II
si grande quantité de nouvelles valeurs devait faire infailliblement baisser les fonds publics.
Aujourd'hui les chemins sont construits. Ils ont absorbé dans Tespace de huit années un capital de seize cents millions. Les fatales prédictions se sontelles accomplies? Tout au contraire. Les oq>itiux de la Grande-Bretagne , loin d'être épuisés^ sont plus abondans que jamais. Les fonds ont atteint une élévation inouie. L'escompte est à 2 p. OfO; et Ton peut douter que ^ sans la nouvelle impulsion donnée à l'industrie et au commerce par les chemins de fer^ sans l'accroissement prodigieux de richesses dont ils ont été la cause et l'instrument, sir Robert Peel^ en plein état de paix^ eût osé demander à la taxe des revenus le sacrifice nécessaire pour solder les dépe uses des campagnes de Chine et d'Afghanistan.
Mais les chemins de fer ont couru en Angleterre un autre danger que nous n'avons pas à redouter sans doute ^ et qui peint bien les mœurs et les insti* tutions du pays.
Aucun des faits qui intéressent le développement de la démocratie ne saurait vous être étranger, Monsieur; et vous avez sans doute remarqué que les grands seigneurs du Royaume-Uni^ en repoussant systématiquement l'invasion des chemins de fer^ loi reprochaient d'être un instrumentdémocratique^reproche qui pourrait bien être fondé. Grâce à celte opposition , célèbre par les discours interminables de Lord Londonderry^ la plupart des chemins
de fer ont été repousses plusieurs fois à la chambre haute. Birmingham a àù revenir trois années de suite à la charge ; Grand-Jonction' n'a triomphé qu'au second assaut ; Brighton a dû livrer cinq batailles rangées aidant de sortir victorieux des voûtes de Westminster.
Chaque fois c'étaient des frais énormes, sans compter les sacrifices qu'il fallait consentir^ en fin de cause^ pour acheter les voix de quelques grands propriétaires; sorte de tribut pour lequel leurs seigneuries se montraient d'autant moins scrupuleuses, que la plupart l'avaient déjà soldé aux mains des électeurs, quand, dans leur jeunesse, elles briguaient dans les bustings un siège au parlement^ et qu'elles pouvaient considérer ce nouveau genre d'impôts comme une sorte de remboursement des avances obligées de la vie politiqne.
Quoi qu'il en soit^ il se passa, à l'occasion d'une de ces entreprises , le chemin de Easlern-Counties, un fait curieux et qu'il est intéressant de rappeler. Deux propriétaires , lord Petre et M. Labouchère, adversaires énergiques de la concession^ consentirent enfin à laisser passer le bill (to witkdraw Iheir oppoêitim) moyennant l'acquisition par la compagnie de quelques parcelles de terrain, au prix de cent mille livres sterling (2,500,000 fr.) pour lord Petre et de soixante mille livres sterling (4,500,000 fr.) pour M. Labouchère. Avec de pareilles charges il était naturel que la compagnie fit de mauvaises affaires et comme il arrive ton-
jours en pareil cas, le courroux vengeur des actionnaires s'appesantit sur radministration ; de nouveaux administrateurs furent nommés qui , ayaat pris connaissance du marché conclu» refusèrent de continuer son exécution. Furieux de ce manqae de foi y les deux grands propriétaires actionnèrent la compagnie; chose incroyable et qui peint bien les mœurs anglaises I Texistence des marchés secrets qui avaient précédé et assuré le vote du bill fut révélée par ceux-là mêmes qui devaient toucher les profits de cette honteuse exaction. Ce procès^ du reste, ne fut pas moins scandaleux par son dénouement que par son origine ; car le chancelier prononça en dernier ressort, que, malgré tout son regret de ne pouvoir faire justice d'un si monstrueux engagement^ il était obligé d'en ordonner l'exécution parce que c'était écrit.
U est juste d'ajouter, pour l'entière exactitude de l'histoire^ que lord Petre toucha les 4 00^0001. st., mais que M. Labouchère , par remords de conscience^ ou par égard pour la position que son fils occupait dans le cabinet, consentit à abandon ner à la Compagnie 50^000 , 1. st. sur 60^000.
C'est de cette manière ^ Monsieur^ que l'industrie naissante des chemins de fer fut accueillie par certains représentans de l'aristocratie britannique. En France, grâce à Dieu^ l'honnêteté du caractère national, la surveillance plus judicieuse des lois ne souffriraient pas de pareilles monstruosités. Mais^ si nous ne sonunes pas jdestinés à voir nos
grandes entreprises comprimées au nom dès privilèges de certaines grandes familles, n'y a-t-il pas lieu de craindre qu'elles ne soient entièrement paralysées par la coalition des intérêts de localités^ par un faux système d'épargne^ et que la méfiance exagérée des assemblées ne leur fasse courir un danger semblable à celui dont la rapacité de certaines maisons les menaçait en Angleterre ?
Je me hâte de reconnaître que ces vues étroites^ cette méfiance systématique de la Chambre ont la plupart du temps une source honorable. Elles tiennent à la connaissance approfondie de toutes les intrigues^ de tous les abus qui environnent les députés^ abus dont il ne leur est pas toujours permis de faire justice, et dont ils sont même obligés quelquefois de se faire les instrumens.
Un contact perpétuel avec tant de prétentions misérables^ tant de manèges coupables rétrécit les idées ^ donne à Tame une hnmeur chagrine et l'habitude du soupçon. Cette disposition fâcheuse à tout amoindrir, à voir le mal en toutes choses , est d'autant plus redoutable dans le débat qui va s'ouvrir, que les échecs récens et répétés de l'opposition et l'espoir de prendre une éclatante revanche peuvent l'égarer sur les vrais intérêts du pays.
C'est à vous , Monsieur, qui occupez dans ses rangs une des places les plus honorables, et qui avez su y mériter l'estime même de vos adversaires, en vous efforçant 4'ip<roduire dans l^ vie politique
ces principes d'honoèteté, de probité qui sont l'espoir et qui seront le salât de la nouvelie génération, c'est à vous surtout qu'il faut parler des intérêts de l'opposition et de ceux du pays^ car assarément les uns et les autres sont confondus dans votre pensée. Des études sévères , des travaux graves, suivis d'un triomphe éclatant, vous ont éleyé au dessus des faiblesses et de l'aveuglement des partis* Vous rougiriez de remporter sur le Cabinet une victoire qui fût achetée par le sacrifice d'un des élémens de la prospérité nationale. En appelant votre attention sur cette face beaucoup trop négligée du débat, je suis donc assuré de rencontrer un accueil bienveillant.
Que, dès le début des travaux ordonnés dans la d^nière session, il se soit formé des compagnies sérieuses pour l'exploitation de lignes importantes , Tune offrant réunies les épargnes de sept cents souscripteurs des départemens du Midi , l'autre garantie par les premières maisons de Paris et de Londres , c'est un événement considérable et qoi doit exercer la plus bienfaisante influence sur la fortune publique; et toutefois l'avantage commercial n'est pas le plus grand à mes yeux. En général, il semble que l'on ait fait abus des calculs. Les bénéfices exagérés des prospectus ont rencontré des adversaires qui ne le sont pas moins. De part et d'autre, on se perd dans les chiffres ; franchement, la question n'est pas là.
La vraie question pour le pays, c'est celle de son
honnanri de sa gloire 1 C'est la juste part qui lui appartient dans les efforts des nations les plus industrieuses pour la civilisation du monde !
La Franee consentira-t-elle à marcher à la remorque j non seulement de TÀDgleterre , mais de la Belgique , de la Saxe , de la Prusse , du Hanovre^ de la Bavière^ de TAu triche, de la Russie, qui d^à Tout devancée dans la nouvelle car* rière d'ordre , de paix , de rapprochement de toutes les nationalités et de multiplication indéfinie des richesses? La France, qui la première s est émue de oe noble sentiment de la vie politique, qai a réveillé les peuples au nom de la liberté, et les a, pour ainsi dire , entraînés de force à sa suite, la France, aujourd'hui timide et parcimonieuse , se résignera-t"«lle à n'imiter qu'en tâtonnant et sur une misérable échelle les entreprises gigantesques que la plupart de ces peuples doivent surtout à son impulsion ? Nous, 1^ peuple-roi de toutes les innovations utiles et généreuses , accepterons-nous cette politique de trembleurs et de plagiaires ?
C'est là ce qu'il faut dire et redire à ces écrivains qui voudraient subordonner la politique d'un des États les plus riches du monde aux expédions d'un propriétaire endetté. C'est ce qu'il faut répéter à ces hoo^mes qu'éblouit encore le souvenir des batailles impériales, et qui, avares des deniers publics , pour féconder la terre de la France, pour répandre le travail et l'aisance au sein de ses classes ouvrières.
sont prodigues quand il s^agit d'enlever des braà à Tagricultare , au commerce , et de rougir du sang français le sol des nations voisines.
Le signe le plus manifeste de l'importance de la discussion qui va s'engager^ en effet, c'est qu'elle met en présence les deux politiques qui se disputent depuis trois ans le gouvernement des affaires du pays^ la politique de la guerre et la politique de la paix.
