L'AMIRAL B^ ROUSSIN
mNISTEE DE LA MiUUNi:.
«•Ml
MMiianBUt HunsTBBf
Si là tendance la pins ûnmédiate et la plus pro- Booeée da gouvernement firançais dans la politique extérieure est un rapprochement avec l'Aile^ magne, ne convioat-il pas d'examiner sur quels pointe partionliers , pour quel but ]»récis ce rap- I«oohemeiit pbnrsait avoir lieu, par quels actes il devrait se manifester? J'ai montré que le dernier obstacle à nos bons rapports avec l'Allemagne n'existait plus, que le principe commun qui devait
nous ufiîf'éUii«apl«inA vifMsrdutft laCoiktidération ; mais les gonvernemens Uô s'alHeat pu seulement pour assurer le triomphe d'un ^nai principe de justice, ils ont des besoins ii satisfaire, des intérêts à faire prévaloir, des traditions à conserver; et il ne suffit pas, pour unir les peuples, d'éclaircir les instincts qui les poussent Jes ans vers les autres; il est nécessaire aussi dedétermiaer un bat ooMBiun à leur ■«tivitéi, d'iadiqaér rokjet pratique vers lequel doivent tendre leurs nnitaels efforts.
Permettefl*Bioij Afoosieur lo Miniatw, d'appeler votre attention sur ces points importans dont l'un surtout concerne plus particulièrement le ministère que vous dirigez.
L'Autriche et la France sont également iotéresséesà s'aider réciproquement dans la politique particulière que l'une suit à Madrid et l'autre dans les provinces Danubiennes. '
L'Autriche et la France ne sont pas moins intéressées à entreprendre à frais communs le canal de S«z, afin que la communication de l'Asie et de l'Europe ne constitue au profit d'aucaqe poinviOB nn âroii privii^è «h exclusif.
Enfin l'Allemagne entière, celle du nord sur tout, et les puissances de second ordr« ont, daiw l'ouverture d» la, Chipe,, ua intérêt «oalc^ k celui de la France. De chaque côté , lea avantage et les dangers sont les piêmes, et il est d^sin- ^le que l'Europe centrale, proBoe d» «ooccrt 1m
mesures les plus propres à développer les uns et à éviter les autres. La première, la plus efficace de toutes, semblerait être renvoi d'une commission industrielle composée d'Allemands et de Français et destinée à explorer les ressources de FEmpire chinois et ses moyens de production •
Je m'étendrai plus particulièrement sur cette dernière mesure dont le commerce de Leipzig et celni de Mulhouse ont déjà pris Finitiative.
Remarquons d'abord que la possession de l'Algérie a établi entre l'Autriche et la France des rapports tout nouveaux.
Une grande partie des transports est opérée par la marine de Trieste^ qui entre pour près d'un cinquième dans le mouvement de nos ports d'A* frique.
Le Cabinet de Vienne, au surplus, ne s'est pas trompé sur l'avenir de nos possessions et depuis longtemps il a favorisé le débouché que sa marine marchande y a trouvé. L'Autriche est la première puissance qui ait implicitement reconnu la souveraineté et la légitimité de la France en Algérie , en demandant Yexequatur pour son agent consulaire à Oran, et c'est elle qui a entraîné dans cette voie tous les États secondaires (4).
(!) Volcirordre chronologique deâ demandes i^exeqmtur poorleg consolais des puissances étrangères s .
En 1836, rAntridie pour Oran.
En 18S7, le Danemark pour Alger* En i8$7, les ËtatsAonnins pour Alger.
Ainsi les rapports de l'Autriche et de la France ne Rout pas seulement politiques; et leors intérêts commuas dans la Méditerranée, non moius que les bonnes dispositions manifestées en iSAi, iavilent à rechercher sur quels points particuliers uo rapprochement plus intime encore pourrait avoir lieu entre les Cabinets des deUx pays.
Au nombre des intérêts qu'il appartient à la France de faire prévaloir au dehors. Monsieur le Ministre, il faut placer en première ligue la conservation légitime de ses influences traditionnelles. Et parmi ées dernières, il en est une à laquelle des circonstances imminentes et décisives peuvent donner un grand développement : je veux parler de notre influence en Espagne, influence si gravement compromise par les fautes de l'Empire et par le zèle monarchique de la restauration.
Les événemens imprévus dont la Péninsule a éli' le théâtre depuis 4850 ont pu justiGer la réserve mutuelle des deux Cabinets de Madrid et des, Tuileries; mais les liens si nombreux et si intimes qui
En 16S7, la Sanlaigne pour Alger.
■■ 1857. le WvtembtTK pour Alger.
Ed 183S, la BelgiqMe pour Alger.
En 1838, les Ërais Romains ponr Oran.
En 1838, les Étau-Unis pour Alger.
