‹ Lettres ... publChapitre 25 sur 40 · A MADEMOISELLE DE · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE DE

Copie. Blbl. de Genève. Vol. 108.

Madamoiselle ma seur, je suis bien aise que vos lettres m'ont donné occasion de vous escrire , afin que, sans autre excuse, l'accès et liberté m'en soient donnéz, et ne fût-ce que pour vous déclarer l'affection que j'ay envers vous, desquelles j'en apperçois quelques bons signes et assez évidens en vos dites lettres, et je ne doubte point que le cueur ne parle là autant ou plus que la bouche. Or vous monstrez bien que vous n'avez point une congnoissance volage de Dieu, comme ont aujourd'huy beaucoup de gens, mais que vous estes touchée au vif, et esmue d'un désir de vous desdier du tout à luy et à sa volonté. Vray est, comme vous dites, qu'en adhérant pour la crainte du monde aux superstitions qui régnent là, vous estes encore loin de la perfection où ce bon Dieu nous appelle. Mais encore est-ce avoir bien profité à nous de recognoistre nos vices et nous y desplaire. Il reste de passer plus oultre, c'est qu'en condamnant vostre infirmité, vous mettiez peine à vous en retirer, et si vous n'en pouvez venir à bout si tost, si faut-il persister à y chercher remède, jusques à ce que vous soyez venue à pleine guérison. Pour ce faire il vous est expédient de vous rédarguer par chacun jour, et en recongnoissant vos fautes, gémir et soupirer devant Dieu, afin que la desplaisance du mal croisse,

tant que vous soyez pleinement confermée et résolue à le renoncer comme il faut, ainsy que de faict je me tiens asseurô que vous y travaillez. Et ce n'est pas en * vain que vous me priez de conjoindre mes oraisons avec les vostres, afin d'impétrer de Dieu qu'il luy plaise avoir pitié de vous, et vous délivrer de ceste malheureuse captivité. Continuons donc à luy faire d'un commun accord ceste requeste, et en la fin il vous monstrera que vous n'aurez point perdu vostre temps. Vray est qu'il nous laisse souvent languir, et devant que déclarer par effet qu'il nous a exaulcéz, il se tient comme éloigné, tant pour aiguiser nostre désir, que pour esprouver nostre patience, parquoy il ne vous faut pas estimer que jusques icy vous l'ayez prié en vain, mais plus tost prenez courage à vous efforcer de plus en plus, sachant que si la persévérance est requise en toute nostre vie, elle est singulièrement recommandée en oraison. Et pourtant il vous faut aussi mettre peine d'enflammer à bon escient le feu que Dieu a desjà commencé d'allumer en vous, car toutes les bonnes affections qu'il nous inspire sont autant d'étincelles lesquelles nous ne devons pas laisser éteindre ne assoupir par nostre nonchalance. Ainsi donc, puisque Dieu vous a desjà ouvert les yeux, tellement que vous congnoissez qu'il nous faut estre siens et desdiéz à sa justice pour le glorifier tant en nos corps qu'en nos âmes ; puisqu'il vous a aussi touché le cueur, que vous sentez combien nous sommes malhcu* reux en nous aliénant de luy, il n'est pas question de vous endormir ne abuser a vostre escient , mais comme on attise le feu, quand il ne brûle pas, comme il doibt, aussi vous convient-il vous inciter de plus en plus jusque

à ce que l'affection de vous adonner du tout à Iuy et à sa justice, surmonte tous les empeschemens de vostre chair et de ce monde. Je voy ou pour le moins je considère assez les grandes difficultés où vous estes , mais puisque cela ne vous excuse point devant Dieu , quand il est question de suivre sa Parole , et mesme en chose si grande comme est de Iuy rendre la gloire qui Iuy apartient, et faire confession de vostre chrestienté, si je désire vostre salut, comme je doibs, et que Dieu m'est tesmoing que je le fais, mon office est de vous réveiller tant qu'il m'est possible, non pas que je vous enseigne rien de nouveau , mais pour aider de ma part à faire valoir ceste congnoissance que Dieu vous a donnée, assavoir que c'est bien raison que son honneur soit préféré à nostre vie , et aussi que nous taschions d'oster tous ces subterfuges que nostre chair nous met au-devant, pour nous divertir du chemin qu'il nous monstre. Pour ce faire, il nous faut apprendre en général de nous oublier nous-mesme, car les alleschemens de ce monde ne sont pas moins dangereux que les combats manifestes. Les plus petis en sentent leur part. Vous, selon la qualité où Dieu vous a mise , en pouvez expérimenter davantage. Mais pensez que ce vous est autant d'exercice que Dieu vous donne, afin que tant mieux on congnoisse quelle vertu et vigueur a le goust que nous avons de la vie céleste, quand vous aurez surmonté ces grands empeschemens , poursuivant néantmoins vostre vocation. Cependant, Madamoiselle, puisque vous sentez une telle infirmité en vous qu'au milieu des dangers vous ne pouvez donner gloire à Dieu, ne mesprisez point le remède qui est de vous retirer à l'enseigne, où vous soyez

conjoincte avec le troupeau pour suivre la voix du pasteur, et quoy qu'il en soit , desplaisez-vous d'estre comme brebis esgarée par les déserts. Quand vous aurez telle affection , il n'y a doubte que Dieu n'ait pitié de vous, et qu'il y pourverra, quand vous n'y verrez nul moyen, car c'est ainsi qu'il retire les siens, non-seulement de la gueule des loups, mais du gouffre d'enfer.

J'ay receu les dix escus que vous avez icy envoyez pour subvenir aux pauvres fidèles qui ont nécessité \ Je les ay mis en bonne main pour les distribuer selon vostre intention. Dieu vueille accepter ceste aumosne de vos mains comme un sacrifice de bonne odeur, et face que vous jouissiez quelque jour des biens spirituels dont il a fait participans ceux auxquels vous secourez en leur pauvreté terrienne.

Sur ce , Madamoiselle , après m'estre recommandé humblement à vostre bonne grâce et avoir prié nostre bon Dieu de vous maintenir en sa protection, vous gouverner tousjours par son Esprit, et vous assister en tout et partout, je feray fin à la présente. Ma femme aussy désire d'estre recommandée humblement à vostre bonne grâce. Ce 12 de janvier 1549.

Vostre serviteur et humble frère,

Charles d'Espeville.

1 Les dons qu'une pieuse libéralité multipliait chaque jour à Genève, furent l'origine des fondations connues sous le nom de Bourses française, allemande, italienne. Au premier rang, sur la liste des donateurs étrangers, brillaient les noms de Marguerite de Valois et de la duchesse de Ferrare. Bolsec, Vie de Calvin, C. Xi.