Pour un grand nombre de personnes, vous en conviendrez vous-même^ Monsieur, ces scrupules financiers, ce beau zèle économique ne sont qu'un prétexte; et quand elles redoutent, dans l'état présent des cbarges du trésor , de lui voir souscrire de nouveaux engagemens, ce n^est pas la pru* dence qui les fait parler, c'est la passion. Ces personnes-là, plus que toute autre, savent bien que jamais la prudence , l'économie , le raisonnement des financiers n'ont réglé les dépenses d'un peuple. Les hommes de finances tiennent la plume, mais c'est la passion qui inspire les calculs et dicte les chiffres. Pourrait-on expliquer autrement les quatre cents millions du budget de la guerre? Il est triste de penser qu'après notre malencontreuse campagne de \ 840 , il nous reste sur les bras une nouvelle armée de la Loire que nous ne pouvons pas parvenir à licencier. Qui maintient sur pied tous ces régimens inutiles? Qui condamne chaque année la France à ces prodigalités ruineuses? Sontcelos financiers ^ les économistes? Hélas, diaque
session est témoin de leurs ' soupirs et de leurs plaintes ! Non! Ce qui fait voter les fonds ^ ce qui décide la dépense , c'est ce vieil instinct de guerre et de conquêtes^ ce point d'honneur que nous avoDs hérité de nos pères et qui , tenant l'Europe entière en alarmes , l'oblige pour sa sûreté à des arméniens qui à leur tour légitiment et maintiennent les nôtres.
Il n'y a pas là de calculs ; on ne vient pas^ à grand renfort d'intérêts composés , diminuer les crédits , les ajourner , sous {(rétexte que tel fournisseur doit réaliser tel bénéfice ^ que tel négociant spéculé sur les remontes y tel autre sur les lits, tel autre sur les draps; et que l'État, l'année prochaine^ pourra conclure des marchés plus avantageux. NonI Point de retard, on se hâte de payer, et chaque année les millions viennent s'engouffrer par centaines dans cet abîme sans fond de la paix armée^ d'où jusqu'à ce jour ajicun bien n'est sorti.
C'est qu'au fond de ces dépenses il y a une passion satisfaite^ la passion guerrière , que l'on caresse, que Ton entretient avec soin , parce que beaucoup d'amonrs-propres et de réputations politiques y sont engagés. Depuis trois ans on annonce au peuple français une guerre européenne; et la guerre ne vient pas I La guerre , cette sanglante épouse^ objet de ses vieilles amours, n'offre plus à ses transports qu'une ombre insaisissable qui fuit devant lui aussitôt qu'il étend les bras. Ses vieux
adoiatçurs ne doivent • ils pas cndodie que la pt« tienceda pays ne se lasse, et qu'il ne tourne ?en un objet plus réel son enthousiasme et son amour? Ce danger les menace^ si les gonvernemens ouvrent UQ large crédit aux entreprises pacifiques des peu* pies. En France» notamment, où les imaginations sont si vives, si amoureuses de nouveautés , il n'y aurait rien de surprenant à ce que l'orgueil et les passions populaires prissent un autre cours. Quand on voit» à l'ouverture d'une ligne de fer , la vapeur triomphante remorquer pour la première fois des populations entières au milieu de tout uo peuple accouru des hameaux, des villes voisines» et saluant de ses acclamations œ triomphe bienfùsaat de l'industrie humaine sur la nature» il est permis de pressentir dans cet enthousiasme, dans ces tran^orts communs qui éclatent à la fois ches des peuples si diffiérens de mœurs et de langage» comme la promesse d'un changement prochain dans la politique du continent.
Oui» Monsieur» dans cette activité universelle qui a saisi les peuples européens , dans cet esprit nouveau de rivalité qui les porte à con<^ntrer toutes leurs forces» toutes leurs richesses» tout leur génie dans les travaux qui les rapprochent et les unissent » ils ne cherchent pas seulement un intérêt industriel » un plus rapide échange de leurs produits. Ce qu'ils cherchent avant tout» c'est l'échange de leurs pensées ,t de leurs affections» de leurs espérances; le bien auquel ils aspirent » c'est
nn rapprochement plus intime, plus fécond, de leurs coutumes , de leurs travaux , de leurs plaisirs; concert universel^ que les hommes d'État doivent considérer dès ce moment comme la garantie la plus solide de la paix^ et où la religion verra peut-être un jour le doigt de Dieu I
Ainsi , ce serait bien vainement qu'on chercherait à se le dissimuler , dans la question des chemins de fer,plusque dans la question d'Orient, plus que dans la question du droit de visite , ou celle même des fonds secrets^ deux politiques sont en présence : la politique de la paix et la politii^ue de la guerre.
Oui l'emportera désormais des tendances pacifiques ou des tendances guerrières du pays? Voilà le point à décider. Si la chambre ne craint pas de doter largement les grands travaux ordonnés dans la dernière session^ c'est le système de la paix qui remporte. Si elle r^use le crédit^ le système triomphant c'est celui de la guerre; et quelqu'illusion que l'on entretienne à cet égard, il est évident qu'un pareil échec serait plus grave , plus désastreux que ceux dont le Cabinet a été menacé jusqu'à ce jour , et que, sous le coup du mécontentement universel du commerce^ de l'industrie , de Tagriculture, la dissolution des compagnies deviendrait inévitablement le signal de sa retraite.
Mais après l'épreuve des élections, après les vives attaques que de hautes convenances avaient
dËulement suspendues, si le Cabinet qui a triomphé sur le droit de visite , sur la question d'Orient , sur la proposition Barrot et sur les fonds secrets y demeure aussi victorieux sur le terrain des intérêts matériels ; s'il réussit à faire les affaires du pays , et parmi ces affaires^ la,plus intéressante de toutes^ celle des chemins de fer^ il n'existera plus aucun obstacle ) aucun prétexte qui puisse donner Tespoir de le renverser. Il faudra reconnaître, dès ce moment^ que nous sommes entrés dans une ère nouvelle où à la passion du changement succède le besoin de la stabilité^ et que l'homme dont la fortune doit profiter le plus de cette disposition favorable est précisément celui que le destin contraire semblait menacer.
Dans cette alternative du renversement ou de la consolidation du Cabinet^ entre ces deux politiques., la politique de la paix et cellede la guerre, quel sera le choix de l'opposition? On doit craindre^ sans doute^ de le prévoir. Mais il est permis à ceux qui distinguent, au milieu d'elle, les chefs d'une nuance plus gouvernementale, de former des vœux pour qu'ils se rangent du côté de l'avenir, eux qui ont placé dans l'avenir tout leur espoir et toute leur ambition, pour qu'ils n'en contrarient pas les besoins, les intérêts, pour qu'ils ne désillusionnent pas cette jeunesse qui leur est si chère , et qu'en répondant dignement à l'attente du pays, ils se créent de nouveaux titres à son estime et à sa con-
fiance. A ce premier vœu^ Monsieur^ qui s'adresse plus particulièrement à vous et à vos amis ^ j'en ajouterai un second plus général.
Je crois que Toppositioi^, dans son propre intérêt, ne doit pas faire abus de la discussion.
Tant qu'on a eu une charte à refaire^ des institutions à fonder, la discussion pouvait indéfiniment se prolonger ; elle tenait l'attention et l'intérêt du public éveillés. Elle régnait seule et avec quelque raison , car elle était tout. Une fois la discussion close , les principes adoptés^ la loi était faite et tout était fini.
Dans les affaires et surtout en matière de travaux publics^ il n'en est pas ainsi. La discussion ne termine rien. Après les discours^ il faut des actions, des œuvres ; et pour toutes les choses qui se traduisent en monumens sur le sol , ce n'est pas le plaisir des oreilles que le public impatient recherche avant tout.
Les personnes qui se plaisent dans les rapprochemens historiques remarquent , sous ce rapport , une certaine analogie entre les deux époques qui ont suivi les deux révolutions de 4789 et de A 830.
L'œuvre constituante que F Assemblée nationale a commencée au milieu du désordre administratif et des menaces de l'invasion étrangère^ la monarchie nouvelle Ta étendue^ l'a consolidée au milieu des émeutes , des guerres civiles et des assassinats. Honneur aux princes de la parole de ces deux époques, Monsiepr! Honneur h leur courage, à
leur persévérance qui ont fait au pouvoir popaldre, vainqueur en 4789, et au pouvoir royal vaincu en 4850^ une équitable et légitime part.
Mais enfin cette œuvre (Inorganisation politique est achevée^ comme elle Tétait pour nos pères, lorsqu'aux excès de la terreur succéda ta réaction thermidorienne; et plus d'une fois déjà le public, dans sou indifférence pour les vaines et infructueases discussions du Parlement , a coxhparé nos Chambres actuelles aux deux assemblées du Direetoire^ au Conseil des cinq cents et au Conseil des anciens.
