position relative de la France et de TÂngleterre estcomplètement changée.

Il est certain que si une pareille modification eût été introduite au moment où la discussion sur le traité de iSAi avait allumé les premières étin** celles de cet incendie, elle eût satisfait toutes les exigences ; on eût remarqué que^ parelle, ledroitde visite était soumis à un nouveau principe; que Tintérèt maritime français y dominait Tintârêt ma* ritime anglais, puisque^ à la place de la faculté de proportionner le nombre des croiseurs aux forces et aux intérêts de chaque nation^ le principe d'égalité , indépendamment des forces et des intérêts, était adopté^;

Mais alors les passions n'étaient pas irritées au point où elles le sont aujourd'hui; l'Angleterre n'avait pas donné de nouveaux griefs aux accusations dont elle est l'objet, par le traité Ashburton et la conduite de ses navires et de son consul à Barcelone.

Néanmoins, il faut voir en toutes choses les probabilités, les possibilités.

Dans le cas ou, non contente du projet d'adresse^ la majorité imposerait au cabinet une nouvelle négociation, de deux choses l'une: ou M. Guizot

86 retirerait oa il accepterait cette exigence et n^ocierait.

S'U 88 retirait^ la Chambre serait dans l'impossibilité de troufer nn cabinet qui fit ce qu'il aurait refàsé* Tons les hommes d'Etat sont engages; aucun d'eux ne peut prendre la responsabilité d'une situation différente de celle que le Cabinet a posée. Le dénouement de la lutte ressemblerait donc beaucoup à celui de la guerre de 4758 qui 9 entreprise pour l'abolition du droit de visite, fut terminée par un traité où il n'en était pas ques^ tion.

Supposons maintenant que Mé Giiizot cède è la Chambre , qu'il reste ministre et consente à négoh cier; il se présentera alors du côté de l'Angleterre une alternative tout aussi embarrassante. Ou le cabinet anglais refusera d'abolir les traités^ ou il consentira.

S'il refuse^ la France ne peut les rompre à elle seule sans trahir la cause des Etats secondaires et compromettre son honneur à l'étranger. S'il consent, il est évident que dans ce cas il court, dans son pays, le même danger que le ministère français eût couru en France si ^ en dépit des avertissemens de la presse et des Chambres , il eût voulu persister^ l'année dernière, dans l'idée de ratification, ou maintenir, à l'ouverture du parlement, l'exécution des anciens traités dans les termes qui avaient soulevé tant de craintes et tant de récriminations.

A . jnon aviS; Monsieur je JDuc^ c'est ici £ue S6

tronve la seule chance de guerre raisonnable. Si le cabinet de sir Robert Peel était renversé, il serait nécessairement remplacé par l'opposition , par le parti Palmerston. La France pourrait-elle^ sans danger de guerre^ se retrouver en face de Thomme auquel se rattache Tinsulte faite à sa dignité? Je ne le crois pas.

Je sais que la chute du cabinet de sir Robert Peelj dans le cas où il abandonnerait purement et simplement ie droit de visite^ est une alternative que peu de personnes peuvent apprécier. Il faut avoir. TU r Angleterre I avoir étudié son histoire, les se* cretsde son gouvernement^ il faut y avoir suivi jour par jour les mouvemens des partis^ leurs atta- ^es, leurs intrigues, leurs chances de succès^ pour comprendre cette vérité qui^ à mes yeux, a tout le caractère de Tévidence : le cabinet anglais ne peut pas consentir plus qu'il n'a consenti > sans soulever contre lui-même^ au sein de son propre pays^ des orages au milieu desquels il disparais trait inévitablement.

Quand on entre dans les faits^ quand on cherche ise rendre compte des véritables chances d'un pa* reiljeu, on est forcément conduit au résultat que j'indique. La véritable questiop est celle-ci : La France a-t^Ue intérêt à ce que le cabinet modéré, bienveillant de lord Âberdeen et de Robert Peel soit ii^aintenu ? Si elle y a intérêt^ il est hors de doute ^'elle doit^ pour le moment^ n'exiger aucune noib Telle n^ociatlozL

Mais, pour l'avenir, ne doit-elle rien prévoir, n'exprimer aucune crainte, aucun désir? Ceci me ramène à la vraie question que j'ai posée dès le début, car la modification du droit de visite n'est, comme M. le ministre des affaires l'a remarqué, qu'un accident de la situation. Son côté grave, c'est la tendance qu'elle manifeste dans les deux cabinets et l'effet que cette tendance doit inévitablement produire dès qu'elle seraéclaircie et comprise.

En retournant vers l'alliance anglaise, M. Gui* zot obéit à un sentiment humain, honorable, vrai.

En résistant à cette tendance , la Chambre élective obéira à un sentiment national , non moins honorable, non moins vrai.

