ET DU STYLE DE PASCAL. IX
La perfection de ce chef-d'œuvre de notre langue s'explique aisément par le concours des efforts de ces trois grands collaborateurs ; mais la perfection particulière du style de Pascal tient àla manière dontil travailloit. Nicole nous a mis dans la confidence de ce rare génie, par quelques mots de l'éloge latin qu'il lui a consacré. On y voit qu'il s'étoit fait un art et des règles au-dessus de l'art commun et des règles vulgaires qu'on trouve dans les livres; qu'il en avoit trouvé les principes secrets dans la nature ; qu'il se servoit heureusement de cette doctrine exquise pour juger ses ouvrages et ceux des autres : aussi , quand il vouloit examiner à fond et à la rigueur certains écrits quipassoient alors pour avoir beaucoup d'élégance , il y montroit au doigt et à l'œil tant de taches , que ceux à qui ces mêmes écrits avoient paru si agréables se repentoient de leur indulgence , et rétractoient volontiers leur première approbation. Mais cet te sévérité qu'il déployoit rarement à l'égard des ouvrages des autres , il ne manquoit jamais de l'exercer sur les siens ; de manière que la même rédaction que tout le monde avoit jugée parfaite au premier coup d'œil , Pascal , plus difficile pour lui-même, n'hésitoit pas de la retravailler et de la recommencer entièrement jusqu'à six ou dix reprises ; tant il sortoit à Penvi, du sein de cette âme si féconde , des pensées nouvelles qui se présentoient en foule , et qui étoient toutes plus fleuries et plus ornées les unes que les autres! (*)
(*) JVec deerant tarnen artis prœcepta , non Ma quidem vulgaria , quœ in libris extant, sed alia longe secretiora et reconditiora , quœ sibi ipseex ipsd naturâ expressa formaverat , quibusque in dijudicandis et suis et aliorum scriplis féliciter utebatur. JLtque adeb chm in nonnullorum scripta quœ pro elegantibus circumferuntur , severiùs libebat inquirere , tôt in Mis nœvos ad oculuni demonstrabat , utjudicium uhrb suum reprehenderent quibus Ma nimiùm placuerunt. Sed quàm rarb in alienis operibus, hanc in suis semper adhibebat seueritatem , ut eamdem sœpè scriptionem, quam velinitio absolutam cœterijudicaverant, sexies ac decies facere de integro non cunctaretur. adeb exfecondissimœ mentis sinu novœ subindè cogitationes aliœ aliis ornatiores ejjlorescebantl ( ElogiuraD. Blasii Pascal à D. Nicole. )