‹ Lettres politiquesChapitre 69 sur 80 · II · texte numérisé non relu

II

pense ; qu'il s'agit d'un échange, enfio, etqueqoQs avons autant à recevoir qu'à donner.

C'est là une vérité que la générosité de Votre Altesse royale a dû bieptôt découvrir, et qu'elle jugera sans doute utile de répandre dans l'esprit de tous ceux que le sort ou leur propre yploi;(é dipg^ vers 1^ terre africaine.

 un poipt de vae élevée il est incontestable que l'Algérie a introduit dans la politique générale de la France un élément nouveau et régénérateur. Nous étions réduits giux combinaisons les plus mescjuines. Il semblait que toute Tambitioû; toute l'activité de ce grand peuple, qui a bouleversé le monde par ses révolutions et le 4om|ne encqre, par sa langue, ses arts, ses plaisirs et sa sopiabilité, dût consister désormais en calculs de négoce, en réglepiensde tarifs, en combinaison d'impôts; qu'en un mot, la France ne se reconnût d'autre destinée que de bien faire ses affaires à la façon d'un négociant, imitant l'Angleterre, prenant poijr règle de jf^^priale l'intérêt, et pour boussole lé{jislative la cote des fonds. Cette politique au jour le jour qui, suivant l'expression d'un des hommes qui doivent le iflieux s'y connaître, ne sait s'occuper que de petites choses et vl employer que (//? petits imyens , où tout, en un mot, se fait à courte échéance; cette politique, Monseigneur, l'Algérie vient la bouleverser; aucune de ses ressources habituelles ne peut s'appliquer aux affaires d'Afrique* Là, il faut de toute né- ^m\ié élargir le cadre des délibérations; il faut

tenir compte d'un élément qui était devenu complètement étranger aux préoccupations et aux calculs des hommes d'État, la perpétuité des races, la solidaritédes générations/ Ne sommes-n ous pas obi îgés de tenir compte de l'existence de nos enfans et des enfans de nos enfans^ puisqu'eux seuls, selon toutes les probabilités humaines^ profiteront matériellement de nos sacrifices et de nos efforts? L'Algérie, Monseigneur, c'est le sentiment de la vie future avec tout son cortège de poésie , de gloire , d'enthousiasme religieux , de liens de famille et d'attachemens patriotiques, introduit comme nouveau motjBur dans le gouvernement et l'administration de l'État.

Quelque surprise que puisse causer à certains esprits cette manière d'envisager nos rapports avec FÂlgérie , je ne la crois pas moins en harmonie avec les sentimens qu'y ont éprouvés les hommes particulièrement sensibles, comme Votre Altesse Royale, à l'honneur et au devoir, et je la crois digne d'être recommandée à l'attention des assemblées politiques et des membres du Cabinet.

A première vue , l'orgueil national protestera sans doute. Recevoir quelque chose des Arabes , de ce peuple à demi barbare, qui ne possède ni science, ni industrie, ni académies, ni machines à vapeur ! . . Sous tous ces rapports, j'en conviens, la race africaine semble en arrière de la nôtre et peut-être n'avons-nous rien à lui emprunter, rien, pas même sa confiance en Dieu, son respect de l'autorité , son

calme admirable en face de h mort. Mais les obligations d'honneur que la conquête nous impose , n'est-ce donc rien^ Monseigneur? Au milieu de ce débordement de Tégoïsme individuel^ des intérêts les plus aveugles^ des plus mesquines passions, n'est-ce donc rien que cette occasion qui nous est offerte, de donner enfin à notre politique le caractère de générosité et de grandeur qui lui manquait?

Eh I quoi ! la France^ la patrie de tous les nobles instincts, de tous les généreux dévoùmens, s'affaissait dans les molles douceurs du foyer domestique; et voici un peuple qui rend à cette nation^ jadis si fière^ le sentiment de sa bonne et grande nature^ de son orgueil^ de sa dignité^ de sa vertu 1 L'Algérie aurait fait cela^ Monseigneur, et en échange des bienfaits qu'elle nous devra, nous oserions dire qu'elle ne nous a rien donné ! Non , non I de ce que les tribus africaines ignorent le profit réel que nous devons retirer, dès ce moment^ du bien que nous leur ferons^ il ne s'en suit pas que nous ayons le droite nous, de le méconnaître. Si l'Algérie l'ignore, il y a quelqu'un qui le sait, quelqu'un dont les yeux sont ouverts sur les actions des peuples et dont le bras invisible nous a poussés vers la patrie des TertuUien et des Augu^ tin, vers la plage où mourut saint Louis ; et ce serait être ingrat envers Dieu lui même que de refuser^ à ces millions de créatures humaines appelées par nous à une destinée meilleure, notre juste

reconnaissance pour la régénération que cette noble entreprise doit opérer parmi nous.

