‹ Lettres provinciales et PenséesChapitre 41 sur 102 · DES BANQUEROUTIERS. TO · texte numérisé non relu

DES BANQUEROUTIERS. TO

banqueroute à leurs créanciers. C'est ce que notre père Lessius a décidé, et qu'Escobar confirme au tr. 3, ex. 2, n. i63 : « Celui qui fait « banqueroute peut-il en sûreté de conscience « retenir de ses biens autant qu'il est nécessaire « pour faire subsister sa famille avec honneur, « ne indecorè vivat? Je soutiens que oui avec « Lessius ; et même encore qu'il les eût gagnés « par des injustices et des crimes connus de « tout le monde, ex injustitiâ et notorio delicto , « quoiqu'en ce cas il n'en puisse pas retenir « en une aussi grande quantité qu'autrement. « Comment! mon père, par quelle étrange charité voulez- vous que ces biens demeurent plutôt à celui qui les a gagnés par ses voleries , pour le faire subsister avec honneur, qu'à ses créanciers , à qui ils 'vspartiennent légitimement ? On ne peut pas, dit le père, contenter tout le monde, et nos pères ont pensé particulièrement à soulager ces misérables. Et c'est encore en faveur des indigents que notre grand Yasquez , cité par Castro Palao, t. I, tr. 6, d. 6, p. 6, n. 12, dit que, « quand on voit un voleur résolu et prêt « à voler une personne pauvre, on peut, pour « l'en détourner, lui assigner quelque personne « riche en particulier, pour la voler au lieu de « l'autre. » Si vous n'avez pas Vasquez, ni Castro Palao, vous trouverez la même chose dans votre Escobar : car, comme vous le savez , il n'a presque rien dit qui ne soit pris de vingt-quatre des plus célèbres de nos pères ; c'est au tr. 5 , ex, 5 ,

t38 huitième lettre.

n. 120 : « La pratique de notre Société pour la

ce charité envers le prochain. »

Cette charité est véritablement extraordinaire, mon père, de sauver la perte de Fun par le dommage de l'autre. Mais je crois qu'il faudroit la faire entière, et que celui qui a donné ce conseil seroit ensuite obligé en conscience de rendre à ce riche le bien qu'il lui auroit fait perdre. Point du tout, me dit- il, car il ne l'a pas volé luimême , il n'a fait que le conseiller à un autre. Or, écoutez cette sage résolution de notre père Bauny, sur un cas qui vous étonnera donc encore bien davantage, et où vous croiriez qu'on seroit beaucoup plus obligé de restituer. C'est au ch. i3 de sa Somme. Voici ses propres termes françois : « Quelqu'un prie un soldat de battre « son voisin, ou de brûler ll^rrange d'un homme « qui l'a offensé. On demande si , au défaut du « soldat, l'autre qui l'a prié de faire tous ces ouce trages doit réparer du sien le mal qui en sera ce issu. Mon sentiment est que non. Car à restituée tion nul n'est tenu, s'il n'a violé la justice. La ce viole-t-on quand on prie autrui d'une faveur? <e Quelque demande qu'on lui en fasse , il dece meure toujours libre de l'octroyer ou de la nier, ce De quelque côté qu'il incline , c'est sa volonté ce qui l'y porte ; rien ne l'y oblige que la bonté , ce que la douceur et la facilité de son esprit. Si « donc ce soldat ne répare le mal qu'il aura fait, « il n'y faudra astreindre celui à la prière duquel ce il aura offensé l'innocent. » Ce passage pensa

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rompre notre entretien : car je fus sur le point d'éclater de rire de la bonté et douceur d'un brûleur de grange , et de ces étranges raisonnements qui exemptent de restitution le premier et véritable auteur d'un incendie, que les juges n'exempteroient pas de la mort : mais si je ne me fusse retenu, le bon père s'en fût offensé, car il parloit sérieusement, et me dit ensuite au même air :

Vous devriez reconnoître par tant d'épreuves combien vos objections sont vaines ; cependant vous nous faites sortir par là de notre sujet. Revenons donc aux personnes incommodées, pour le soulagement desquelles nos pères, comme entre autres Lessius, Liv. n, ch. 12, n. 12, assurent « qu'il est permis de dérober non-seulement dans « une extrême nécessité, mais encore dans une « nécessité grave , quoique Jnon pas extrême. » Escobar le rapporte aussi au tr. 1 , ex. 9, n. 29. Cela est surprenant, mon père : il n'y a guère de gens dans le monde qui ne trouvent leur nécessité grave, et à qui vous ne donniez par là le pouvoir de dérober en sûreté de conscience. Et quand vous en réduiriez la permission aux seules personnes qui sont effectivement en cet état, c'est ouvrir la porte à une infinité de larcins, que les juges puniroient nonobstant cette nécessité grave, et que vous devriez réprimer à bien plus forte raison, vous qui devez maintenir parmi les hommes non-seulement la justice, mais encore la charité, qui est détruite par ce principe. Car