C'est qu'aujourd'hui comme alors il se passe en dehors de la vie publique et des discussions parlementaires des faits graves auxquels se rattachent les intérêts les plus vitaux du pays, et qui attirent à eux l'attention et les sympathies des masses.
Quand la Convention épuisée résigna ses pouvoirs, les longs débats parlementaires avaient beancoup perdu de leur attrait et de leur importance. Quelle trace ont laissée dans Thistoîre les discussions , les intrigues , les conspirations qui précédèrent et suivirent la journée du 48 fructidor? Qui donc se rappelle les discours de Jean Debry^ de Bailleul, de Français de Nantes, de Pinières, de Bion^ de Laffon-Ladébat , et les intrigues 'qui accompagnaient chaque changement de ministre ou de directeur^ et les efforts peu scrupuleux du gouvernement pour s'assurer la majorité dans les élections? Parlez de tout cela au peuple , c'est à
peine s^il rom comjprendra. MAis pronoïKéif sealement les mots de Rivoli» de Bellnne^ de Gadore, de Monthabor, de Saint*- Jeaii'^'Ac»*^ , vous rtrree son regard s'animer^ vous entendrez sa botiche murmurer les noms de Masséna, deilforeaa, de Joubert, de Lannesy de Desaix; c'est (fue la vie, la véritable vie politique était alors dans les camps. Dieu me garde dé prétendre qu'aujourd'hui la vie politique ne soit pas dans le parlement^ qu'elle soit dans les chemins de fer; que les héros du jour ce ne soient pas les députés, mais les banquiers et les ingénieurs ( Ce serait pousser Tanalogie historique jusqu'à une exagération qui toucherait au ridimile.
Mais il est imposslModone pas remarquer qu'une transformation analogue à celle des deraien tmaps dv Dheetoire s'opère dans FopTnioo. Nom passons de la discussion à faction , de la piédmninanw des discours , à la prédominance des cBUVres^ dea grandes entreprises. Si les Chambres ne tenaient point compte de ce changement, elles seraient encore menacées de voir Tintérét public déserter leurs délibérations^ et elles n'ont qu'un moyen de sauver la puissance et la gloire parlementaires , c'est de les associer au mouvement industriel du pays, et^ loin de comprimer son élan , de le favoriser. C'est de prendre elles-mêmes rinitiatWe de ces belles campagnes pacifiques qui doivent en si peu de tenps changer la face de la France, de se Héserver le poste d'honneur, de marcher en ièie du c)or|iB d'année et
4» ne point se tmtie à rani^ie-gtrdé/avec les k-
Le n^rochemeBt qui préoède n'édaire pas wt lement les Chambres air leurs propres deyoirs. Il leur permet d'apprécier sooa un nouvel aspect la véritable situation des compagnies et toutes les ga* ranties qu'offre la composition de leur personoeL
Les compagnies ont déjà été heureuses. N'est-ee pas quelque chos^ que le oaccès? L'influence légigitime que^ dans les travaux de la guerre, la victoire avait assurée mol premiers géQéranx républicains, n'^a^mrtîent-elle paa de droit aujourd'hui dans te travaux pacifiques aux hommes qui lés premiersoot triomphé des obstades et réusûlà où d'autres ont édKmé ? La compagnie du Nord et eelle d' Avignon méritent^ ce me semble, sous ce rapport , quriqne confiance. £He8 offrent un autre avantage. Elles se présentent avec des cadres de travaiUeurs tout formés^ unis déjà par des rapporta peissounds, et parmi lesquels Tordre^ en se perpétuant , dpit introduire desaméliorations auxquelles les vrais amisda peuple ne sauraient étreiBdfférens*
C'est la continuité des campagnes de la république et de l'empire qui a surtout contribué à améliorer la condition du soldat. U a été de plus copias l'objet de la prévoyance^ de la sollicitude de ses chefs, témoins de son courage et de sa résîgoatioo«
Les grands travaux des chemins de fer^ poursuivis parles hommes qui les ont commencés avecsucoës,
n'infrodtiiroBt pas des bienfaits moins grands au sein de la classe ouvrière.
Si Tingénieur quia su^ en deux mois, au milieu des rigueurs de Thiver , achever le beau tunnel de Granville , si celui qui naguère a fini le chemin de fer d'Alais , sont appelés à entreprendre de non* velles créations snr un champ plus vaste, ils n'ont qu'an signe à faire; conducteurs^ piqueurs^ oavriers^ tous répondront à lenr appel. Et dans ces nouveaux rapports , non interrompus, chefs de bandes de plus en plus régulières , ils se préoccuperont naturellement de plus en plus du sort de Tonvrier , de sa famille ^ de sa retraite I
Cette considération aura d'autant plus de prix à vos yeux^ Monsieur^ qu'elle tend à faire disparaître peu à peu les désordres et les abus révoltans du mode d'exécution des travaux entrepris par l'État, mode qui rend impossibles ces habitudes de loyauté et d'honneur que vous voudriez voir introduites dans les rapports de l'administration avec toutes les dasses de la société.
Au nombre de ces classes^ il en est une^ la plus nombreuse^ qui par ses nécessités devrait être l'objet d'une plus grande sollicitude. Elle est généralement l'objet d'une indifférence et d'un aban** don déplorables; mais ce qu'il y a de pis , c'est que ce soit justement dans les entreprises que l'État commande, quand lui-même l'emploie, qu'elle ait plus à souffrir. C'est le hasard qui lui donne alors des chefs^ et ces chefs ne sont occupés la plu-
p«rtd« temps qa^à k tromper^ «1 ^ kn ftjfemui^ dire le pouvoir d'où loi vient le travail qm , asnmnt son existence^ ne devrait placer dans sa bondie que des bénédictions*
En Angleterre , les adjudications de FÉtat os des compagnies ont bien lieu aux eaebèi^. Mais le baaard ne déttgpe pas seul les entrepreneurs^ les chefs auxquels les ouvriers devront obéir, avec qui ils seront obligés de traiter, en qui ils devront avoir confiance pour la régularité^ et la loyauté des paiemens. Toutes les affiches contiennent, au coa* traire, cet avertissement en grosses lettres : que l'offre la plus basse ne suf^ pas pour déterminer le choix. Il est une foule d'autrea conditions, en effet, que les juges de Fadjodication doivent légitimement peser : le talent, la moralité, les travaux antérieurs de Fadjudicataire. Dans les adjudications françaises où le talent , la moralité , les antécédens ne sont comptés pour vien , le chiffre desoumission, devant décider de tout, met les meilleures chances du côté des présomptueux ou des ignorans ^ quelquefois même des fripons. Ce système aveugle, qui a déjà été cause d'un si grûd nombre de faillites, qui jette dans les entrep?iws urgentea des retards si préfudieiabies au commerce, qui crée jomrMllemeDt, à titre d'indemiutés, tant deprimeaà la maladresse et ^Fincapacité, qui fait bouillonner dans les olassea populaires et reisoattf juA(]pi'à FEtat une source pwpétualle de méçooteaternens «t d'injurieux soup^aa, ce système «yppalle de grandes réformes.
^BchaJiné par les mi)lç ccMiaidérs^tioDS électorales qui pdn^yseat les meilleures intontions des chefs de service, le corps des Ponts et Chaussées ne peut donner pfuf Ini-méwe à Torganisation des travaux que ses ingénieurs etsesconducteprssebornentà commander et à surveiller^ une b^se plus raison* nable, plus juste^ plna économique. Les grandes C!(OQipagQiçs, qui ne sout pas soumises aux mêmes exigeuceSj seront nécesiSfdreineut eutrainées à prendre TinitiaUve de ces réformes. D^^ des travaux ooD^idérables oqt été exécutés sans Tintervention des eutrepreoepr^. {)ans )e chemin de fer d'Âlais à Beaucaire^ notamment, Tingénieur en chef^ SI. Paulin Talabot , CQiamuniquait directement avee les ouvriera^ parmi Ittsquels il choisissait les plus habiles pour conducteurs et pour tâcherona. Les ouvriers , dont le système de Ventreprise ne compromet pas moins les intérêts que ceux de TÉtat, préfèrent de beaucoup ce mode qui leur offre Toccasion de se distinguer^ qui les met en rapport direct avec leurs véritables chefs et assure à leurs t?avaui( vue rétribution plus régulière et plus éle¥ée. C'est dans des tentatives de ce genre, réa* lisablea seulement aujourd'hui par l'industrie privée^ que le corps des Ponts et Chaussées puisera les élévaens d'une oi^anisation qui lui manque et qui n'intéresse pas moins la sécurité publique que Tcirdre administratif. Ponner à la classe ouvrière des chefs en qui elle s'accoutume à trouver à la fois protection et justice, n'estce pas lui rendre plus respectables et plus chères nos institutions et Téloi^
ijuer de pins en plus des théories impossibles, des illusions dangereuses que propage au milieu d'elle Tesprit de parti ?
Mais pour que ces rapports nouveaux prennent de la consistance il faut qu'ils soient durables. Quand un grand travail est achevé il faut que la prévoyance de Tadministration ouvre un nouveau champ d'activité à ces directeurs et ingénieurs qui ont leurs cadres tout formés et leurs masses de travailleurs déjà disciplinés. Cette circonstance précieuse est une de ces choses qui me frappent le plus dans la formation des deux compagnies des chemins dn Nord et d'Avignon.
