‹ Lettres portugaises;Chapitre 8 sur 46 · LETTRE II · texte numérisé non relu

LETTRE II

j l me semble que je fais le plus grand >tort du monde aux sentimens de ,mon cœur, de tâcher de vous les ! faire connoître en vous les écrivant. Que je serois heureuse si vous en pouviez bien juger par la violence des vôtres! mais je ne dois pas m'en rapporter à vous, et je ne puis m'empêcher de vous dire, bien moins vivement que je ne le sens, que vous ne devriez pas me maltraiter, comme vous faites, par un oubli qui me met au désespoir, et qui est même honteux pour vous. Il est bien juste, au moins, que vous soutfriez que je me plaigne des malheurs que j'avois bien prévus quand je vous vis résolu de me quitter. Je connois bien que je me suis abusée , lorsque j'ai pensé que vous auriez un

procédé de meilleur foi qu'on n'a accoutumé d'avoir, parce que l'excès de mon amour me mettoit, ce semble, au-dessus de toutes sortes de soupçons, et qu'il méritoit plus de fidélité qu'on n'en trouve d'ordinaire. Mais la disposition que vous avez à me trahir l'emporte enfin sur la justice que vous devez à tout ce que j'ai fait pour vous. Je ne laisserois pas d'être bien malheureuse, si vous ne m'aimiez que parce que je vous aime, et je voudrois tout devoir à votre seule inclination; mais je suis si éloignée d'être en cet état, que je n'ai pas reçu une seule lettre de vous depuis six mois. J'attribue tout ce malheur à l'aveuglement avec lequel je me suis abandonnée à m'attacher à vous. Ne devois-je pas prévoir que mes plaisirs finiroient plutôt que mon amour? Pouvois-je espérer que vous demeureriez toute votre vie en Portugal , et que vous renonceriez à votre fortune et à votre pays pour ne penser qu'à moi ? Mes douleurs ne peuvent recevoir aucun soulagement, et le souvenir de mes plaisirs me comble de désespoir. Quoi! tous mes désirs seront donc inutiles! et je ne vous verrai jamais en ma chambre avec toute l'ardeur et tout l'emportement

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