LE BARON CH. DUPIN
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La solution adoptée par la Chambre des députés dans la question des sucres doit amener tout-àcoup la fermeture d'un^ nombre considérable de fabriques. Les orateurs^ divisés sur la plupart des conséquences de cette mesure, sont d'accord sur ce point que les deux tiers des exploitations aujourd'hui en plein exercice seront inévitablement frappées de mort. Et néanmoins, en face de cette perspective funeste^ la Chambre a décidé qu'il ne serait alloué aux fabricans aucune indemnité.
L'arrêt est au moins rigoureux. Il atteste que l'oit. 8
pinion en matière d'économie politique est encoie arriérée, et que la bourgeoisie se fiait des rapports de rÉtat avec les diverses industries une idée bien éloignée de ce qu'exigerait un bon gouvernement des affaires communes.
Que va résoudre la pairie en face de cet arrêt , Monsieur le Baron? Doit-elle le confirmer ou l'infirmer?
De très puissantes raisons , ce me semble, la sd« licitent de s'arrêtera ce dernier parti; mais, en toot état de cause, qu'elle edopte le système du gouvernement ou celui de la députation, il est une classe de travailleurs qui mérite plus particulièrement sa sollicitude, celle des contre-mai très et des ouvriers, que depuis si longtemps vous avez contribué à instruire dans leur profession, à éclairer sur leurs devoirs, et dont il vous ùed plas qu'à personne de soutenir les intérêts; c'est en fa* veur de cette classe surtout. Monsieur, que je viens faire appel à vos généreux sentimens. Vous avez souvent enseigné qu'il n'y a pas de meilleure manière de servir son pays que d'étendre jusqu'aux derniers rangs populaires la protection des intérêts sacrés du travail, les bienfaits de Tordre et de la justice^ Et dire qu'une classe de travailleurs, sur qui les hasards de la vie font peser un plus lourd Àrdeau, est menacée dans son existence et dans sa profession, n'est-ee pas annoncer qu'elle trouvera en vous un défenseur?
J'aborde le premiçr poin^; çt sans prétendre ie«
nouvelœ un débat à peu prè6 épuisé^ je vais dire les principaux motifs qui justifieraient la pairie de repousser le système de la députation et de s'arrêter av plan primitif proposé par le Cabinet.
Ce plan offrait des avantages nombreux et incontestables.
Par l'abolition du sucre indigène le gouvernement venait au secours d'une situation très difficile. Le» colonies sont appauvries et endettées» Il serait injuste et de la dernière imprudence de leur imposer dans cet état de gène et de souffrance la mesure inévitable cependant de l'émancipation des noirs. Le rachat de l'industrie indigène faisait disparaître d'abord cette première difficulté. Il avait pour effet de rétablir en peu d'années les affaires des colonies , de les fortifier ^ de les enrichir , de les mettre en état de supporter quand le moment en serait venu la crise inévitable de l'émancipation. Il produisait un autre bien. L'émancipation > de quelque manière qu'elle ait lieu, ne peut être opé* rée sans l'intervention du trésor^ déjà surcharge des obligations que font peser sur Ini les travaux publics et l'exécution des lignes de fer. Le rachat du suore indigène ajoutait aux ressources de l'État un révenu annuel considérable , et préparait ainsi le moyen matériel de réaliser l'émancipation. Enfin^ en supposant que l'émancipation dût introduire dans la culture des terres tropicales un changement aussi considérable que dans la condition des tcittailleuri; en admettant^ «e qui est l'opinion
des hommes les plus expérimentés^ qoerextension de la petite calture , les réformes à opérer dans le pacte colonial dussent entraîner un jour, pour conséquence j Tabolition du privilège qu'ont les colonies d'approvisionner de sucre les marchés de la métropole ; dans ce cas même, le problème était simplifié et plus facile à résoudre. Au lieu des trms termes qui existent aujourd'hui^ le sucre colonial^ le sucre étranger et le sucre indigène, il n'en existait que deux: le sucre colonial et le sucre étranger. Et l'accroissement de revenu produit par l'abolition du sucre indigène permettait au besoin de liquider delà même manière l'industrie sucrière des colonies , l'un des plus grands obstacles que rencontrent^ comme l'on sait, la réforme du pacte colonial et l'émancipation:
Ainsi' le rachat du sucre indigène pourvoyait et pour un avenir éloigné à tous les embarras dont les questions coloniales peuvent à ton» momens compliquer notre situation financière ; il étendait notre commerce extérieur, augmentait les ressources de notre navigation.