Revenons à Tadministration des indigènes.

Cette administration, ainsi que je Tai établi^ ne saurait être convenablement exercée que par des fonctionnaires français. C'est une conséquence indispensable du caractère môme de la conquête et de l'occupation définitive qui doit la suivre.

Envisagé au point de vue du devoir d'une nation plus civilisée envers une nation qui Test moins^ ce devoir, évidemment, ne peut être confié qu'à des fonctionnaires appartenant à la nation supérieure qui entreprend l'œuvre civilisatrice.

Persister à donner aux tribus pour kaïds, pour aghas et pour khalifahs des indigènes j ce serait, comme l'expérience l'a assez prouvé dans ces derniers temps, compromettre à toute heure l'œuvre même de civilisation que nous avons entreprise, en exposant notre autorité mal affermie à des rébellions sans cesse renaissantes. Il faut donc renoncer aux kaïds, aghas et khalifahs indigènes, et confier l'administration des tribus à des fonctionnaires français.

Maintenant quel système administratif ces fonctionnaires adopteront'ils? Devront-ils gouverner le pays à la manière turque? évidemment non.

Si le gouvernement, établi par les Musulmans après leur conquête, fut plus juste et plus généreux que le gouvernement antérieur, il dégénéra bien

vite; et aujourd'hui» après les progrès immenses que l'administration a faits dans TEurope clirétienne^ ce serait un anachronisme impardonnable que de rétablir en Algérie le système de dominatibo que nous y avons aboli.

Les Turcs exploitaient le pdys à leiit seul profit, et don dans un but d'utilité commune; toute leur politique consistait à diviser les tribus^ à les distribuer sur le sol, de soHe qtîe leurs querelles fassent^ pour la race indigène, une cause perpétuelle de faiblesse et de minorité. Ce rôle ue nous convient pas. Il ne notts couvieiit pis davantage d'exploiter le pays à la matiiëre dont les Anglais exploitent la péninsule indienne.

Voici donc un nouveau point qdi ne saurait être contesté. Le principe que radministration française doit adopter en Afriqtie^ te n'est ni rexploitation mercantile des Anglais dans l'Inde, ni l'exploitation brutale des Turcs partout où ils dominent. Le but que nous poursuivons en effet, ce n'est pas la division, l'exploitation, c'est l'association des tribus et des races entre elles^ l'associatidn de la population indigène tout entière avec la France. L'œuvi^e que nous entreprenons^ Monseigneur^ on ne saurait trop le répéter^ c'est une extension de territoire et de nationalité, semblable au fond^ quoique les élémens et les circonstances diffèrent» à l'œuvre qui s'accomplissait, quand Louis XIV opérait la fusion de la Franche-Comté, de la Flandre, de TAlsace. du Roussillon avec la France; quand Louis XV ou-

vrait la nationalité française à la Lorraine et à la Corse.

Il ne conviendrait pas d'entrer ici dans les détails d'un pareil système. Mille circonstances locales devront être prises en sérieuse considération au monlent où il sera rais eh vigueur; c'est au sein même des tiibus^ daus les rangs de l'armée, qui depuis douze années a formé une pépinière d'hommes si remarquables, et où devra se recruter d'abord le personnel de l'administration ; c'est sous le soleil même dé l'Afrique et sttr sdn sol si différent du nôtre, que sera convenablement conçue et mise en œuvre une pareille organisation. Mais on peut désormais en apprëciet les deux pivots générateurs, à savoir : la nécessité de donner aux tribus indigènes des chefâ français, et la nécessité non moins grande de leur imposer, pour règle de conduite dans tous leurs actes admibîstratifs, le principe de Tasèociation.

En admettant ces deux principes, comme bases dû nouveau Systèine à établir, il est bien évident que Tautorité adrriinislrative, exercée au sein des tribus par des commandans français , au point de vue de ces grands sentimens de devoir et de mission civilisatrice qui ont tant de fois retenti au Pàlais-Bourbon, ne devrait pas se borner au rôle dés anciens kaïds, des anciens aghas et khalifahs. Elle ne devrait pas borner ses attributions au recensement de la population, au commandement militaire ; au recouvrement de l'impôt, à la police

des marchés, à la déliiniUlion des lerres; elle de^ vrait sedûlioguer par des services, par des bîeofails qui fissent sentir aux indigènes que ce sont des Français et non des Tares qui les gouvernent et qui leur fissent bénir un jour cette nationalité commune qui leur appartient désormais comme à nous.

