VI IL
Il y a deux manières de persuader les vérités de notre religion; lu ne par la force de la raison, l'autre par l'autorité de celui qui parle. On ne se sert pas de la dernière, mais de la première. On ne dit pas : Il faut croire cela; car l'Écriture , qui le dit, est divine; mais on dit: Qu'il faut le croire par telle et telle raison, qui sont de foibles arguments, la raison étant flexible à tout.
Ceux qui semblent les plus opposés à la gloire de la religion n'y seront pas inutiles pour les autres. Nous en ferons le premier argument, qu'il y a quelque chose de surnaturel; car un aveuglement de cette sorte n'est pas une chose naturelle; et si leur folie les rend si contraires à leur propre bien, elle servira à en garantir les autres par l'horreur d'un exemple si déplorable et d'une folie si digne de compassion.
Sans Jésus-Christ, le monde ne subsisteroit pas; car il faudroit, ou qu'il fût détruit, ou qu'il fût comme un enfer.
Le seul qui connoît la nature ne la connoîtrat-il que pour être misérable ? le seul qui la connoît sera-t-il le seul malheureux ?
Il ne faut pas que l'homme ne voie rien du tout ; il ne faut pas aussi qu'il en voie assez pour
36o PENSÉES DE PASCAL,
croire qu'il possède la vérité ; mais qu'il eu voie assez pour connoitre qu'il l'a perdue; car, pour connoître ce qu'on a perdu, il faut voir et ne pas voir; et c'est précisément l'état où est la nature.
Il falloit que la véritable religion enseignât la grandeur et la misère, portât à l'estime et au mépris de soi, et à l'amour, et à la haine.
Je vois la religion chrétienne fondée sur une religion précédente, et voilà ce que je trouve d'effectif.
Je ne parle pas ici des miracles de Moïse, de Jésus-Christ et des apôtres; parce qu'ils ne paroissent pas d'abord convaincants, et que je ne veux mettre ici en évidence que tous les fondements de cette religion chrétienne qui sont indubitables, et qui ne peuvent être mis en doute par quelque personne que ce soit.
La religion est une chose si grande , qu'il est juste que ceux qui ne voudroient pas prendre la peine de la chercher, si elle est obscure, en soient privés. De quoi donc se plaint-on , si elle est telle qu'on puisse la trouver en la cherchant ?
L'orgueil contrepèse et emporte toules les misères. Voilà un étrange monstre , et un égarement bien visible de l'homme. Le voilà tombé de sa place, et il la cherche avec inquiétude.
Après la corruption , il est juste que tous ceux qui sont dans cet état le connoissent; et ceux qui
SECONDE PARTIE, ART. XVII. 36l
s'y plaisent, et ceux qui s'y déplaisent. Mais il n'est pas juste que tous voient la rédemption.
Quand on dit que Jésus-Christ n'est pas mort pour tous, vous abusez d'un vice des hommes qui s'appliquent incontinent cette exception; ce qui favorise le désespoir, au lieu de les en détourner pour favoriser l'espérance.
Les impies, qui s'abandonnent aveuglément à leurs passions sans connoître Dieu et sans se mettre en peine de le chercher, vérifient par eux-mêmes ce fondement de la foi qu'ils combattent, qui est que la nature des hommes est dans la corruption. Et les Juifs, qui combattent si opiniâtrement la religion chrétienne, vérifient encore cet autre fondement de cette même foi qu'ils attaquent; qui est que Jésus-Christ est le véritable Messie, et qu'il est venu racheter les hommes, et les retirer de la corruption et de la misère où ils étoient, tant par l'état où on les voit aujourd'hui, et qui se trouve prédit dans les prophéties, que par ces mêmes prophéties qu'ils portent, et qu'ils conservent inviolablement comme les marques auxquelles on doit reconnoître le Messie. Ainsi les preuves de la corruption des hommes et de la rédemption de Jésus- Christ , qui sont les deux principales vérités qu'établit le christianisme, se tirent des impies qui vivent dans l'indifférence de la religion , et des Juifs qui en sont les ennemis irréconciliables.
La dignité de l'homme consistait, dans son innocence, à dominer sur les créatures, et à en user; mais aujourd'hui elle consiste à s'en séparer, et à s'y assujettir.
Il y en a plusieurs qui errent d'autant plus dangereusement, qu'i's prennent une vérité pour le principe de leur erreur. Leur faute n'est pas de suivre une fausseté; mais de suivre une vérité à l'exclusion d'une autre.
Il y a un grand nombre de vérités, et de foi , et de morale, qui semblent répugnantes et contraires, et qui subsistent toutes dans un ordre admirable.
La source de toutes les hérésies, est l'exclusion de quelques-unes de ces vérités; et la source de toutes les objections que nous font les hérétiques, est l'ignorance de quelques-unes de nos vérités.
Et d'ordinaire il arrive que, ne pouvant concevoir le rapport de deux vérités opposées, et croyant que l'aveu de l'une renferme l'exclusion de l'autre, ils s'attachent à l'une, et ils excluent l'autre.
