‹ Lettres provinciales et PenséesChapitre 10 sur 102 · XX DES PU O VINCI AXES · texte numérisé non relu

XX DES PU O VINCI AXES

qui donnent dans le galimatias. Elle ne prend point pour des ornements de froides antithèses, de ridicules allusions , des équivoques , des pointes ou des jeux de mots ; bien loin d'approuver ce badinage, elle ne pardonne pas même un style trop fleuri, des locutions trop ornées ou trop figurées , des phrases trop brillantes , des périodes trop étudiées et trop compassées. En un mot , son caractère principal, c'est la netteté et la clarté dans le discours; c'est en quoi elle excelle par -dessus toutes les langues. Elle évite avec soin tout ce qui peut laisser quelque doute et quelque ambiguïté. Elle ne veut point devoir sa cadence et l'arrondissement de ses périodes à des transpositions , ni à un arrangement bizarre , ni à ces inversions qui causent tant d'embarras et tant d'obscurité dans la langue latine. Elle épargne à l'esprit jusqu'aux moindres efforts ; le nominatif précède toujours le verbe , et le verbe marche toujours devant les cas obliques qu'il régit (*). Elle expose les pensées dans le même ordre que l'imagination les a conçues , et cette construction naturelle ne fatigue point le lecteur. 11 n'y a point de langue dont le tour soit plus simple , plus facile et plus naïf; il n'y en a point qui réussisse plus heureusement à copier les pensées, à lier les expressions aux choses avec une juste pmportion , et à observer exactement toutes les bienséances. « Après cela , il est évident que les traducteurs ne doivent point faire leur apologie , en ravalant la langue françoise au-dessous de la latine. On a beau dire qu'ils font des paraphrases ou des commentaires plutôt que des versions, et. qu'ils ne sauroient garder la brièveté du latin, qui dit en un mot ce que le françois ne peut exprimer que par circonlocution ; le françois n'a-t-il pas aussi ses expressions courtes

(*) L'auteur parle ici dans le sens des grammaires de ce temps -là , qui supposoient des cas dans la langue françoise. On diroit aujourd'hui que le verbe est toujours préce'dé de son sujet, et suivi de ses compléments.

Page 1