‹ Lettres provinciales et PenséesChapitre 95 sur 102 · DE LJNQUISIT. QU1ON VEUT ÉTABLIR EN FR · texte numérisé non relu

DE LJNQUISIT. QU1ON VEUT ÉTABLIR EN FR

gnent donc sur cela que, dans l'air présent de la cour de Rome, il est impossible de s'obliger à leur obéir sans restriction; et c'est ce qu'ils confirment par la disposition des esprits de ce tempslà, comme ils disent, page 47 ? en ces termes: « Nous sommes arrivés en un temps où, depuis « cinquante ans en çà, on a vu publier plusieurs « bulles semblables, et qui s'attribuent ce droit « imaginaire de disposer des royaumes. Nous « avons vu en même temps plusieurs livres de « cette trempe, au grand préjudice de l'état, et « de la vie même de nos rois; et entre autres le « livre exécrable intitulé (*) Admonitio, et celui

(*) Ce livre impie parut en i6î5 , sous le titre : G. R, Theologï ad Ludovicum XIII } Admonitio , etc. > in-^°. , Augustœ Vindelicorum , 162.S. — Idem, en allemand, in-l\°. , 1625. — Idem, en françois, in-l\°., Francheville , 1627. On l'attribua d'abord à Jean Boucher, fameux ligueur, jadis curé de Saint-Benoît à Paris , et depuis archidiacre de Tournai : mais on a su qu'il étoit d'André Eudœmon-Johannes , jésuite , qui vint en France avec le cardinal Barberin , légat du pape. Ce jésuite mourut à Rome le 2/, décembre 1625. Il attaque dans ce livre les alliances que le roi , pour la défense de son royaume, avoit faites avec des puissances protestantes. Ce jésuite a semé dans ce livre une infinité de maximes pernicieuses en matière d'état , qui révoltèrent tous les ordres du royaume. Il a été condamné plus d'une fois ; mais aujourd'hui il est entièrement oublié. Sanctarel fut un autre jésuite, dont les écrits, également dangereux pour le roi et pour l'état, ont été condamnés par la Sorbonne. On doit voir ces condamnations dans le Collectio judiciorum de M. Dargentré, évêque de Tulles,

« de Sanctarel, jésuite, fait pour soutenir ces « maximes contre le roi et ses états. D'où Ton « voit clairement, disent-ils, pag. 53 et o,5, quel « est le dessein de ceux qui poursuivent ces nou- « velles protestations qu'on nous demande, qui « n'est autre que de renverser finement les « maximes fondamentales de cet état, qui sont « ruinées par les décrets des papes; n'étant que « trop évident et manifeste que les pratiques et « menées qu'ils font pour cette nouveauté n'est « pour autre sujet et autre fin que pour au tort riser les bulles contraires à l'autorité du roi , « et pour éluder les censures des livres de Sanc- « tarel et de Mariana , jésuite (*), comme aussi « les arrêts du conseil et du Parlement, qui court damnent telle doctrine comme détestable. ;> D'où ils concluent ce qu'ils avoient dit pag. l\(j et 47, «que, quand il seroit vrai que depuis « long-temps on auroit consenti à faire ces proie testations, ce qui n'est pas, il seroit à présent « nécessaire de les refuser. »

J'en dis de même sur notre affaire. Quand il seroit vrai, ce qui n'est pas, que cette bulle pourroit être reçue , en ne la regardant qu'en elle-

(*) Le livre de Mariana, jésuite, de Rege et Régis Inslitutione , fut aussi condamné au Parlement, pour la maxime si dangereuse qu'il avance , en permettant aux peuples de tuer les rois qu'ils regardent comme des tyrans. C'est de cette école que sont sortis tant de parricides qui ont attenté à la vie de Henri IV, l'un de nos meilleurs princes,

DE l'iNQTJISIT. Qu'on VEUT ETABLIR EN FR. /j6?>

même, on ne devroit pourtant point la recevoir maintenant; parce que ce seroit favoriser les desseins visibles de ceux qui n'en demandent la réception que pour en abuser, et nous asservir à ce vilain tribunal de l'inquisition (*), sous lequel presque toute la chrétienté gémit. Mais je dis de plus qu'elle est tellement pleine de nullités en elle-même, quelle ne peut être reçue sans blesser toutes les formes de la justice. Je vous dirai ici quelques-unes de ces nullités, car je n'ai pas encore oublié tout mon droit canon.

Ne pensez pas rire de la première, qui est le ^ros solécisme connu de tout le monde dans le mot imprimantur. Car cela la rend nulle par les décrets du pape Luce III , c. ad Audientiam , tit. de Bescriptis ; et si indubitablement nulle, que la glose ajoute « que, selon le sentiment de tous « les canonistes , on ne doit écouter aucune « preuve de la validité d'une bulle contre une « telle présomption de fausseté : contra istam « prœsumptionem non est admittenda probatio ; » tant cela marque qu'elle a été faite par légèreté et par surprise. Aussi on .en a fait beau bruit en Flandre; car il est constant que cette faute est dans l'original , et qu'ainsi il n'a de rien servi de la réformer dans les dernières impressions

(*) Les novices en histoire savent que la seule idée d'inquisition a occasionné en i565 les guerres civiles des Pays- Bas , et la séparation des sept Provinces-Unies.

qu'on en a faites; parce que , l'original étant nul , les copies le sont aussi; outre qu'il est porté dans le droit, «que le moindre changement, « même d'un point, rend une bulle nulle, et que « celui qui l'a fait est excommunié. » In bullâ Cœnœ 9 c. licet, Rebuf. in praxL

Une autre nullité, et qui nous touche de plus près, est que le pape y menace de peines ceux qui n'obéiront pas à sa bulle. Sur quoi je laisse au Parlementa juger s'il appartient au pape de menacer de peines les sujets du roi : sub pœnis ipso facto incurrendis.

Mais une autre nullité importante est la manière injurieuse dont on y a rabaisé l'ordre sacré et suprême de l'épiscopat , en le mettant au rang des moindres ordres , dans la clause où le pape, parlant de soi, quand il étoit cardinal et évêque, dit qu'il étoit alors in minoribus ; ce qui est une expression qui rend la bulle nulle, selon le chapitre, Quàm gravi > titul. de crimine falsi, où il est dit que, si un pape parlant d'un évêque, l'appelle son fils au lieu de l'appeler son frère, au préjudice de la société qui est entre lui et tous les évêques du monde dans l'épiscopat , l'acte où se trouvera une telle expression soit nul. Que dira-t-on donc de celle-ci, où le pape traite les évêques, non pas de fils , mais de mineurs ; ce qui est un terme si choquant et si méprisant, que l'assemblée du clergé , qui n'a pas eu d'ailleurs trop de zèle pour les intérêts de l'épiscopat, l'a changé dans la version qu'elle a

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