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Gbpta. BiM. éè Gttière. Vol. 107

Monsieur, combien que je vous soye homme incogneu , toutesfois je croy que vous ne trouverez pas estrange que je prenne la hardiesse de vous escrire , estant requis de ce faire par deulx personnes qui me doyvent donner assez d'accès, assavoir Monsieur de Saint* Martin et vostre fille t qui sera aussi la raison qui me déporte de vous en faire plus longues excuses, et aussy que j'ay entendu que mes lettres ne seroyent mal venues envers vous, mais que vous auriez la patience de les lire et penser au contenu, ce qui me donne bonne espérance qu'il y a bonne semence de Dieu en vous, laquelle n'a besoin sinon d'estre cultivée pour la faire germer et produire son fruict. Or pource que c'est le but où je prétens, afin d'y parvenir, je vous prie devant toutes choses, premièrement de considérer que c'est l'office de tous chrestiens de ne point consentir aux abus qui régnent au monde, mais plus tost s'enquérir de la pure vérité de Dieu pour y adhérer, puis me vouloir escouter touchant la doctrine que nous tenons, non pas que je vous en face déclaration ample et entière, mais seulement je vous toucheray en peu de mots la somme de tout, tellement que par cela il vous

* En tUre : Au père de Mademoiselle de Saint-Lorraus. Sans date. (I54Ô?)

sera facile déjuger quel est notre principal but. Quant au premier il y en a beaucoup qui demeurent en leur ignorance et superstition, par faulte de vouloir seulement ouvrir les yeulx, quand la clarté leur est présentée. Pource que je vous tiens de ce nombre-là , sans user de plus longues exhortations , il me suffira de vous avoir adverty. C'est bien raison que tous chrestiens prennent garde comme ils doyvent vivre selon Dieu, pour n'estre pas abuséz à leur escient , voire en une chose de telle importance qui est le salut de l'âme. C'est chose notoyre que la chrestienté a esté fort corrompue et abâtardie, tant par la négligence des prélats que (celle des) gouverneurs, et par leur bestise ou avarice et ambition. Je n'entens pas que ceste corruption soit seullement aux mœurs, mais que pis est la doctrine et vérité a esté tournée en mensonge. Le service de Dieu a esté pollué par superstitions infinies. L'ordre de gouverner l'Eglise a esté renversé, l'imaige des sacrements barbouillé, tellement que tout y est confus. Si chacun ne s'en aperçoit pas, c'est d'autant qu'on ne réduyt pas le tout à la droicte reigle; mais si on fait comparaison de la religion et doctrine qu'on tient en la papaulté avec la pure ordonnance de Dieu, on y trouvera plus de contrariétés qu'entre le jour et la nuit. Ainsi, pour en bien juger, il ne se fault pas tant arrester, ny à l'authorité des princes, ny à la coustume ancienne, ny à son sens propre, qu'on regarde devant tout à ce que Dieu a commandé ou défendu, car il n'a point parlé en cachette, mais a voulu que sa vollunté fust congnue des grands et des petits. Quand vous aurez seullement ce point résolu de vous rendre docile à Dieu pour acquies-

cer à ce que sa parole contient , désirant de savoir quel est le droit chemin de salut, ce sera desjà une bonne entrée pour parvenir à la pleine congnoissance de ce qui nous est expédient de savoir.

La seconde requeste que j'ay dit que j'avoys à vous faire, est de considérer paisiblement la somme de nostre doctrine, quand je la vous auré touschée en brief, car il y en a beaucoup qui la rejectent et la condamnent sans Pavoir ouye, pource qu'ils sont préoccupez de mauvaise opinion contre nous , qui destourne leur jugement. Je laisse les blasmes et crimes que Ton nous impose, pour nous rendre odieux à tout le monde, mais tant y a que Ton ne nous peult reprocher que nous prétendions autre fin que de ramener le peuple qui a esté esgaré longtemps, et le réduyre à son enseigne qui est la pure parolle de Dieu. Cependant nous demandons que tous différens soyent désignés par là , et que chascun se renge à ce que nous savons estre veu de Dieu. Nos adversaires font un bouclier du nom d'Eglise, lequel ils prétendent faussement. Et c'est le mesme combat qu'ont eu de leur temps les prophestes et apostres , avec ceux qui usurpoient la prééminence en l'Eglise, faisant tout le contraire de leur office. Mais quoy, nous savons que l'Eglise est fondée sur la doctrine des prophestes et apostres , et qu'elle doibt estre unie à Jésus-Christ son chef , qui n'est point variable. Ainsy ce n'est qu'une Eglise bastarde où la doctrine de Dieu ne règne pas. Suivant cela nous désirons que Dieu soit servy selon ses commandemens, et rejectons toutes fasçons de faire inventées à l'appétit des hommes , car il n'est pas licite aux hommes d'imposer loix ny statuts sur les consciences,

et Dieu aussy s'est réservé ce privilège de nous ordonner ce que bon luy semble. Voylà pourquoy c'est qu'on nous accuse d'avoir aboi y et mis bas les ordonnances de nostre mère saincte Eglise, assavoir pource que nous disons avec Esaïe et Jésus -Christ , que c'est en vain qu'on pense trouver Dieu par traditions humaines. Item, que nous disons avec S. Jaques, qu'il n'y a qu'un seul législateur qui puisse sauver et damner. Or quand vous auriez bien cherché, vous trouveriez que tout ce qui est appelé de par delà service de Dieu , n'est que pure invention forgée à playsir. Semblablement pource que l'Ecriture saincte traictant de nostre salut, et où gist toute nostre fiance d'iceluy , nous renvoyé à la seule grâce de nostre Seigneur Jésus-Christ , nous déclarant povres pécheurs, du tout perdus et inutiles à bien faire, nous taschons d'amener tout le monde à ceste grâce , et qu'elle soit congneue et magnifiée comme il appartient , ce qui ne se peult faire sans abattre la fausse opinion qu'on a de pouvoir mériter paradis. Par cela on prend occasion de nous accuser comme si nous ne tenions compte de faire bonnes œuvres, en quoy on nous fait tort , car nous sommes plus diligens beaucoup à recommander qu'on vive sainctement que ne font tous nos adversaires. Mais afin que les hommes ne s'abusent point à une folle outrecuydance , (nous) enseignons que nous ne pouvons rien de toute nostre vertu , sinon en tant que Dieu nous conduict par son Sainct-Esprit, et encore que nous aurions tout faict, que ce seroit un appuy trop débile de fonder là nostre justice , mais qu'il nous convient avoir tousjours nostre recours à la miséricorde de Dieu, et au mérite et passion de Jésus-Christ, et que

c'est là que nous devons estre arrestés , ne réputant rien tout le reste. De là vient que nous disons aussy qu'on se doit adresser à Dieu en toutes prières, car il nous appelle à soy, et d'autant que nous sommes trop malheureux et indignes d'en approcher, il nous donne son Fils Jésus-Christ pour nostre advocat. C'est pourquoy on nous reproche que nous sommes ennemis des saincts et sainctes, et que nous deffendonsde leur porter honneur. Mais c'est sans propos , car nous rendons aux saincts l'honneur que Dieu leur attrihue. Seulement nous ne pouvons souffrir que l'on en face des ydolles, les constituant au lieu de Dieu, ou de son Fils nostre Sauveur, ce qu'ils ne demandent pas aussy, mais au contraire le prennent à grande injure ; et quelque chose que soubs ombre de dévotion on leur pense faire plaisir, ils en demandent vengeance devant Dieu.