Ainsi l'ordre administratif , la prévoyance que réclament les classes ouvrières militent en faveur des compagnies. Donner une prompte et large satisfaction à l'élan qui pousse les capitaux et les sympathies du pays vers la réalisation de ses grandes lignes de fer, c'est sans doute faire triompher la politique de la paix , c'est affermir^ c'est consolider pour longtemps le Cabinet; mais l'intérêt bien compris de l'opposition Toblige de faire à l'honneur et à la prospérité du pays ce sacrifice généreux. L'opposition ne peut plus reculer. Au point où en est venu le débat, après six ans de discussions stériles, on peut dire qu'il s'agit de savoir définitivement si nous aurons ou non des chemins de fer.
L'exécution par les compagnies a été proposée et on l'a reconnue impossible.
L'exécution par l'État a été proposée; eUe a été tejetée par l'opposition.
Entre ces deux alternatives , U n'existe d'autres moyens d'exécution que le système arrêté par la loi de 4 842; et si l'opposition , sous prétexte que cette loi n'a été qu'un expédient d'élections^ refusait aujourd'hui de l'appliquer^ elle déclarerait par cela seul au pays qu'elle ne veut pas exécuter les chemins de fer. Je vous laisse à juger de quelle manière le pays recevrait cette déclaration ! . . .
Si ropposition ne contrarie pas cette tendance Instinctive du pays^ si les assemblées laissent la France se passionner librement pour les grandes entreprises qui posent dans le sol pour nous-mêmes , pour nos enfans et les générations les plus éloignées les fondemens d'une prospérité incalculable^ dlci à peu d'années la situation morale de la France et de l'Europe permettra de diminuer d'un tiers et peut-être de moitié les charges militaires qui pèsent en ce moment sur la propriété et sur l'industrie.
Yoilâ^ Monsieur 9 la véritable économie qu'il faut attendre aujourd'hui des chemins de fer. Avec la certitude d'un bénéfice national aussi gigantesque, quel homme de sens pourrait prendre en mauvaise part l'espoir^ assurément bien légitime^ de ceux qui entreprennent de courir les risques réservés par TÉtat à l'industrie privée ?
On Ta fait cependant. L'envie et les plus basses passions ont été éveillées.
On a dit qu'un homme d'esprit avait contre lui tous les sots et que les sots formaient la majorité*; Il est plus exact de dire^ je crois, qi)e les gens quf
font fortune ont contre enx lé çreind nombre de ceux qui n'ont pas 'ce bonheur: Je ne piiis tti'expliquer autrement racharnenientBftnd 6xétti{)Iedont les compagnies du NoM et de Marseille à Avignon ont été Tobjet , de là part d'hommes qui , à titre de défenseurs du peuple, ou d^apÀtreâ de TMiodi^ tion universelle^ devaient envisager ces opèrhtions^ ce me semble^ sous un tout autre aspect.
Qu'il y ait à modifier en certains détails les càhi«rs des charges , c'est ce que la discussioA montran.
Mais dès ce moment la seule raison ne dit-elle pas qu'avec l'extension de la publicité, après les travaux de toute nature qui appellent l'attention des publicistes , des commerçans , des adtninistrateurs sur les avantages présumés des grandes lignes de chemins de fer , les hommes > dont tout le crédit repose sur la modération et l'honneur de letirs efitreprises^ n'ont pas pu compromettre^ eA face des gardiens vigilans de la fortune publique, le succès de leurs propositions, par une combinaison abusive et ruineuse pour le tt^èr? Je tiens donc les dedi projets comme modifiables dans certains détails et comme essentiellement bons dans leurs clauses principales. Je crois que les chances de bénéfices et de pertes s'y balancent convenablement, et que c'est un jeu d'esprit puéril, dafls de pAreUtes affaires, et pour soulever l'opposition de ceux qui n^y prennent point de part et qui par conséquent n'y cou* rent point de risque, de ne tenir aucun compte des chances de pertes et de borner les calculs aux probabilités favorables.
MA qM dimde là^<pQlsio]lqaemallifé8tMteelw liill08 feuilles fraoçaiaes coûtée la participation des capiteQx étraaj^ à aos gra&dd travattx ? Rieb , ei ce t'est que Tesprit de nationalité les abuse étrangement Car tandié qu'elles font sentinelle sur nos côtes ^ tes feuilles anglaises s'efforcent de ret^w* ces mêmes capitaux sur le sol de k Grande-Bretagne.
Entre le Natimal et le Tûmê^ Monûeur^ il est pénible d'avoir à déclarer que l'eiqpérience^ la pé- Bétration > l'instinct intelligent des vrais intérêts du commerce^ des grands reviremens financiers^ sont du côté de la feuille anglaise. Dans tout contât d'angent où il y a deux parties > naturellement les avantages sont réciproques ; mais il y a cette considération nouvelle^ quand les capitaux se déplacent et passent d'un pays à un autre> que le pays où ils v^it possède en définitive de grands travaux^ c'est^Hlire des instrumens de richesse > tandis que BÎces capitaux avaient été employés dans le pays d'où ils sortent , c'est ce pays-là qui les aurait possédés*
Supposa ^ en effet > qu'en 4828 l'enthousiasme qui saisit les capitalistes anglais se fût tourné vers la France au lieu de se tourner veiis l'Angleterre , et que les 4 ,600 millions de francs que les nouvelles voies de communication ont absorbés jusqu'à ce jour eussent passé le détroit , rAngleterre aurait à peine quelques tronçons insignifians et tout nptre grand réseau serait depuis longtemps en pleine exploitation} nous posséderions le chemin du Havre , le chemin du Nord ^ le
cliemin de Strasbourg , celni de Marseille , le cbemin du Centre , celui de Bordeaux et de Bayonne, celui de Nantes et de Brest. Je demanderai à tout homme de conscience , quelle que soit son antipathie naturelle pour la nation l»ritannique , si le déplaisir causé par les dividendes que toucheraient des mains anglaises sur les recettes de ces diverses exploitations pourrait balancer les avantages sans nombre que Findustrie, Tagriculture, le commerce et toutes les classes de la société , y compris les simples ouvriers, retireraient d'une si rapide locomotion ? Evidemment^ TÂngleterre réduite à quelques tronçons ne serait pas en droit de se glorifia du résultat de l'exportation de ses capitaux sur le continent^ et quelque dépendant que Ton imagine l'emprunteur du prêteur , il serait ridicule de soutenir que la France sillonnée de chemins de fer dépendit de l'Angleterre réduite à ses routes et à ses canaux y par la considération que les chemins de fer français auraient été construits avec des capitaux anglais.
Des deux journaux, le NatUmal et le Times^ c'est donc le Times qui obéit à un instinct vrai , et il est déplorable dépenser qu'au moment où, par la seule force des choses et pacifiquement nous allons prendre une revanche de tons les échecs où la France a cru voir un triomphe de rAngleterre^ ce soient les prétendus défenseurs de l'honneur national qui, sourds aux pressentimens de la presse britannique, s'efforcent de mettre obstacle à l'événement qu'elle redoute le plus.
Ce n'est pas^ après tout, que les craintes de la presse anglaise soient dénuées de toute exagération ; le mouvement des capitaux anglais vers le continent est plutôt de nature à blesser Tamourpropre des écrivains qu'à jeter Talarme dans les finances et Pindustrie du pays. Tout le monde sait qu'en Europe^ et principalement en Angleterre, la production a été poussée au-delà des besoins de la consommation . Les capitaux ne trou* vent plus d'emplois dans les entreprises industrielles, beaucoup trop développées pour l'état présent du monde. En ce moment des valeurs considérables sont in actives et se retirent des spéculations manufacturières et des entreprises commerciales au long cours ; elles reviennent de l'Amérique , de rinde ; l'argent afflue sur tous les marchés, ce qui fait que l'escompte n'a jamais été si bas. Tant que l'Angleterre avait de grandes lignes de chemins de fer à construire , il eût été nuisible à sa prospérité d'envoyer les capitaux nécessaires à leur construction courir les aventures sur le continent ; mais ces grands travaux sont achevés. En absorbant les richesses nationales, ils ont concouru à les multiplier dans une telle proportion qu'un excédant considérable doit chercher an emploi hors des trois royaumes. Loin de les repousser il faut se féliciter > au contraire, de ce qu'au lieu de venir en ennemis et pour solder les coalitions européennes contre l'honneur et la fortune delà France, ils viennent, cette fois, en amis, s'associer à sa prospérité qu'ils contribueront à dé-<
v*loti]Mr bMiOMp plas proBipleii^^ et diM laquelle il est joste qo'ils poseèdent une p«rt de profite.