Les nestoriens vouloient qu'il y eût deux personnes en Jésus-Christ, parce qu'il y a deux natures; et les eutychiens, au contraire, qu'il n'y eût qu'une nature , parce qu'il n'y a qu'une per-
sonne. Les catholiques sont orthodoxes , parce qu'ils joignent ensemble les deux vérités de deux natures et d'une seule personne.
Nous croyons que la substance du pain étant changée en celle du corps de notre Seigneur Jésus-Christ, il est présent réellement au Saint- Sacrement. Voilà une des vérités. Une autre est, que ce Sacrement est aussi une figure de la croix et de la gloire , et une commémoration des deux. Voilà la foi catholique, qui comprend ces deux vérités qui semblent opposées.
L'hérésie d'aujourd'hui, ne concevant pas que ce Sacrement contient tout ensemble, et la présence de Jésus-Christ, et sa figure, et qu'il soit sacrifice, et commémoration de sacrifice, croit qu'on ne peut admettre l'une de ces vérités sans exclure l'autre.
Par cette raison ils s'attachent à ce point, que ce sacrement est figuratif; et en cela ils ne sont pas hérétiques. Ils pensent que nous excluons cette vérité; et de là vient qu'ils nous font tant d'objections sur les passages des Pères qui le disent. Enfin ils nient la présence réelle; et en cela ils sont hérétiques.
C'est pourquoi le plus court moyen pour empêcher les hérésies, est d'instruire de toutes les vérités ; et le plus sûr moyen de les réfuter, est de les déclarer toutes.
La grâce sera toujours dans le monde , et aussi la nature. Il y aura toujours des pélagiens , et toujours des catholiques, parce que la première
naissance fait les uns, et la seconde naissance fait les autres.
C'est l'Eglise qui mérite avec Jésus-Christ, qui en est inséparable, la conversion de tous ceux qui ne sont pas dans la véritable religion ; et ce sont ensuite ces personnes converties qui secourent la mère qui lés a délivrées.
Le corps n'est non plus vivant sans le chef, que le chef sans le corps. Quiconque se sépare de l'un ou de l'autre n'est plus du corps, et n'appartient plus à Jésus-Christ. Toutes les vertus, le martyre , les austérités et toutes les bonnes oeuvres sont inutiles hors de l'Église, et de la communion du chef de l'Église, qui est le pape.
Ce sera une des confusions des damnés de voir qu'ils seront condamnés par leur propre raison par laquelle ils ont prétendu condamner la religion chrétienne.
Il y a cela de commun entre la vie ordinaire des hommes et celle des saints, qu'ils aspirent tous à la félicité; et ils ne différent qu'en l'objet où ils la placent. Les uns et les autres appellent leurs ennemis ceux qui les empêchent dy arriver.
Il faut juger de ce qui est bon ou mauvais par la volonté de Dieu, qui ne peut être ni injuste, ni aveugle , et non pas par la nôtre propre , qui est toujours pleine de malice et d'erreur.
Jésus - Christ a donné dans l'Évangile cette marque pour reconnoître ceux qui ont la foi, qui est qu'ils parleront un langage nouveau ; et en effet le renouvellement des pensées et des désirs cause celui des discours. Car ces nouveautés, qui ne peuvent déplaire à Dieu, comme le vieil homme ne peut lui plaire, sont différentes des nouveautés de la terre, en ce que les choses du monde, quelque nouvelles qu'elles soient, vieillissent eu durant : au lieu que cet esprit nouveau se renouvelle d'autant plus, qu'il dure davantage. L'homme extérieur se détruit, dit saint Paul (i Cor. 4, 16), et l'homme intérieur se renouvelle de jour en jour; et il ne sera parfaitement nouveau que dans l'éternité, où l'on chantera sans cesse ce cantique nouveau dont parle David dans ses psaumes (Ps. 3a , 3), c'est-à-dire , ce chant qui part de l'esprit nouveau de la charité.
Quand saint Pierre et les apôtres (^fct. i5) délibèrent d'abolir la circoncision , où il s'agissoit d'agir contre la loi de Dieu , ils ne consultent point les prophètes, mais simplement la réception du Saint- Esprit en la personne des incirconcis. Ils jugent plus sur que Dieu approuve ceux qu il remplit de son Esprit, que non pas qu'il faille observer la loi; ils savoient que la fin de la loi n'étoit que le Saint-Esprit; et qu'ainsi ,
puisqu'on l'avoit bien sans circoncision, elle n étoit pas nécessaire.
Deux lois suffisent pour régler toute la république chrétienne, mieux que toutes les lois politiques; l'amour de Dieu, et celui du prochain.
La religion est proportionnée à toutes sortes d'esprits. Le commun des hommes s'arrête à l'état et à l'établissement où elle est; et cette religion est telle, que son seul établissement est suffisant pour en prouver la vérité. Les autres vont jusques aux apôtres. Les plus instruits vont jusques au commencement du monde. Les anges la voient encore mieux, et de plus loin; car ils la voient en Dieu même.