Les sacremens qui nous doyvenl servir pour nous conformer en la vérité de Dieu, et à le craindre, ont esté renversés à merveille. Quand nous mectons peine de les réduyre à leur vray usage et première origine , on nous veult faire accroire que nous les destruisons. Mais quand on voudra regarder à ce qui a esté ordonné par Je Maistre -, il sera tout évident que nostre observation que nous tenons ne dérogue en rien à ce qu'il en a dit, Vray est que nous n'avons pas la messe comme par delà , mais nous avons la Cène telle que Jésus-Christ la nous a laissée, et nos adversaires ne peuvent dire le contraire, seulement ils nous objectent leur coustume pour toute raison, mais nous avons bieu un aultre bouclier qui est le commandement qui doibt estre inviolable jusques à la (in du monde. Faites cecy, dit le texte, jusques à ce

que je vienne. Parquoyquiconques attentent de rien changer jusques à l'avènement de nostre Seigneur Jésus, se monstrent rebelles à luy . Je seroys trop long si je poursuyvois les autres choses que je laisse à vous touscher pource qu'il me suffira bien qu'il plaise à Dieu de vous donner goust à ce que je vous en ay tousché, espérant que par lecture plus ample vous pouvez estre encore plus conformé des mesmes propos. Ainsi , Monsieur, après m'estre humblement recommandé à vostrc bonne grâce, je prie nostre bon Dieu de vous guider par son Esprit, vous rendre du tout conforme à sa volunté, et vous envoyer ce qu'il congnoist vous estre bon et salutaire, De Genesve . . ♦ , (1549?),

Vostre serviteur,

Charles d'Espeville.

A MADAME DE CANY * Copit. BiW. de Geoève. Xçï. 107.

Madame, combien que les nouvelles que je vous mande sont tristes, et pour contrister celuy auquel je vous prieray les communicquer , toutesfois j'espère que mes lettres ne laisseront pas d'estre bien receues de vous. 11 a pieu à mon Dieu de retirer de ce monde la femme de

♦ Voir la lettre et la uote, page 281,

mon bon frère, M. de Normandie !. La consolation est pour nous qu'il l'a recueillie à soy ; car il Ta conduicte jusques au dernier soupir, comme s'il luy eust visiblement tendu la main. Or pource qu'il fault que le père d'elle 2 en soit adverty, nous avons pensé qu'il n'y avoit moyen plus propre que de vous requérir qu'il vous plaise prendre ceste peine de l'appeller à vous , affin que la douleur soit adoulcie par vostre moyen. Ce que nous a escrit le gentilhomme qui vous présenta naguères nos lettres, nous a donné hardiesse de ce faire. C'est qu'aviez introduict le bon homme , dont est question , au droit chemin du salut, et lui aviez donné goust de la pure et saine doctrine à laquelle il nous fault tenir. Ainsi nous ne doubtons point que vous ne soyez preste à continuer, et mesme en telle nécessité comme cestecy. Car nous ne pourrions mieux nous emploier qu'à porter ce message au nom de Dieu, pour consoler celuy auquel vous avez desjà faict tant de bien, à ce qu'il ne soit desconforté oultre mesure. Or, Madame, je vous

1 Laurent de Normandie, issu d'une famille noble de la Picardie, compatriote et ami de Calvin, exerçait les fonctions de maître des requêtes et de lieutenant du roi à ÎNoyon, avant de se retirer à Genève. Reçu habitant de la ville, le 2 mai 1547, bourgeois, le 25 avril 1555, il y vécut dans l'intimité de Calvin, qui lui dédia, en 1550, son Traité des scandales. Il avait épousé en premières noces Anne de la Vacquerie, d'une famille noble éteinte dans celle des ducs de Saint-Simon, et illustrée, sous le règne de Louis XI, par le premier président Jacques de la Vacquerie. Peu de temps après son arrivée à Genève, il perdit sa femme, dont la mort édifiante est le sujet de la lettre de Calvin à Madame de Cany, et il épousa en secondes noces (U septembre 1550) Anne Colladon. Galiue, Notices généalogiques sur les familles de Genève, t. II, p. 527.

* Eloi de la Vacquerie.

laisseray à luy amener les arguments et raisons que vous congnoissez estre propres à l'exhorter à patience. Seulement je vous réciteray en brief l'histoire qui vous donnera assez ample matière de lui faire telle remonstrance qu'il aura de quoi se contenter. Et selon vostre prudence et la grâce que Dieu vous a faicte, vous en puyserez ce que l'opportunité requerra.

Ayant entendu l'indisposition de la bonne femme, nous fûmes esbahis comment elle avoit pu si bien porter le travail du chemin, car elle vint toute fresche, et sans monstrer signe de lassitude. De faict elle recongnoissoit bien que Dieu lui avoit singulièrement aidé depuis ce temps-là. Selon sa débilité, elle se portoit assez bien jusques un peu devant Noël. Toutesfois le désir et zelle qu'elle avoit d'ouïr la parolle de Dieu la soutint jusques au moys de janvier. Alors elle commença à tenir la couche, non pas qu'on estimast encores le mal estre mortel, mais afin de prévenir le danger qu'on y jugeoit estre à la longue. Tant y a qu'attendant bonne issue, et espérant de recouvrer santé, elle se disposoit néantmoins à mourir, disant souvent que si ce n'estoit pour le coup, elle ne pouvoit tarder longtemps. Quant aux remèdes, on n'y a faict ce qu'on a peu. Et si elle a esté servie de ce qui concernoit le soullagement de son corps, ce qu'elle prisoit le plus ne luy a pas deCTailli, assavoir sainctes admonitions pour la confermer en la crainte de Dieu, en la foi de Jésus-Christ, en patience, en espoir de son salut. De sa part elle a bien monstré tousjours qu'on ne travailloit pas en vain, car en tous ses propos, vous eussiez veu qu'elle avoit le tout imprimé au profond de son cœur. Bref, en tout le cours de sa maladie,

