A M°' AFFRE
AMUTÉQUI M VAKIf.
Monseigneur,
Je n'ai point dessein de traiter la question de la liberté de renseignement. Les observations échappées à votre plume apostolique ont prouvé combien il était difficile, même aux plus sages , de jouer le rôle de conciliateur au milieu de cette controverse irritante. Le conseil des ministres d'ailleurs discute peut-être en ce moment les bases du projet de loi promis pour la prochaine session. Quand les juges délibèrent^ il n'est plus temps, pour les parties^ de publier leurs mémoires; et
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dans le cas présent Tentreprise ne serait pas sans danger.
L'Université , M onseignenr , cette fille atnée de nos rois , possède encore nn pouvoir aussi absolu que celui de Tancienne royauté. M. Yillemain est dans la même position où Louis XVIII s'est trouvé à Saint-Oaen. C'est une concession qu'il va faire, une charte qu'il doit octroyer. Ne troublons pas l'impartialité de l'homme d'État ; laissons-le , dans le calme et le recueillement^ discuter avec M. le garde-des-sceaux les termes du comproftiis à faire intervenir entre les intérêts si divers qui leur sont confiés ; et bien certain que , sous une forme ou sous une autre , il sortira de ce concours loyal un régime plus généreux que celui qui existe , osons porter nos regards^ non sur la forme ou Tétendoe du droit qui sera concédé , mais sur l'usage qu'on en fera.
Le cadre est vaste ; il embrasse toutes les branches de l'éducation publique appliquée à l'un et à l'autre sexe; aussi me garderai-je bien de le parcourir dans son étendue. Je me bornerai à un objet tout spécial^ tout pratique et qui intéresse particulièrement l'épiscopat.
Permettez-moi d'abord d'exposer avec franchise quelle est la situation du clergé et de la société par rapport à l'éducation.
Le clergé^ séculier et irrégulier, vise évidemment à étendre l'influence qu'il exerce sur renseignement public. Il voudrait , s'il était posilihfo^
donner une éducation religieuse , morale aux enfans de toutes les classes^ de toutes les conditions ; c'est son désir le plus ardent^ sa plus chère anjbition; je me hâte de déclarer que le motif qui le pousse à cette pieuse conquête des âmes est parfaitement re9pectable et légitime. Et cependant le clergé rencontre dans le public , ou plutôt dans une portion du public, dans la portion la plus puissante aujourd'hui^ politiquement parlant , une méfiance ^ une répugnance , un esprit d'opposition , dont il est impossible de ne pas tenir compte. La société semble redouter que les progrès dont elle est le plus fière^ ses conquêtes dans les sciences et dans les arts, sa politique^ ses espérances , ses travaux matériels^ ses plaisirs même ne rencontrent des préventions aveugles dans le clergé et que, par lui, les générations nouvelles ne soient détournées de la voie où marchent leurs pères.
Je n'examine pas en ce moment si ces craintes sont ou non fondées. Il me suffit qu'elles existent; et dès lors il est incontestable que s'il était possible de concilier ces dispositions contradictoires , ce serait rendre un égal service à la société et à la religion.
Tel est l'espoir qui m'anime. J'oserai vous soumettre, Monseigneur^ un moyen qui me semblerait propre à satisfaire le vœu du clergé touchant l'éducation publique et à dissiper les craintes de la société. Ce serait d'imiter Texemple que vient de donner le conseil municipal de Paris^ de borner
les études, classiques aux établissemeus eiistaQs,ei de consacrer exclusivement les nouvelles écoles, que des ecclésîatiques pourront fonder j à renseignement des sciences usuelles et des langues vivantes. Le clergé répondrait ainsi au besoin le pios général des familles et prouverait qu'il n'est point contraire aux tendances du siècle. Ce moyen n'est pas impraticable. Il pourrait avoir, selon les ressources dont dispose FÉglise , les commencemens les plus modestes. Mais l'influence des bons modèles est rapide, et il suffirait d'une fondation dans le premier diocèse de France pour que Tépiscopal tout entier comprit l'importance d'une pareille politique en matière d'éducation, et qu'il y conformât ses œuvres futures.
