Ml
aujourd'hui sa régénératioB. Mehemet n'a pas de fonctionnaires plus intelligens et plus dévoués que les enfans de la France. Marine^ armée^ industrie^ culture^ hôpitaux^ écoles , administration , tout a été créé par des officiers de nos armées^ par des élèves de nos écoles savantes ou de nos professeurs les plus distingués ; ce sont là des services dont le noble caractère rejaillit sur la nation qui les a rendus, et tend, au milieu des intrigues politiques ou mercantiles des autres puissances^ à accroître l'idée que Ton se forme de sa loyauté. Aussi^ ne faut 41 pas s'étonner qu'à travers FÂsie Mineure et la Macédoine la réputation de désintéressement et de générosité chevaleresque du peuple français ait pénétré jusque chez les populations slaves des bords du Danube. M. Blanqui a recueilli de nombreux témoignages de sympathie dans la mission qu'il vient de remplir en Servie et en Bulgarie. L'héroïque princesse Lioubitza seconfiait^ s'abandonnaità lui, dès la première vue y comme à un ami , comme à un compa** triote.
Cette femme remarquable sentait bien^ en effet, que son peuple de chrétiens n'était pas moins barbare que les Turcs^ et que sans conseils, sans appui du dehors, il lui serait impossible, par lui-même, de se régénérer complètement. Elle n'oubliait pas que son mari , le prince Milosch , après avoir chassé de la Servie les mahométaus et la polygamie, n'avait eu rien de plus pressé que de former à son propre usage une sorte de harem. On assure môme que^
dans son exaltation reli^ettse, dlô osa y pénétra le pistolet atl poing, et qn'ayant étendu , mortes à ses pîeds^ deux créatures qu'y tenait enfermées le prince^ elle lui annonça en sortant cette exécution par ce mot sublime : « Je Vous ai réconcilié avee Dieu ! »
Quoi qu'il en soit, ne trouvant pas dans les populations greco-slaves tous les élémens nécessaires à leur propre régénération , abandonnée par TAutriche , et redoutant les intriguée de la Russie autant que les violences des garnisons torques , la princesse Lioubitza,àla Veille de cette mort subite qui a privé les provinces danubiennes de leur pins énergique et de leur plus entbonsiaste défenseur , concentrait tous son espoir sur Tinfluence généreuse et désintéressée de la France.
Ainsi de Damas à Belgrade, des coiitreforts da mont Liban aux rives du Danube, partout où les sectateurs du Christ ont à réclamer contre le goavernement des enfans de Mahomet, c'est le nom de la France qui est invoqué. Tous nos consnls dans l'Asie Mineure, dans la Turquie d'Europe, ne «ont occupés qu'à poursuivre les réparations de ces continuelles avanies : c'est la grande affaire de notre ambassade à Gonstahti&ople. L'opposition le manifeste assez par le genre de reproches qu'elle adresse au Cabinet. Quel est le refrain habituel de ses plaintes, de ses attaques à h tribune ou dans la pressé ? C'est que le ministère ne protège pas assez énerglquement, assez effi-
caoemeut à son gré, les chrétiens d'Orient. Autant l'opposition met de prix à trouver le pouvoir en faute sur ce point, autant celui-ci consacre d'efforts k se justifier, à prouver qu'il remplitavec zèle, avec énergie, avec activité ce haut protectorat dans lequel la nation tout entière place son honneur et sa dignité. De là l'importance qpe les Chambres ont ^ttiiohéç récfnpvae^t à l'affaire des ji^ifs de Damas^ à l'installation d'un évéque anglican dans la ville de Jérusalem^ à la réparation étala possession des lieux saints. La France comprend qu'elle ne pourrait se laisser ravir son antique privilège de protection des chrétiens en Orient , sans déchoir dans Tes-^ time des peuples.
Mais par quel moyen maintiendra-t-elle dans ses mains l'exercice de cette prérogative? Quel gçnre d'influence lui permettra de disputer aux autres Cabinets l'honneui: de ce noble protectorat ? Se bornera4-elle à des plaintes, à des conseils adressés au Divan 9 Tous les Cabinets lui en adressent. C'est un moyen à l'usage de tout Iç monde et justement discrédité, il faut l'avouer, par les perfidies dont il a été souvent l'instrument.
