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Il ne laisse pas d'y avoir du vrai dans ces réflexions , quoique tout n'en soit pas également incontestable.
A peu près dans le même temps , Danetavoit décrié notre langue, dans la préface d'un dictionnaire ou il la mettoit fort au-dessous de la langue latine. Il comparoit du françois très-plat à du latin plus choisi. Cette manière d'argumenter a été renouvelée par Pluche et par quelques autres. Voltaire y a répondu victorieusement dans ses Questions sur l'Encyclopédie (*) ; mais, sous Louis XIV même , un célèbre avocat au parlement de Paris (**) , indigné contre ceux qui affectoient encore de rabaisser notre langue , publia un Discours sur le génie de la langue françoise ; et nous devons aussi en donner une idée.
« L'auteur s'en prend surtout aux traducteurs, qui ont cherché à s'excuser aux dépens de leur langue , et qui ont demandé grâce pour elle , comme si elle n'étoit pas assez riche , ni assez féconde , pour exprimer les beautés de l'original. Il les blâme d'accuser la langue françoise de la foi— blesse et de la stérilité qui est dans leur génie , et de rejeter sur elle les fautes dont ils devroient se charger eux-mêmes. Il croit que cette langue peut soutenir noblement les traits les plus hardis de la plus sublime éloquence ; car elle est simple sans bassesse , libre sans indécence , élégante et fleurie sans fard , majestueuse sans faste , harmonieuse sans enflure, délicate sans mollesse , abondante sans barbarie , et énergique sans rudesse. Elle ne souffre ni les synonymes inutiles, ni les épithètes superflues; elle bannit lespériphrases trop longues , les hyperboles trop hardies, et les métaphores outrées, ettoutes ces fougues d'imagination, et ces transports déréglés
(*) Article Génie des langues, où il combat le président de Brosses , qui , en copiant les erreurs de Danet et de Pluche , a voulu faire croire que les inversions du latin sont naturelles , et que c'est la construction naturelle du françois qui est force'e.
(**) Plaidoyers de Gillct , in-lf, 169G.