Bo 1838, lesOeoi-Sidles pour Alger.
En 1839, la Toscane poar Alger.
Ed 18^1, Il Belgique (en remplacemeni) pour Alger.
En 1863, la Suisse pour Alger.
Eni8ri3,laSilMcet Norw^ pour Alger.
anissent les deux peuples n'en ont pas été a^blie. La France ne doit pas, ne pent pas renoncer i la politique de Henri IV et de Louis XIV; l'Espagne elle-même témoigne par ses sympathies que cette politique^ nationale pour nous, ne lésera pas moins pour elle, tant que nos rapports seront fondés SOT le sentiment d'une dignité mutuelle, tant que nous respecterons les justes susceptibilités de l'orgueil castillan.
La situation ^ceptionnelle de l'Espague a un terme prochain dans la majorité d'Isabelle U. Le mariage de la reine doit éveiller surtout la sollicitude de la France et il lui importe que cette union contribue & asseoir, à nationaliser pour ainsi dire son influence au-delà des Pyrénées.
La France doit donc désirer que sa politique à Madrid soit appuyée par l'Autriche. Le Cabinet de Vienne n'est pas moins intéressé à ce que la France appuie sa politique particulière dans les provinces âo Danube.
On sait en effet quel obstacle le traité d'Andrinople a apporté aux communications de l'Autriche &Tec la mer Noire et la Méditerranée.
L'article 5 de ce traité mémorable laissait la Russie maltresse des Ues formées par les bras du Danube à son embouchure. La Russie y a fondé divers établissemens et eutr'autres un lazaret où les navires qui remontent le fleuve doivent ^'arrêter et purger leur quarantaine. Il n'est pas Qécessûre d'insister sur les iaQ<»tv^weof iipin?
breux que la marine et le commerce de TAutriche doivent rencontrer dans Texercice de cette police faite par la Rusisie , à rentrée de la voie de commonication la plus indispensable et la plus féconde de TAllemagne.
Le Cabinet de Vienne a voulu se soustraire à ces impérieuses nécessités, en construisant un canal qui ouviit un nouveau passage à sa marine, et lui permit d'éviter tout contact avec les autorités russes. Mais Texécution d'un pareil projet est destinée à rencontrer , indépendamment des dépenses qui setaient considérables, des obstacles diplomatiques difficiles à surmonter.
N'est-il pas permis d'espérer que l'accord de TAllemagne et de la France aurait une puissance mo* raie assez énergique, assez active, pour obtenir de la Russie une modification à un pareil état de choses? Ce que FAutriche ne pourrait obtenir peutêtre en le demandant au nom de ses propres intérêts, au nom de. son développement maritime et commercial, les grandes puissances centrales de l'Europe n'auraient-elles pas plus de chances de l'obtenir en le demandant au nom de la ju&tice et de l'intérêt commun ?
Je n'héçite pas à le croire, car c'est là ïè grand et beau côté des alliances politiques , de faire p^dominer les intérêts communs, les principes généraux, et d'enlever aux négociations le caractère d'égoïsme et de personnalité qui rend toujours leur succès lent et douteux. ...
lies |»miûkef difficvUés immédiates, dont notre nipprochementaveorAUemagiie devrait se propo* ser la solu tion, seraient donc^ pour la France, le ré* dtblissement de son influence politique etsociale en Espagne, pour TAutridie, le maintien de son in^ dépendance commerciale et maritime dans les pro* vinces Danubiennes.
Le second point sur lequel l'Âutriclie et< la Rranoe peuvent aujourd'hui s'accorder, c'est la communication de TAsie et de TEurope par le passage de Suez»
Dans une lettre précédente, frappé de la. tendance naturelle des Cabinets Anglais et Français à renouer Talliance des deux pays, il m'avait semblé 4[iM c'était désormais dans de grandes entreprises d'utilité publique que pouvait s'opérer cette union airec sincérité et solidité. Je persiste à croire que les rapports des Cabinets n'offrent aucun obstacle à ttiMf aussi désirable association, mais je reconnais que la disposition d^esprit des deux peuples et cette ^oonsidération que l'intérêt matériel de l'Angle- ^n^ domine et efface le petit intérêt commercial de la France dans l'océan Indien, serait aux yeux de 9M économiftes un argument très défavorable. i^, pdme objectioa n'existerait pas à l'qgard de rAutrieh^B; nous avons un même intérêt à ce que le cftaai de Suez, qui, tèt ou tard, sera inévitablement exécuté, ne constitue pour aucune puissance auTQpéenne un privilège. C'est donc vers l'Autriche qu'il importe, ^ tourner définitivement les yeux.
