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le canal de Suez; mais ce projet fut abandonné plus tard, comme inutile et dangereux ; on craignait que les flottes grecques ne pénétrassent jusqu'aux villes saintes de TÂrabie.
M aislà où la domination desMusulmansoffre pour nous un spectacle plus curieux à observer, Monseigneur^ c'est au milieu même de ces populations de l'Atlas que nous soumettons aujourd'hui à notre autorité. Une femme^ la reine Cahina^ entreprit contre les Sarrasins et au nom des tribus indépendantes ce qu'Âbd-el-Kader a tenté depuis huit années contre nous. Elle organisa la défense et repoussa jusqu'en Egypte les lieutenans du kalife. Dans la supposition que l'or et l'argent de leurs villes attiraient seuls les armées mahométanes : « Détruisons ces villes^ disait elle aux chefs maures qu'elle avait rassemblés; ensevelissons sous leurs ruines ces funestes trésors^ et lorsque nous n'offrirons plus d'appât à la cupidité de nos ennemis^ peut-être cesserontils de troubler la tranquillité d'un peuple qui sait faire la guerre. » La dévastation fut complète. Mais les colons^ qui n'espéraient plus le retour de l'autorité impériale de Constantinople, favorisèrent la domination musulmane; les chrétiens méme^ qui préféraient le koran à la grossière idolâtrie des Maures^ se prêtèrent à ce mouvement; la reine Cahina fut tuée à la première bataille^ et avec elle tomba l'édifice mal affermi de sa puissance.
Ainsi, la domination des Musulmans qui envahissaient et devaient convertir à leur foi le nord de
TAfrique était appelée par la race issue des colons de Rome et par les chrétiens. N'est-ce pas la preuve que les nouveaux maîtres de l'Afrique avaient su administrer le pays^ et substituer au gouvernement incertain et grossier sous lequel avaient vécu jusque là les populations, un gouvernement plus protecteur et plus habile? ,
Nous n'avons devant nous, en Algérie^ ni chrétiens^ ni colons romains, nous n'avons que des Musulmans de races diverses; mais le devoir est le même. Npus devons leur faire préférer notre domination à celle que nous prétendons remplacer; et pour cela il n'existe qu'un moyen, c'est de les gouverner^ de les administrer mieux que ne le faisaient les Turcs.
Livrer TAlgérie à la spéculation des marchands et des capitalistes, puis se croiser les bras et croire que tout est fini, que le gouvernement a accompli sa t&che, ce serait un acte plus barbare que ne Tétait la domination que nous avons détruite à Alger. Le continent africain n'offre pas les ressources commerciales de l'Asie ; ce serait en vain que nous y chercherions des produits à échanger avec les produits du monde entier. Nous-mêmes, nous n'avons pas le génie mercantile des Anglais ou des Hollandais ; et^ loin de nous en plaindre, félicitons-nous d'avoir reçu en partage une nature originale qui n'appartient qu'à nous, et qui ne permet pas que nous nous traînions à la suite des autres peuples.
La France n'est fidèle à sa nature, à son caiactère que lorsqu'elle se dévoue, que lorsqa'eile obéit, comme vous l'avez fait, Monseigneur, à la voix du devoir et de Thonneur. Et n'est-ce pas, en effet, un devoir^ et le plus saoï^é de tous, que d'établir l'ordre, la police^ la justice au milieu de ces tribus qui ne nous avaient j)a8 appelés, certes, qui n'étaient pas venues nous prier de renverser leur gouvernement et de les livrer à tous les fléaux du désordre et de l'anarchie? Non. C'est nous qui, sans les consulter^ avons jug^é à propos de nous substituer au pouvoir qui les gouvernait et d'assu* iner, aux yeux du monde entier, une immense responsabilité morale et politique.
Chose étrange ! ce point de vue est en grande faveur sitôt qu'il est question d'abandonner rAIgérie; les orateurs ne manquent pas des'adreeser au sentiment du devoir et do faire retentir les grands mots d'honneur, de fierté nationale. Nous sommes alors un peuple grand et généreux; c'est au nom des progrès du genre humain que nous avons pris possession de cette terre où nous avons détruit la piraterie. Nous ne pouvons reculer devbnt l'œuvre de civilisation qu'à laÏQcedes nations européennes nous avons pris l'engagement de mener à bonne fin ! Voilà les sentiuïens qu'inspire l'Algérie à ses partisans, en face de ceux qui parlent de l'abandonner. Mais sitôt que la perpéiuîté de noire domination n'est plus mise en àwt^j ces mêmes orateurs deviennent muets; et aux cheMs
qui se passeQtj^ 9 la manière (Jont les crédits sont dépensés, il semble que tous les sentimens généreux de la France spient destinés à s'évaporer en vaines paroles.
