X INTRODUCTION
>» ont pour un ouvrage les rend plus indulgents et moins » clairvoyants —
« Ainsi , monsieur , il ne faut pas vous étonner si , avant « laissé passer de certaines choses sans en être choqués, nous « trouvons maintenant qu'on les doit changer, en y faisant « plus d'attention, après que d'autres les ont remarquées. « Par exemple , l'endroit de la p<>ge 2o3 me paroît main- « tenant souffrir de grandes difficultés; et ce que vous dites « pour le justifier , que , selon saint Augustin , il n'y a point « en nous de justice qui soit essentiellement juste , et qu'il « en est de même de toutes les autres vertus , ne me satisfait « point. Car vous renonnoîtrez , si vous y prenez garde , « que M. Pascal n'y parle pasde la justice, vertu qui faitdire « qu'un homme est juste , mais de la justice , quœ jus est , « qui fait dire qu'une chose est juste; comme il est juste « d'honorer son père et sa mère , de ne point tuer, de ne « point commettre d'adultère , de ne point calomnier , etc. « Or , en prenant le mot de justice dans ce sens , il est faux « et très- dangereux de dire qu'il n'y ait rien parmi les n hommes d'essentiellement juste. (*)
« Ce que dit M. Pascal à ce sujet peut être venu d'une « impression qui lui est restée d'une maxime de Montaigne , « que les lois ne sont point justes par elles-mêmes, mais parce « qu'elles font loi (**) : ce qui est vrai à l'égard de la plupart « des lois des hommes qui règlent des choses indifférentes « d'elles-mêmes avant qu'on les eût réglées , comme , que les
(*) Cette distinction entre la justice des hommes et la justice des choses , n'est pas une subtilité' de dialectique. C'est un exemple heureux de l'utilité de la définition des mots , pour parvenir à l'éclaircissement des idées.
(**) « Or, lesloix se maintiennent en crédit , non parce qu'elles sont » iustes, mais parce qu'elles sont loix ; c'est le fondement mystique de » leur autorité , elles n'en ont point d'aultre ; qui bien leur sert. Elles » sont souvent faictes par des sots ; plus souvent par des gents qui , » enhained'egualité, ont faulte d'équité; mais touiourspardes hommes. » aucteurs vains et irrésolus. Il n'est ri^n si lourdement et largement
AUX PENSÉES DE PASCAL. Xj
« aînés aient une telle par! dans les biens de leurs pères et « mères ; mais cela est très-faux , si on le prend en général , « étant par exemple très-juste de soi-même, et non seule- « ment parce que les lois l'ont ordonné , que les enfants « n'outragent pas leurs pères, etc. C'est ce que saint Au- « gustin dit expressément de certains désordres infâmes , « qui seroient mauvais et défendus, quand toutes les nations « seroient convenues de les regarder comme des choses per- « mises.
« Ainsi , pour vous parler franchement , je crois que l'en- « droit est insoutenable; et on vous supplie de voir parmi « les papiers de M. Pascal , si on ne trouvera point quelque h chose qu'on puisse mettre à la place. » (*)
§. II. Du style des Pensées de Pascal.
Cet ouvrage , demeuré imparfait dans les papiers de Pascal, esf un de ceux qui montrent le plus l'inconvénient, presque inévitable, desOEuvres posthumes. On les débrouille comme on peut; on croit bien faire , en les grossissant de tout ce qu'on trouve dans les portefeuilles d'un auteur qui n'est plus là pour corriger ce qui est défectueux, éclaircirce qui est louche , resserrer ce qui est diffus , distinguer les objections des réponses, séparer les citations du texte, etc. Ainsi , les éditeurs de Pascal n'ont pas été assez sévères, et n'ont pas rendu service à sa mémoire, en adoptant, par exemple, ses erreurs sur la beauté poétique, erreurs qui ont scandalisé l'érudition de Dacier et le goût de Voltaire ;
» faultier que les loix ; ny si ordinairement. Quiconque leur obéît , » parce qu'elles sont iustes, ne leur obeïf pas justement par où ildoibt. » Les nostres françoises prestent aulcunement la main, par leur « desreglement et deformite' , au desordre et corruption qui se veoid en » leur dispensation et exécution , etc. » Essais de Montaigne , L. III , Ch. XIII.
(*) Œuvres de Messire Antoine Arnauld , tome Ier. r/z-4°, page 642'