‹ Lettres provinciales et Pensées (volume 2)Chapitre 48 sur 159 · PREMIÈRE PARTIE, ART. VI · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, ART. VI

sous lui; mais ce petit gravier, qui n'étoit rien ailleurs, mis en cet endroit, le voilà mort, sa famille abaissée, et le roi rétabli.

On ne voit presque rien de juste et d'injuste , qui ne change de qualité (*) en changeant de climat. Trois degrés d'élévation du pôle renversent toute la jurisprudence. Un méridien décide de la vérité, ou peu d'années de possession (**). Les lois fondamentales changent. Le droit a ses époques. Plaisante justice, qu'une rivière ou une montagne borne '.Vérité au-deçà des Pyrénées , erreur au-delà. (26)

(***) Le larcin , l'inceste , le meurtre des enfants et des pères, tout a eu sa place entre les actions

des reins à la vessie. Quand il s'y forme des pierres , l'extraction en est très -difficile. Il s'introduit bien quelquefois du gravier dans le canal de l'urètre; mais son extraction présente moins de danger. ( Note de l'Éditeur. )

(*) C'est-à-dire, de qualité dans l'opinion des hommes, mais non pas de nature en soi. Cette pensée est imitée de Montaigne. [Note de l'Éditeur.')

(**) Peut-être conviendroit-il de lire : Un méridien décide de la vérité. En peu d'années de possession , les lois fondamentales changent. (Édition de 1787.)

(***) Presque tout ce paragraphe est tiré ou imité de Montaigne. Voyez ses Essais 9 Liv. 11 , ch. 1 2 , etc. ( Note de l'Éditeur. )

vertueuses. Se peut-il rien de plus plaisant (27) qu'un homme ait droit de me tuer parce qu'il demeure au-delà de l'eau, et que son prince a querelle avec le mien, quoique je n'en aie aucune avec lui ? (*)

Il y a sans doute des lois naturelles ; mais cette belle raison corrompue a tout corrompu : Nihil amplius no s tri est; quod nostrum dicimus , artis est ; ex senatusconsultis et plebiscitis criminel exercentur ; ut olim vitiis , sic nunc legibus laboramus.

De cette confusion arrive que l'un dit que l'essence de la justice est l'autorité du législateur; l'autre, la commodité du souverain; l'autre, la coutume présente, et c'est le plus sûr : rien, suivant la seule raison, n'est juste de soi ; tout branle avec le temps ; la coutume fait toute l'équité, par cela seul qu'elle est reçue; c'est le fondement mystique de son autorité. Qui la ramène à son principe, l'anéantit; rien n'est si fautif que ces lois qui redressent les fautes; qui leur obéit parce qu'elles sont justes, obéit à la justice qu'il imagine, mais non pas à l'essence de la loi : elle est toute ramassée en soi; elle est loi, et rien davantage. Qui voudra en examiner le motif le trouvera si foible et si léger, que, s'il n'est accoutumé à contempler les prodiges de l'imagination humaine, il admirera qu'un siècle lui ait tant acquis de pompe et de révérence.

(*) Voyez part. 1 , art. 9, §. 3.

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