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enfin n'est-ce pas la violer, et faire tort à son prochain, que de lui faire perdre son bien pour en profiter soi-même? C'est ce qu'on m'a appris jusqu'ici. Cela n'est pas toujours véritable, dit le père ; car notre grand Molina nous a appris, tome II, tr. i , disp. 328, n. 8, «que l'ordre de la « charité n'exige pas qu'on se prive d'un profit « pour sauver par là son prochain d'une perte ce pareille. » C'est ce qu'il dit pour montrer ce qu'il avoit entrepris de prouver en cet endroitlà. « Qu'on n'est pas obligé en conscience de « rendre les biens qu'un autre nous auroit don- « nés, pour en frustrer ses créanciers. » Et Lessius, qui soutient la même opinion, la confirme par ce même principe au Livre n , chap. 20 y dist. 19, n. 168.

Vous n'avez pas assez de compassion pour ceux qui sont ma/n leur aise; nos pères ont eu plus de charité que cela. Ils rendent justice aux pauvres aussi -bien qu'aux riches. Je dis bien davantage, ils la rendent même aux pécheurs. Car encore qu'ils soient fort opposés à ceux qui commettent des crimes, néanmoins ils ne laissent pas d'enseigner que les biens gagnés par des crimes peuvent être légitimement retenus. C'est ce que Lessius enseigne généralement, Liv. 11, ch. 14, d. 8. « On n'est point, dit-il, obligé, ni « par la loi de nature, ni par les lois positives, « c' est-à-dire par aucune loi, de rendre ce qu'on c< a reçu pour avoir commis une action crimi- « nelle, comme pour un adultère, encore même

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«que cette action soit contraire à la justice.» Car, comme dit encore Escobaren citant Lessius, tr. i, ex. 8, n. 5() : «Les biens qu'une femme « acquiert par l'adultère sont véritablement ga- « gnés par une voie illégitime, mais néanmoins « la possession en est légitime : » Quamvis mulier illicite acquirat, licite tamen retinet acquisita. Et c'est pourquoi les plus célèbres de nos pères décident formellement que ce qu'un juge prend d'une des parties qui a mauvais droit pour rendre en sa faveur un arrêt injuste, et ce qu'un soldat reçoit pour avoir tué un homme, et ce qu'on gagne par les crimes infâmes, peut être légitimement retenu. C'est ce qu'Escobar ramasse de nos auteurs, et qu'il assemble au tr. 3, ex. i , n. s3, où il fait cette règle générale : «Les biens ac- « quis par des voies honteuses*, comme par un «meurtre, une sentence injuste, une action « déshonnète, etc., sont légitimement possédés, « et on n'est point obligé à les restituer. » Et encore au tr. 5 , ex. 5 , n. 53 : « On peut disposer de « ce qu'on reçoit pour des homicides, des sen- « tences injustes, des péchés infâmes, etc., parce « que la possession en est juste, et qu'on acquiert « le domaine et la propriété des choses que l'on « y gagne. » O mon père! lui dis-je, je n'avois pas ouï parler de cette voie d'acquérir; et je doute que la justice l'autorise, et qu'elle prenne pour un juste titre l'assassinat, l'injustice et l'adultère. Je ne sais, dit le père, ce que les livres du droit en disent : mais je sais bien que les nôtres,

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qui sont les véritables règles des consciences, en parlent comme moi. Tl est vrai qu'ils en exceptent un cas auquel ils obligent à restituer. C'est « quand on a reçu de l'argent de ceux qui « n'ont pas le pouvoir de disposer de leur bien, « tels que sont les enfants de famille et les reli- « gieux. » Car nôtre grand Molina les en excepte au t. I , De Just. tr. 2 , disp. o/j. TSisi mulier accepisset ab eo qui alienare non po test , ut à religioso et fdiofamilias. Car alors il faut leur rendre leur argent. Escobar cite ce passage au tr. 1 , ex. 8 , n. 59, et il confirme la même chose au tr. 3,

ex. 1 , n. a 3.