L'exemple que j'ai cité a été appuyé sur des considérations et des documens non moinâ remarquables que les circonstances mêmes au nûlieB desquelles il a eu lieu. Il n'est pas inutile d'entrer à cet égard dans quelques développemens.
Le conseil municipal de la ville de Paris a?ait été appelé à statuer sur une double demande de M. le Ministre de l'instruction publique, concerDant l'établissement d'un nouveau collège royal et la création de trois nouvelles écoles primaires supérieures.
Sur le rapport de M. Mortimer Ternaux, le conseil a refusé l'érection du collège royal et êcearde la création des trois écoles primaires supérieures.
Pour comprendre la portée d'une pareille déci-
sion il faut se rappeler que les écoles primaires supérieures assez mal nommées^ ainsi qu'on l'a observé, forment, d'après la loi de 4855 qui les a fondées, de véritables écoles usuelles.
L article premier s'exprime ainsi :
(c L'instruction primaire supérieure doit embrasser : les élémens de la géométrie et ses applications usuelles , spécialement le dessin linéaire et Tarpentage , les notions des sciences physiques et de l'histoire naturelle applicables aux usages de la vie; le chant, les élémens de l'histoire et de la géographie de la France. Selon les ôesoins et les ressources des localités j ajoute cet article, l'instruc^ tion primaire supérieure pourra recevoir les développe^ mens qui seront jugés convenables. »
Ainsi, en organisant une instruction usuelle par opposition à l'instruction classique des collèges royaux, la loi n'a pas voulu imposer de limites à la force des études. En réalité, les écoles primaires supérieures sont le germe d'établissemensqui, sous le rapport des carrières auxquelles ils donneront entrée, comme sous le rapport de la situation sociale des familles, rivaliseront, avant peu, d'importance avec les collèges royaux, bien que dans UQ ordre d^enseignement tout opposé.
Cette explication était nécessaire pour suivre avec intérêt les développemens dans lesquels le rapporteur est entré.
M. Ternaux constate que l'instruction des classes pauvres, autrefois fort négligée, s'est considéra-
bleoieot améliorée, qu'il existe aujourd'hui des écoles dans la presque totalité des trente-quatre mille communes de France^ mais que les établiasemens d'un degré supérieur ont fait très peu de progrès. Il critique renseignement classique que les collèges persistent à donner à la jeunesse, alors que ]a face de la société a entièrement changé. « One classe intermédiaire est venue se placer, dit-il, entre les populations ouvrières et les classes privilégiées parleur fortune ou leur naissance; elle joue un rôle immense dans notre état social; elle est aujourd'hui la base fondamentale de notre gouvernement constitutionnel , puisque c'est à elle qu*appartient la majorité des deux cent cinquante mille électeurs appelés à élire notre Chambre de députés. Et, chose bizarre, on paraît s'être peu occupé de fournir à cette classe intermédiaire les moyens de donner à ses enfans une éducation en rapport avec les professions auxquelles ils sont desti nés. Les personnes qui veulent faire de leurs fils des industriels, des comm^rçans, des agriculteurs, sont aujourd'hui obligées de choisir entre deux éducations qui peuvent avoir l'une et l'autre pour leurs enfans de graves inconvéniens. En effet, l'une, trop élevée et trop littéraire, ne leur sera que de pea d'utilité dans tout le cours de leur carrière , et peut-être ira-t-elle jusqu'à leur faire dédaigner la position de leurs parens^ leurs manières et leur profession . L'autre, trop restreinte, ne leur permettra pas de tenir dans le monde la position qui est
aujourd'hai acquise au commerce honorablement exercé. •
Ainsi , il demeure prouvé qu'un enseignement à peu près convenable est organisé en faveur des classes populaires et des classes riches, mais qu'un mode d'enseignement, approprié aux classes intermédiaires^ existe à peine, et que c'est sur ce point que l'éducation publique réclame de nouveaux établissemens.
A Tappui de cette opinion, M. Ternaux fait, par ordre de carrières, le dépouillement des listes électorales (l),et il résulte de ses calculs, que, sur
(i) Ce document atatistiqae est fort curieux ; Je le transcris littéralement.