La tendance du Ministre des affaires étrangères est justifiée par un fait incontestable , c'est que l'acte du 4 5 juillet 4 840, dont la France s'est justement offensée, est parti non de la nation anglaise, mais du cabinet Palmerston.

La tendance de la Chambre élective est appuyée sur un fait non moins incontestable, c'est que si la nation anglaise n'a été pour rien dans l'acte do 45 juillet, elle en a accepté les conséquences, elle en a soutenu les auteurs. Ce n'est pas sous les difficultés de l'affaire de Syrie qu'a succombé le ministère Palmerston, mais sous le déficit, sous la révolte des fermiers et des propriétaires, causée par la loi des céréales ; c'est-à-dire que sa chute n'a pas été une réparation de l'injure faite à la

France^ mais la satiâ&ction d'un intérêt purement anglais.

Cet assentiment national que la Grande-Bretagne a donné aux affaires de Syrie, elle le donne aujourd'hui aux affaires d'Espagne; et c'est toujours la même politique exclusive , intéressée , qui ne voudrait voir dans le monde qu'une seule influence^ rinfluence du négoce britannique. Cette politique nous choque justement, nous, dont l'influence est surtout morale; nous, dont les mœurs, les lois, la langue , la gloire et les plaisirs ne circulent pas moins aux extrémités du monde que les inventions et les produits de la Grande-Bretagne.

Vous le voyez ^ Monsieur le Duc, deux intérêts puissans sont en présence; c'est une lutte immense et féconde qui s'engage , une lutte où les deux instincts nationaux doivent trahir bien des peu*chans « dévoiler bien des mystères , une lutte où nous avons beaucoup à enseigner et beaucoup k apprendre, et que nul effort humain désormais ne saurait prévenir.

Au point de vue où, malgré moi , je me sens entraîné, je me demande, dans cette lutte inévitable^ quelles sont les armes les plus puissantes que le Cabinet et l'opposition pourraient employer l'un contre l'autre, sous quel drapeau ils pourront donner plus de force à ces deux penchaus également légitimes : le sentiment humain et le sentiment national. J'étudie ces deux penchans avec une égale ^Uicitude^ c^r^ quelle que soit la conclusion du dé-

îwitj je rais assuré qu'il ne sera définitif qu'autant que Fun et l'autre seront satis&its.

n est clair, d'abord , que dans la voie ou il est entré, le Cabinet ne saurait s'arrêter. Ce que les esprits impartiaux et prévoyans doivent désirer c'est qu'il marche franchement vers le but qu'il ambitionne^ mais sans précipitation^ ^ns imprudence, avec une extrême réserve^ avec une intelligence approfondie des tendances du sièple et de la vraie destinée des nations.

Nous sommes sortis de l'ère constitutionnelle. En France^ comme en Angleterre^ la constitution intérieure de l'État et ses progrès ne sont plus la principale passion du pays. Ce n'est donc pas sur l'analogie des rouages gouvernementaux que peut s'appuyer aujourd'hui l'idée d'une alliance , c^esf sur des sentimens^ sur des instincts plus profondément enracinés dans le cœur des deux peuples^ sur ces biens positifs que chacun d'eux envisage aujourd'hui comme son trésor le plus précieux : la gloire, l'influence politique , la prospérité nationale I

Toutes les occasions extérieures où la marche naturelle des affaires humaines appelle l'intervention des États les plus industrieux , le Cabinet doit donc les saisir; il doit offrir à l'Angleterre le moyen de contracter envers nous de ces liens sérieux et durables qui soient un gage éclatant de bonne harmonie et de paix.

Pourquoi la France qui souffre surtout de ce

que^ depuis vingt-cinqans, elle ne prend I^ors de ses frontières rinitiativa sur riei), pourquoi ne provoquerait-elle pas toutes les grandes créations matérielles que le monde attend et qui doivent eoocourir si puissamment à sa civilisation? )D[Pourquoi , par exemple ^ abandonnerait-elle & tous les hasards de l'industrie privée la double communication de TEurope et de TAsie par l'isthme de Suez et l'isthme de P^ama? Si les finances de l'Angleterre et de la France étaient également engagées dans la construction, dans l'établissement de la double voie de communication que réclaoïent ces deux points du globe ^ niera-t-on que ce ne serait^ môme dans le cas de mésintelligence future entre les deux peuples , des élémens de rapprochement , des intérêts communs i des motife pui^ sans de régler leurs différends avec convenance et justice?