Cette matière^ je le sais , est très délicate.

11 est certain que les Arabes ont beaucoup à prendre dans nos institutions. Un système simple de comptabilité, une instruction primaire arabe^lorganisation de Tétat civil, d'une police de voirie pour la propreté et la salubrité publiques^ la construction de routes, le reboisement des terres dévastées par la guerre^ sont des bienfaits dont les tribus comprendront le prix. Mais parmi nos institutions^ il en est qui ne sauraient convenir à leurs habitudes^ à leur goût^ au genre de travaux auxquels ils se livrent^ à leur religion ni même au sol et au climat; il en est d'autres qui ne pourront être appropriées aux populations africaines qu'à la condition d'être grandement modifiées.

Mais ce qu'il y a de plus urgent et de plus im* portant à modifier , Monseigneur , c'est la forme même de nos rapports administratifs. L'Arabe est accoutumé à communiquer directement avec aou chef ^ et à recevoir immédiatement de loi ses décisions. Il est ennemi des paperasses , et ne sait ce que c'est que d'obéir à un être de raison. Plus que per* sonne , Votre Altesse Royale doit apprécier h

nécessité de mnltiplier les contacts personnels de Tautorilé avec les indigènes, elle qui savait affronter dans son gouyemement de Medeah les ennuis des détails administratifs lesplus minimes, avec autant de courage et de bonne humeur que s'il se fût agi de la fusillade des réguliers d'Abd-el*Kader.

Vous aviez compris^ Monseigneur^ que le temps consacré à écouter les réclamations d'un indigène, et à y faire droit immédiatement^ n'était pas perdu; et que c'était au contraire dans ces détails minutieux et tout personnels^ et non dans de vagues promesses ou dans la reconnaissance de droits généraux dont il ne comprend pas la portée^ que TArabe sentait les effets d'une protection puissante et éclairée.

Malgré ma répugnance bien légitime à pénétrer dans les détails de cette organisation, il en est un cependant que je ne puis éviter, c'est la question des grades et des droits de l'ancienneté.

L'armée, dont les officiers ont l'avantage d'avoir vécu dans le pays et de le connaître^ devant, pour le moment au moins, fournir les fonctionnaires chargés de commander et d'administrer les tribus, il est désirable, quand on procédera au choix du personnel, que la supériorité du grade et le nombre des années de service ne soient pas l'unique motif de préférence. L'expérience militaire est sans doute une condition favorable au commandement et à l'administration de tribus naturellement belliqueu-

ses; mais il est des qualités non moins nécessaires que Tancienneté be donne pas.

Pour gouverner les Arabes, il faut avant tout les aimer; il faut connaître leur langue, leurs habitudes; il ne faut pas considérer l'Afrique comme un lieu d'exil, comme un temps d'épreuve^ comme un moyen d'obtenif des distinctions ou nn grade supérieur, signal heureux du retour dans les salons de la métropole. Non, Monseigneur, il fautcon^ dérer l'Algérie comme une nouvelle France qui offre à ses enfans d'élite des œuvres, ingrates parfois, toujours pénibles, mais dans lesquelles une gloire durable sera le partage de ceux qui sauront y fixer leur ambition et l'activité de toute leur trie. Le jour où le gouvernement aura reconnu que la guerre a cessé d'être le fait important de rAlgérie, que la colonisation par des familles françaises ne sera d'ici à longtemps qu'un fait secondaire, et où il osera déclarer hautement que l'œuvre sérieuse, que la grande affaire de la France sur cette terre à demi soumise, c'est l'administration pacifique des indigènes; cejèur-là, Monseigneur, offrira à l'armée une épreuve solennelle; ce sera une de ces occasions, rares dans la politique des peuplés, où, sous l'empire d'exigences toutes nouvelles, les hiérarchies sont remaniées de fond en comble, et les hommes classés, non plus d'après l'ancien but accompli, mais d'après le but qu'il s'agit d'atteindre.

