ILS IMPOSENT DES ÉCRITS A LEURS ADVERS
à M. Arnauld , que vous débitâtes dans tout Paris, pour faire croire que le livre de la fréqLiente communion , approuvé par tant cVévéV ques et tant de docteurs, mais qui, à la vérité, vous étoit un peu contraire, avoit été fait par une intelligence secrète avec les ministres de Charenton. Vous attribuez d'autres fois à vos adversaires des écrits pleins d'impiété , comme la Lettre circulaire des jansénistes , dont le style impertinent rend cette fourbe trop grossière, et découvre trop clairement la malice ridicule de votre père Meinier, qui ose s'en servir, page 28, pour appuyer ses plus noires impostures. Vous citez quelquefois des livres qui ne furent jamais au monde , comme les Constitutions du Saint- Sacrement , d'où vous rapportez des passages que vous fabriquez à plaisir, et qui font dresser les cheveux à la tête des simples, qui ne savent pas quelle est votre hardiesse à inventer et publier les mensonges. Car il n'y a sorte de calomnie que vous n'ayez mise en usage. Jamais la maxime qui l'excuse ne pouvoit être en meilleure main.
Mais celles-là sont trop aisées à détruire; et c'est pourquoi vous en avez de plus subtdes, où vous ne particularisez rien , afin d'ôter toute prise et tout moyen d'y répondre; comme quand le père Brisacier dit : « Que ses ennemis com- « mettent des crimes abominables, mais qu'il <( ne les veut pas rapporter. » Ne semble -t- il pas qu.'on ne peut convaincre d'imposture un
reproche si indéterminé ? Un habile homme néanmoins en a trouvé le secret, et c'est encore un capucin, mes pères. Vous êtes aujourd'hui malheureux en capucins, et je prévois qu'une autre fois vous le pourriez bien être en bénédictins. Ce capucin s'appelle le père Valérien, de la maison des comtes de Magnis. Vous apprendrez par cette petite histoire comment il répondit à vos calomnies. Il avoit heureusement réussi à la conversion du prince Ernest, landgrave de Hesse- Rheinsfelt (*). Mais vos pères, comme s'ils eussent eu quelque peine de voir convertir un prince souverain sans les y appeler, firent incontinent un livre contre lui (car vous persécutez les gens de bien partout), où, falsifiant un de ses passages, ils lui imputent une doctrine hérétique. Ils firent aussi courir une lettre contre lui , où ils lui disoient : « O que nous avons de choses « à découvrir, sans dire quoi, dont vous serez « bien affligé! Car si vous n'y donnez ordre, nous « serons obligés d'en avertir le pape et les care dinaux. » Cela n'est pas maladroit; et je ne doute point, mes pères, que vous ne leur parliez ainsi de moi : mais prenez garde de quelle sorte il y répond dans son livre imprimé à Prague
(*) Il y avoit, dans les premières éditions, « du landgrave de Darmstat ; » mais c'est une faute. Il faut « le landgrave de Hesse-Rheinsfelt » ; car le prince Ernest, landgrave de Hesse, de la conversion duquel il s'agit ici, n'étoit pas de la maison de Hesse-Darmstat, mais fils du prince Maurice, landgrave de Hesse.
RÉPONSE Dïl I». VA LÉ RI UN AUX CALOMNIES. 33 î
l'année dernière, pag. 1 12 et sniv. « Que ferai-je, « dit-il, contre ces injures vagues et indétermi- « nées? Comment convainerai-je des reproches « qu'on n'explique point? En voici néanmoins « le moyen. C'est que je déclare hautement et « publiquement à ceux qui me menacent que ce « sont des imposteurs insignes, et de très -haie biles et très -impudents menteurs, s'ils ne décc couvrent ces crimes à toute la terre. Paroisse/, « donc, mes accusateurs, et publiez ces choses « sur les toits, au lieu que vous les avez dites à « l'oreille, et que vous avez menti en assurance « en les disant à l'oreille. Il y en a qui s'imagi- « nent que ces disputes sont scandaleuses. Il est « vrai que c'est exciter un scandale horrible que « de m 'imputer un crime tel que l'hérésie, et de « me rendre suspect de plusieurs autres. Mais je « ne fais que remédier à ce scandale en soutenant « mon innocence. »
En vérité, mes pères, vous voilà mal menés, et jamais homme n'a été mieux justifié. Car il a fallu que les moindres apparences de crime vous aient manqué contre lui, puisque vous n'avez point répondu à un tel défi. Vous avez quelquefois de fâcheuses rencontres à essuyer, mais cela ne vous rend pas plus sages. Car quelque temps après vous l'attaquâtes encore de la même sorte sur un autre sujet, et il se défendit aussi de même, page i5i, en ces termes : «Ce genre « d'hommes qui se rend insupportable à toute la « chrétienté aspire, sous le prétexte des bonnes
« œuvres, aux grandeurs et à la domination, en « détournant à leurs fins presque toutes les « lois divines , humaines , positives et naturelles. « Ils attirent , ou par leur doctrine , ou par « crainte, ou par espérance, tous les grands de « la terre, de l'autorité desquels ils abusent pour a faire réussir leurs détestables intrigues. Mais « leurs attentats, quoique si criminels, ne sont « ni punis, ni arrêtés : ils sont récompensés « au contraire , et ils les commettent avec la « même hardiesse que s'ils rendoient un service « à Dieu. Tout le monde le reconnoît, tout le « monde en parle avec exécration; mais il y en « a peu qui soient capables de s'opposer à une si « puissante tyrannie. C'est ce que j'ai fait néan- « moins. J'ai arrêté leur impudence, et je l'arec rêterai encore par le même moyen. Je déclare « donc qu'ils ont menti très -impudemment, a mentiris impudejNTissimè. Si les choses qu'ils « m'ont reprochées sont véritables, qu'ils les « prouvent, ou qu'ils passent pour convaincus « d'un mensonge plein d'impudence. Leur pro- « cédé sur cela découvrira qui a raison. Je prie « tout le monde de l'observer, et de remarquer « cependant que ce genre d'hommes qui ne souf- « frent pas la moindre des injures qu'ils peuvent « repousser, font semblant de souffrir très-pa- « tiemment celles dont ils ne se peuvent décc fendre, et couvrent d'une fausse vertu leur « véritable impuissance. C'est pourquoi j'ai voulu « irriter plus vivement leur pudeur, afin que les