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elle s'est monstrée une vraye brebis de nostre Seigneur Jésus, se laissant paisiblement mener à ce grand pasteur. Deux ou trois jours devant la mort, comme elle avoit le cœur plus eslevé à Dieu , aussy parloit~elle d'une plus véhémente affection que jamais. Mesme le jour devant, comme elle exbortoit ses gens, elle dict au serviteur qu'il se gardast bien de jamais retourner en lieu où il se polluast à l'idolâtrie ; et puisque Dieu l' avoit conduit en une église chrestienne, qu'il advisast d'y vivre sainctement. La nuyt suyvante elle fut pressée de grandes douleurs et continuelles. Tou testais jamais on n'ouït aultre complainte d'elle qu'en priant Dieu qu'il eust pitié et qu'il la délivrast de ce monde, luy faisant grâce de persévérer tousjours en la foy qu'il luy avoit donnée. Environ cinq heures du matin, je vins à elle. Après qu'elle eust ouy fort patiemment la doctrine que je luy proposay, selon que le temps le requéroit, elle dict : — « L'heure approche , il faut que je parte du monde; ceste chair ne demande que de s'en aller en pourriture ; mais je me tiens certaine que mon Dieu me retire en son roiaume. Je congnois combien je suis pauvre pécheresse, mais je me confie en sa bonté et en la mort et passion de son Fils. Ainsy je ne doute point de mon salut puisqu'il m'en a asseuré. Je m'en vais à luy comme à un Père. » — Comme elle tenoit ces propos, il arriva bonne compagnie. J'entrelaçois parfois quelques mots, selon qu'il me sembloit estre expédient. Et aussi nous faisions prières à Dieu selon l'exigence de sa nécessité. Après avoir monstré derechef congnoissance qu'elle avoit de ses péchés pour en demander pardon à Dieu, et la certitude qu'elle avoit de son salut,

mettant sa fiance en un seul Jésus, et ayant à luy tout son refuge, sans estre incitée de nul, elle commença à prononcer le Miserere, comme nous le chantons à l'église, et continua à haulte voix et forte, non sans grand peine, mais elle pria qu'on lui permist de continuer. Sur ce je lui feis un brief recueil de l'argument du pseaume, voiant le goust qu'elle y prenoit. Elle après, me prenant par la main, me dist : — « Que je suis heureuse, et que je suis bien tenue à Dieu , de ce qu'il m'a icy amenée pour y mourir. Si j'estois en ceste malheureuse prison, je n'oserois ouvrir la bouche pour faire confession de ma chrestienté. Icy non-seulement j'ay liberté de glorifier Dieu , mais j'ay tant de bonnes remonstrances pour me confermer en mon salut. » Quelquesfois elle disoit bien : « Je n'en puis plus. » Quand je lui répondois : « Dieu pourra pour vous, il vous a bien monstré jusques icy comme il assiste aux siens ; » elle disoit tantost : « Je le croy, et me faict bien sentir sou aide. » Son mary estoit là? s'esvertuant en sorte qu'il nous faisoit pitié à tous, et cependant nous faisoit esbaïr de sa constance. Car menant un deuil tel que je sçay, et estant pressé d'extrêmes angoisses, il avoit gaigné ce

point sur soy d'exhorter sa bonne partie, aussy franchement comme s'ils eussent deu faire un voiage bien joieux ensemble. Les propos que j'ay récitéz estoient au milieu des grands tormens d'estomac qu'elle enduroit. Environ les neuf ou dix heures ils s'appaisèrent. Cependant comme aiant plus de relâche, elle ne cessoit de glorifier Dieu , s'humiliant tousjours pour chercher son salut et tout son bien en Jésus-Christ. Quand la parole luy fut faillie, elle ne laissa pourtant de parler

de son visaige, combien elle étoit ententive tant aux prières qu'aux admonitions qu'on faisoit. Au reste elle estoit si paisible qu'il n'y avoit que la veue qui donnast apparence de vie. En la fin, pensant qu'elle fust passée, je dis : « Or prions Dieu qu'il nous face la grâce de la suyvre. » Comme je me levois, elle tourna ses yeux sur nous, comme se recommandant à ce qu'on persévérast à prier et la consoler. Depuis n'apperceusmes nul mouvement, et trespassa aussy paisiblement, comme si elle se fust endormie.

Je vous prie, Madame, de m' excuser si j'ay esté trop long. Car j'ay pensé que le père seroit tant mieux contenté, estant pleinement informé de tout, comme si luymesmes eust esté sur le lieu. Et j'espère que pour une œuvre si saincte, vous ne trouverez rien fascheux. Sainct Paul traictant la ebarité, n'oublie point qu'il nous fault pleurer avec ceux qui pleurent, c'est-à-dire que si nous sommes chrestiens, nous debvons avoir telle compassion et tristesse de nos prochains, que nous prenions voluntiers une partie de leurs larmes, pour les soulager d'aultant. Il ne se peult faire que le bon homme ne soit de prime face navré de grand deuil. Toutesfois il doibt estre préparé de longue main à recevoir les nouvelles, attendu la maladie qui avoit desjà tant gaigné en la personne de sa ûlle, que les remèdes en estoient désespérés. Mais le principal est de l'exemple qu'elle luy a monstré, et à nous tous, de nous ranger à la volunté de Dieu. Ainsy puisqu'elle s'est offerte si paisiblement à la mort, suyvons-la en cest endroit, acquiesçans à ce que Dieu en a disposé, et si le père l'a aymé , qu'il déclaire son amour en se conformant au désir qu'elle a eu de s'as-

sùbjectir à Dieu. En voiant que son issue a esté si heureuse , qu'il se resjouisse en la grâce que Dieu luy a faicle , laquelle surmonte tous les biens que nous pouvons avoir en ce monde.

Sur quoy , Madame , après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce , je supplie nostre bon Dieu de vous estre tousjours protecteur, de vous augmenter en tous ses biens spirituels, et se servir de vous à glorifier son nom jusques à la fin. Ce pénultième d'apvril 1549.

Vostre humble serviteur et frère,

Charles d'Espeville.

A MADAME DE LA ROCHE-POSAY * Copie. Blbl. de Genève. Vol. 107.