La ntbatiMt fiaanâère de la France ofEire^ aoas le rapport de la pl^iittde de toutes ka ittdaMiias, Btae complète analogie avec eelle de TAngleterre. Grâce aix madrioes^ la plapart des piodaita piaïui** laetaréB sont multipliés en si grande quantité et â rapideoient que nos marchés extérieilm et iatérieurs sont à tous momMs eneombrés; de le ^ ces erisea devenueè presque permanentes. L'industrie en réalité regoige de capitaux ; une seule en màu* que> l'agriculturei dont la détresse tient^ sans doute, à beaucoup de causes, eu noilibre deequelles il faut compter, en première ligne ^ le système hypo** thécaire ; mais la lenteur de nos voies de eommu^ nication et TéloigMmeot où la plupart des expiei* tatioN agricoles se trouvent des grands centres urbains , ne sont-ils pas Tobstacle le plus sérieux » le plus réel à ce que la terre, même avec une modification dans la loi des hypothèques^ jouisse de la valeur que Ibi donneraient des procédée perfee* tionnét, fécondés par les capitaux? On peut dire que les exploitations agricoles sont matériellenent hors de la portée des capitalistes; ils ne peuvent les voir, apprécier leurs ressources > s y attacher; ces exploitations , d'ailleurs y manquent de d^NHichés^ faute de moyens de transport. Les capitaux inoccupés^ en s'appliquent aujourd'hui à la création des chemins de fer , recevront donc une destination fayorable è Ti^icultiire t et c'est vérita^
blement le cbemin le plm« eourC qu'ils pwMeni prendre paur arrivet uq jour jusqu'au aol qui lan* guit , faute de crédit*
Mais^ dit*on, les projets de conceasion fout aux capitalistes une trop belle part* S'il en était ainsi, il y aurait lieu d'en tempérer les avantages; et toutefois est-il nécessaire de s'entendre sur la dis«* position d'esprit qu'il cénvient d'apporter dans cet elamen.
lies dianees de profit ne eont que la compen* sation des chances contraires^ Voilà ce que les assemblées ne sont que trop portées à oublier; et l'expérience prouve qu'il leur faut payer plus tard les frais de ces économies imaginaires et inintelligentes par des prêts ^ diss secours qui , relevant l'industrie privée de ses engagemens « enlë- ▼ènt peu à peu à ses entreprises toute responsableliiév
Loin que la Chambre ait à regretter d'avoir ac^ cordé aux compagnies de trop grands avantages ^ c'est bien le contraire jusqu'à ce jour qu'elle doit plutôt déplorer. Plût à Dieu qu'en France la part des capitaux eût été plus belle au moment où l'cm essayait de les associer pour les premières entreprises de ce genre I La langueur où la construction des chemins de fer est tombée a tenu justement à ce que le premier , le chemin de Saint- Etienne , n'avait pas fait aux capitaux une belle parlk Le sort déplorable de ce chemin, dont le tarif était beaucoup trop bas^ a été la cause , l'unique cause éa k timidité et de la répugnance des capi«
talistes français pour œ genre de plaoemenff et de rinfériorité relative dans laquelle sons ce rapport la France est tombée au milieu même des nations continentales.
Si la Grande-Bretagne^ au contraire, est entrée largement et promptement dans la voie des chemins de fer, c'est que le premier construit par elle» celui de Manchester à Liverpool, a donné les résultats les plus brillans ; et c'est cette chance de bénéfices qui a entraîné les capitalistes anglais à consacrer y dans l'espace de cinq années ^ la totalité presque des seize cents millions aux chemins de fer qui sillonnent aujourd'hui le sol britannique dans tous les sens. Cet immense capital est aujourd'hui doublé , par le seul résultat des recettes. C'est donc pour le pays la création d' une nouvelle valeur considérable . Dira-ton qu'elle a enrichi seulement quelques individus? Le fait en lui-même d'abord n'est pas exact ^ car la multiplication des relations^ l'économie de tedips^ l'impulsion donnée au commerce extérieur et à lafabrication^ ont contribué à multiplier les richesses dans toutes les directions^ et les profits de la compagnie n'ont été et ne pouvaient être qu'une part de l'accroissement universel de la prospérité ^ qu'un prélèvement très légitime sur les bénéfices que les chemins de fer donnaient l'occasion de réaliser à ceux qui en usaient. On oublie toujours ce rapport, ce lien de solidarité qui attache la prospérité des voies de communications à la prospérité croissante de l'industrie ^ de l'agriculture et du corne
merce, que ces voies nouvelles ont pour effet inévi-* table de développer. Ni les voyageurs , ni les marchandises ne circulent sur une voie de fer pour le plaisir de payer une rente aux actionnaires qui Font construite. Si un nombre plus considérable de voyageurs et une plus grande quantité de marchandises viennent assurer à la compagnie de plus gros bénéfices^ c'est qu'il y a pour eux des bénéfices plus grands encore à recueillir de cette circulation. Ainsi , les objections s'évanouissent devant l'appréciation impartiale des faits^ devant Tintelligence des vrais intérêts de la France. Nous devons nous réjouir des sept cents souscriptions qui réunissent, pour l'exploitation du chemin d'Avignon , des capitaux jusque là resserrés dans d'étroites localités. Loin de nous opposer à la part que prennent les capitaux anglaisa la ligne du Nord^ nous devons nous fé^ liciter de voir cette ancienne rivale enchaîner peu à peu ses finances et sa politique à la prospérité d'un pays qu'elle a si longtemps combattu. Et loin de regretter qu'au milieu des risques inséparables de pareilles entreprises de belles chances soient offertes aux actionnaires, nous devons faire des voeux pour qu'aucune chance défavorable ne vienne déranger les calculs^ afin que le succès ramène vers ces utiles créations le crédit que les mécomptes des premières compagnies en avaient éloigné.
Il faut être prudent , il faut être économe des deniers de l'État sans doute. Mais avant tout il faut faire et faite promptement , sous peine de voir la France, le pays le plus glorieux du monde, bon-
tomeiiieiit dépassé par toutea \m nations eoQtÎMih tale9.
Souffres que j'insiste particulièrement rar ea ppiot^ Monûenr^ parce que Ik est 1^ vérîtahla dan** ger. Avec l'esprit qui anime la Chambre^ il n'y a pas lieu de craiodre que les précautions num»^ tiçuses^ la surveillance^ l'analyse des profits prés» mables soient négligées. Mais il est grandement à craindre qu'à force de précautions , on ne rende impossible toute entreprise de quelque étendue. Et certes \\ est permis de s'en effrayes* quand on a été témoin de la rapidité^ de la facilité avec lesquelles de sefidblames opérations se décident et s'exécutent sur une échelle beaucoup plus large dans les pays voisins.
Il yadeui( ans à peine, Monsieur, en juillet 4 844, dans la capitale d'un empire à demi*harbare, cnpit taie qui n'était qu'un marais désert il y a cent ans et où on ne compte pas moins aujourd'hui de 450^000 ames^ un mémoire était remis au chef de l'État. U s'agissait d'un chemin defer de 480 lieues auquol un emprunt de 300 militons de franes devait être affecté. L'ordrç d'exécuter cet immeqsf travail était rendu en jsnvieff 48i4^, I>^s le printemps, une partie de l'emprunt nécessaite était Bé^ gocié et les piquours étaient à Tcravrel
A cette époque^ l' Autriche avait d^è entrepris le grand réseau qui unira ses royaumes et ses duchés si divers de languest, de races et de mceuns. Toutes les ligues de laPri)ase,du Hanovre, de la Bavière étaient en pleine activité ; celles de la Saxe s'aehevaieati
!Awuiî de toitf» pwrls^ à Theiire qù j'éoiis^ lepio
et 1^ pioche retentissent en Europe ! Dm moat^»
gnes 4u Tyrol ans mea de^ la Sprée , de la Néwa à
la Moskowa » 4e TËlbe au RImu , partout le sol est
nivelé, le» raib se prulougent. Chaqueîoiir, civique
heure ajoutent ans travaux de la veille , et rap«
procbent le mom^l solennel où le» extrémités de
TAlleoiagae eommuniqueront avec le eeatre entr«
la lever et le coucher du soleils oà Vienne et Berlin
ne seront qu'à dix-thuit heures de Bruxellea. Et c'eel
en face d'une transformation si rapide, qui noue
presse , qv< bous menace de tous eâtés que Von
parle) d'ajourner les engagemena de compagnies
sérieuses^ solides, dont l'une se compoee de
sept cents souscripteurs appartenant aux d^parte-
inens intéressée, dont l'autre présente l'élite de la
place de Parie, groupée autour de la maison la plus
puissaute du globe , celle dont l'initiative donne
Vimpulaien eux capitaux de la France el de TÂn-
^tênrel
Non, Monsieur, non 1 La France ne laissera pas échapper l'occasion décisive que la Providence \jA offre. Au mom^at où les riehqsaes d'une puissance rivale viennent donner la vie à ses grandes entrer IHrisea d'utilité publique, la France n'écoutera pas les dernières elanteurs que l'envie, la haine el l'ignorance arrachent à quelques uns de ses enfans égarés; elle tiendra plus de compte du dépit mal déguisé que laissent échapper les feuilles britanniques. Elle se dira que ces efforts opposés , par la presse de Londres, au courant qui entraine les capl«
tauxdaStock-Exchange yersParis,téfiioigtient aâses que, dans cette expatriation de l'or anglais, tous les avantages ne sont pas du côté de TÂngleterre. La France comprendra que, multiplier les entreprises de voies de communication, activer leurs travaux, c'est ouvrir une carrière nouvelle à ces bandes d'ouvriers sans ouvrage que tant d'industries engorgées repoussent, c'est diminuer par une consommation plus large les crises que l'encombrement des produits rapproche de plus en plus, c'est venir au secours de l'agriculture par le seul moyen praticable, en rapprochant les exploitations agricoles des grands centres urbains, et la terre des capitaux.