Mon révérend père, lui dis-je, je vois les religieux mieux traités en cela que les autres. Point du tout, dit le père; n'en fait-on pas autant pour tous les mineui ^ généralement, au nombre desquels les religieux sont toute leur vie? Il est juste de les excepter. Mais, à l'égard de tous les autres, on n'est point obligé de leur rendre ce qu'on reçoit d'eux pour une mauvaise action. Et Lessius le prouve amplement au Liv. 11 de Just. c. i4? d. 8, n. 5i. «Car, dit -il, une méchante « action peut être estimée pour de l'argent, en « considérant l'avantage qu en reçoit celui qui « la fait faire, et la peine qu'y prend celui qui « l'exécute : et c'est pourquoi on n'est point « obligé à restituer ce qu'on reçoit pour la faire, « de quelque nature quelle soit, homicide, sen- « tence injuste , action sale ( car ce sont les exem- * pies dont il se sert dans toute cette matière),

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« si ce n'est qu'on eût reçu de ceux qui n'ont pas « le pouvoir de disposer de leur bien. Vous direz <( peut-être que celui qui reçoit de l'argent pour « un méchant coup pèche, et qu'ainsi il ne peut uni le prendre, ni le retenir. Mais je réponds « qu'après que la chose est exécutée , il n'y a « plus aucun péché ni à payer, ni à en recevoir « le payement. » Notre grand Filiutius entre plus encore dans le détail de la pratique. Car il marque « qu'on est obligé en conscience de payer diffé- « remment les actions de cette sorte, selon les « différentes conditions des personnes qui les « commettent, et que les unes valent plus que « les autres. » C'est ce qu'il établit sur de solides raisons, au tr. 3i , c. 9, n. 23 1 : Occultœ fornicarice debetur pretium in conscientiâ , et multo majore ratione, quàm publicœ. Copia enim quam occulta facit mulier sui corporis, multo plus valet quàm ea quam publica facit meretrix ; nec ulla est lex positiva quœ reddat eam incapacem pretiù Idem dicendum de pretio promis so virgini, conjugatœ , jnohiali, et cuicumque alii. Est enim omnium eadem ratio.

Il me fit voir ensuite, dans ses auteurs, des choses de cette nature si infâmes, que je n'oserois les rapporter, et dont il auroit eu horreur lui-même (car il est bonhomme), sans le respect qu il a pour ses pères, qui lui fait recevoir avec vénération tout ce qui vient de leur part. Je me taisois cependant, moins par le dessein de l'engager à continuer cette matière, que par la

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surprise de voir des livres de religieux pleins de décisions si horribles, si injustes et si extravagantes tout ensemble. 11 poursuivit donc en liberté son discours, dont la conclusion fut ainsi. C'est pour cela, dit-il, que notre illustre Molina (je crois qu'après cela vous serez content) décide ainsi cette question : « Quand on a reçu de Tarte gent pour faire une méchante action, est-on « obligé à le rendre? Il faut distinguer, dit ce « grand homme : si on n'a pas fait l'action pour « laquelle on a été payé, il faut rendre l'argent; « mais si on l'a faite, on n'y est point obligé : si « nonfecit hoc jnalum , tenetur restituera ; secùs , « sifecit. » C'est ce qu'Escobar rapporte au tr. 3 , ex. 2, n. 1 38.

Voilà quelques-uns de nos principes touchant la restitution. Vous en avez bien appris aujourd'hui, je veux voir maintenant comment vous en aurez profité. Répondez-moi donc. « Un juge « qui a reçu de l'argent dune des parties pour (.< rendre un jugement en sa faveur, est-il obligé « à le rendre ? » Vous venez de me dire que non , mon père. Je m'en doutois bien, dit-il; vous l'ai-je dit généralement? Je vous ai dit qu'il n'est pas obligé de rendre, s'il a fait gagner le procès à celui qui n'a pas bon droit. Mais quand on a droit, voulez-vous qu'on achète encore le gain de sa cause , qui est dû légitimement ? Vous n avez pas de raison. Ne comprenez-vous pas que le juge doit la justice, et qu'ainsi il ne la peut pas vendre ; mais qu'il ne doit pas l'injustice , et