Je ne crois pas me feirefllaskm, HoAsieitf le ffinistre; mais si T Autriche et la France, dédaraient à TEurope qu'elles réanissent leura 'dïinrts, loir crédit , leurs ingénieurs et leurs ouvriers pour établir une communication entre les deux mers, pour frayer une voie nouvelle an contact de lX)ccident et de l'Orient; si elles déclaraient qu'elles n'apportent dans l'exécniion de cette œuvre hnm^iae ni ambition personnelle , ni désir de bénéfices exclusifs , il me semble que l'Angleterre ni la Biisûe n'auraient ancua prétexte plausible dé s'y opposer, et tout porte à croire que ia bourse de Londres contribuerait dans une forte proportion k l'accomplissement de cette vaste entreprise.
La communication de la Méditerraiiée à la mer Ronge avait été entreprise par les Pharaons. Avaitelle été achevée? on l'ignore. Biais les savam de l'expédition d'Egypte en ont pu retrouver le tracé, et aujourd'hui encore les voyageurs rencontrent dans le désert des berges en maçonnerie qui attestent l'ancienne existence e( jusqu'aux belles proportions de ce monument plus gigantesque et surtout pins utile que les pyramides. L'idée de reprendre et d'adiever oé travail avec tontes les ressources que peuvent offrir la science et l'ftidastrie modernes, fut sonmise au pacha d'Egypte en 48S4, par des Français. L'Autriche, qui porâède eu ce moment pins de 26,000 matelots sur la ]lédite^ rannée, aurait fait deriiièrement, èi^, h Mebemst des onvertvrea dans le même sens.
Foaiif»! lé Fm^e^ qnalHit.âe Hms «ttaehent déjà à la ien» é§ffii»ia%^ ne. s'uoiraU-eHe pas an Cabinet de Yienne pour obtenir dn Pacha^ et dqns^ rintérét de l'fiuope tout ^stti^e, la ciWGessipn de ce bean travail?
Lepacbay^qittMideetteentr^isalui iatpitofoféef avait été'âédiiftt par ea graodeur } mais il&'était abnsé sur ses eonsécfaences ; il avait ora qu'elle était d'un intéfèt ^utôt européen qu'égyptien ^ at il avait pvéféré un» oBtnrvepliis nationale , d'un intérêt pins dîreetv le barrage du- Nil.
Il estëvident qfoe TiK^GOinplîsseiDent d'une œqvre semblable •» saurait èti» poursuivi plus coovepablement que par k» deux pwssanœs que j'indique*;
. Si l'Angleterre entreprenait le icasal de Suez^ rfiurope pourrait redouter qu'il ne devint dans ses mains un moyen d'eaploiter à 9on seul profit le oDouiieroe -de l'Orient» Le eaiyal étant «atrqiriis par rAufriel» ^^ France^ eette erainte ne saurait subsister.
Bémarques^ Monsieinr^le Ministre , que l'alliance •vec «rAngleteii»> q« Brairait «em produit de |[éné^ rai» etéR grand y s'est brisée d'ellMiiAinve. Il y a là une indication qui ne (k)it pas être perdue. C'est qne toute associction en.efiet n'a de durée qu'à la oewlÂiÎDil' d'être 'féomidei Lss naiion(|> quand elles s'estoeifiit^ doivent donc chercha au|Qunl'liui dan* dfea œuvres conoinues Je dév^ppement d,e knra mttmlsinléiGftts^ atJa jonciiQn.de la Jiédi-r tannniiée et de b llerJImfe «altiM^^^
annrenltffit à l'AlliaiKie 4fl l*A«fHctte ai 4i U ï¥ance le plus d'avanteges et 1« pltn da elunen ia saccës.
Me voici arrivé au point 1« p4tts déUcat, i h mesure commune sur laquelle il importeàlaPhoca et à rAIleïBagnb do nord de a'enfeîuln, en fiuede ce fait nouveau , immense pour le commwoe di ibonde entier, TonTerture de la diine.
' La communication coviplMeet régolîèrto denndustrie chinoise et de l'industrie wropéèiine est loin sans doute d'être éfablie et pourtant certaiss ((OUTememefis^ certaines tilles se sont ^éoœutiés diâjà des efEfets qu'Ole pourrait produire. Le pntvernement ihrançais a deux agens dans le aitosti empire, le commandant Cécile et H. de Jandgtiy. La Saxe vient deruièrement é^j eanffBP ne oobniissaire dans l'intérêt de ses muiiifccteret. fai chambre de cotnmove de HnAtKise a constcxé les fonds nécessaires pour le voyage -de troii i chargés d'aller en Chine étudier les relations 1 trielles que l'Alsace pourrai s'y é^év , M eUi a demandé aux ministres'da oonraiOTee et ées «^Eains étrangères tous lesrenseigQemens nécessaires pour faciliter cette exploration.