Ceux à qui Dieu a donné la religion par sentiment de cœur sont bienheureux et bien persuadés. Mais pour ceux qui ne l'ont pas, nous ne pouvons la leur procurer que par raisonnement, en attendant que Dieu la leur imprime lui-même dans le cœur; sans quoi la foi est inutile pour le salut.
Dieu, pour se réserver à lui seul le droit de nous instruire, et pour nous rendre la difficulté de notre être inintelligible, nous en a caché le nœud si haut, ou, pour mieux dire, si bas, que nous étions incapables d'y arriver : de sorte que ce n'est pas par les agitations de notre raison , mais par la simple soumission de la raison , que nous pouvons véritablement nous connoître.
Les impies qui font profession de suivre la raison doivent être étrangement forts en raison. Que disent-ils donc? Ne voyons-nous pas, disentils, mourir et vivre les bêtes comme les hommes, et les Turcs comme les Chrétiens? Ils ont leurs cérémonies , leurs prophètes , leurs docteurs , leurs saints, leurs religieux, comme nous, etc. Cela est-il contraire à l'Écriture, ne dit-elle pas tout cela ? Si vous ne vous souciez guère de savoir la vérité, en voilà assez pour demeurer en repos. Mais si vous désirez de tout votre cœur de la connoître, ce n'est pas assez; regardez au détail. C'enseroit peut-être assez pour une vaine question de philosophie; mais ici où il y va de
tout Et cependant après une réflexion légère
de cette sorte, on s'amusera, etc.
C'est une chose horrible, de sentir continuellement s'écouler tout ce qu'on possède ; et qu'on puisse s'y attacher, sans avoir envie de chercher s'ii n'y a point quelque chose de permanent. (162).
Il faut vivre autrement dans le monde selon ces diverses suppositions : si on pouvoit y être toujours; s'il est sûr qu'on n'y sera pas longtemps; et incertain si on y sera une heure. Cette dernière supposition est la nôtre.
Parles partis (*), vous devez vous mettre en (*) Voyez part. 1, art. 8, §. 10, la note sur ce mot partis.
peine de chercher la vérité. Car si vous mourez sans adorer le vrai principe, vous êtes perdu. Mais, dites-vous, s'il avoit voulu que je l'adorasse, il m'auroit laissé des signes de sa volonté. Aussi a-t-il fait; mais vous les négligez. Cherchezles du moins; cela le vaut bien.
Les athées doivent dire des choses parfaitement claires. Or, il faudroit avoir perdu le bon sens pour dire qu'il est parfaitement clair que lame est mortelle. Je trouve bon qu'on n'approfondisse pas l'opinion de Copernic : mais il importe à toute la vie de savoir si l'âme est mortelle ou immortelle.
Les prophéties, les miracles mêmes et les autres preuves cle notre religion, ne sont pas de telle sorte, qu'on puisse dire qu'elles sont géométriquement convaincantes. Mais il me suffit présentement que vous m'accordiez que ce n'est pas pécher contre la raison que de les croire. Elles ont de la clarté et de l'obscurité , pour éclairer les uns et obscurcir les autres. Mais la clarté est telle, qu'elle surpasse, ou égale pour le moins, ce quil y a de plus clair au contraire; de sorte que ce n'est pas la raison qui puisse déterminer à ne pas la suivre; et ce n'est peutêtre que la concupiscence et la malice du cœur. Ainsi il y a assez de clarté pour condamner ceux qui refusent de croire, et non assez pour les gagner; afin qu'il paroisse qu'en ceux qui la
suivent c'est la grâce , et non la raison , qui la fait suivre; et qu'en ceux qui la fuient c'est la concupiscence , et non la raison , qui la fait fuir.
Qui peut ne pas admirer et embrasser une religion qui connoît à fond ce qu'on reconnoît d'autant plus qu'on a plus de lumière ?
Un homme qui découvre des preuves de la religion chrétienne est comme un héritier qui trouve les titres de sa maison. Dira-t-il qu'ils sont faux, et négligera-l-ii de les examiner?
Deux sortes de personnes connoissent un Dieu, ceux qui ont le cœur humilié, et qui aiment le mépris et l'abaissement, quelque degré d'esprit qu'ils aient, bas ou relevé ; ou ceux qui ont assez d'esprit pour voir la vérité , quelque opposition qu'ils y aient.
Les sages parmi les païens, qui ont dit qu'il n'y a qu'un Dieu , ont été persécutés , les Juifs haïs, les Chrétiens encore plus» (i63)
Je ne vois pas qu'il y ait plus de difficulté de croire la résurrection des corps et l'enfantement de la Vierge que la création. Est-il plus difficile de reproduire un homme que de le produire( 1 64)? Et si on n'avoit pas su ce que c'est que génération, trouveroit-on plus étrange qu'en enfant vînt d'une fille seule que d'un homme et d'une femme ?