Farmi - les VèJtSk électeurs des douse arrondtasemens de Paris , on compte :
Hauts fooctionoaires de TÉtat , magffstrats , employés des administrations, littérateurs et membres de l'UnlTenlté 83&
Médecins, chirurgiens, dentistes et pharmaciens 72^8
Notaires, avocats, avoués et huissiers 728
ODGders de terre et de mer et ingénieurs. M6
Artistes , banquiers , architectes, libraires , imprimeurs. . • • 668 Pr4>priélalres , négociaos , ^mannCKturiers , payant plus de 500 fr. de contributions 29886
que Ton suppose tons vouloir donner à leurs fils une éducation classique.
Le reste de la liste se compose de tontes les situations de fortune ou d'état dans lesquelles les familles doivent préférer donner à leurs enfans une éducation usuelle :
Propriétaires , négocians et manothcturlers payant moins de 500 fr.
d'impositions • 3,667
Agens d'aOalres, courtiers, greffiers, commissaires pri-
seurs 340
49^484 électeurs parisiens, plu$ desdfiux Hersœi' cent des professions pour lesquelles les étndes^eoque et latine sont complètement inutiles.
Ce fait est du reste attesté par le grand nombre d'élèves qui sortent des collèges avant d'avoir achevé leurs humanités. Il n'y en a pas moins chaque année de 7,007 sur 44 ,255 sortans. « Il ne faut donc pas s'étonner , ajoute M. Ternaux , que tons les bons esprits qui s'occupent du perfectionne* ment de l'éducation réclament la création d'écoles
Vétérinaires , commerçans en clievaiii et voitores. SIS
Gommerçans en serres, glaces et porcelaines. 188
Parfamears, coiffears, liaignean. 211
Marchands de ubleanz, estampes, cnriosités, objets d'art. . . 115
Tapissiers, layetiers, emballeurs, tonneliers S35
Plamassiers, fleuristes, marchands de fer, merciers. 5C9
Entreprenears de bâtimens etpafeurs SOS
Teinturiers , appréteurs et blanchisseurs. 93
Fondeurs, commerçaos en métaux, changeurs, quincailliers
et ferblantiers 560
Factemv d'instrameos, opticiens, mécaniciens, bandagistes. • 130
Jardiniers, grènetiers. , 1S7
Marchands de bois et charbon 2U
Mardiands de nonreautés , draperie et lingerie 999
Papetiers et fabricans de papiers peints. SS6
Épiciers (confisears , raffinenrs) 918
Marchands de vUis et liqueurs , brasseurs. 1586
TatHeors, cordonniers , chapeliers et fonrrenrs 56&
Maisons d*b6tel garni , restaurans et cafés. 779
Bijoutiers, joailliers, horlogers. \ 690
Boulangers, pâtissiers, bouchers, charcutiers .' . 950
Gorroyeurs et pieaassiers Uk'
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usuelles semblables à celtes que possèdent déjà la Suisse, rÂllemagne centrale et la Prusse. »
La loi de 4 855 sur Torganisation des écoles primaires contient le germe de ces nouveaux établissemens; et considérant qu'il n'existe aucune proportion entre les facilités données aux jeunes gens qui se destinent aux professions libérales ou savantes, et celles que Ton doit^ par un principe de justice^ aux jeunes gens qui se destinent aux professions industrielles^ artistiques ou commerciales; considérant que^ pour satisfaire aux vœux des familles de cette dernière catégorie qui est de beaucoup la plus nombreuse, il faudrait fonder àParis des écol^ primaires supérieures en assez grande quantité pour recevoir 40,200 élèves, c'est-à-dire nn nombre double décelai qui fréquente aujourd'hui les cours des six collèges de la capitale , M. Ternaux en a conclu qu'il y avait lieu, non pas de fonder un nouveau collège royal, mais de multiplier les écoles primaires supérieures, conclusion que le conseil a immédiatement adoptée.
Ces détails, Monseigneur, n'intéressent passeulement la capitale. En refusant d'étendre le domaine des étud^ classiques, pour diriger toutes ses ressources vers le progrès des études usuelles, la municipalité parisienne s'est rendue l'interprète de la France entière. Elle a répondu aux vœux, elle a été fidèle aux tendances de la société; tradances l^itimes qui n'ont rien de contraire au but que poursuit rÉglise et que, dans l'intérêt même de son in-
floence sur le monde^ elle doit favoriser dans ses propres établissemeos.