Mon, Monseigneur; en politique comme en morale, les actions valent mieux que les paroles^ et il y a quelque chose de plus puissant que les meilleurs conseils, ce sont de bons exemples. Nos agena diplomatiques et consulaires seraient tout aafcrement honorés et écoutés en Orient, si chaque fois qn'ils ont à réclamer en faveur des populations
chrétiennes^ ils pouvaient tourner^ avec un légitimé orgueil^ ]es regards du gonvernement turc vers tes rivages et les vallées de l'ancienne régence^ s'ils pouvaient tenir au Divan un langage analogue à celui que je plaçais dans la boache des commindans français au milieu des tribaa soumises ; s'ils pouvaient lui dire :
Nous AVONS d'autant plus de DROrr DB vous DBIAK- DER DE TRAITER HONNÉTBHEIfr BT PATERNBLUnOBIT LBS POPULATIONS CHRÉTIENNES SOQMISra A VOIRB AUTORH^, QUE NOUS, GHRJÎTIENS, NOUS GOUVERNONS HONNÂTEIIENT £1 PATERNELLEMENT LES AaARBS DE L'ÂLCiRIB^ VOS flÈBJSS
EN Mahomet*
Tout le monde s'accorde à reconnaître que la domination ottomane dans la Turquie d'Europe est, en ce moment^ une chose inévitable. Les races greco -slaves^ de Taveu même de ceux qui leur portent le plus d'intérêt^ ne sont pas mûres pour la liberté; et quant au fameux partage qui a tant préoccupé les publicistes, les diplomates avoaeot que d'ici à longtemps^ au moins, il est impossible. Le Cabinet de Saint-Pétersbourg, qui passe à boa droit pour le désirer le plus vivement, mais dont les finances sont épuisées par réteruelie guerre de Circassie^ serait le premier à retarder ce partage s'il entrevoyait que ses efforts dusse&t avoir prochainement une conclusion.
Mais les Turcs sont-ils en état de comprendre et d'imiter les exemples de bonne administralian que nous pourrions leur offrir dans TancieRne ré-
gODce? Le règoe entier de Mahmoud le prouve suffisamment. Les Turcs sont entrés, grâce à lui, dans le mouvement de la civilisation européenne, La nature les a doués. des qualités nécessaires pour le gouvernement des populations orientales; c'est rojMuion de tous ceux qui les ont visités. Le jeune sultan Abdul-Medjid saisit toutes les circonstancea solennelles de manifester aux ambassadeurs européens son vif désir de travailler au bonheur de son peuple,8a ferme résolution défaire le bien. Au milieu des réformes de son père , il sent que beaucoup d'institutions utiles étaient mêlées à des tentatives prématurées ou impraticables.
La discipline militaire a plus rapproché la nation musulmane des peuples eurc^éens qu'on ne le croit généralement. Elle est, pour Tempire^ une double sauvegarde; d'une part, elle a retiré la force armée des mains des pachas, et en a concentré tous les élémens dans les bureaux du ministère de la guerre; de l'autre, elle a enlevé beaucoup d'occasions de justes griefs aux races conquises. Aujourd'hui, quand la rébellion nécessite l'intervention de la force publique, les chrétiens ne tremblent qu'à l'approche des Albanais , et appellent de tous leurs vœux les régimens réguliers du Nizam.
La réforme financière n'a point produit les résultats qu'on en attendait, mais ce n'est pas faute de bonnes intentions. Le vice qui a compromis le succès de cette mesure, c'est l'absence d'agens in^ termédiaires capables de l'exécuter. Non ! la bonne
volonté, rintelUgence et la capacité politiques ne manquent point dans les hautes fonctions de Tmpire. M* Blanqui en a recueilli de très nombreu témoignages dans sa course rapide; et le lecteur, après avoir assisté à ses nombreux entretins eifec tous les pachas dont il traversait lea gouveroeio^, est convaincu, comme Ini^ que le i^os gJBnd obetAde aux améliorations qu'attendent les chnHiem d'Orient^ c'est ta politique de faloMiôs €t dé tofm' rieê des représentans européens k Constantiiiaple,
Cette rivalité des chaneelievies^ c« triste spectacle que nous, nations civilisées^ donnons à h Turquie, déconsidère^ à ses yeiui> les Gahfaiets européens ; mais elle a au moins cet heuenx effet de retenir Tempire ottoman au dessus de Tahiaie* le Divan n'a pas de gardiens plus vigilans de ses dioiti et de sa sûreté que ceux mêmes qui les menaoest Le temps est pour nous ; mettons*le donc à profit. Offrons au gouvernement turc des exemples qu'il eit intérêt à imiter, et soyons assurés qu'il est aaMx iiH telligent pour en comprendre la portée, asses poli* tique pour les accueillir favorablement, asses juste pour nous rendre en reconnaissancele biMqiieiioii lui aurons fait.
