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serons-nous^ par des efforts communs^ ce retour à la concorde que le temps seul doit amener?
En face de cette alternative^ la modification du droit de visite communiquée par M. Guizotprouve, je le répète^ que les deux cabinets n'ont pas hésité^ et qu'entre eux existe dès ce moment Talliance qui a disparu d'entre les peuples.
Nous ne voyons qu'une des faces de cette situation nouvelle , qu'une de ses conséquences , c'est Timpopularité du cabinet français en Franco. Cette situation a une autre face non moins réelle , une autre conséquence tout aussi inévitable^ c'est l'impopularité du cabinet anglais en Angleterre.
Il est difficile de prévoir quel accueil le parlement britannique fera à la concession par laquelle lord Àberdeen a cru prévenir la dénonciation des traités de 4854 et 4833. Puisqu'il en a pris la responsabilité^ sans doute il espère triompher des attaques dont il sera l'objet ; mais ces attaques n'en seront pas moins violentes. L'opposition dont lord Palmerston est le chef fera sentir toute la gravité des nouvelles conditions qui règlent sur le pied d'égalité ce partage de la surveillance maritime dont les intérêts plus multipliés de l'Angleterre^ le nombre plus considérable de ses navires et de ses colonieslui faisaient réclamer avec quelque raison la plus forte part ; on lui reprochera d'avoir abandonné le principe maritime anglais^ d'avoir effacé, dans la pratique^ toute trace de supériorité et d'avoir admis, à l'état d'égalité, une puissance qui^
quelle que soit sa grandeur , n'est pas sur mer une égale.
Il est à croire que le cabinet anglais triomphera de ces accusations; mais la lutte sera vive^ d'autant plus vive que le peu de succès des mesures financières votées par le dernier parlement viendra en aide à des instincts nationaux aussi énergiques, aussi impérieux que ceux auxquels M. Guizot entreprend de résister en France.
Cette amitié^ cette union des hommes d'État^ en face des divisions de leurs pays^ cette confiance mutuelle^ cette hardiesse^ cette immense responsabilité qu'ils ont assumée sur leurs têtes, tout cela est grand et noble ; et leur entreprise occupera^ dans l'histoire^ une place égale au souvenir que leur talent aura laissé dans la mémoire des contemporains.
Quant à moi^ je ne puis me défendre d'admirer cette œuvre hardie et courageuse; mais je ne m'en dissimule pas les clifticultés.
Quel effet immédiat produira dans les deux parlemens, chez les deux peuples^ cette certitude approfondie : que l'union de leurs hommes d'État les ramène fatalement vers l'alliance anglo-française?
C'est ce qu'il est difficile de prévoir. Mais dès ce moment on peut affirmer que la situation des deux pays n'est plus la même, qu'ils sont sortis^ l'un à l'égard de l'autre, de la politique d'isolement ; que
«îans le ^ein des deux parlemens^ toutes les que;;
relies^ toutes les discussions, toutes les intrigues, toutes les luttes vont avoir lieu sur un terrain nouveau, plus brûlant^ plus fécond ; car de toute manière il en doit sortir un grand résultat!
Quoi qu'en dise M. le Ministre des affaires étrangères, il importe, pour le but qu'il '^poursuit, que les deux peuples se trouvent fiace à face, qu'ils expriment leurs griefs en plein parlement; que chacun stipule les intérêts de sa gloire, de sa richesse et de sa liberté ; qu'ils se disent ce qu'ils pensent l'un de l'autre, qu'ils se jugent de /ré^;>ré^ et à fond!
Si l'effet le plus prochain doit être la lutte , j'ai indiqué à quelle condition elle serait grande ^ légitime, puissante I Élevons dans l'industrie l'étendatd de la protection; mettons-nous à la tête du parti coQseiVateur de la production continentale et donnons surtout à ce drapeau une sanction morale qui nous rallie non seulement les intérêts des peuples, mais leur sympathie, non seulement les fabricans et les propriétaires européens, mais leurs classes ouvrières et leurs innombrables paysans. Ayons le courage de proclamer qu'en face du problème de la création illimitée des richesses, auquel la Grande-Bretagne voudrait réduire la destinée humaine, il y a un autre problème tout aussi important et plus moral : La juste distribution des richesses parmi toutes les classes dont les travaux concourent à les produire.
^1 Teffet le plus prochain àoïi être l'alliance^j
<toaiuuis-lui des bases nouvelles, solides, durables! V>u'elte ne repose plus sur la similitude des constitutions, mais sur des intérêts commuDs roasidérables. Que l'Angleterre prouve qu'elle ne s'unit pas seulement au Gouvernement sorti de la révolution de juillet, mais à la nation qui a fondé ce Gouvernement; qu'elle en accepte le génie et les influences! Elle dont l'activité industrielle domine les mers et les continens, qu'elle traite eo ^ale la nation dont l'esprit civilisateur domine les populations et les emes !
Que des signes éclatans,, palpables, annoncent BU monde la reconnaissance de cette égalité I que les finances, les ingénieurs et les ouvriers des deux pays construisent le chemin de fer de Suez, creusent le canal de Panama, et qu'aux extrémités de ces deux routes du monde flotte, sur les consulats réunis, le pavillon de la France et de l'Angleterre !
VoUà désormais la situation, la vraie situation, de nos relations extérieures. Elle aura sans doute bien des phases diverses à traverser avant de produire un résultat définitif. MarchoDS-nons aujourd'hui vers la lutte ou vers l'alliance? C'est ce que la discussion de la Chambre des dépotés et les débats du parlement anglais vontdécider. Haisqaels que soient la route et le but, le repos, l'isolement ont cessé! le branle estdonné ! Nous marchons !
SIXIAMB &BTTBa.
A MONSIEUR