Mais de qaelle manière^ par quelles mesara pourrait«elle entrer dans cette voie? Il est bien dair qne TÉ^ise ne peut consacrer à renseignement exclusif des langues vivantes et des sciences usndles aucune des trois sortes d'établissemens dont TÉtat lui abandonne la direction .
Les ^romias^tnairef sont, si Ton peut s'exprimer ainsi ^ les écoles spéciales du clergé. L'étude des langues mortes ^ la rhétorique^ la philosophie^ la théologie y forment naturellement le fonds de l'instruction .
Les petits êénmaireê ont un tout autre caraetkp et un tout autre but. Leur mission n'est pas d'instruire et de former des prêtres , mai« de diercfaer, de découvrir les vocations qui recevront plus tard, dans les grands séminaires, l'enseignement spécial aux carrières ecclésiastiques. Les petits séminaires touchent donc à la fois à la société religieuse par le petit nombre d'élèves qui doivent entrer un jour dans les ordres , et à la société civile par le grand nombre d'élèves qui reviendront au monde et se disperseront dans toutes ses professions. Jusqu'à nn certain points on concevrait que l'étude des langues vivantes et des sciences usuelles 7 fàt introduite ; et je montrerai^ en effet, qu'un jour cette réforme doit avoir lieu. Mais elle ne doit être entreprise qu'avec lenteur et précaution. L'Église ne peut pis plus songer à changer brusquement le programme
d'enseignement des petits séminaires, que TUniversite n'a songé à le faire pour ses collèges royaux.
Restent les etaôlissemens des frères de l'école chrétienne destinés au premier ftge des enfans du peuple, et dont renseignement est trop élémentaire pour remplir le but qu'il s'agit d'atteindre.
Pour répondre aux vœux des familles et donner une éducation convenable à cette foule de jeunes gens qui ne la trouvent pas dans les écoles existantes^ et dont le nombre, à Paris seulement, ne monte pas à moins de dix tnille^ il serait donc nécessaire que le clergé fondftt des établissemens nouveaux, d'où les langues mortes seraient bannies, et qui se consacreraient exclusivement à Tétude des langues vivantes et des sciences usuelles.
C'est à cette seule condition qu'il mettra son système général d'éducation en complète harmonie avec les tendances nouvelles de la société au milieu de laquelle il est appelé à vivre^ à se recruter , et à laquelle il ne doit refuser aucun des services dont l'effet inévitable est d'accroître peu à peu le respect dont il jouif^ aussi bien que son autorité.
Si l'Église consacrait désormais tous ses efforts et toutes ses ressources à la création de ces nouveaux établissemens, le cadre qu'elle offre à la jeunesse serait complet. Elle aurait alors, comme l'Université, ses écoles primaires, représentées par les établissemens des frères des écoles chrétiennes, ses écoles primaires supérieures ( le nom est tout-à-
fait défectueux, je le répète^ mais U faut voir la chose ploa que le nom) représentées par des éooU$ usmlla; ses collèges royaux représentés par les petits séminaires; ses écoles spéciales, ^afin, rejffésentées par les grands séminaires.
J'ai dit qu'inévitablement cette création devrait modifier^ un jour, le programme d'enseignement des petits séminaires. L'étude des langues vivantes et des sdences usuelles me semble devoir y occuper, ea effet, une place de plus en plus large. Cette étude est également nécessaire aux élèves qui rentrent dans le monde, ou qui se destinent aux carrières industrielles, administratives oo politiques, et elle ne serait pas moins profitable aux élèves qui entrent dans les ordres. Il n'est pas indifférent, dans l'intérêt même de l'Église, que ses ministres soient initiés de bonne beure aux notions positives sur lesqu^les repose l'exercice de toutee les professions^ de toutes les fonctions publiques. C'est la science de la vie réelle; plus les membres du clergé en auront pénétré les secrets, moins ils rencontreront d'obtacles pour remplir leur sainte mission (4).
(i) Oo peat apptifaer an prêtre ce qu'on safant pnblidste disait dernièrement de radministrateor et du magistrat.
