A M. MAUGUIN
MoNsiEim ,
C'est à vous désormais que se rattache Tidée d'une alliance russe. Vous en avez développé les avantages dans un discours qui « par son mérite aussi bien que par les circonstances au milieu desquelles il a été prononcé y est resté gravé dans le souvenir de vos collègues.
C'était vers la fin de 4 840, au milieu de Tirritation universelle, causée en France par le traité du 45 juillet; une affaire difficile et délicate vous Appelait à Saint-Pétersbourg^ comme avocat. L'accueil que vous avez reçu vous a fait souvenir que vous étiez quelque chose de plus. Membre du parlement, environné d'égards, accablé de louanges et de bons procédés par cette cour du Nord^ que les nuiUieurs de la Pologne vous avaient fait traiter si
sévèrraieiit ; guidé aa milieu dés curiosités ixioscovites par cet empereur lui-même, par cet illustre barbare que votre éloquence avait si souvent foudroyé, il était difficile de ne vous ressouvenir que des réclamations de l 'homme de loi, des droits de l'orphelin et du mineur; la politique a dû nécessairement avoir sa part dans vos préoccupations, et traité presqu'ëd ambassadeur de Vd|)p()sitinn, voUs avez saisi cette occurrence décisive pour faire en sou nom uu traité d'alliance et de paix.
Je viens combattre cette alliance , Monsieur , aprèsPavoir, comme vous, étudiée sur les lieux. Je sais qu'elle compte encore de nombreux partisans; mais aujourd'hui on peut en parler sans illusions, sans passions, et il ne fallait rien moins que cet avantage, résultat de deux années de calme, pour ilie ddnflër le courage devons réfuter, mol qui iie ptiÔB opposét* aux séductions de votre esprit et dé votre éloquence que des raisonnémens et des faits.
Quelle base, proposeE-vous, Monsieur, à ce traité d'alliance? suivant vous, il existerait depuis 1845, dans la politique européenne , deux mouvemens , Tim de pirincipe , l'autre de territoire. Quand la France cède au mouvement de principe qui lui est jd-opre, elle s'allie à l'Angleterre. Quand elle n'écoute que son intérêt d'agrandissement territorial, c^est la Russie qui devient son alliée naturelle. Sous l'influencé dû traité du 45 juillet, et pour punir TAngleterre de son manque d'égards , voué propbsies i k France d'oublier la question dé piindpe
et de négocier franchement avec le cabinet de fétersbburg sur cette basé:
« Je favoriserai vos projets surConstantlnople, 8 mais vous m'aiderez à modifier les traités de «4845. »
Je suis loin de contester, sans doute^ que certaine intérêts , certaines espérances n'appellent dans lavenir un remaniement des frontières des États européens , maïs ce renianiement n'aurait ni le caractère de la justice i ni l'avantage de la stabilité s'il devait étrfe le produit d'un pareil jeu de bascule. Qnei résultat serions-nous en droit d'attendre de cette politique de taquina ou de boudeurs qiii nous ferait aller d'uùe alliance à l'autre , quitter l'Angleterre pour Id Russie, la Russie pour l'Angleterre, selon le caprièe ou le dépit du moment? Le seul résultat probable serait d'exciter la défiance de Tune et de l'autre et dé réunir dans les grandes crises tous les cabinets contre nous.
Non ! la {)olitique de la France au-debors doit être plus grande, plus généreuse que cela, plus digne du rang qu'elle occupe parmi les nations civilisées, plus digne des devoirs que lui imposent son caractère national et sa magnifique histoire ! Les questions de principe ne sauraient donc être toises de côté dans un rapprochement avec la Russie, et il faut reconnaître qu'un pareil rapprochetnent ne sera efficace qu'autant qu'elles seront posées de manière à inspirer le respect et la sympathie même du Czar.
C'est assez dire qu'en ce moment une pareille tentative échouerait. Il faudrait pouvoir expliquer à TEmpereur le véritable sens de nos dissensions et de nos tiraillemens , le résultat final que doivent avoir nos deux révolutions ; comment du désordre naîtra l'ordre, un ordre nouveau dont profiteront tous les États européens. Or, on peut affirmer sans faire injure à persoune que nos Cabinets, qui, à notre grand préjudice à l'étranger, se sont -succédés si rapidement, n'ont pas eu sur toutes ces questions la même manière de voir. Sans doute, les esprits éminens commencent à se préoccuper de cette vérité que la constitution est achevée en France. Il est à désirer que les Chambres et le gouvernement donnent bientôt à l'Europe un témoignage éclatant de ce fait considérable, qui doit exercer une influence de plus en plus bienfaisante sur la gestion de nos affaires intérieures et extérieures. Mais le temps n'est pas venu encore où il peut produire tous ses effets , surtout en Russie, où les dispositions personnelles du souverain sont un obstacle que vous-même, Monsieur, avez apprécié^ sans en faire connaître toutefois l'énei^e et la portée.
Ce serait montrer une rare ignorance des choses et des hommes, je dirai plus, une profonde injustice, que d'exiger de l'Empereur Nicolas qu'il éprouvât pour la Révolution de 4850 et la dynastie nouvelle des sentimens de bienveillance. Ké au milieu de i'époaviuite universelle que les