Pour ne parler que des travaux nécessités par la communication de la Méditerranée à la mer RougCj assurément si le gouvernement anglais et le gouvernement français coopéraient à cette entreprise par leurs finances et par leurs ingénieurs^ les difficultés que soulève l'état de l'Orient seraient^ en grande partie^ aplanies^ ou du moins quelque phase que dût traverser ce litige dangereux, la solidarité de la France et de l'Angleterre , les marques réciproques de confiance qu'elles se seraient données , en diminueraient beaucoup les difficultés. J'appuie particulièrement sur des, actes de cette nature

parce gu'ils ne sont pas gènans^ ils ne contiennent aucune chance de collision. L'exemple du chemin de ferdeRouen^ où ingénieurs et ouvriers des deux nations sont réunis , dont les travaux ont été poursuivis au milieu de l'explosion des susceptibilités nationales^ prouve que lorsqu'il s'agit d'entreprises sérieuses , utiles , Français et Anglais peuvent s'accorder.

Je sais^ Monsieur le Duc^ <ju'il ne manquera pas d'esprits positifs y calculateurs sévères des finances de l'État^ qui observeront que la France n'a pas de relations commerciales suffisamment développées pour justifier sa participation à de si coûteuses entreprises. Il en est même de plus inquiets encore qui prétendront que contribuer à l'édification du chemin de fer de Suez ou du canal de Panama, ce serait travailler pour l'Angleterre. A cette double objection il n'y a qu'une réponse sur laquelle il n'est même pas nécessaire d'insister. La France^ grâce à Dieu^ n'a pas, hors de ses frontières, des intérêts conmierciaux seulement à soutenir. C'est comme nation morale, humaine et civilisatrice, qu'elle doit surtout tenirson rang au milieu des peuples . L'estime que l'on fait en tous lieux de ses lois, de ses mœurs, de son gouvernement libéral, les services qu'elle a rendus, ceux que l'on attend d'elle encore, lui imposent le devoir de traiter d'égal à égal avec tous les intérêts, et de supporter les charges de cette égalité.

L'union de la France et de l'Angleterre^ le par-

tage des frais nécessités par les grandes communicationç du globe auraient une haute signification; cela voudrait dire que le monde n'est pas seulement ouvert aux produits de l'industrie britannique^ à ses entreprises commerciales, mais qu'il est ouvert aussi au génie de la fraternité des peuples, à toutes les espérances que les douleurs et les gloires de nos pères ont jetées dans le raonde^ et dont la génération présente n'a pas abdiqué Théritage. L'égalité de la dépense manifesterait l'égalité des droits; et croyez- vous. Monsieur le Duc, que dans un siècle où tout semble se traduire en profits et perles, en spéculations de Bourse, en calculs de boutique, croyez-vous que ce ne serait rien que d'avoir fait accepter à l'Angleterre, sur le pied de l'égalité, l'intervention morale et sociale de la France, dans toutes les régions du globe où domine seul aujourd'hui son négoce?

Certes, ce serait un grand résultat, dont la nation entière devrait s'enorgueillir; et dans cette direction, dans cette direction seule, le cabinet peut suivre avec gloire et avec profit la tendance qui l'entraîne vers un renouvellement de l'alliance anglaise.

Si les moyens par lesquels le Cabinet poursuivra ce but sont grands et féconds , les obstacles que le génie de la nationalité lui opposera, auront nécessairement aussi le caractère de la fécondité et de la grandeur ! Ceux qui s'efTorcent de perpétuer le mécontentement de l'opinion seront bien obli-

g^s d'élever la rivalité contre TAngleterre 9, quelque chose de noble et d'utile, à quelqu'intérét général qui lui ôte le caractère de mesquine rancune! Ils imagineront un système, une politique anti-anglaise, dans laquelle la France aura Tespoir de recueillir quelque gloire et quelque profit !

Je l'avoue, Monsieur le Duc, quand je considère les contradictions qui éclatent souvent en France entre les principes et les intérêts d'un même parti, je ne pnis me défendre d'une sorte de tristesse; car là surtout est le secret de la faiblesse et de la versatilité de nos opinions, de l'absence d'esprit public , de doctrine nationale.

Les adversaires de l'Angleterre les plus fougueux, sont les partisans aveugles du principe de liberté commerciale dont l'Angleterre parle beaucoup et que^ jusqu'à la modification de son tarifa elle avait très peu pratiqué. Les partisans de l'alliance anglaise sont , en grande partie , préoccupés de la nécessité de protéger l'industrie nationale et d'étendre ses marchés intérieurs. Ce sont ces tiraillemens contradictoires de tous les partis^ ces inconséquences de l'opinion qui jettent dans l'action du gouvernement tant d'obscurité , d'iii^ certitude, qui géneut sa marche et multiplient les obstacles sous ses pas.

Où les ministres du roi chercheraient-ils la lumière , où seraienMls sûrs de trouver un appui ^ quand il n'y a dans l'opinion ni fixité , ni intelligence nette des. besoins généramç, q^mà il n'y 9^

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