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qu'ainsi il peut en recevoir de l'argent ? Aussi tous nos principaux auteurs, comme Molina, disp. 94 et 99; Reginaldus, Livre x, n. 184, 1 85 et 187; Fiiiutius, tr. 3« , n. 220 et 228; Escobar, tr. 3, ex. 1, n. 21 et 23; Lessius, Lib. 11, c. 14, d. 8, n. 55, enseignent tous uniformément : « Qu'un juge est bien obligé de rendre ce qu'il a «reçu pour faire justice, si ce n'est qu'on le lui « eût donné par libéralité : mais qu'il n'est jamais « obligé à rendre ce qu'il a reçu d'un homme en « faveur duquel il a rendu un arrêt injuste. »

Je fus tout interdit par cette fantasque déci^ sion; et pendant que j'en considérois les pernicieuses conséquences, le père me préparoit une autre question , et me dit : Répondez donc une autre fois avec plus de circonspection. Je vous demande maintenant : « Un homme qui se mêle « de deviner est-il obligé de rendre l'argent qu'il « a gagné par cet exercice? » Ce qu'il vous plaira, mon révérend père, lui-dis-je. Comment, ce qu'il me plaira ! Vraiment vous êtes admirable ! Il semble, de la façon que vous parlez, que la vérité dépende de notre volonté. Je vois bien que vous ne trouveriez jamais celle-ci de vous-même. Voyez donc résoudre cette difficulté-là à Sanchez; mais aussi c'est Sanchez. Premièrement il distingue en sa Som. Livre 11, c. 38, n. 94, 95 et 96 : « Si ce devin ne s'est servi que de l'astrologie « et des autres moyens naturels , ou s'il a em- « ployé l'art diabolique : car il dit qu'il est obligé « de restituer en un cas, et non pas en l'autre. »

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Diriez-vous bien maintenant auquel? Il n'y a pas là de difficulté, lui dis-je. Je vois bien, répliqua-t-il, ce que vous voulez dire. Vous croyez qu'il doit restituer au cas qu'il se soit servi de l'entremise des démons ? Mais vous n'y entendez rien; c'est tout au contraire. Voici la résolution de Sanchez, au même lieu : «Si ce devin n'a « pris la peine et le soin de savoir, par le moyen « du diable, ce qui ne se pouvoit savoir autre- « ment , si nullam operam apposuit ut arte diaboli « id sciret , il faut qu'il restitue ; mais s'il en a « pris la peine, il n'y est point obligé. » Et d'où vient cela, mon père? Ne l'entendez-vous pas? me dit-il. C'est parce qu'on peut bien deviner par l'art du diable, au lieu que l'astrologie est un moyen faux. Mais, mon père , si le diable ne répond pas la vérité , car il n'est guère plus véritable que l'astrologie , il faudra donc que le devin restitue par la même raison ? Non pas toujours, me dit-il. Distinguo > dit Sanchez sur cela. « Car si le devin est ignorant en l'art diabolique, « sisit artis diabolicœ ignarus , il est obligé à res- « tituer : mais s'il est habile sorcier, et qu'il ait « fait ce qui est en lui pour savoir la vérité , il « n'y est point obligé; car alors la diligence d'un « tel sorcier peut être estimée pour de l'argent : a dUigentia à inago apposita est pretio œstima- « bilis. » Cela est de bon sens, mon père, lui dis-je, car voilà le moyen d'engager les sorciers à se rendre savants et experts en leur art, par l'espérance de gagner du bien légitimement ,

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selon vos maximes, en servant fidèlement le public. Je crois que vous raillez , dit le père ; cela n'est pas bien : car si vous parliez ainsi en des lieux où vous ne fussiez pas connu , il pourroit se trouver des gens qui prendroient mal vos discours, et qui vous reprocheroient de tourner les choses de la religion en raillerie. Je me défendrois facilement de ce reproche, mon père; car je crois que, si on prend la peine d'examiner le véritable sens de mes paroles , on n'en trouvera aucune qui ne marque parfaitement le contraire, et peut-être s'offrira-t-ii un jour, dans nos entretiens, l'occasion de le faire amplement paroître. Ho ! ho ! dit le père, vous ne riez plus. Je vous confesse , lui dis-je, que ce soupçon que je me voulusse railler des choses saintes me seroit bien sensible, comme il seroit bien injuste. Je ne le disois pas tout de bon, repartit le père; mais parlons plus sérieusement. J'y suis tout disposé, si vous le voulez, mon père ; cela dépend de vous. Mais je vous avoue que j'ai été surpris de voir que vos pères ont tellement étendu leurs soins à toutes sortes de conditions, qu'ils ont voulu même régler le gain légitime des sorciers. On ne sauroit, dit le père, écrire pour trop de monde , ni particulariser trop les cas, ni répéter trop souvent les mêmes choses en différents livres. Vous le verrez bien par ce passage d'un des plus graves de nos pères. Vous le pouvez juger, puisqu'il est aujourd'hui notre père provincial : c'est le révérend père Cellot^