Elle comprendra que l'exécution des chemins de fer , c'est aujourd'hui la vraie, la bonne politique, celle qui éloigne de l'Europe les dernières chances de guerre , qui doit amener dans un avenir prochain le désarmement d'une grande partie de ses forces, et réaliser en faveur du pays, par conséqueft t, la plus large économie que jamais ministre des finances ait pu rêver.
La France le comprendra , Monsieur, si vous le lui dites, si l'opposition dont vous faites partie réunit ses forces pour soutenir cette cause sacrée, qui est celle de l'avenir et qui est aussi la vètrel
A M. JACQUES UmTTE,
BooeB a réptré Foabli d'Orléans; las onTrien c(»istnictaai8 du chemin de fer , dont Fabsence avait été remarquée dans la première inaogoration, ont eu dans la seconde une belle place. Le prince qvi répondait eordialem^t à Tappel des compagnies^ n'est pas venu^ dans la riche et industrieuse capitale de la Normandie^ uniquement pour passer une revue de garde nationale ou de troupes de ligne; il a été reçu comme dans une grande fête de iiamille par tout ce que les arts , les corps savans , la magistrature^ les fabriques comptaient d'illustra-
tion et par les simples ouvriers réunis en corps d'état sous leurs bannières. Le peuple enfin n'était pas seulement spectateur^ il avait son rôle et sa place dans cette solennité^ glorification du travail, suivant l'expression de M. Bartholony; mais ce qu'il B w le bontifui* d« iq hîm igqpnimer» voos et vos collègues , monsieur , avez eu la gloire de le réaliser. L'inauguration du chemin de fiouen a été bien réellement une solennité industrielle, nationale , une fête populaire et non pas seulement une fête d'état-major.
Je viens joindre mes félicitations à celles de vos amis, et m'associer à tous les bons sentimens qui ont signalé cette journée. Après une carrière remplie de travaux si divers et si importans , vous , le propagateur ardent de tous les progrès^ vous avez dû entendre avec joie la religion sanctifier les travaux créateurs du génie humain et bénir avec confiance cet avenir des chemins de fer^ mystérieux encore comme Umt ee qui e$i grande miiisdina leqoel rÉglise salue dès ce moment TinspiratioB divine. Vous, le fondateur du crédit et qui le premier avez courageusement soutenu les droits do travail, vous ave2 pu vous réjouir de Tassociation qu'il é(a« blissait entre deux pays rivaux! Vous enfin, Hoq*> sieur, Thâte courageux de la révolution de juillet, vous avez dû voir avec satisfaction les fils da roi qu'elle s'est donné venir s'asseoir à votre tabte in« dustrielle, et Tainé de cetle noble famille décorer de sa main un uncion rédaclçurdu Natienaif ami
de Carrel et Taii àeB soniienn dt ropimon démo»
Ce sont là les mirades de TinduBtrie ; confondre toutes les opinions , associer tous les intérêts et dan» cette communion féconde faire disparaître les hainee^ les passions jalouses^ voilà ce qu'il fautât** tendre désormais des grandes entreprises dont la Frtoiee est le tlié&tre. Et toutefois , qu'il me soit permis d'exprimer un regret. Le peuple de travailleufe que vous avez admis à la fête n'a point eu sa part de gloire et de récompenses ; il y a là une la* cuneqne, plus que tout autre, vous devez sentir» Lors de l'ouverture du chemin de Saint-Ger-< main^ un conducteur des travaux, sorti de la classe ouvrière, le nommé Gripon, frappé depuis par une machine sur le champ du travail, à l'entrée do souterrain de Saint^oud, avait été décoré en même tempe que le directeur^ M. Emile Pereire, et l'un des administrateurs, M. Adolphe d'EichthaL
Certes, l'importance et la rapidité des travaux du chemin de Rouen rendaient une pareille distinc-* tion plus naturelle et plus légitime encore.
Quand deux années ont suffi pour élever ces ponts, pour creuser ces souterrains, pour aplanir ce sol onduleux et le couvrir d'une double ligne de fer, sepeut41 qu'au milieu de cette foule d'ouvriers vigoureux et intelligens , il n'y ait eu ni dangers, ni sacrifices, ni traits de courage, aucun mérite écla<^ tant, en un mot, qui appelât une récompense publ!<^ que, et donnât l'occasion d'éveiller l'émulation dé
tous? Je ne puis le croire. La catastrophe du Mont* Yalérien^ cet éboulement déplorable sous lequel douze ouvriers étaient engloutis^ au moment même où les populations reconnaissantes saluaient d'un cri de joie la marche triomphale de vos vragons^ prouve que les travaux créateurs de la paix ont aussi leur dangers y leur dévoûment et que la vesfe de l'ouvrier ne mérite pas moins d'être décorée que le frac du bourgeois.
Une circonstance particulière rend cet oubli plus regrettable, c'est qu'il a eu pour témoins ces troupes de travailleurs anglais qui , à la toîx de M. Locke, leur compatriote, étaient venus^ dufond du Lancashire et sous la direction de leurs entrepreneurs, offrir à notre industrie un secours ana^ logue à celui que les cranequiniers, les lansquenets allemands, les hallebardiers suisses et les compagnies écossaises avaient apporté aux armées de Charles YII^ de Charles VIII et de Louis XI.
Assurément^ aujourd'hui que la gloire militaire de la France a donné à ses armées une réputation universelle, on peut avouer sans honte que la discipline qui fait leur force et leur honneur est née en grande partie de l'exemple que donnaient autrefois à nos bandes désordonnées de soudards^ au ban et à l'arrière -ban tumultueux des feudataires, ces compagnies régulières, déjà rompues à l'obéissance envers des chefs qui ne les quittaient pas. Il en sera de même pour les grands travaux; les Anglais nous ont devancés dans cette carrière ; il est toat
naturel que leurs ateliers présentent nn ordre plus par&iit^ qu'il y ait chez leurs ouvriers d'élite plus d'ensemble^ de persévérance et d'habileté .
Que les ingénieurs et les ouvriers anglais soient donc les bienvenus ; mais si nous acceptons fraternellement leur supériorité industrielle» ne négligeons rien de ce qui peut les convaincre de notre supériorité sociale. Nous avons des mœurs^ des institutionsy une égalité civile que le monde entier nous envie; nous avons des honneurs, des distinctions pour le courage^ pour le génie ^ quelle que soit Fobscurité de la naissance ou des conditions. Si FAngleterre a formé des travailleurs d'éUte, c'est à nous à lui apprendre comment on doit les honorer.
L'occasion était belle , Monsieur ! Au moment où M. Locke et M. Thibaudeau étaient décorés^ si parmi les entrepreneurs^ parmi les ouvriers^ anglais et français^ des croix d'honneur avaient été distribuées^ la supériorité morale et sociale de la France eût brillé du moins à côté de la supériorité industrielle de nos voisins, et de chaque côté de la Manche, à Londres comme à Paris, on eût battu des mains à cette nouvelle rivalité des deux génies na« tionaux^ à cette glorification du travail populaire. Le sentiment que j'exprime, je le sais, n'aura de force que lorsqu'il sera exprimé hautement par les chefs de la classe ouvrière^ par ses ingénieurs^ ses contremaîtres, ses entrepreneurs et avant tout par les a4niini8tr9tears et les directeurs des grandes entre-
prises auxquelles le pefuplé prébd port. Mak tué, Monsieur, quand ce sentiment sera au fond de leur cœur^ quand les directeurs et chefisi de travanx pro** tégeront les intérêts^ et jusqu'à lliDnneor et à la dignité de Touvrier, quand ils auront mérité de leurs subordonnés le beau titre de patron ^ quand ils s'en feront honneur^ quelle autorité n'exeree^ ront-ils pas sur les pouvoirs de i'Ëtat, de quelle influence ne jouiront-ils pas auprès des Chambres!
La politique industrielle^ la politique des affaires n'est décriée que parce qu'elle n'a fait surgît encore de ses combinaisons aucun grand sentiment social* Au nom de quels intérêts élève*-t*elle lavoii? Quel spectacle présentent ses plus magnifiques con* ceptions? On n'y voit que des actionnaires qui cberchent le meilleur placement de leurs capitaux y des entrepreneurs qui trop Isouvent spéco* lent sur le bas prix des salaires, des administriteun qui cherchent une renommée bien légitime sans doute, des ingénieurs qui ambitionnent un grade supérieur. Chacun pour soi ! chacun son drmt I mais celui qui n'a pas de droits y celui^à n'a personne pour lui. Telle est la condition de tous les ouvriers sans exception^ et si quelque chose doit attirer la sollicitude des esprits généreux sur leur sort , ce sont assurément des solennités semblables à celle que vous vene2 de célébrer.
