‹ Lettres provinciales et PenséesChapitre 52 sur 102 · DE LAMOUR DE DIEU · texte numérisé non relu

DE LAMOUR DE DIEU

« sait. » Et il conclut enfin qu'on n'est obligé à autre chose, à la rigueur, qu'à observer les autres commandements , sans aucune affection pour Dieu, et sans que notre cœur soit à lui, pourvu qu'on ne le haïsse pas. C'est ce qu'il prouve en tout son second Traité. Vous le verrez à chaque page, et entre autres pages 16, 19, 24, 28, où il dit ces mots : «Dieu, en nous « commandant de l'aimer, se contente que nous « lui obéissions en ses autres commandements. « Si Dieu eût dit : Je vous perdrai, quelque « obéissance que vous me rendiez, si de plus « votre cœur n'est à moi : ce motif, à votre avis, « eût-il été bien proportionné à la fin que Dieu « a dû et a pu avoir? 11 est donc dit que nous « aimerons Dieu en faisant sa volonté, comme « si nous l'aimions d'affection , comme si le motif « de la charité nous y portoit. Si cela arrive « réellement, encore mieux : sinon, nous ne « laisserons pas pourtant d'obéir en rigueur au « commandement d'amour, en ayant les œuvres, « de façon que (voyez la bonté de Dieu), il ne « nous est pas tant commandé de l'aimer que de « ne le point haïr. »

C'est ainsi que nos pères ont déchargé les hommes de l'obligation pénible d'aimer Dieu actuellement; et cette doctrine est si avantageuse, que nos pères Annat, Pintereau, Le Moine, et A. Sirmond même, l'ont défendue vigoureusement, quand on a voulu la combattre. Yous n'avez qu'à le voir dans leurs réponses à la

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Théologie morale : et celle du père Pintereau en la 2e part, de l'abbé de Boisic, p. 53, vous fera juger de la valeur de cette dispense, par le prix qu'il dit qu'elle a coûté, qui est le sang de Jésus- Christ. C'est le couronnement de cette doctrine. Vous y verrez donc que cette dispense de l'obligation fâcheuse d'aimer Dieu est le privilège de la. loi évangélique par-dessus la judaïque. « 11 a « été raisonnable , dit-il , que dans la loi de grâce « du nouveau Testament, Dieu levât l'obligation « fâcheuse et difficile, qui étoit en la loi de rite gueur, d'exercer un acte de parfaite contrition « pour être justifié, et qu'il instituât des sacre- « ments pour suppléer à son défaut, à l'aide u d'une disposition plus facile. Autrement, certes, « les chrétiens, qui sont les enfants, n'auroient « pas maintenant plus de facilité à se remettre ce aux bonnes grâces de leur père que les juifs, « qui étoient les esclaves, pour obtenir miséri- « corde de leur Seigneur. »

O mon père! lui dis-je, il n'y a point de patience que vous ne mettiez à bout, et on ne peut ouïr sans horreur les choses que je viens d'entendre. Ce n'est pas de moi-même, dit -il. Je le sais bien, mon père, mais vous n'en avez point d'aversion ; et bien loin de détester les auteurs de ces maximes, vous avez de l'estime pour eux. Ne craignez-vous pas que votre consentement ne vous rende participant de leur crime? Et pouvezvous ignorer que saint Paul juge « dignes de « mort, non -seulement les auteurs des maux3

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