La Chine offre certainement pour une fooled'induslries un débouché désirable , mais elle meusce beaucoup de produits d'une concurrence très dangereuse. Pour ne parler que d'une seule industrie, celle des soieries , qui forme un des objets les pjos importais de i'exportettoa de 1« Frasce,'^ k
^WÊse eide laPnwie^ il est cortaia que le oontiaent^ pi par les douanea peut se défendre jusqu'à ua certain point sur ses propres marchés, ne pourrait lutter avec les soieries chinoises sur les marchés extérieurs , si la fabrication du céleste eippire pre* nait une plus grande extension . U importe dona de connaître les moyens de développement des ia« dustries qui priment les nôtres et peuvent à la longue amener la ruine de villes comme Lyon et Zurig , tout autant que de rechercher les besoins, les goûta du peuple chinois que nos manufactures pourraient satisfaire et qui leur of&ir^ent un débouché plus étendu.
L'agriculture, la mère de toutes les industriesi est poussée en Chine à un rare degré de perfection^ Lss témoignages de tous les voyageurs eont unanf* mesi ^ur ce point. Les Anglais^ qui parlent avec mépris de notre agriculture et trouvent tout ce qui se fait, ailleurs que dans leur ile, routinier^ inû^Uigoat^ vautrai beaucoup au contmire le sa* voir-faire agricole des Chinois.
D'où provient cette supériorité incontestable? Est-ce du climat? de la qualité des terres ou seur lemoit dt génie industrieux des habitans? C'est ce qu'il importe, de connaître. Ce qu'il y a de cei> iain, c'est que la petite culture domine et qu'elle est conciliée avec un très bon marché des produites Ce n'est pas du reste la seule o^atradiction que présentent les phénomènes du travail en Chine. L'industrie en offi:e. h chaque pas 4e plus (^trwc-
En Europe les prodiges des manufactures sont entièrement dus aux progrès de la science. Les machines à vapeur et autres^ une usine, une manufecture telles que nous les entendons^ ne peuvent être que le produit d'une foule de combinaisons scientifiques; les [lois de la mécanique et des propriétés des corps ont été tellement étudiées que les savans seuls dirigent les perfectionnemens industriels; depuis la brouette de Pascal^ le chlore de BerthoUet, la coupe des pierres deMonge, le bateau à vapeur de Fulton, la vis dite d'Ârc^imède appliquée à la navigation par le capitaine du génie Delisle^ jusqu'à la locomotive de Stephenson^ le daguerréotype et la bougie de suif de M. Chevreuil toates les découvertes industrielles des temps modernes sont dues à des savans. Le grand résultat général qu'on assigne à toutes ces inventions , c'est de produire immensément et à bon marché.
Les Chinois cependant qm n'ont pas de savans et diez lesquels l'industrie est le 'résultat de l'expérimentation^ produisent avec profusion aussi ^ des objets d'une qualité souvent supérieure et d'un prix de revient beauoeup plus bas.
Dans l'industrie des soieries nos isbricans ne poumient soutenir la concurrence des Chinois ni pour le prix^ ni pour la qualité; leurs satins^ et pai« ticulièrementlevirs satins brochés^ ont eu longtemps sar les nôtres une supériorité incontestable.
Il en est de même pour la qualité et le prix de leurs poroetiiines. l» ^propi^aires de nos plus grands établiasemens de poteries coBviMiuiit ^e
la qualité des produits cfaiaois, dont nous ne pouvons égaler te bas prix et la délicatesse, ne tieat pas tant aux matières premières qu'au tale&t des artistes.
Pour les couleurs qui tiennent à la chimie, science d'ailleurs purement expérimentale, les Chinois seraient encore nos maîtres. Leurs Ternis, leurs laques, leurs vermillons sont non seulement supérieurs aux nôtres, mais nous sommes loin de savoir les appliquer aussi bien qu'eux. Leurs émaux, leurs papiers ont atteint un degré de pâ^ fection que l'Europe leur envie.
La confection des métiers, la menuiserie, les impressions, la sculpture sur boia, sur ivûre, nir métanx et sur pierre, présentent, vnc les mêmes industries européennes, des difféneBces de prix de revient considérables (4 ). Le tfarail est sor tons les points & meilleur marché que leaôtre. La sculpture semble dtre un besoin de la vie des Chinois { leurs meubles, leurs outils, jusqu'à leurs maisons, tout en est couvert.
Ils connaissent des alliages de métaux que nous ignorons. Nous n'avons pu enw» imiter ikmis gongs, leurs tam-tams, leurs cymbales; ethnique la science métallurgique, si perfectionnée ebez nous, soit à peine çbez eux à Tétat radimentaise, on sait avec quelle rapidité ils-oat deroièrement toon»-
(t) Od as^are que H. Stanùlas Jalien a ^l imprimer à Ciiiton, poor Wpri^de G.flOOfr,, an M vre chinois, qui n'inrail pag coûté moins de 300,006 fr.ofirts.