Pensées. 24
XXIIT.
Il y a grande différence entre repos et sûreté de conscience. Rien ne doit donner le repos, que la recherche sincère de la vérité ; et rien ne peut donner l'assurance que la vérité.
Il y a deux vérités de foi également constantes: l'une, que l'homme, dans l'état de la création, ou dans celui de la grâce , est élevé au-dessus de toute la nature, rendu semblable à Dieu, et participant de la Divinité; l'autre, qu'en létat de corruption et du péché, il est déchu de cet état, et rendu semblable aux bètes. Ces deux propositions sont également fermes et certaines. L'Écriture nous les déclare manifestement, lorsqu'elle dit en quelques lieux : Deliciœ meœ , esse cumfiliis hominum. (Prov. 8, ai.) Effundam spiritum meum super omnem carnem. (Joël 9 1, 28. ) DU estis , etc. (Psal. 81, 6.) Et qu'elle dit en d'autres : Omnis caro fœnum. ( Is. 40 , 6. ) Homo comparatus est jumentis insipientibus , et similis factus est il lis. ( Psal. 48 , 1 3. ) Dixi in corde meo defiliis hominum , ut probaret eos Deus, etostenderet similes esse bestiis , etc. ( Eccles. 3 , 18.)
Les exemples des morts généreuses des Lacédémoniens et autres ne nous touchent guère; car qu'est-ce que tout cela nous apporte? Mais l'exemple de la mort des martyrs nous touche; car ce sont nos membres. Nous avons un lien
commun avec eux : leur résolution peut former la nôtre. Il n'est rien de cela aux exemples des païens : nous n'avons point de liaison à eux ; comme la richesse d'un étranger ne fait pas la nôtre , mais bien celle d'un père ou d'un mari.
On ne se détache jamais sans douleur. On ne sent pas son lien , quand on suit volontairement celui qui entraîne, comme dit saint Augustin ; mais quand on commence à résister et à marcher en s'éloignant, on souffre bien; le lien s'étend, et endure toute la violence; et ce lien est notre propre corps, qui ne se rompt qu'à la mort. Notre Seigneur a dit que, depuis la venue de Jean-Baptiste, c'est-à-dire , depuis son avènement dans chaque fidèle , le royaume de Dieu souffre violence, et que les violents le ravissent. (Matth. ii, 12.) Avant que l'on soit touché , on n'a que le poids de sa concupiscence, qui porte à la terre. Quand Dieu attire en haut, ces deux efforts contraires font cette violence que Dieu seul peut faire surmonter. Mais nous pouvons tout, dit saint Léon, avec celui sans lequel nous ne pouvons rien. Il faut donc se résoudre à souffrir cette guerre toute sa vie ; car il n'y a point ici de paix. Jésus-Christ est venu apporter le couteau, et non pas la paix. (Matth. 10, 34- ) Mais néanmoins il faut avouer que, comme l'Écriture dit que la sagesse des hommes n'est que folie devant Dieu (i Cor. 3, 19.), aussi on peut dire que cette guerre.
qui paroît dure aux hommes, est une paix devant Dieu ; car c'est cette paix que Jésus-Christ a aussi apportée. Elle ne sera néanmoins parfaite que quand le corps sera détruit; et c'est ce qui fait souhaiter la mort, en souffrant néanmoins de bon cœur la vie pour l'amour de celui qui a souffert pour nous et la vie et la mort, et qui peut nous donner plus de biens que nous ne pouvons ni en demander, ni imaginer, comme dit saint Paul. (Eph. 3 , 20.)
Il faut tâcher de ne s'affliger de rien , et de prendre tout ce qui arrive pour le meilleur. Je crois que c'est un devoir , et qu'on pèche en ne le faisant pas. Car enfin , la raison pour laquelle les péchés sont péchés , est seulement parce qu'ils sont contraires à la volonté de Dieu: et ainsi l'essence du péché consistant à avoir une volonté opposée à celle que nous connoissons en Dieu, il est visible, ce me semble, que, quand il nous découvre sa volonté par les événements , ce seroit un péché de ne pas s'y accommoder.
Lorsque la vérité est abandonnée et persécutée, il semble que ce soit un temps où le service que Ton rend à Dieu en la défendant, lui est bien agréable. Il veut que nous jugions de la grâce par la nature, et ainsi il permet de considérer que , comme un prince chassé de son pays par
ses sujets a des tendresses extrêmes pour ceux qui lui demeurent fidèles dans la révolte publique, de même il semble que Dieu considère avec une bonté particulière ceux qui défendent la pureté de la religion , quand elle est combattue. Mais il y a cette différence entre les rois de la terre et le roi des rois, que les princes ne rendent pas leurs sujets fidèles, mais qu'ils les trouvent tels : au lieu que Dieu ne trouve jamais les hommes qu'infidèles sans sa grâce, et qu'il les rend fidèles quand ils le sont. De sorte qu'au lieu que les rois témoignent d'ordinaire avoir de l'obligation à ceux qui demeurent dans le devoir et dans leur obéissance , il arrive , au contraire, que ceux qui subsistent dans le service de Dieu lui en sont eux-mêmes infiniment redevables.