On a remarqué que les armes spéciales étaient

celles qui offraient le plus de chances de donner à l'Aigérie des administrateurs intelligens et dévoués, et qu'en même temps leur hiérarchie, trop favorable envers ranciennneté , était souvent ingrate envers le talent. L'état-major, le génie et l'artillerie, sont soumis à une règle d'avancoment si sévère, qu'elle décourage et paralyse les natures les plus généreuses, les plus nobles vocations; quelque action d'éclat qui s'attache au nom d'un capitaine de ces armes, il ne dépend pas de ses chefs de lui faire atteindre les grades supérieurs. Les généraux Lamoricîère, Buvivier, Bedeau et Marey, les colonels Cavaignac et Despinois, n*ont été d'heureuses exceptions qu'à la condition de quitter leurs armes spéciales.

Le gouvernemen t de l'Algérie n'offre-t-îl pas Toccasion de réparer , par une règle générale , les effets déplorables de cette excessive rigueur? L'ad* ministration des indigènes par des fonctionnaires fraiiçais n'ouvrirait-elle pas ude carrière nouvelle où les hommes de mérite que renferment les armes spéciales et qui ont donné la preuve de leur attachement au sol africain, trouveraient un digne aliment à leur activité, et qui permettrait au gouvernement de reconnaître et de récompenser leurs services, sans s'écarter des prescriptions impitoyables des réglemens? Ne suffira-t-il pas de faire pour ces nouvelles fonctions administratives en Algérie, ce quia été adopté pour les zouaves, les spahis et la légion étrangère, corps dans lesquels les officiers

distingués que je viens de nommer^ en renonçant au bénéfice de leurs armes^ ont participé aux avan* tages de ravancement plus libéral de l'infanterie et de la cavalerie?

Tel est le système qu'il semblerait urgent d'appliquer au gouvernement des tribus sonmises. On ne saurait lui opposer qu'une objeetion sérieuse. Des populations musulmanes obéiront-elles à des commandans chrétiens? Voilà la difficulté. Des répugnances, des préventions instinctives existent. Mais , permettez-moi de dire y Monseigneur, qu'on les exagère beaucoup.

On s'abuse généralement sur les antipathies aveugles et le prétendu fanatisme que les Musnlmans opposent à l'autorité administrative exercée par les chrétiens. Cette disposition hostile, qui eAt peu à peu cédé à l'empire qu'exerce sur les sectateurs du Coran la loi suprême du destin, tient bien plus aujourd'hui à la politique que nous avons suivie depuis la conquête qu'à un penchant naturel de leurs cœurs et de leurs esprits.

11 y avait chez ce peuple de plusieurs millions de Musulmans, que nous, poignée de chrétiens, nous prétendions dominer , des habitudes, des mœurs différentes des nôtres que notre intérêt et la raison seule nous ordonnaient de respecter. L'avons-nous fait ? Avons-nous environné d'égards et d'une légitime protection leurs pratiques religieuses, leurs temples, leurs tombeaux, et jusqo'aa sanctuaire de la famille ?

Hélas ! loin de là.

Nous avons commencé par mettre en présence de ces populations ferventes tout ce que Técunie de nos villes produit de désordres et d'excès scan« daleux. La preuve en existe dans les mesures mêmes que M. le gouverneur général a été obligé de prendre contre Tivrognerie^ contre l'agiotage, et toute la cohorte des vices qui ont trouvé en Algérie un débouché naturel.

Plus tard, quand, après avoir proclamé la liberté religieuse des indigènes et le respect dû à leurs mosquées , nous vînmes à songer que nous aussi ^ nous avions une religion , au lieu d'élever à nos frais une cathédrale qui témoignât publiquement , grandement^ de notre foi et des merveilles que notre peuple d'artistes inoccupés nous permet d'enfanter, nous avons dévalisé une mosquée^ et on nous a vos y introduire furtivement, misérablement^ les emblèmes et le sacerdoce chrétiens.

Il faut l'avouer^ ce scandale religieux qui trahissait malheureusement une disposition d'esprit assez universelle , était^ en politique aussi bien qu'en morale, une faute grave. Il eût été digne d'un peuple généreux et fier par excellence^ qui possède toutes les ressources de Tindustrie et des beaux-arts, d'élever, à côté des minarets musul* mans, un monument qui apprit à ces eufans de Mahomet, qu'une des saintes femmes de leur religion, que Lellah Marient, la Vierge Marie^ était aussi pour lui la plus sainte des femmes/

