‹ Lettres provinciales et PenséesChapitre 6 sur 102 · X DES PROVINCIALES · texte numérisé non relu

X DES PROVINCIALES

Nous ne nous flattons pas d'avoir rendu toute la force du latin de Nicole ; mais en voilà le sens. Nicole dit aussi , eu parlant des Provinciales : « Il étoit souvent vingt jours en- « tiers sur une seule lettre. Il en recommençoit même quel- « ques-unes jusqu'à sept ou huit fois , afin de les mettre au « degré de perfection que nous les voyons. » (Histoire des Provinciales , dans la préface de Wendrock. )

De tout ce que nous venons de dire , on doit conclure que le style de Pascal étoit surtout le résultat d'une raison trèscultivée j c'est une nouvelle preuve de la vérité du vers d'Horace , qu'on ne sauroit trop méditer ,

Scribendi rectè sapere est et principium et fons ;

et de la sagesse du conseil que Boileau donne à tous les auteurs, dans cet autre vers , qu'on oublie trop souvent ,

Avant donc que d'écrire , apprenez à penser.

Ces Lettres, ainsi travaillées, méritèrent leur grand succès. Elles parurent d'abord séparément, et furent appelées les Petites Lettres, parce que chacune ne contenoit qu'une feuille d'impression de huit pages in-/^0., excepté les trois dernières quisontun peuplusétendues.LesElzevierslesréunirenteten donnèrent une jolie édition , sous le titre de Cologne, i6/>7, iVz-12. On leur fit les honneurs de la polyglotte ; car il y en eut une belle édition en quatre langues, 1684 , 2/2-8°. Elles furent lues dans ces quatre langues , au Conclave de 1689.

La publication de ces Lettres fit tomber dans le mépris les ouvrages des casuistes relâchés. La Théologie morale d'Escobar , qui avoit été imprimée trente-neuf fois, comme bonne , avant les Provinciales , fut imprimée une quarantième fois après , comme mauvaise. La Fontaine dit alors , dans une Ballade qui fut fort courue :

Veut-on monter sur les ce'lestes tours ? Escobar fait un chemin de velours ;

et le nom de ce jésuite fournit même à notre langue un verbe familier ( escobarder ) , qui n'est pas plus honorable

j:t du style de pascal. xj

pour Taulcur qui l'a fait naître , que le mot de machiavélisme n'est flatteur pour la mémoire de Machiavel.

On peut voir ce que Boileau , Racine , Voltaire, et tous nos critiques ont dit de la perfection du style des Provinciales. C'est un concert d'éloges si unanime, qu'il est impossible d'y rien ajouter. Les jésuites , atterrés du succès de ce livre , furent quarante ans sans oser y répondre en forme ; car eux-mêmes comptoient pour rien la mauvaise réplique publiée par le père Annat , sous ce titre : La bonne-foi des Janséniste s. Depuis, on prétend qu'ils avoienteu recours à la pi urne de Bussi-Rabutin , qui , après avoir essayé cette entrejDrise, jugea qu'il étoit impossible d'y réussir. En i6gzi, le père Daniel , aidé , à ce qu'on dit, de Bouhours et d'un autre , hasarda ses Entretiens de Cléandre et d'Eudoxe sur les lettres au Provincial : le j)ère Jouvenci les traduisit en latin ; mais les jésuites se hâtèrent de supprimer ce livre qui venoit, après coup, rallumer des querelles non encore assoupies. Daniel avoit voulu réfuter Perrault , qui , dans son Parallèle des anciens et des modernes , avoit donné de grands éloges aux Lettres Provinciales. D'autres voulurent réfuter Daniel ; et , dès 1696 , il parut une apologie victorieuse des Provinciales, par Matthieu Petit-Didier , bénédictin de Lorraine; ainsi, tout le fruit de l'ouvrage du jésuite Daniel fut de réveiller l'attention en faveur de celui de Pascal, défaire réimprimeries lettres qu'on vouloit combattre , et de leur procurer, en quelque sorte , un nouveau succès et une seconde existence.

Ce n'est pas que l'on n'eut cherché , du vivant de Pascal même, à lui inspirer quelques alarmes, ou du moins quelques scrupules sur la nature satirique et hardie de cette immortel le production. Il manqueroit quelque chose à l'histoire de ces lettres, si nous ne rapportions ici les réponses que Pascal fit lui-même à ces objections, dans une conversation qu'il eut un an avant sa mort, et dont on nous a conservé le

récit.

On m'a demandé, dit- il , si je ne me repens pas d'avoir fait les

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