‹ Lettres provinciales et PenséesChapitre 64 sur 102 · DOCTRINE DES JÉSUITES SUR LHOMICIDE. 2G · texte numérisé non relu

DOCTRINE DES JÉSUITES SUR LHOMICIDE. 2G

Mais je ne sais si cette raison, qui suffit bien pour satisfaire votre conscience, suffira pour satisfaire la juste plainte que vous feront ces gens d'honneur quand ils verront que vous les avez joués de cette sorte.

Empêchez -les donc bien, mes pères, de voir mes lettres, puisque c'est le seul moyen qui vous reste pour conserver encore quelque temps votre crédit. Je n'en use pas ainsi des vôtres ; j'en envoie à tous mes amis; je souhaite que tout le monde les voie; et je crois que nous avons tous raison. Car enfin , après avoir publié cette quatrième imposture avec tant d'éclat, vous voilà décriés, si on vient à savoir que vous y avez supposé un passage pour un autre. On jugera facilement que si vous eussiez trouvé ce que vous demandiez au lieu même où Lessius traite cette matière, vous ne l'eussiez pas été chercher ailleurs ; et que vous n'y avez eu recours que parce que vous n'y voyiez rien qui fût favorable à votre dessein. Vous vouliez faire trouver dans Lessius ce que vous dites dans votre Imposture, p. 10, lig. 12, « Qu'il n'accorde pas que cette opinion soit pro- « bable dans la spéculation;» et Lessius dit expressément en sa conclusion, n. 80 : « Cette opi- « nion , qu'on peut tuer pour un soufflet reçu , « est probable dans la spéculation. » N'est-ce pas là mot à mot le contraire de votre discours ? Et qui peut assez admirer avec quelle hardiesse vous produisez en propres termes le contraire dune vérité de fait? de sorte qu'au lieu que vous con-

cluiez, de votre passage supposé, que Lessius n'étoit pas de ce sentiment, il se conclut fort bien, de son véritable passage, qu'il est de ce même sentiment.

Vous vouliez encore faire dire à Lessius, « qu'il « en condamne la pratique. » Et comme je l'ai déjà dit , il ne se trouve pas une seule parole de condamnation en ce lieu-là; mais il parle ainsi: « 11 semble qu'on n'en doit pas facilement perce mettre la pratique : inpraxi non videtur facile « permittenda. » Est-ce là, mes pères , le langage d'un homme qui condamne une maxime ? Diriezvous qu'il ne faut pas permettre faedement , dans la pratique, les adultères ou les incestes? Ne doit-on pas conclure au contraire que, puisque Lessius ne dit autre chose, sinon que la pratique n'en doit pas être facilement permise, son sentiment est que cette pratique peut être quelquefois permise, quoique rarement? Et comme s'il eût voulu apprendre à tout le monde quand on la doit permettre, et ôter aux personnes offensées les scrupules qui les pourroient troubler mal à propos, ne sachant en quelles occasions il leur est permis de tuer dans la pratique, il a eu soin de leur marquer ce qu'ils doivent éviter pour pratiquer cette doctrine en conscience. Écoutez-le, mes pères. «Il semble, dit-il, qu'on « ne doit pas le permettre facilement, a cause « du danger qu'il y a qu'on agisse en cela par «haine ou par vengeance, ou avec excès, ou « que cela ne causât trop de meurtres. » De sorte

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