Ce ne sont ni les austérités du corps, ni les agitations de l'esprit, mais les bons mouvements du cœur, qui méritent, et qui soutiennent les peines et du corps et de l'esprit. Car enfin il faut ces deux choses pour sanctifier : peines et plaisirs. Saint Paul a dit que ceux qui entreront dans la bonne vie trouveront des troubles et des inquiétudes en grand nombre. {Act. i4, 21.) Cela doit consoler ceux qui en sentent, puisque, étant avertis que le chemin du ciel qu'ils cherchent en est rempli , ils doivent se réjouir de rencontrer des marques qu'ils sont dans le véritable chemin. Mais ces peines -là ne sont pas
sans plaisirs, et ne sont jamais surmontées que par le plaisir. Car de même que ceuxqui quittent Dieu pour retourner au monde ne le font que parce qu'ils trouvent plus de douceurs dans les plaisirs de la terre que dans ceux de l'union avec Dieu, et que ce charme victorieux les entraîne , et, les faisant repentir de leur premier choix, les rend des pénitents du diable , selon la parole de Tertullien : de même on ne quitteroit jamais les plaisirs du monde pour embrasser la croix de Jésus-Christ, si on ne trouvoit plus de douceur dans le mépris, dans la pauvreté, dans le dénuement et dans le rebut des hommes, que dans les délices du péché. Et ainsi , comme dit Tertullien, il ne faut pas croire que la vie des Chrétiens soit une vie de tristesse. On ne quitte les plaisirs que pour d'autres plus grands. Priez toujours, dit saint Paul, rendez grâces toujours, réjouissez-vous toujours. (I Thess. 5, 16, 17, 18.) C'est la joie d'avoir trouvé Dieu , qui est le principe de la tristesse de l'avoir offensé, et de tout le changement de vie. Celui qui a trouvé un trésor dans un champ en a une telle joie, selon Jésus-Christ, qu'elle lui fait vendre tout ce qu'il a pour l'acheter (Matth. i3, 44-) Les gens du monde ont leur tristesse; mais ils n'ont point cette joie que le monde ne peut donner , ni ôter, dit Jésus-Christ même. (Joan. 14? 27, et. 16, 22.) Les bienheureux ont cette joie sans aucune tristesse ; et les Chrétiens ont cette joie mêlée de la tristesse d'avoir suivi d'autres plaisirs, et de
la crainte de la perdre par l'attrait de ces autres plaisirs qui nous tentent sans relâche. Ainsi nous devons travailler sans cesse à nous conserver cette crainte , qui conserve et modère notre joie; et, selon qu'on se sent trop emporter vers l'un , se pencher vers l'autre pour demeurer debout. Souvenez-vous des biens dans les jours d'affliction , et souvenez-vous de l'affliction dans les jours de réjouissance, dit l'Ecriture (Eccli. ii , 27), jusqu'à ce que la promesse que Jésus- Christ nous a faite de rendre sa joie pleine en nous, soit accomplie. Ne nous laissons donc pas abattre à la tristesse , et ne croyons pas que la piété ne consiste qu'en une amertume sans consolation. La véritable piété, qui ne se trouve parfaite que dans le ciel, est si pleine de satisfactions, qu'elle en remplit et l'entrée , et le progrès , et le couronnement. C'est une lumière si éclatante, qu'elle rejaillit sur tout ce qui lui appartient. S'il y a quelque tristesse mêlée, et surtout à l'entrée, c'est de nous qu'elle vient, et non pas de la vertu ; car ce n'est pas l'effet de la piété qui commence d'être en nous , mais de l'impiété qui y est encore. Otons l'impiété , et la joie sera sans mélange. Ne nous en prenons donc pas à la dévotion, mais à nous-mêmes , et n'y cherchons du soulagement que par notre correction.
Le passé ne doit point nous embarrasser, puisque nous n'avons qu'à avoir regret de nos fautes;
mais l'avenir doit encore moins nous toucher, puisqu'il n'est point du tout à notre égard, et que nous n'y arriverons peut-être jamais. Le présent est le seul temps qui est véritablement à nous , et dont nous devons user selon Dieu. C'est là où nos pensées doivent être principale^ ment rapportées. Cependant le monde est si inquiet, qu'on ne pense presque jamais à la vie présente et à l'instant où l'on vit , mais à celui où l'on vivra. De sorte qu'on est toujours en état de vivre à l'avenir, et jamais de vivre maintenant. Notre Seigneur n'a pas voulu que notre prévoyance s'étendît plus loin que le jour où nous sommes. Ce sont les bornes qu'il nous fait garder, et pour notre salut, et pour notre propre repos.
On se corrige quelquefois mieux par la vue du mal que par l'exemple du bien ; et il est bon de s'accoutumera profiter du mal, puisqu'il est si ordinaire, au lieu que le bien est si rare.