« L'administration et la magistrature ne sauraient rester étmgèrcs aoi ttuvres de la sodété qu'elles ont rune àfavremer, ranire à jaser. Do moment oà llndustHe agrieole, manufoctarière , conaMrciale» occupe une aussi grande place dans la vie des peuples; du momeni oà, officiellement même, elle est investie de tous les droits, de tomes letdlgnités, les fonctionnaires ont besoin do la connaître, aSn de Taimer etde
Si Tépiscqpat fondait tes écoles usuelles dont je parle, et s'il modifiait plus tard, dans lemémeeens, le programme d'enseignement des petits séminalres, il aurait Thonneur d'entraîner Tllniversité dans une voie où elle est entrée déjà , de bonne grâce, je le reconnais (4), mais où l'attendent des obstacles dont le plus redoutable n'est pas Tamourpropre , la mauvaise volonté des chefs , mais l'esprit de routine qu'entretient, à tous les degrés de la hiérarchie, l'absonoed'un élément puissant d'émulation.
Pense-t-on franchement que M. le Ministre de rinstruetion publique ne souffre pas le premier du programme défectueux des études universitaires , qui n*est ni de ce monde ni de ce siècle , où les langues vivantes ne forment qu'un accessoire et
loi rendre les serviMs qa'dtfe attend d*eai. lllliiitqvesesQpérttieiis.att moins dans lenrs caractères géoéranx. cessent d'être pour euxde^ mystères. Sans cela, comment des peuples devenus industrleox auraient ils pour les fonctionnaires la considération sans laquelle un pouvoir ne saurait vivre» ni on gouvernement durer? 0ans llatévétdnpriDeipe d*antorité» afin que la saliordînatîon et Tordre subsistent dans l*État, il faudrait que les fonctionnaires eussent été initiés par Téducation à la géométrie , à la physique, à la diimie, à la mécanique, à rbisidre naturelle. Il serait même avantageux que plusieurs eussent suivi un cours de technologiie générale. »
Voir: Examen du rapport du Btinislre de i*instruction publique, par H. Michel Chevalier (Journal des économistes). *
(1) Depuis Tordonnance du ai novembre ISAl, sur un nombre de 312 cottéges coBUBOMUx, 72 ont été inorfamés en < éoolas primaires supérieures. Il est vrai que presque tous appartenaient aux collèges communaux de second ordre , qui ne préparent pas au baccalauréat ès-ltitres et oèroo n^vait pas à faire ie sacrifiée des études classiques.
qui reste tellemeBt étranger aux réalités deja vie, aax travaux des diverses professions, aux lois et à radmiuistration du pays^ qu'un jeune homme , à la fin de ses classes , n'est préparé à eflibrasser aaeune carrière utile , à prendre , dans l'intérêt de son bonheur^ aucune importante décision?
Peut-on imaginer. Monseigneur , que les haots dignitaires académiques, hommes expérimentés et pour la plupart oracles du gouvernement et des assemblées, restent insensibles à Télocpiente protestation du conseil municipal de la preaiiàre ville du royaume?
Ëb quoi! nous vivons en un temps où. les dsu plus grands embarras de la politique sont, d'osé part, le débordement vicieux d'un sentiment d'égalité exagéré, l'envie, l'absence de toutre^iectea face des supériorités sociales; de l'autrci une hostilité aveugle en face de l'étxanger. Chacun convieot que ces deux vices opposent un perpétuel obstacle à l'affermissement de l'autorité , au bon ordre, à la réalisation des desseins généreux de la Gouronoe au dedsRS et au dehors. Et l'Université ne compren* drait pas que le programme de ses études et la direction de son enseignement , loin de combattre ces penchans funestes, contribuent à les perpétuer!
Pour l'imaginer. Monseigneur, il faudrait n'a* voir pas sondé soi-même toute la profondeur du mal, qui est immense, surtout depuis la paix.