Madame et bien-aimée sœur, comme nous debvons estre joieulx quand le règne du Fils de Dieu nostre Sauveur se multiplie , et que la bonne semence de sa doctrine est espandue partout , j'ay esté fort resjouy

* Au dos : On pense que ceste lettre est escrite à Madame de la Roche-Posaz, abbesse de Thouars. — Un seigneur de ce nom joua un rôle important dans les guerres religieuses du Poitou, mais il figurait dans les rangs de l'armée catholique. Bèze, Hist. eccl, t. II, p. 588. Il existe (Bibl. de Genève, vol. 407 • ) une lettre de l'Eglise réformée de la Roche-Posay à Calvin, du 27 mai 4561.

que d'estre confirmées par sa parolle , vous aurez à endurer beaucoup de fascheries. Car voylà comment Dieu veut esprouver nostre foy, et sçavoir si nous le cherchons renonçant à nous-mêmes. 11 est bon que vous soyez advertie de cela, afin que vous ne le trouviez point nouveau , quand ce viendra à la pratique, comme je ne doubte point que vous et vos compagnes ne vous y soyez desjà préparées. Mais le principal est de prier Dieu qu'il vous prenne en sa conduitte , tant pour vous guider que pour vous tenir la main forte, afin comme il a commencé en vous, qu'il continue jusques à ce qu'il vous ait amenées à la perfection à laquelle il nous fault aspirer, tant que nous soyons sortis de ce monde. Et pour vous confermer à ce, réduisez tousjours à mémoire quel malheur c'est d'estre en perpétuelle inquiétude et tourment de conscience. Sur quoy il vous sera facile de détester ceste condition tant misérable en laquelle tous estes , et tenir pour fiente toutes délices et tous biens qu'il vous fault acheter par un si grand mal que d'offenser Dieu journellement. Quand vous penserez que nostre vie est maudite et par conséquent pire que nulle mort, si nous ne sommes en estât approuvé de Dieu , il n'y aura liens si fermes de toutes commodités terriennes , qui ne vous soyent aiséz de rompre pour vous retirer d'une façon de vivre que Dieu condamne, mesme pour vivre en lieu où non-seulement il vous soit licite de suivre une vocation saincte et chrestienne , mais aussi où vous aurez moyen de vous exercer tous les jours en bonne doctrine, comme il nous est bien monstré de profiter. Une telle récompense nous doibt bien suffire pour n'avoir nul regret aux friandises et voluptés d'E-

gyple , et nous donner courage de suivre plustost Dieu au désert, que de nous amuser à tout ce que nostre chair souhaitte et désire.

Cependant, Madame et bonne sœur, après m'estre affectueusement recommandé à vostre bonne grâce et de vostre compagnie, je prieray nostre bon Dieu de vous augmenter de plus en plus ses bénédictions spirituelles, vous tenir du tout en son obéissance , et vous avoir en sa protection et défense contre toutes les embûches de Sathan et des siens. Ce 10 de juin 1549.

Vostre humble serviteur et frère ,

Charles d'Espeville.

AU PROTECTEUR D'ANGLETERRE * Minute originale. Bibl. de Genève. VoL 107«.

Monseigneur, ce que j'ay si longtemps différé à vous escrire , n'a pas esté par faulte de bon désir, mais je m'en suis abstenu à mon grand regret, craignant que

* Au dos, de la main de Calvin : A Monsieur le Protecteur d'Angleterre. — Remise.

Cette lettre fut adressée au comte de Sonimerset après sa première disgrâce (voir la lettre du 22 octobre 1548 et la note, p.2G1). Rendu a la liberté, le 6 février 1550, par la faveur du roi son neveu, il reprit sa place dans le conseil de la couronne, mais en perdant le titre et la dignité de protecteur. La lettre de Calvin est sans nul doute de février ou mars 1550.

durant les troubles qui ont esté, mes lettres ne vous fussent occasion de fascheries. Maintenant je rends grâces à mon Dieu de ce qu'il m'a rendu l'opportunité que j'ay attendue jusques icy. Je ne suis pas seul qui me suis esjouy de la bonne issue que Dieu a donnée à vostre affliction , mais tous vrays fidèles désirant Padvancement du royaulme de nostre Seigneur Jésus-Christ, d'aultant qu'ils sçavent la peine et solicitude que vous avez prinse à ce que l'Evangile fust restitué en son entier par delà, et que toutes superstitions fussent abbatues. Et ne doubte pas que vous ne soyez prest à faire le semblable pour l'advenir, on tant que vous en aurez le moyen. Quant à vous , Monseigneur, non-seulement vous avez à recongnoistre le bien que Dieu vous a faict en vous tendant la main pour vous délivrer, mais aussy avoir souvenance de sa Visitation pour en faire vostre profict \ Je sçay les regrets que vous pouvez avoir, et comment vous pouvez estre solicité de rendre la pareille à ceux que vous estimez avoir pensé plus grand mal contre vous qu'il n'est advenu. Mais vous sçavez la remonstrance que sainct Paul nous faict sur cela, à sçavoir que nous n'avons point à batailler contre la chair et le sang, mais

1 Durant sa disgrâce qui fut regardée comme une calamité publique par le parti de la Réforme en Angleterre et en Europe, le duc de Sommerset avait cherché des consoialions dans les lectures et les méditations pieuses. Il fit traduire en anglais un ouvrage sur la patience, auquel il ajouta une préface contenant l'expression des sentiments les plus élevés. Il reçut aussi les exhortations de Pierre Martyr, et ne se montra pas moins constant dans son attachement à l'Evangile que résigné à la perte de sa fortune et de son crédit. Voir : Burnct, Histoire de la Reforma lion en Angleterre. Edit. de Genève, um. t. III, p. Tj0.

contre les astuces cachées de nostre ennemy spirituel. Parquoy ne nous amusons point aux hommes, mais plus tost ad dressons-nous à Sathan pour résister à tout ce qu'il machine contre nous, comme il n'y a nul douhte qu'il n'ayt esté autheur du mal qui a esté dressé contre vous, affin que par ce moyen le cours de l'Evangile fust empesché, et mesmes que tout vint en confusion. Ainsy, Monseigneur, oubliant et pardonnant les faultes de ceux que vous pourriez juger avoir esté vos ennemys, appliquez tous vos sens à repousser la malice de celuy qui s'est servy d'eulx pour les ruyner, quand ils ont tasché àvostre ruyne. Ceste magnanimité non-seulement plaira à Dieu , mais elle vous rendra tant plus amyable aux hommes, et je ne doubte pas que vous n'y ayez tel esgard que vous devez. Mais si vostre humanité s'estcnd jusques là, tant plus me dois-je confier que vous recevrez bénignement ce que (je) vous en dis , sachant qu'il n'y a rien qui m'incite à vous faire telles exhortations , sinon l'amour et soin que j'ay de vostre bien et honneur. Et aussy c'est une vertu si difficile de surmonter nos passions, jusques à rendre le bien pour le mal, que nous n'en pouvons estre trop exhortez. Mesmes puisque le Seigneur a conduict la chose mieulx que beaucoup ne pepsoyent, qu'il vous souvienne, Monseigneur, de l'exemple de Joseph. A grand peine trouveroit-on aujourd'huy au monde un tel mirouer d'intégrité. Toutesfois voyant que Dieu a converty en bien ce qu'on avoit brassé de mal contre luy, il s'efforce à se monstrer ministre de la bonté de Dieu envers ses frères qui l'avoient persécuté. Ceste victoire sera plus excellente que celle que Dieu vous a desjà donnée, quand il a saulvé et garenty vostre

