PREMIERE PARTIE
voient vous être que très-importuns? Vous saviez bien que vous ne seriez pas toujours en Portugal, et pourquoi m'y avez-vous voulu choisir pour me rendre si malheureuse? Vous eussiez trouve sans doute en ce pays quelque femme qui eut été plus belle, avec laquelle vous eussiez eu autant de plaisir, puisque vous n'en cherchiez que de grossiers; qui vous eût fidèlement aimé aussi longtemps qu'elle vous eût vu; que le temps eût pu consoler de votre absence, et que vous auriez pu quitter sans perfidie et sans cruauté. Ce procédé est bien plus d un tyran attaché à persécuter que d'un amant qui ne doit penser qu'à plaire. Hélas! pourquoi exercez-vous tant de rigueur sur un cœur qui est à vous? Je vois bien que vous êtes aussi facile à vous laisser persuader contre moi que je l'ai été à me laisser persuader en votre faveur. J'aurois résisté sans avoir besoin de tout mon amour et sans m'apercevoir que j'eusse rien fait d'extraordinaire, à de plus grandes raisons que ne peuvent être celles qui vous ont obligé à me quitter. Elles m'eussent paru bien foibles, et il n'y en a point qui eussent jamais pu m arracher d'auprès de vous; mais vous avez voulu profiler
des prétextes que vous avez trouvés de retourner en France. Un vaisseau partoit. Que ne le laissiez-vous partir? Votre famille vous avoit écrit. Ne savez-vous pas toutes les persécutions que j'ai souffertes de la mienne? Votre honneur vous engageoit à m'abandonner. Ai-je pris quelque soin du mien? Vous étiez obligé d'aller servir votre Roi. Si tout ce qu'on dit de lui est vrai, il n'a aucun besoin de votre secours, et il vous auroit excusé. J'eusse été trop heureuse si nous avions passé notre vie ensemble; mais puisqu'il falloit qu'une absence cruelle nous séparât, il me semble que je dois être bien aise de n'avoir pas été infidèle, et je ne voudrois pas, pour toutes les choses du monde, avoir commis une action si noire. Quoi! vous avez connu le fond de mon cœur et de ma tendresse, et vous avez pu vous résoudre à me laisser pour jamais et à m'exposer aux frayeurs que je dois avoir que vous ne voussouveniez plus de moi que pour me sacrifier à une nouvelle passion ! Je vois bien que je vous aime comme une folle : cependant je ne me plains point de toute la violence des mouvemens de mon cœur; je m'accoutume à ses persécutions, et je ne pourrois