Rarement l'autorité publique rencontre daus la nation le respect et la déférence qui lui sont dus.
quand dans les relations sociales ces sentimens ont cessé d'exister. Or, dans nos mœurs, qui s'oppose à ce que des supériorités véritables deviennent l'objet d'un hommage légitime ^ à ce que le mérite, à défaut de la naissance, reconstitue peu à peu des rangs d'autant plus sacrés que la justice seule les distribuerait?Ce n'est pas l'absence des supériorités , il en existe toujours , mais l'impuissance des masses à les comprendre , à mesurer la valeur des services rendus. En temps de guerre , comme l'observait Napoléon au Conseil d'État , rien de plus facile que d'apprécier le mérite des grands capitaines; les batailles, les victoires 1 ce sont des faits éclatans, palpables , à la portée des plus grossières intelligences , et dont les résultats décisifs frappent tous les yeux* Dans les fonctions civiles, au contraire, et il aurait pu ajouter, dans les carrières scientifiques^ commerciales, industrielles, les découvertes, les inventions, les entreprises qui seraient le plus dignes d'illustrer leurs auteurs ne sont environnées d'aucun éclat, d'aucun prestige, et il est impossible d'en comprendre la valeur, sans des notions techniques que les hasards de la vie donnent à quelques êtres privilégiés et que l'éducation pourrait répandre dans toutes les classes.
Les poètes, les artistes et les orateurs font seuls exception. Mais les supériorités que font surgir l'administration, les finances, l'astronomie, la chirurgie, la mécanique, la navigation , la haute industrie, les arts et métiers même, car toutes
les professions pacifiques et fécondes ont leurs grands hommes, ces supériorités bienfaisantes sont pour la plupart ignorées des masses. La jeanesse aisée, qui jouit du privilège si restreint de Téducation universitaire^ ne saurait elle-même à quel titre elle devrait honorer la plupart des illustrations obscures, auxquelles la société où elle entre doit cependant ses plus importans progrès. Et quand toute habitude de déférence, de respect, d'admiration même , est bannie des relations ordinaires de la vie, comment s'étonner que Ton traite avec dédain les rapports que la loi oblige d'entretenir avec les agens dn pouvoir?
L'influence de l'éducation classique sur lessentimens que nous inspirent les peuples étrangers n'est pas moins funeste. Quand nous les visitons, encouragés dans notre apathie pour les langues vivantes par la longue habitude des collèges qui n'enseignent que le grec et le latin, nous sommes privés de tout moyen de communiquer avec les classes intermédiaires et les classes inférieures. Nous ne pouvons pénétrer le secret de leurs souffrances, de leurs besoins , et^ confondant nos ambitions, nos désirs, nos espérances, qui sont les mêmes après tout , étouffer dans une fratei^elle étreinte les rancunes et les préjugés d'un autre âge.
Tel est le résultat du système d'étude des établissemens universitaires^ delà part qu'on y fait aux langues que parlaient les morts et à celles que
parlent les vivans. Nos collégieDS seraient à peu près en état de s'entretenir avec Socrate , Alcibiade, Aristophane^ avec Tacite, César, Horace et Cicéron; ils pourraient, si par un miracle de la fantaisie humaine ils étaient tentés de faire un voyage rétrospectif dans les cités antiques, converser avec les petits boutiquiers d'Athènes , les révoltés de Spartacus ou les philosophes vendus au marché; ils pourraient sympathiser avec les douleurs de ces sociétés où régnait l'esclavage , et s'associer a leurs espérances ; mais qu'au lieu de voyager dans les espaces imaginaires, nos collégiens entreprennent , comme la jeunesse d'Angleterre et du continent, leur tour d'Europe; qu'ils se transportent à Vienne, à Berlin, à Madrid, à Moscou, à Londres, au Caire, à Constantiuople ; que leur goût ou une mission administrative les ap* pelle en Algérie; et il n'y a aucune exagération à prétendre que la plupart seront dans l'impossibilito de communiquer avec les populations qu'il leur importerait le plus de connaître pour combattre notre hostilité aveugle envers les peuples étrangers, ou pour faire aimer et respecter notre autorité au milieu des tribus de l'ancien ne régence.
Telle est l'immensité du mal qu'entretient la fausse direction de l'enseignement public en France. Comment imaginer qu'il passe inaperçu sous les yeux même de ceux dont le premier de« voir est d'y porter remède? Non , Monseigneur , les membres du Conseil royal ne sauraient être