L'indemnité introduisait en même temps dans l'administration des intérêts matériels un principe de justice qui, en resserrant le lien de solidarité sociale d'où dépendent la force et l'honneur des grands empires^ aurait fait remonter jusqu'au trône de nouveaux témoignages de confiance et de |p:^titude.
On a beaucoup attaqué le prin^pe de Tindeai-
nité pour cause d'expropriation publique , eu ma^ tière d'industrie^ et le mode de répartition proposé par le gouvernement. Sans doute , la répartition de quarante millions entre un si grand nombre de fabriques offrait de graves difficultés; mais si Ton eût étudié avec sang-froid le mode proposé, on eût remarqué qu'il avait au moins le mérite d'écarter les principales. La répartition devant avoir lieu entre les ayant-droit proportionnellement au produit moyen en 9uere par journée de travail de la faôrication de i 842 et i 845^ il en résultait que les fabriques les mieux traitées étaient celles qui avaient sérieusement continué la lutte et spéculé non sur l'appât de rindemnité mais sur les chances du commerce.: C'était un mode de liquidation des droits de cha^* cuD 9 mode très simple y très juste et très ingénieuxi Quant aux industries collatérales, y compris la culture ^ leurs droits étaient protégés par les marchés passés avec les fabriques et qui ne cessaient point d'avoir leur plein et entier effet. En réalité , la classe des contre-maitres et celle des ouvriers étaient seules oubliées^ grave lacune sur laquelle je m'expliquerai plus tard , mais qu'il était facile de remplir par un amendement.
Le principe lui-même était irréprochable, et M. le ministre des finances^ en s'efforçant d'en di* minuw la portée , a fait preuve d'une modestie et d'une timidité exagérées. Il ne s'agissait pas de donner des droits à toutes les industries plus ou moins agitées par le contrecoup des modifications
des tarifs. II s'agissait d'appliquer au fabricant, dépouillé par voie d'expropriation publique, le principe d'indemnité préalable qui existe déjà pour le propriétaire. Ce qu'il faut considérer en pareille matière, ce n'est pas l'étendue possible des transactions, mais leurs résultats. Racheter l'industrie du sucre indigène, dit-on, c'est prendre l'obligation plus tard d'en racheter d'autres ! Et qu'importe si l^État , si tout le monde doit y gagner ? L'indemnité payée aux propriétaires du chemin de Rouen et d'Orléans rend-elle plus lourde celle qu'il faudra payer aux propriétaires du chemin du Nord, da chemin de Lyon, de Marseille, de Bordeaux? A-ton hésité à voter le réseau, parce que sur le milliard auquel montera la dépense, une portion considérable doit être employée en achat des terrains? Non^ chaque opération amène ses charges et leur multiplicité ne doit point causer d'effroi, 'quand chacune en fin de compte assure dans l'avenir un profit certain.
M. le ministre des finances se fait donc illusion. Dans le débat que la Chambre des Pairs doit bientôt terminer, une grande lutte a lieu, lutte de principes où tout le système économique de la France est inté* fessé. L'abolition du sucre indigène, au nom de la marine, des colonies, de l'agriculture, du commerce, du trésor, c'est-à-dire au nom des intérêts généraux du pays, c'estaujourd'huî un acte aussi audacieux et aussi fécond dans ses résultats que la protection de cette industrie avait pu Fètre au moment