personne , et vos biens , et vos honneurs. Cependant , Monseigneur, vous avez aussy à penser que si Dieu vous a voullu humilier pour un peu de temps, ce n'a pas esté sans cause. Car combien que vous fussiez innocent quant aux hommes, vous sçavez que devant ce grand juge céleste il n'y a celuy qui ne s'y trouve redevable. Voylà comment tous les saincts ont faict valoir les verges de Dieu , ployant le col et baissant la teste sous sa discipline. David avoit cheminé bien droict, mais encore confesse-il qu'il luy a esté bon d'estre humilié par la main de Dieu. Parquoy si tost que nous sentons quelque chastiment que ce soit, le premier est d'entrer en nousmesmes, et bien examiner nostre vie, pour congnoistre les biens qui nous estoient cachés. Car aucunes foys la prospérité trop grande nous esbloyt les yeux , mesmes que nous n'appercevons pas pourquoy Dieu nous chastie. C'est bien raison que nous luy facions pour le moins aullant d'honneur qu'à ung médecin, car c'est à luy de guérir nos maux intérieurs qui nous sont incongneus , et procedder à la guérison non pas selon nostre souhet, mais comme il sçait et juge qu'il est à propos. Qui plus est, il fault quelques foys qu'il use des remèdes préservatifs , n'attendant pas que nous soyons desjà tombés au mal, mais pour y obvier avant coup. Dieu, oultrevostre estât ordinaire, vous ayant colloqué en une haulte dignité, a faict de grandes choses par vous, et qui possible seront plus louées après vostre mort , qu'elles ne sont prisées vostre vie durant. Sur tout il a faict que son nom ayt esté magnifié par vous. Or les plus vertueux et excellens sont en plus grand danger que nuls aultres , d'estre tentés à s'oublier. Vous

sçavez , Monseigneur, ce qui est escript de ce sainct roy Ezéchias , qu'après avoir faict des actes si mémorables , tant pour la religion et service de Dieu que pour le bien commun du pays , son cueur s'est eslevé. Si Dieu a voulu prévenir cela en vous, c'est un bien singulier qu'il vous a faict. Quant il n'y auroit aultre cause sinon à ce qu'il fust glorifié en vostre délivrance , et qu'il fust congnu tant de vous que de tous en vostre personne vray protecteur des siens, cela seul vous doit bien suffire* Il reste, Monseigneur, puisqu'il vous a mis au-dessus, que vous luy faciez hommage de ce bénéfice , tel qu'il apartient. Si nous sommes relevéz d'une maladie périlleuse, nous devons estre songneux au double, et honorer ce bon Dieu , comme s'il nous avoit donné une seconde vie. Vous n'en devez pas moins faire en cest endroict. Vostre* zèle à exalter le nom de Dieu, et restaurer la pureté de son Evangile a esté grand. Mais vous sçavez, Monseigneur, qu'en une chose si digne, quand nous aurons estendu toutes nos forces , nous n'y pourrons satisfaire à beaucoup près. Pourtant si Dieu en vous obligeant à soy de nouveau, a voulu par ce moyen vous inciter à faire mieulx que jamais, vostre office est de vous esvertuer et applicquer toutes vos estudes à ce que l'œuvre tant saincte qu'il a commencée par vous , soit advancée. Je ne doubte pas que vous le faciez ; mais aussy je me confie que sachant de quelle affection je suys induict à vous y exhorter, vous recevrez le tout bénignement, comme vous avez accoustumé. Quand l'honneur de Dieu vous seraainsy recommandé sur tout, il est certain qu'il veillera sur vous et sur toute vostre maison, pour y espandre ses grâces plus amplement, et

vous fera sentir que c'est que vault sa bénédiction. Car ceste promesse ne vous peult faillir : qui me honnorera, je le rendray honnorable» Vray est que ceulx qui feront le micuk leur dcbvoir* seront souventesfois les plus molestés de plusieurs assaults* Mais ce leur est bien assez que Dieu soit à leur secours pour les relever. Or combien qu'il vous convient regarder à Dieu, et vous contenter entièrement de ce qu'il a vostre service aggréable, toutesfoys, Monseigneur, ce vous est une grande consolation de veoir le Roy si bien affectionné qu'il préfère la restauration de l'Eglise et de la pure doctrine à tout le reste, comme c'est une vertu admirable ert luy, qu'en telle jeunesse les vanités de ce monde n'empeschent point que la crainte de Dieu et la vraye religion ne domine en son cueur, et ung don singulier pour le royaume l. Àussy ce vous doibt estre une ayde et confirmation grande, que vous luy faictes le principal service qu'il désire et demande, en servant au Roy céleste, le Fils de Dieu.

Monseigneur, après ra'estre très bumblement recommandé à vostre bonne grâce, je supplie nostre bon Dieu qu'en vous maintenant en sa saincte garde, il vous aug-

1 Le jeune roi Edouard VI. Instruit par les maîtres les plus habiles, ce prince manifesta de bonne heure une raison forte et une vive piété. A peine âgé de quatorze ans, il exposa dans un.discours dont un fragment nous a été conservé, le plan de la Réforme en Angleterre, n rédigeait avec beaucoup de soin un journal des événements accomplis sous son règne. Enfin il composa un recueil de passages de l'Ancien Testament condamnant PidolAtrie et le culte des images. Ce recueil, écrit en français, était dédié par le jeune roi au duc de Sommerset, son oncle. Burnet, Histoire de la Réformation, t. II, p. 396 à 398.

mente de plus en plus les dous de son Sainct Esprit, et les face servir à sa gloire , tellement que nous ayons tous de quoy nous esjouyr. (1550.)

Vostre très humble serviteur,

Jéiun Calvin.

AUX SEIGNEURS DE GENÈVE

Orig. autographe. Colloctiou de M. le chevalier Eyiiard, à Genève.

Puisqu'il a pieu à messieurs me demander mon advis quant au livre de Gruet , il me semble avant toutes choses qu'ils doibvent par voye juridique faire recongnoistre la main , non pas tant pour la condamnation de l'homme qui desjà est assez condamné , que pour la conséquence, tant affin qu'on ne pense pas qu'ils se soyent csmus légièrement pour un livre incertain, que pour le regard des adhérents et complices.

Cela fait, il me semble que l'abolition du livre ne

* Trois ans après la mort de Gruet, décapité pour crime de rébeK lion et de blasphème (voir la note p. 212) , on découvrit, dans un galetas de sa maison, un écrit de sa main, en 2G pages, qui fut déféré aux seigneurs de Genève. Ceux-ci le soumirent à Calvin, qui formula son jugement dans le Mémoire que nous reproduisons i«i comme un irrécusable document des doctrines religieuses et morales professées par quelques-uns des chefs du parti des libertins.

L'écrit en question fut condamné, le 23 mai 1550, comme rempli de détestables blasphèmes , et il fut brûlé de la main du bourreau devant la maison de Gruet.

doibt pas estre comme sépulture, mais avec tesmongnage qu'ils l'ont eu en telle détestation , comme il mérite, et ne fust que pour l'exemple.

