‹ Lettres provinciales et Pensées (volume 2)Chapitre 109 sur 159 · PREMIÈRE PARTIE, ART. XL · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, ART. XL

nous assurerons-nous qu'elle est la même dans tous les hqmmes ? Nous n'en avons d'autres marques que l'uniformité des conséquences, qui n'est pas toujours un signe de celle des principes; car ceux-ci peuvent bien être différents, et conduire néanmoins aux mêmes conclusions, chacun sachant que le vrai se conclut souvent du faux.

Enfin Montaigne examine profondément les sciences; la géométrie, dont il tâche de montrer l'incertitude dans ses axiomes et dans les termes qu'elle ne définit point, comme détendue , de mouvement, etc.; la physique et la médecine , qu'il déprime en une infinité de façons; l'histoire, la politique, la morale, la jurisprudence, etc. De sorte que sans la révélation, nous pourrions croire , selon lui , que la vie est un songe dont nous ne nous éveillons qu'à la mort , et pendant lequel nous avons aussi peu les principes du vrai que durant le sommeil naturel. C'est ainsi qu'il gourmande si fortement et si cruellement la raison dénuée de la foi , que, lui faisant douter si elle est raisonnable, et si les animaux le sont ou non, ou plus ou moins que 'l'homme , il la fait descendre de l'excellence qu'elle s'est attribuée , et la met i par grâce , en parallèle avec les bêtes , sans lui permettre de sortir de cet ordre, jusqu'à ce qu'elle soit instruite, par son Créateur même, de son rang qu'elle ignore : la menaçant, si elle gronde, de la mettre au-dessous de toutes, ce

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qui lui paroît aussi facile que le contraire; et ne lui donnant pouvoir d'agir cependant que pour reconnoître sa foiblesse avec une humilité sincère, au lieu de s'élever par une sotte vanité. On ne peut voir, sans joie, dans cet auteur, la superbe raison si invinciblement froissée par ses propres armes, et cette révolte si sanglante de l'homme contre l'homme, laquelle, de la société avec Dieu où il s'élevoit par les maximes de sa foible raison, le précipite dans la condition des bêtes ; et on aimeroit de tout son cœur le ministre d'une si grande vengeance , si , étant humble disciple de l'Eglise par la foi, il eût suivi les règles de la morale, en portant les hommes, qu'il avoit si utilement humiliés, à ne pas irriter par de nouveaux crimes celui qui peut seul les tirer de ceux qu'il les a convaincus de ne pas pouvoir seulement connoître. Mais il agit au contraire en païen: voyons sa morale.

De ce principe, que hors de la foi tout est dans l'incertitude , et en considérant combien il y a de temps qu'on cherche le vrai et le bien, sans aucun progrès vers la tranquillité, il conclut qu'on doit en laisser le soin aux autres ; demeurer cependant en repos, coulant légèrement sur ces sujets, de peur d'y enfoncer en appuyant ; prendre le vrai et le bien sur la première apparence, sans les presser, parce qu'ils sont si peu solides, que, quelque peu que l'on serre la main, ils échappent entre les doigts, et la laissent vide. Il suit donc le rapport des

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