Dans le treizième chapitre de saint Marc , Jésus-Christ fait un grand discours à ses apôtres sur son dernier avènement : et comme tout ce qui arrive à l'Église arrive aussi à chaque Chrétien en particulier, il est certain que tout ce chapitre prédit aussi bien l'état de chaque personne qui, en se convertissant, détruit le vieil
homme en elle , que l'état de l'univers entier qui sera détruit pour faire place à de nouveaux cieux et à une nouvelle terre, comme dit l'Ecriture ( II Pier. 3 , 1 3. ) La prédiction qui y est contenue delà ruine du temple réprouvé, qui figure la ruine de l'homme réprouvé qui est en chacun de nous, et dont il est dit qu'il ne sera laissé pierre sur pierre , marque qu'il ne doit être laissé aucune passion du vieil homme; et ces effroyables guerres civiles et domestiques, représentent si bien le trouble intérieur que sentent ceux qui se donnent à Dieu, qu'il n'y a rien de mieux peint, etc.
Le Saint-Esprit repose in visiblement dans les reliques de ceux qui sont morts dans la grâce de Dieu, jusqu'à ce qu'il y paroisse visiblement dans la résurrection , et c'est ce qui rend les reliques des saints si dignes de vénération. Car Dieu n'abandonne jamais les siens , non pas même dans le sépulcre, où leurs corps, quoique morts aux yeux des hommes, sont plus vivants devant Dieu, à cause que le péché n'y est plus : au lieu qu'il y réside toujours durant cette vie, au moins quant à sa racine; car les fruits du péché n'y sont pas toujours; et cette malheureuse racine, qui en est inséparable pendant la vie, fait qu'il n'est pas permis de les honorer alors, puisqu'ils sont plutôt dignes d'èlre haïs. C'est pour cela que la mort est nécessaire pour
mortifier entièrement cette malheureuse racine; et c'est ce qui la rend souhaitable.
Les élus ignoreront leurs vertus , et les réprouvés leurs crimes. Seigneur, diront les uns et les autres, quand vous avons-nous vu avoir faim? etc. (Matth. 25, 37,44.)
Jésus-Christ n'a point voulu du témoignage des démons , ni de ceux qui n'avoient pas vocation ; mais de Dieu et de Jean-Baptiste.
Les défauts de Montaigne sont grands. Il est plein de mots sales et déshonnêtes. Cela ne vaut rien. Ses sentiments sur l'homicide volontaire et sur la mort sont horribles (i65). Il inspire une nonchalance du salut, sans crainte et sans repentir. Son livre n'étant point fait pour porter à la piété, il n'y étoit pas obligé : mais on est tou- , jours obligé de ne pas en détourner. Quoi qu'on puisse dire pour excuser ses sentiments trop libres sur plusieurs choses , on ne sauroit excuser en aucune sorte ses sentiments tout païens sur la mort; car il faut renoncer à toute piété, si on ne veut au moins mourir chrétiennement : or, il ne pense qu'à mourir lâchement et mollement par tout son livre.
Ce qui nous trompe , en comparant ce qui s'est
passé autrefois clans l'Eglise à ce qui s'y voit maintenant, c'est qu'ordinairement on regarde saint A than ase , sainte Thérèse et les autres saints comme couronnés de gloire. Présentement que le temps a éclairci les choses, cela paroît véritablement ainsi. Mais au temps que Ion persécutoit ce grand saint , c'étoit un homme qui s'appeloit Athanase ; et sainte Thérèse , dans le sien , étoit une religieuse comme les autres. Élie êtoit un homme comme nous , et sujet aux mêmes passions que nous , dit l'apôtre saint Jacques (/«c. 5, 17), pour désabuser les Chrétiens de cette fausse idée qui nous fait rejeter l'exemple des saints , comme disproportionné à notre état : c'étoient des saints, disons-nous, ce n'est pas comme nous.
A ceux qui ont de la répugnance pour la religion , il faut commencer par leur montrer qu'elle n'est point contraire à la raison (166); ensuite , qu'elle est vénérable, et en donner du respect ; après , la rendre aimable , et faire souhaiter qu'elle fût vraie ; et puis , montrer par les preuves incontestables qu'elle est vraie; faire voir son antiquité et sa sainteté par sa grandeur et par son élévation, et enfin qu'elle est aimable, parce qu'elle promet le vrai bien.
Un mot de David, ou de Moïse, comme celuici, Dieu circoncira les cœurs {D eut. 3o, 6), fait juger de leur esprit. Que tous les autres discours soient équivoques, et qu'il soit incertain s'ils
38o PENSÉES DE PASCAL,
sont des philosophes ou des Chrétiens : un mot de cette nature détermine tout le reste. Jusquelà l'ambiguïté dure, mais non pas après.