Vray est que puisqu'il nous convient abstenir de toutes paroles déshonnestes , et ne doibvent sortir de nostre bouche, que tels blasphesmes et si exécrables ne doibvent estre récitéz, comme si nous n'en avions nul horreur; mais suy vant la reigle que nostre Seigneur a donnée en sa loy , il est expédient que magistrats fidèles spécifient les impiétés qu'ils punissent. Dadvantage, messieurs sçavent qu'il est nécessaire pour beaucoup de raysons lesquelles je leur laisse à considérer, combien que ce qui en a esté ordonné de Dieu nous doibt bien suffire.

La forme , sous correction , nous sembleroit bonne , telle qu'il y eust un dicton ou narré semblable à ce qui s'en suit.

Comme ainsy soit que tel an et tel jour Jacques Gruet tant pour blasphesmes énormes contre Dieu et mocquerie de la religion chrestienne que pour meschantes conspirations contre Testât public de ceste cité , mutineries et aultres maléfices et crimes, eust esté condamné à telle punition, depuis il est advenu qu'on a trouvé un livre escrit de sa propre main, comme il a esté recongnu suffisamment, auquel sont contenus plusieurs blasphesmes si exécrables qu'il n'y a créature humaine qui ne doibve trembler à les ouyr, comme en général de se mocquer de toute la chrestienté jusques à dire de nostre Seigneur Jésus-Christ le Fils de Dieu et Roy de gloire, devant la majesté duquel les diables sont contraints de s'humilier, qu'il a esté un bélitre , un menteur, un folz, un séducteur, un méchant et misérable, malheureux fantasticque,

un rustre plein de présumption glorieuse et maligne qui a bon droit a esté crucifié ; que les miracles qu'il a faits ne sont que sorcelleries et singeries, et qu'il cuidoit estre Fils de Dieu comme les Hireges cuident estre en leur synagogue, qu'il faisoit de l'hypocrite ayant esté pendu comme il l'avoit mérité , et mort misérablement en sa follie, follatre insensé, grand yvrongne, détestable traître, et meschant pendu, duquel la venue n'a apporté au monde que toute meschanceté , malheureté et baroche ; et tous opprobres et outrages qu'il est possible d'inventer.

Des Prophestes que ce n'ont esté que fols, rêveurs, fantasticques ; des Apostres qu'ils ont esté des maraux , et coquins, apostats, lourdaux, escervelés ; de la vierge Marie qu'il est plus à présumer qu'elle fust une paillarde ; de la loy de Dieu qu'elle ne vaut rien , ni ceux qui l'ont faicte ; de l'Evangile que ce n'est que menterie ; que toute l'Escripture est fausse et meschante , et qu'il y a moins de sens qu'aux fables d'Esope , et que c'est une faulse et folle doctrine.

Et non-seulement se desborde ainsi villainement contre nostre saincte et sacrée religion chrestienne, mais aussy renonce et abolit toute religion et divinité , disant que Dieu n'est rien, faisant les hommes semblables aux bestes brutes, nyant la vie éternelle, et dégorgeant telles exécrations dont les cheveux doibvent dresser en la teste à tous, et qui sont infections si puantes pour rendre tout un pays mauldict , tellement que toutes gens ayant conscience, doibvent requérir pardon à Dieu de ce que son nom a esté ainsy blasphémé entre eux.

iJ 1 4 LETTRES

Sur ce , il me semble qu'il se doibt donner sentence en telle ou semblable forme :

Comme ainsi soit que l'escrivain du livre ait esté par jugement condamné et cxéquuté > affin toutesfois que la vengence de Dieu ne demeure point sur nous pour avoir enduré ou dissimulé une impiété si horrible > et aussi pour donner exemple à tous complices et adhérents d' une secte si infecte et plus que diabolicque, mesme pour fermer la bouche à tous ceux qui vouldroientexcuser ou couvrir telles enormités, et leur monstrer quelles condamnations ils méritent, que Messieurs ont ordonné . » . etc. • .

Le plus tost sera le meilleur , car desjà ce malheureux livre n'a que trop esté entre les mains de ces messieurs. (Mai 1550.)

A MONSIEUR DE FALAIS * Orig. autographe. Bibl. de Genève. Vol. 194.

Monseigneur , je vous remercie au nom de tous , de la poine qu'il vous a pieu prendre à nous ayder, si d'advanture le maulvais train qui s'est mené en cacheté

* Depuis son départ de BAIe et son établissement à Genève (juillet 1548), ce seigneur habitait le village de Veigy, situé à quelques lieues de la ville, entre Hermance et les Voirons,

se pourra corriger1. Toutefois je trouve que l'examen ne suffira pas pour en venir à bout» Nous avons bien deffendu au garson et à ccste malheureuse de hanter ensemble pour l'advenir. Mais si on les veult convaincre du temps passé , il seroit mestier de les serrer de plus près. Mesme il n'y a qu'un tesmoin qui dépose que le frère s'en est courroucé. Or il nous a nyé que jamais il s'en fust apperçu.

Hier je fus tiré du consistoire par quelque affaire extraordinaire, tellement que je ne peus voir comme on traicta ce gallaht. Et mes frères sont à ccste heure empeschéz li la Visitation *, où il me fault aussi bien aller. Cependant j'espère que ce que nous avons, servira beaucoup pour entrée. De ce qu'il deffauldra, je vous en advertiray de bouche au plaisir de Dieu, vous remerciant humblement de vostre convy tant libéral, combien que je me tiens tousjours asseuré du bon vouloir, encor que vous ne m'en eussiez dit mot.

Surquoy, Monseigneur, estant contrainct de faire fin, je supplye nostre bon Dieu vous avoir en sa saincte garde et vous guider par son Esprit à ce qui luy est agréable pour glorifier son nom en vous jusque à la fin. J'espère qu'il nous fera la grâce de faire la Cène ensemble, combien que nous soyons séparéz de lieu. Ainsi je me recom-

1 Allusion à la mauvaise conduite d'un serviteur de M. de Palais.

2 On lit dans la chronique manuscrite de Michel Roset, L. V, ch. XX VII : « Sur l'advis des ministres il fut ordonné, le 3 avril 1o"30, une Visitation annuelle de maison en maison, pour interroger nommes et femmes de leur foy, pour discerner les ignorons et endurcis d'avec les chrétiens , laquelle a produit avec le temps un grand profit. »

manderay à la bonne grâce de vous et de Madamoiselle. Ce 24 de décembre. (1550.)

Vostre humble frère et serviteur,

Jéhan Calvin.

A RICHARD LE FÈVRE * Imprimée. Histoire des martyrs, Edit. de 1597, L. V, p. 265.