Si la véritable difficulté dipkmatiqae estdésw mais à Constantinople , si le degré de gkôte et de puissance extérieure des nations européenaes doit se mesurer désormais sarlapartd'iniueneequ'eliii sauront y exercer^ n'est-il pas juste de dire, Monseigneur, que nous possédons dane l'AlgiMe toa
\m élémens d'une intervention active et pacifique? Administrons sagement et paternellement les indigènes^ c'est la seule réponse qu'il nous convienne de faire à ces réclamations et protestations diplomatiques que certains Cabinets de l'Europe dirigent contre notre domination africaine , par l'entremise officielle de Tambassade turque à Paris ; c'est la seule manière de donner à notre protection des chrétiens de l'Orient une autorité d'autant plus efficace qu'elle n'aura rien d'hostile pour l'au^ torité et la croyance des Ottomans ; c'est enfin le moyen le plus puissant de resserrer les liens naturels qui nous unissent à l'Allemagne , en lui prouvant que nous avons définitivement renoncé à la rive gauche du Rhin^ et que c'est désormais vers le Sod^ sur un continent neutre^ que se dirige ce génie inquiet de la France , cette sève puissante qui^ comprimée à grand' peine dans les limites étroites des traités de 4845, menacerait à tout ins* tant le repos de l'Europe.
Ainsi, aii dédans, extensipn de territoire et de nationalité; au dehors^ influence prépondérante dans le Conflit le plus grave que présente la politique extérieure ; tels sont les effets inévitables et immédiats d'un système de gouvernement de nos possessions africaines qui mettrait en seconde ligne Idi guerre et la colonisatiany et, enPREHiÈaE ugnb, l'administration DÈS indiques; qui donnerait pour chefs aux tribus soumises des commandans français^ et lout imposerait, pour règle générale de conduite^
non de diviser ni d'exploiter^ mais d'associer les tribus entre elles et la race a&icaine tout entière avec la race française.
En adoptant un pareil système , non seulement nous donnerions an monde le spectacle nouveau d'une grande nation attirant à elle, associant à sa civilisation^ à ses mœurs généreuses les popu« lations conquises, au lieu de les exterminer ou de les refouler au désert; mais nous apprendrions i l'Europe que la France^ si vive, si brave^ si ardente, est enfin devenue une nation politique, qu'elle connaît toute la portée extérieure des actes qu'elle accomplit dans ses possessions.
L'idée que la France se fait de son honneur et de sa puissance au-dehors, cette juste susceptibilité de la gloire qui forme sa passion dominante, a toujours exercé une grande influence sur ses rapports avec le souverain ; c'est le côté sur lequel s'affermissent les dynasties. Il a donc droit d'attirer particulièrement l'intérêt de Votre Altesse Royale ; et elle me permettra, en terminant , d'insister sur ce point.
La manière dont nous avons traité, au début de la première révolution^ les protestans et les juifs, nous peuple catholique , doit nous rallier un Jour la banque du inonde entier et nous ouvrir les bras de l'Âllemague du Nord , de la Hollande, du DanemarcketdelaSuède. Cette initiative de justicedont^ jusqu'à ce jour, l'Angleterre a été incapable envers l'Irlande^ voilà 1 autorité morale qui rendO'Con-
nell si hardi et si fort dans le Parlement et jusque dans le palais même de sa jeune souveraine.
Quelques personnes ont cru dernièrement qu'une manifestation de l'opinion française serait favorable à la cause de Tlrlande» Elles se trompaient. Ce qui fera triompher l'Irlande , ce n'est ni la présence , ni les souscriptions , ni les discours de quelques radicaux ; ce qui rend letriomphe de l'Irlande inévitable^ c'est l'EXEMPLEque la France entière a donné en 89^ exemple qui forcera tôt ou tard les anglicans , ces nouveaux juifs du monde industriel^ à se comporter en bons Samaritains.
Que ce triomphe lent de notre influence demeure sans cesse sous nos yeux^ quand nous songeons à l'Algérie! Disons cependant qu'il y a cinquante ans nous avions peu de mérite à être justes envers les protestans et envers les juifs. Les sectateurs de ces deux croyances étaient peu nombreux et dispersés en diverses provinces ; leur affranchissement^ au milieu d'une révolution qui passait le niveau de l'égalité sur de bien pluspuissans intérêts, était plus facile que ùe l'est en ce moment l'affranchissement complet de l'Irlande par les Anglais, que ne le sera jamais l'affranchissement religieux de la Pologne par les Russes.
Mais voici , Monseigneur , que la Providence attache à nos destinées notre véritable Pologne, notre véritable Irlande, dans l'Algérie. Nous voici unis à un peuple de plusieurs millions d'babitans^ qui nous est étranger par la race , les traditions , les