De se tromper en croyant vraie la religion chrétienne, il n'y a pas grand'chose à perdre. Mais quel malheur de se tromper en la croyant fausse ! (167)
Les conditions les plus aisées à vivre selon le monde sont les plus difficiles à vivre selon Dieu; et, au contraire, rien n'est si difficile selon le monde que la vie religieuse; rien n'est plus facile que de la passer selon Dieu ; rien n'est plus aisé que d'être dans une grande charge et dans de grands biens selon le monde; rien n'est plus difficile que d'y vivre selon Dieu, et sans y prendre de part et de goût.
L'ancien Testament contenoit les figures de la joie future, et le nouveau contient les moyens d'y arriver. Les figures étoient de joie, les moyens sont de pénitence; et néanmoins l'agneau pascal étoit mangé avec des laitues sauvages, cum amaritudinibus (Exod. 12, 8, ex Hebr.), pour marquer toujours qu'on ne pouvoit trouver la joie que par l'amertume.
Le mot de Galilée, prononcé comme par hasard par la foule des Juifs, en accusant Jésus-
SECONDE PARTIE, ART. XVII. 38l
Christ devant Pilate (Xwc, 23, 5), donna sujet à Pilate d'envoyer Jésus-Christ à Hérode, en quoi fut accompli le mystère, qu'il devoit être jugé par les Juifs et les Gentils. Le hasard en apparence fut la cause de l'accomplissement du mvstère.
Un homme me disoit un jour qu'il avoit grande joie et confiance en sortant de confession : Un autre me disoit qu'il étoit en crainte. Je pensai sur cela que de ces deux on en feroit un bon, et que chacun manquoit en ce qu'il n'avoit pas le sentiment de l'autre.
11 y a plaisir d'être dans un vaisseau battu de l'orage, lorsqu'on est assuré qu'il ne périra point. Les persécutions qui travaillent l'Église sont de cette nature.
L'histoire de l'Église doit être proprement appelée Y Histoire de la vérité.
Comme les deux sources de nos péchés sont l'orgueil et la paresse, Dieu nous a découvert en lui deux qualités pour les guérir : sa miséricorde et sa justice. Le propre de la justice est d'abattre l'orgueil; et le propre de la miséricorde est de combattre la paresse en invitant aux bonnes œuvres, selon ce passage ; La miséricorde de Dieu invite à la pénitence (Rozn. 2, 4); et cet
autre des Ninivites : Faisons pénitence pour voir s* il n aur oit point pitié de nous. (Jon. 3,9.) Ainsi tant s'en faut que la miséricorde de Dieu autorise le relâchement, qu'il n'y a rien, au contraire, qui le combatte davantage; et, qu'au lieu de dire : S'il n'y avoit point en Dieu de miséricorde , il faudroit faire toutes sortes d'efforts pour accomplir ses préceptes ; il faut dire, au contraire, que c'est parce qu'il y a en Dieu de la miséricorde , qu'il faut faire tout ce qu'on peut pour les accomplir.
Tout ce qui est au monde est concupiscence de la chair, ou concupiscence des yeux, ou orgueil de la vie (/ Joan. 2, 16), libido sentiendi, libido sciendi, libido dominandi. Malheureuse la terre de malédiction que ces trois fleuves de feu embrasent plutôt qu'ils n'arrosent ! Heureux ceux qui, étant sur ces fleuves, non pas plongés, non pas entraînés , mais immobilement affermis ; non pas debout, mais assis dans une assiette basse et sûre , dont ils ne se relèvent jamais avant la lumière, mais, après s'y être reposés en paix, tendent la main à celui qui doit les relever, pour les faire tenir debout et fermes dans les porches de la sainte Jérusalem, où ils n'auront plus à craindre les attaques de l'orgueil; et qui pleurent cependant, non pas de voir écouler toutes les choses périssables, mais dans le souvenir de leur chère patrie, de la Jérusalem céleste, après la-
quelle ils soupirent sans cesse dans la longueur de leur exil !
Un miracle, dit-on, affermiroit ma croyance. On parle ainsi quand on ne le voit pas. Les raisons qui, étant vues de loin, semblent borner notre vue, ne la bornent plus quand on y est arrivé. On commence à voir au-delà. Rien n'arrête la volubilité de notre esprit. Il n'y a point , dit-on, de règle qui n'ait quelque exception, ni de vérité si générale qui n'ait quelque face par où elle manque. Il suffit qu'elle ne soit pas absolument universelle pour nous donner prétexte d'appliquer l'exception au sujet présent, et de dire : Cela n'est pas toujours vrai; donc il y a des cas où cela n'est pas. Il ne reste plus qu'à montrer que celui-ci en est; et il faut être bien maladroit, si on n'y trouve quelque jour.
La charité n'est pas un précepte figuratif. Dire que Jésus-Christ, qui est venu ôter les figures pour mettre la vérité, ne soit venu que pour mettre la figure de la charité , et pour en ôter la réalité qui étoit auparavant : cela est horrible.