En voyant ces masses alignées en bon ordre attendre le regard du prince y et certaines que leurs larges flancs ne laisseraient dans sa mémoire qu'on
somfmAt o0irfto».qa# ^ unnomi môme le phw méritanti n'y «9tait gr&vé; qa'aacaa visagej méaid celui où SB reflète t'aïae la plus noble^ la plus intrépide,; n'attirerait un témoignage particulier de wtitlaétioa $ lea apectateurs se demandaient ce qui aérait, arrivé si ces volontaires de l'industrie avaient été enrôlés sotis le drapeau national. Alors ^ Mon-' aieut^ Us auraient eu des chefs qui les auraient guidés aussi dans dei nobles et glorieuses entrej^isea; mais après le suaoès les choses se seraient passées tout autrement. A la revue solennelle de leurs géliéraitx ^ le nom des plps braves aurait été mis a Tordfe du jour^ des bulletins officiels au* salent fait çoanaitre è la France entière les traits de courage et de dévoûment des moindres soldats. Et dfrnale nombr09 il yen aurait eu de plusheu- WUx qu'on aurait fait sortir des rangs ; les tamhoixti auraient baitu» et après une accolade frater<« oeUe j le (nhei, témoin et pttron de leur gloire, eût attaché sur leur poitrine, sous les yeux de leurs camarades^ le signe de Thonneur.
£t s'ils avaient pris part à une expédition glorieuse^ compie celle des Bibans^ un prince du sang^ rhéritier du trône lui-môme n'eût pas dédaigné de lel réunir autour de lui^ à sa table, de presser leurs mawis et de leur adresser la parole pour les féliciter au nom de la France^ au nom du roi.
Permettez-moi de rappeler à votre souvenir cette belle fête de la terre d'Afrique^ car c'est en songeant surtout à l'impressiQn qu'elle a produite sur l'armée
qu'on est impatient de voir les soldats de rittèns» trie glorifiés dans de semblables solennités.
C'était sur la vaste esplanade deBab-el-Oned^ en présence de cette mer sillonnée de navires de ton* tes nations, sous un soleil sans nuage^ que l'infortuné duc d'Orléans avait réuni ses compagnons de fatigues et de dangers. Le maréchal Valée^ le cjiergé catholique^ toutes les autorités civiles, les dM& indigènes avaient été admis à prendre place à ce banquet royal de dix mille soldats. L'artillerie^ les musiques militaires, les battemensde mains d'nne population enthousiasmée donnaient à ce raagnift» que spectacle un caractère inaccoutumé. La grande livrée de cour servait aussi respectueusement les simples soldats que le prince lui-même.
Cette fête improvisée, Monsieur , était une idée vraiment généreuse et toute française , digne du prince dont la France entière a porté le deuil. Ceux qui ont eu le bonheur d'y assister, spectateurs on convives, n'oublieront jamais avec quelle graoe charmante, avec quel tact]exquis le prince sut élever jusqu'àlui ses compagnons de fatigue et ile péril; ils n'oublieront jamais avec quelle verve , avec quelle éloquence il parla de la France et du roi k cette armée nombreuse qui se pressait autour de la table sur laquelle il était monté pour voir tous ses frères d'armes et se faire entendre d'eux ; ils le verront toujours quittant le premier sa place , faisant le tour des tables où les soldats étaient assis , adressant la parole à ceux qu'il reconnaissait et qui pen*
daiit la campe^^ s'étaient difiltiBgttés smis ses' yeux ^ recevant de tons les témoignages brnyans maie respeetuenx d'nn enthousiasme sincère; car les soldats honoraient dans leur hâte royal ce même dae d'Orléans qni^ visitant les hèpitanx de la province de Gonstantîoe ettrouvant les malades eoodiés sur la paille, ne prenait de repos ni de nourriture qa'il ne les eût vus, de ses yenx^ cou* chés^ sur des matelas.
OfaI soyei^en sur ^ Monsieur, quand les ou-* vriers sœont Tobjet de cette sollicitude et de ces distiiMiiions, quand on leur prouvera que les tra* vaux de la paix les élèvent et les ennoblissent^ on aura beaucoup fait pour Tamélioration de leur sort^ on aura servi la cause delà liberté et de la ^gnité humaines^ non moins que celle dé Tor^ dre. Après Tentreprise que vous venez de mener à bonne fin, après cette campagne pacifique qui^ de même que l'expédition des Bibans; a ouvert an génie de la Ftence des routes inconnues^ qui a consisté non pas seulement à franchir mais à creuser denonvellesPortes^e Fer, les tunnels de Bollebbise et de Villiars; après cette expédition plus utile et non moins glorieuse^ si quelques entrepreneurs, contremaîtres et ouvriers d'élite eussent reçu des mains du prinœla déeoration si justement accordée à Tingéfldeur et à Tadministrateur^ soyez assuré , Monsieur^ que cette distinction méritée eAt fiiit éclater au tein des classes populaires plus de joie^ plus de fiwté^ et fait remonter vers ses ^efe^ et jusqu'au
trdne même phis ^ toéoDimiénBee qM ii'eB'p<tw« mit produire aaosne mesure légi^ktim, fiM^œ même la réforme la plus radioale. Dans les travatsii qui tont s'ouvtir potar prolonger Itf lig&e de Rooea jusqu'au H&Vre^ oelle d'Orléans vêts Bordeaut^ pour unir UUe et Diinkwqueà Paris ^ MarseUfoà ATignon y les ouvriers seraient allés att travail àvee plus de oorar et plus de coi^aoce ; une neUe éma-» lation eût entretenu leur coura^^ redoublé Icatis efforts; Tespoir d'une récompense glorieuse eêt dit taire les mauvaises passions , réprimé lès pendianB grossiers contre lesqueb la discipline iadustrieils est impuissante.
C'est ainsi qu'il faut glorifier le peuplé, emoblir ses travaux. Et toutefiMs, ne croyez pas que k soo« venir de la solennité de Bab^el'^Oaed m'ait été ins^ pire par le dénr de crilâquar celle de Rotien. J'd songé bien plus à l'avenir qu'au présmit. Ce n'est pas un reproche ; ç'^t plutêt un espebr. Oui, Mon* sieur, n S. Aé A* le diic de Nemours devait teoMlre un jour aux constmetetirs des diemine de fer Is double invitation qu'il a daigné accepter , si Id Champ^e^MarS) témoin dé)àdeei grands ipectaeles patriotiques ^ devait montrer à la population pari* sienne une alliance plus intime^ plnspqmlaîftéa^ tre lespe(it»>filsde&enty IV etrindostriemodenis, il est permis de penser que le noblefrèré du prioes Soyal voudrait s'imqpirer de son exempte, otTenoa*' vêler les merveilles d'une fête à laquile, eft qaïf lité d'ami et de eonfident intime^ il a'aOaiMinei^
pM été étranger. Sa oondiiita m miliM da vous et son noble langage eo font îoi. U serait fier^ d'être riûtermédiaire de la Courcoane auprès de vos plus braves et do vos plus habiles ouvriers } il ne craîu'drait pas de les élever jusqu'à lui. Il voudrait être entouré de tous et traiter à sa table les soldats du travail, les ouvriers créateurs dçs richesaes et de la grandeur nationale comme le duc d'Orléans traitait ses compagnons d'armes« .
]|faisn'est«i)epas à vous de lui donner Texemple 2 N'est-ce pas aux chefs de L'industrie^ à ceux surtout qui se sont montrés les apôtres ardeus de la trater-r nité politique , de sentir les premiers la fraternité de Tatelieret du chantier ?et4e devenir pour leurs ouvriers des patrons non moius justes ^ non moins généreux, non moins libéraux que ne le seraimi leurs diefs militaires si le sort transformait cea ouvriers en soldats ?
Oui » Monsîaur i c'est aux ehefe de l'industrie avant tout de réparer cette indifférence^ cet oubli qui ne sont avoués ni par la raison» ni par la justice. . La raison^ la raison d'État la mieux entendue noua dit| en effet', que dans l'intérêt même de la {^oireet de la punsancenationales^ il fout ennoblis le peuple^ le protéger dans ses travaux et rasseeiei; de plue en plus à toits left bienfoits de l'ordre so* oial. La omditibn des classes ouvrières a toi^ jonrs^éiweé nsegoande influence sur la destinée d« peuplée^ en tout temp» et en tont pays^ On a vu des.natiMia bleu qne ntiaéri v^^meiit inférieur
res OQ dominer é'aotres oa rivaliser avec elles par ravantage qae leur donnait nne classe d'ouvriers plos intelligens, plus industrieux et plus aisés* C'est rhistoire de Venise, de la Hollande, des Flandres , des villes anséatiques^ de la république d'Amalfi dans une époque plus reculée, tout récemment encore des États-Unis.