Soyons donc enfin conséquensi et piiisquenous acceptons comme un devoir le développement de la oivili^atioR humaine , puisque nous anqonçons avec tant d'éclat à nos rivaux, dont les yeux nous contemplent et dont la sagesse nous jugera , que notre entreprise sur le sot* africain est une œuvre de justice, de générosité ; soyons justes, généreux, en actions comme en paroles, et justifions le repversement de Tancicnaiie autorité de la régQncej eH organisant, an sçin de ses populations, nne autorité meilleure,
Ayant établi d'qne manière générale ce que nous devons être pour l'Algérie, je rechercherai maintenant ce que l'Algérie doit être pour nous.
Quel est, en ce qui nous concerpe particulièrement, le caractère de cette entreprise qui nous a déjà tant coûté et à laquelle, en raison même de la grandeur de nos sacrifices, nous semblons nous attacher chaque jour davantage ?
Notre établissement sur la côte africaine. Monseigneur, c'est pour nous, Français, une extension de tetrHùir$ et de nationalité. Voilà le véritable caractère, et je dirai le réel profit de notre conquête. L'Angleterre l'a bien senti dès le principe; elle a été la première à calculer les conséquences inévi* ^bles de notre oecupation ; et c'est la vraie cause
du mélange assez contradictoire de - ses sarcasmtt et de ses réclamations. Elle nous accuse de prodi* guer inutilement le sang, les richesses du pays; et l'insistance qu'elle met i^ne consacrer, par aucun acte officiel, cette domination qui doit nous appauvrir^ prouve qu'elle comprend bien l'accroissement de force et d'influence que noue devons y puiser un jour.
Si l'Algérie est véritablement pour nous une atension de territoire et de nationalité^ la eonchi8io& qu'il faut en tirer, c'est que nous devons agir sur le sol africain comme nous avons agi dans les Flandres, dans l'Alsace, dans la Franche-Comté, dans la Lorraine, dans le Roussillon, à Dunkerque, en Corse et dans le Comtat Venaissin. Après la conquête des Flandres et de la Franche-Comté , après l'acquisition du Roussillon, a-t-on confié le gouvernement du pays à des Espagnols? Non certes! on a compris qu'il s'agissait de faire, de ces nouvelles provinces, des provinces françaises, et c'est i des Français qu'on en a confié l'administration et le gouvernement. Il en a été de même de la Lorraine, de' l'Alsace qui , une fois françaises, n'oot plus été gouvernées par des Allemands; de la Corse^ d'Avignon, dont les emplois admitaistratifi n'oot plus été confiés à des Italiens ; de Dunkerqae, que Ton n'a pas confié à des gouverneurs anglais. Aujourd'hui la même nécessité se présente pour l'Algérie ; là aussi nous sommes en contact avec des populations que nous devons nous assimiler; là
aussi le résultat que nous devons ambitionner; c'est que peu à peu , dans des siècles peut-être, les races et les tribus de l'ancienne régence sentent qu'elles forment ua élément aussi essentiel de notre natio* nalité , que les Alsaciens , les Lorrains, les Flamands et les Rottssillonnais.
Gardons-nous de croire, cependant, qu'il suffise pour la génération du dix-neuvième siècle d'imiter servilement les entreprises des siècles passés. Nous appartenons à un Age plus éclairé. Nous avons une expérience que nos aïeux n'avaient pas ; des obligations plus sévères et plus étendues pèsent sur nous. Si les gouvernemens de Louis XIV et de Louis XY ont commis des fautes, nous devons les éviter. Si la foi religieuse des protestans de l'Alsace n'a pas été respectée, nous devons respecter, nous, la foi musulmane des populations de l'Algérie. Si les privilèges, les coutumes locales ont été parfois méprisés et anéantis violemment, gardons-nous bien d'imiter de pareils exemples. Si les courtisans de l'OEil-deBœuf ont trop sfmvent donné, au milieu de ces nouvelles populations, le spectacle de la frivolité et de la fatuité, nous, enfans d'une révolution sérieuse et généreuse qui a appelé toutes les classes, tous les peuples du monde au partage des bienfaits de l'égalité et de l'association, sachons aborder cette grande œuvre algérienne avec gravité, avec bienveillance, avec modestie; et pénétrons-nous surtout de cette vérité, que nos bienfaits seront la source et la mesure de notre récom*