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en son Livre vin de la Hiérarch. c. 16 , §. 2. «Nous «savons, dit-il, qu'une personne qui portoit « une grande somme d'argent pour la restituer « par ordre de son confesseur, s'étant arrêtée «en chemin chez un libraire, et lui ayant de- « mandé s'il n'y avoit rien de nouveau, num quid « novi? il lui montra un nouveau livre de Théo- « logie morale , et que , le feuilletant avec négli- « gence et sans penser à rien, il tomba sur son « cas, et y apprit qu'il n'étoit point obligé à res- « tituer : de sorte que , s'étant déchargé du far- « deau de son scrupule, et demeurant toujours « chargé du poids de son argent, il s'en retourna « bien plus léger en sa maison : abjectâ scrupuli « sarcinâ , retento auri pondère , levior domum « repetiit. »

Eh bien , dites-moi , après cela , s'il est utile de savoir nos maximes? En rirez-vous maintenant? Et ne ferez-vous pas plutôt, avec le père Cellot, cette pieuse réflexion sur le bonheur de cette rencontre? «Les rencontres de cette sorte sont « en Dieu l'effet de sa providence, en l'ange gar- « dien l'effet de sa conduite, et en ceux à qui « elles arrivent , l'effet de leur prédestination. « Dieu, de toute éternité, a voulu que la chaîne « d'or de leur salut dépendît d'un tel auteur, et « non pas de cent autres qui disent la même « chose , parce qu'il n'arrive pas qu'ils les ren- « contrent. Si celui-là n'avoit écrit, celui-ci ne « seroit pas sauvé. Conjurons donc, par les en- « trailles de Jésus-Christ, ceux qui blâment la

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« multitude de nos auteurs, de ne leur pas en- « vier les livres que l'élection éternelle de Dieu <^et le sang de Jésus-Christ leur a acquis. » Voilà de belles paroles , par lesquelles ce savant homme prouve si solidement cette proposition qu'il avoit avancée : « Combien il est utile qu'il y ait un « grand nombre d'auteurs qui écrivent de La « Théologie morale : quàm utile sit de theologiâ « morali multos scribere. »

Mon père, lui dis-je, je remettrai à une autre fois à vous déclarer mon sentiment sur ce passage ; et je ne vous dirai présentement autre chose, sinon que, puisque vos maximes sont si utiles, et qu'il est si important de les publier, vous devez continuer à m'en instruire; car je vous assure que celui à qui je les envoie les fait voir à bien des gens. Ce n'est pas que nous ayons autrement l'intention de nous en servir, mais c'est qu'en effet nous pensons qu'il sera utile que le monde en soit bien informé. Aussi, me dit-il, vous voyez que je ne les cache pas; et pour continuer, je pourrai bien vous parler, la première fois, des douceurs et des commodités de la vie que nos pères permettent pour rendre le salut aisé et la dévotion facile, afin qu'après avoir appris jusqu'ici ce qui touche les conditions particulières , vous appreniez ce qui est général pour toutes , et qu'ainsi il ne vous manque rien pour une parfaite instruction. Après que ce père m'eut parlé de la sorte, il me quitta, Je suis, etc.

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P. S. J'ai toujours oublié à vous dire qu'il y a des Escobars de différentes impressions. Si vous en achetez, prenez de ceux de Lyon, où il y a à l'entrée une image d'un agneau qui est sur un livre scellé de sept sceaux, ou de ceux de Bruxelles de i65i. Comme ceux-là sont les derniers, ils sont meilleurs et plus amples que ceux des éditions précédentes de Lyon , des années 1644 et 1646.

« Depuis tout ceci , on en a imprimé une nouvelle édi- ■( tion à Paris, chez Piget, plus exacte que toutes les autres. « Mais on peut encore bien mieux apprendre les sentiments « d'Escobar dans la grande Théologie morale, imprimée à « Lyon. »

De la fausse dévotion à la sainte Vierge que les jésuites ont introduite. Diverses facilités qu'ils ont inventées pour se sauver sans peine, et parmi les douceurs et les commodités de la vie. Leurs maximes sur l'ambition , l'envie , la gourmandise , les équivoques , les restrictions mentales , les libertés qui sont permises aux filles, les habits des femmes, le jeu, le précepte d'entendre la messe.

De Paris, ce 3 juillet *656.

JVlONSI

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