Sans doute ^ mille caiiises ont contribué à accroître la puissance et l'énergie de ces États; mais au nombre de ces causes il est incontestable ^que la condition supérieure de leurs classes^ ouvrières a été l'une des plus actives.
Il est incontestable que les peuples les plus poissans dans le moyen-âge , et au moment de la re* naissance, étalent ceux chez qui lœ ouvriers et les artistes affluaient de toutes les parties de l'Europe, ce qui prouve quele travail y était mieux rétribué, que la classe ouvrière y avait plus de privil^es, une place relativement plus importante dans 1 or* dre social. Il en est des ouvriers comme des soldats; des créations de l'industrie comme des ravages de la guerre. L'homme mieux noum, mieux habillé, mieux pourvu d'outils ou d'armes, plus ingénieux, plus instruit, doit, à courage ég«l> l'emporter sur ses rivaux. Mais quand il joint à ces avantages le sentiment de l'honneur, l'espoir des distinctions, quand on lui promet la gloùra, quand on lui montre les regards de tout oa peuple fixés sur lui, alors rien ne lui devient impossible. Tel a été le secret des triomplies de k R^ubllqne et de
TEinpire. Et ce peut être encore sous la nouvelle monarchie la souroe de triomphes moix» contestés^ la source d'une gloire plus souriante et plus fé* conde, et d'une influence plus étendue.
Le patriotisme, la raison d'État suffiraient donc pour inviter les chefs de l'industrie à se constituer les patrons des classes ouvrières. Mais le sentiment de la justice, plus puissant sur les cœurs, leur fait de ce noble patronage une obligation non moins sacrée.
C'est une bien vieille et bien triste histoire , en effets que celle de l'abandon^ de l'oubli, du néant, où les classes ouvrières ont vécu depuis les temps les plus reculés.
Un homme a détruit le temple d'Éphèse, et la postérité sait son nom I Mais les noms des ouvriers qui l'avaient bàti^ leurs contemporains même les ignoraient I
Voilà le monde antique et sa justice : l'ouvrier n'avait pas de nom^ il n'avait que des bras I
Grâce à Dieu ^ nous avons banni l'esclavage de l'industrie et la glèbe des travaux agricoles. Le bon ouvrier, le bon journalier est aussi connu dans son corps de métier ou dans sa paroisse que le bon soldat dans son bataillon. Chaque jour l'intérêt le plus légitime rapproche la jeune génération de la classe ouvrière. Il n'est pas un homme de trente ans qui ne sache qu'elle est une des gloires de la nation ; qui ne se dise, à la vue de nos villes et de nos monumens qui font l'envie de l'étranger : ce
sont âeê onvriers français qui ont fait cela, on plutôt tout cela est né d'une alliance, d'un mariage entre des architectes , des ingénieurs, des artistes bourgeois, et des manœuvres, des ouvriers ! Si des mains humaines ont aligné les chiffres , trgcé les dessins, lavé les épures, ce sont des mains humaines aussi qui ont dressé dans l'espace ces tours, ces dômes, oes flèches aiguës et dentelées I Ces hôtels sompturenx où, après la fatigue du jour, vous troavez un si doux repos, ces temples où tant de gêné* rations déjà sont venues prier Dien, ces routes, ces canaux, ces navires qui vous apportant les jouis* sances du monde entier, ces monstres de feu qui, plus rapides que Téclair, vous ramènent près àû tout ce que vous aimei; toutes ces merveilles, tons ces bienfaits, ce sont des mains humaines qui les ont créés, des mains calleuses qui tordent le fer, tissent le fil et la soie, manipulent le plâtre et la chaux, éqtiirrisscnit les rodies t . . . . Qooi I ne senti* rons-ndus rien dans nos entrailles quand ces maios se tendent vers tious?
J'ai entendu quelqties personnes de la boui^eoi* sie faire à la classe ouvrière un reproche^ que vous êtes loin de lui adresser. La classe ouvrière est infectée de doctrines démagogiques , dit-on ; elle est communiste I
Il me semble d^abord que ce serait une raison pour s'occuper d'elle, au lieu de Tabandonner à ces mauvais penchans. Mais le reproche venu d'une telle source manquede générosité.
Qu'était doBG It bentgoioa avant 4 78«?EUe itût ttommiiairta auti de par Jtan^Jaoquâs Aopmeavv Toaibdurgactts portaitdauBa poche aBexemptoire du CmUratioeiaif qui, oertea^ ea faitdecommnnlsinei vaut bieB lea livres de If. Cabet Si les tétas euHéti des classes moyennassont reveniiea au bon sens sans antre secovrs qu'elleMpémea et les dnres leçons de rezpérience , qmnbLsn plna fadlement s'évanouiM ront lea .ehimèiea dea onvrien^ sons le patronage: édairé et inenfcnant de lenrs cbe^ et la protection derÉtatl
Mais do sein de la olasae ouvrière sont sortis ré^ oemment les^crimaaifiaplus odienx, les atteintes ks plus bariiaraB à Tordre aocîal^ les émentae^ les régtmdaa 1 Isb Fiondii, les Damèa, les Alibaod/ les Qwênissat étaient ouvrien I
Hélas ! qu'étaient doue dans une époijii^ de bii»i plus^sanglante mémoire^ les Carrier, lesLebon^ lee HenrlQt> les Couthon, les Hébortt les Chalier^ les DwnaSi les Cbaonutte? Tons, à rexcepfion d'Hé^ bert, marehand de eontremarqnea^ étaient dee bourgeois. Faut-il doncfûre peser la responsabilité des massawea et des noyades de la Tenrenr sur la bourgeoisie qui en a sonffert la première, comnoie le classQ ouvrière souffre aujonrd'bui cmellement des crimes de quelques miséraUea échappés de son
Wio?
^ MaÎ9^ à ee compte, rAngleterreauraitdù renoncer è raffranobissement des noirs, parce que la prédi- Dation de Wilberforc» multipliait lea révoltes, ke
pillages et les empoisonnemeM ians les colonies. A ce compte^ il faiidmitreiLOBoer amdieniiiis de fer à cause de kcatastroplie de celai de Versailles > et ne pins bâtir de villes parce q«e Edimbourg^ Londres et Hamboorg ont été la proie des flammes»
Non , Monsieur y Cedsons la part des erreors, des excès qui ne sont jamais fne des exceptions ; et n'oublions pas que le j^ua sûr moyen d'en dinti- Buer le noml»e, c'est de répandre sur la masse entière des ouvriers^ qui laisse échapper deeonsrin plus de cris de souffrance que de colère, le baume vraiment conaolatev d'un patronage efficace.
L'Angleterre a calmé l'agitation des noirs en les émancipant. Nous pouvons assurw à jamais l'ordre au sein des classes laborieusM, en les associant au honneurs , aux distinctions et à tous les bienfaits produits par ces travaux gigantesques dont le plus lourd fardeau repose sur elles. «
Jusqu'à ce jour, Monsieur, on n'a promis ta peuple que des droits politiques, une pwt dans l'exereiee du pouvoir souverain^ qui ne tournerait sans doute au profit de personne ^ pas même au sien, car ^expérience prouve que le peuple n'inter* vient jamais dans les idffaires de l'État que pour détruire et non pour édifier. Les défenseurs , les patrons du peuple, émue d'un sentiment généreux^ se payaient donc de vaines illusions. Et comment en aurait-il été autrement? C'étaient, pour la plupart, des avocats , des écrivains^ ignorant l'existence et les travaux du peuple , se passiomnant pour des
théories que la pratique n'avait pas rectifiées. C'étaient des tribuns et non des chefs« ils pouvaient soulever les passions^ mais non satisfaire les vœux des dernières classes de la société; ils pouvaient révolutionner les ateliers et les chantiers^ mais non les organiser.
Ces tribuns^ après avoir lutté pendant l'achèvement de la constitution^ ont senti cependant qu'uoe oeuvre aussi grande que celle de l'organisation politique d'un pays ne pouvait être recommencée tous les jours. Avertis par l'indifférence du public^ ils ont fait comme lui ; ils ont accepté la constitution, telle quelle^ avec ses imperfections ^ et ils se sont occupés des affaires positives^ des grandes entreprises de l'industrie nationale.
Les beaux jours de la politique constitutionnelle sont donc passés^ et pous entrons dans une politique nouvelle où le peuple aura encore des défenseurs, des patrons. Mais^ celte fois, la preuiière place ^ le plus beau rôle n'appartient plus aux avocats., aux écrivains. Les hommes importans , les héros de la politique, nouvelle , ce ne sont pas les orateurs, les tribuns, les talens de plume ou de parole^ mais les talens d'action; ce sont les véritables chefs des peuples, les maîtres, les ingénieurs, les architectes^ les directeurs et administrateurs des compagnies, les chefs d'ateliers » les fabricans^ les armateurs. Ceux-là peuvent sans danger^ et avec un grand profit pour le bien de tous^ faire dans la politique des affaires la part des ouvriers ; c'est