(*) Combien les lunettes nous ont-elles décou-
(*) Cette pensée est tronquée dans toutes les éditions. Je la rétablis ici d'après le texte littéral du manuscrit original , page 225. {L'Éditeur.)
vert d'êtres qui n'étoient point pour nos philo»sophes d'auparavant ! On attaquoit franchement l'Écriture sainte sur le grand nombre des étoiles , en disant : Il n'y en a que mille vingt-deux : nous le savons. (168)
L'homme est ainsi fait , qu'à force de lui dire qu'il est un sot, il le croit; et à force de se le dire à soi-même, on se le fait croire. Car l'homme fait lui seul une conversation intérieure, qu'il importe de bien régler: Corrumpunt mores bonos colloquia mala. (I Cor. i5, 33.) Il faut se tenir en silence autant qu'on peut, et ne s'entretenir que de Dieu; et ainsi on se le persuade à soimême.
Quelle différence entre un soldat et un chartreux, quant à l'obéissance? Car ils sont également obéissants et dépendants, et dans des exercices également pénibles. Mais le soldat espère toujours devenir maître, et ne le devient jamais (car les capitaines et les princes mêmes sont toujours esclaves et dépendants ) ; mais il espère toujours l'indépendance, et travaille toujours à y venir; au lieu que le chartreux fait vœu de ne jamais être indépendant. Ils ne différent pas dans la servitude perpétuelle que tous deux ont toujours, mais dans l'espérance que l'un a toujours , et que l'autre n'a pas.
La propre volonté ne se satisferoit jamais
quand elle auroit tout ce qu'elle souhaite; mais on est satisfait dès l'instant qu'on y renonce. Avec elle, on ne peut être que malcontent; sans elle , on ne peut être que content.
La vraie et unique vertu est de se haïr, car on est haïssable par sa concupiscence; et de chercher un être véritablement aimable, pour l'aimer. Mais comme nous ne pouvons aimer ce qui est hors de nous , il faut aimer un être qui soit en nous , et qui-ne soit pas nous, Or, il n'y a que l'Etre universel qui soit tel. Le royaume de Dieu est en nous ( Luc , 1 7, 1 1 ) ; le bien universel est en nous, et n'est pas nous.
Il est injuste qu'on s'attache à nous, quoiqu'on le fasse avec plaisir et volontairement. Nous tromperons ceux à qui nous en ferons naître le désir; car nous ne sommes la fin de personne, et nous n'avons pas de quoi les satisfaire. Ne sommes-nous pas prêts à mourir (*)? Et ainsi l'objet de leur attachement mourroit. Comme nous serions coupables de faire croire une fausseté , quoique nous la persuadassions
(*) Tout en suivant scrupuleusement le texte, je crois devoir relever cette faute d'expression. Prêts à mourir signifie préparés, disposés à la mort. La pensée même de l'auteur indique que ce n'est pas là ce qu'il a voulu dire. Il faudroit donc lire ici : Ne sommes-nous pas près de mourir? Ce qui signifie, en d'autres termes : Notre vie est si courte, et sujette à tant d'accidents , que nous ne pouvons jamais regarder la mort comme fort éloignée. {Note de V Editeur.')
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doucement, et qu'on la crût avec plaisir, et qu'en cela on nous fît plaisir : de même nous sommes coupables, si nous nous faisons ainmr, et si nous attirons les gens à s'attacher à nous. Nous devons avertir ceux qui seroient prêts à consentir au mensonge qu'ils ne doivent pas le croire, quelque avantage qu'il nous en revînt. De même nous devons les avertir qu'ils ne doivent pas s'attacher à nous ; car il faut qu'ils passent leur vie à plaire à Dieu , ou à le chercher.
C'est être superstitieux de mettre son espérance dans les formalités et dans les cérémonies; mais c'est être superbe de ne pas vouloir s'y soumettre.
Toutes les religions et toutes les sectes du monde ont eu la raison naturelle pour guide. Les seuls chrétiens ont été astreints à pren Ire leurs règles hors d'eux-mêmes, et à s'informer de celles que Jésus-Christ a laissées aux anciens pour nous être transmises. 11 y a des gens que cette contrainte lasse. Ils veulent avoir, comme les autres peuples, la liberté de suivre leurs imaginations. C'est en vain que nous leur crions, comme les prophètes faisoient autrefois aux Juifs : Allez au milieu de T Église; informez-vous des lois que les anciens lui ont laissées, et suivez ses sentiers. Ils répondent comme les Juifs : Nous n'y marcherons pas : nous voulons suivre les
pensées de notre cœur, et être comme les autres peuples.
LU
Il y a trois moyens de croire : la raison , la coutume et l'inspiration. La religion chrétienne, qui seule a la raison , n'admet pas pour ses vrais enfants ceux qui croient sans inspiration : ce n'est pas qu'elle exclue la raison et la coutume ; au contraire, il faut ouvrir son esprit aux preuves par la raison, et s'y confirmer par la coutume; mais elle veut qu'on s'offre par l'humiliation aux inspirations, qui seules peuvent faire le vrai et salutaire effet : Ut non evacuetur crux Christû (ICor. 1, 17.)