Et qu'on ne croie pas que le voisinage de notre culte soit odieux aux Musulmans; tout ce qui porte Tempreinfe, le caractère d'un sentiment religieux, ils le comprennent et le respectent. Lorsqne^ pour la première fois , sous le gouvernament de M. le maréchal Valée, le clergé catholique à Alger fit une procession extérieure à Toccasion de la Fête-Dieu, on regardait généralement cette manifestation comme une grave imprudence. Un reposoir étincelant de lumières et de fleurs avait été dr^sé sur la place de TÉvêché. L'évêque et les prêtres étaient couverts de vêtemenssplendides; la musique, Tencens, les cantiques s'élevaien t sous u n ciel ad mirable. Pour spectateurs de cette cérémonie^ il y avait plus d'indigèpes que de Français; et ceux-ci ne furent cependant ni les plus respectueux ni |es plus vivement impressionnés. Il n'y eut pas un murmure, pas un^ plainte.

Bien plus, quand M. le général Bugeaud laissa, en pleine guerre, Tévêque d'Alger aller directepient négocier, avec Abd-el-Kader lui-même, un échange de prisonniers, vit-on le prélat chrétien courir le moindre danger dans ce voyage apostolique, au sein de tribus pour le moins douteuses? Nqn! les vrais croyans respectèrent son caractère et sa mission, et quand il rentra dans Alger, entouré d'une foule de captifs, il fut accueilli par les acclamations, par les crisde joie d'une population mélangée de Français, d'Espagnols, de Maltais, de Juifs et à'AraAes.

Ce soot là des faits éloquens. Gardons-nous d'en conclure, toutefois, que le clergé catholique doive importer ses cérémonies sans modification et dans toutes les parties de nos possessions africaines. Son premier devoir est de se renfermer dans les localités où son ministère est réclamé pas lesfidèles de sa communion. Le pasteur doit aller avant tout là où est le troupeau. Et de même la charité véritable^ la bonne politique^ et jusqu'au zèle des conversions l'obligent de transformer tout ce qui pourrait blesser, sans utilité, les habitudps^ les mœurs du peuple au milieu duquel la protection de la France Ta appelé, et de mettre surtout en première ligne les parties du culte qui offrent avec la foi musulmane des points de contact, comme le culte de la vierge Marie, deLellah Mariem,

Mais il ne s'agit pas du clergé. Il s'agit des chefs militaires et civils^ des commandans français devant gouverner et administrer les tribus. Si les indigènes ont accueilli avec tant de déférence, de respect véritable, les ministres et les cérémonies du cuite catholique, assurément il serait plus qu'insensé d'imaginer que la qualité de chrétien fût pour eux une raison de repousser l'autorité supérieure , si elle était exercée surtout en tenant compte des mœurs et des habitudes des tribus.

Non, Monseigneur, loin que la différence de religion soit un obstacle à l'administration des commandans français , je suis convaincu qu'elle peut offrir un moyen nouveau et très puissant de paci--

fication; et je ne cro's pas que beaocoopd'iadigèœs restassent longtemps sourds àce simple rapprochement, s'il devenait le mot d'ordre de tous lescommandans français dans leurs communications avec les tribussoumises: «NoussoioiEsiiiTÉEESsés^ nooscmi-

TIENS, ▲ TOUS GOUYEBMER HONNÊTEMENT ET PATERNELU- MSNT^ CAE LE HEN QUE NOOS YOQS FAISONS NOOS DONNE LE DROIT d'exiger DU SULTAN DE STAMBOUL QU'u. GOUTERNB HONNÊTEMENT ET PATERNELLEMENT NOS FRÈRES d'OrKNT. •

Ce point de vue, qui est celui du cœur et du bon sens^ me conduit à examiner les conséquences qu'un pareil système introduirait dans nos relations nationales.

Si la France adoptait cette politique sage et gés néreuse en Algérie^ elle verrait insensiblement accroître son autorité au dehors et sa bonne renommée ; elle se donnerait à elle-même des moyeas d'influence et d'action qui lui manquent aujourd'hui pour tenir le rang qu'elle ambitionne.

Quelle est aujourd'hui la politique de la France dans la question internationale lapins importante^ dans la question d'Orient? C'est la protection des chrétiens. Le droit qu'a la France de protéger les diverses communions chrétiennes soumises à l'aatorité musulmane repose sur des titres anciens et souvent renouvelés; mais l'accomplissement de ce devoir sacré n'est pas le seul intérêt qui attache la France aux progrès de la civilisation orientale. L'Egypte^ dont le sol, il y a près d'un demi^ièclei avait été fécondé par le sang français ^ nous doit

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