Très cher frère, comme Dieu vous a appelé pour rendre tesmoignage de son Esvangile, ne doutez point aussi qu'il ne vous fortifie par la vertu de son Esprit; et que, comme desjà il a commencé , il ne parface , se monstrant victorieux en vous contre ses ennemis. Il est vrai

* Richard Le Fèvre, natif de Rouen, un des martyrs de l'Eglise réformée de Lyon. Saisi dans cette ville en \ 554 , et condamné à mort, il en appela au parlement de Paris, et fut délivré, durant le trajet, par des amis inconnus. Surpris, deux ans après, à Grenoble, il fut ramené dans les cachots de Lyon, vit sa première sentence conûrmée par le parlement de Paris, et monta joyeusement sur le bûcher, 7 juillet 4554. Il écrivait le 3 mai à Calvin : « La présente est pour vous faire scavoir que j'espère aller faire la Pentecoste au royaulme des cieux et aller aux nopees du Fils de Dieu..., si plus tost ne suis appelé de ce bon Seigneur et Maistre auquel je suis prest d'obéyr à sa voix, quand il dira : Venez, les bênicts de mon Père; possédez le royaulme qui vous est appareillé devant la fondation du monde... » (Lettre originale autographe. Bibl. de Genève. Vol. 409.) Durant sa première captivité à Lyon, Richard Le Fèvre avait consulté Calvin sur quelques points de doctrine, et en avait reçu de pieuses exhortations.

que les triomphes de Jésus-Christ sont mespriséz du monde ; car cependant que nous sommes en opprobre , les meschants se glorifient en leur orgueil; mais tant y a qu'ils ne laissent point d'estre confus par la puissance de ceste vérité que Dieu nous a mis en la bouche , et aussy nous sommes soustenus en nos cœurs pour nous glorifier contre Sathan et tous ses suppôts, en attendant le jour que la gloire de Dieu sera pleinement révélée à la confusion des méchants et incrédules. Ce que vous avez senti et expérimenté jusques aujourd'hui de la bonté de Dieu , vous doit confermer en certaine espérance qu'il ne vous défaudra non plus à Pavenir; cependant priez-le qu'il vous face sentir tousjours mieux quel thrésor c'est que la doctrine pour laquelle vous combattez, afin qu'au regard d'icelle vostre vie ne soit point précieuse. Ayez tousjours aussy les yeux levéz en haut à ce bon Seigneur Jésus , lequel sera vostre garant, puisque vous n'estes persécuté que pour son Nom. Pensez à ceste gloire immortelle laquelle il nous a acquise, afin de pouvoir endurer en patience les afflictions où vous estes. Priez ce bon Dieu continuellement qu'il vous donne telle issuë qu'il a promis à tous les siens ; et selon qu'il a voulu tirer vostre foy à l'examen , qu'il vous face pratiquer la vertu de ses promesses. Et comme il est le Père de lumière , qu'il vous esclaire tellement que toutes les fumées que les malins vous mettront audevant ne vous puissent esblouir les yeux, et que toutes leurs finesses et eau tel les ne vous puissent obscurcir l'entendement, que tousjours vous ne contempliez le vray Soleil de justice, qui est le vray Fils de Dieu. Quant est de respondre aux arguments, vous faites

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bien de respondre en toute simplicité , parlant selon la mesure do vostre foy , comme il est escrit : Tay creu , pourtant je parler au. Vray est que toutes les subtilité* qu'ils cuident avoir ne sont que sottises ridicules ; mais contentez-vous de ce que Dieu vous a départi de sa connoissance, pour rendre pur tesmoignage et sans feiptise à la vérité. Car quelque risée qu'ils en facent , ce leur sera comme une foudre à leur confusion, quand ils n'orront que ce qui est fondé en Dieu et en sa parole. Au reste vous savez qui est celui qui a promis de donner bouche et sagesse aux siens à laquelle ses adversaires ne pourront résister. Demandez-lui qu'il vous conduise , selon qu'il connaistra estre bon. Ils ne laisseront pas pour cela de vous tenir convaincu d'hérésie, mais autant en a-t-il esté fait à tous les apostres et prophètes , et à tous les martyrs. Le greffier n'oscrira sinon ce qui luy viendra à plaisir; mais vostre confession ne laissera pas d'estre enregistrée devant Dieu et ses anges, et il la fera profiter aux siens selon qu'il est à désirer.

Je toucheray en brief quelques poincts sur lesquels ils ont tasché de vous molester. Pour vous donner à entendre que uous ne sommes point justifiez par la seule grâce de Dieu, ils vous ont allégué que Zacharie et plusieurs autres sont nomméz justes. Or, sur cela il vous convient rogarder comment Dieu les a acceptéz pour tels. S'il se trouve que c'est par sa bonté gratuite, en leur pardonnant tout ce qui étoit à redire en eux, et ne leur imputant point leurs fautes et vices, voilà tout le mérite exclud , car en disant que la seule foy en Christ nous justifie, nous entendons en premier lieu que nous sommes tous maudits, et qu'il n'y a que péchés en nous;

et que nous ne pouvons penser ne faire aucun bien, sinon autant que Dieu nous gouverne par son Saint-Esprit, comme membres du corps de son Fils. Davantage encore* que Dieu nous face la grâce de cheminer en sa crainte, que nous sommes bien loin de noqs acquitter de nostre debvoir . Or il est escrit : Que quiconque n'accomplira tout ce qui est commandé, sera maudit; et ainsy nous n'avons autre refuge qu'au sang de nostre Seigneur Jésus-Christ qui nous purge et lave au sacrifice de sa mort, qui est nostre sanctification. Par ce mesme moyen Dieu reçoit pour agréable les bonnes œuvres que nous faisons par sa vertu, combien qu'elles soient toujours entachées de quelques povretés. Ainsy quiconque se voudra appuyer sur ses mérites, il sera comme pendu en l'air pour bransler à tous vents. Bref ceux qui pensent mériter aucune chose, se font Dieu redevable, au lieu de quoy il nous faut tenir le tout de sa pure bonté. Nous serons riches et abondans en mérites, estans en Jésus-Christ; estans hors de sa grâce, ne pensons point avoir une goutte de bien. Si les ennemis vous allèguent ce mot de loyer, n'en soyez point troublé, car Dieu rend aux siens loyer, combien qu'ils n'en soyent point di^ gnes; mais d'autant qu'il accepte les œuvres qu'il a mis en eux , les ayant eonsacréz au sang de son Fils Jésus*- Ghrist, afin que de là ils prennent leur valeur. Parquoy le loyer que Pieu promet à ses fidèles, présuppose la rémission de leurs pechéz, et le privilège qu'ils ont d'estre supportez comme ses enfans. Et de faict ce mot de justifier emporte que Dieu nous tienne comme justes, afin de nous aimer, ce que nous obtenons par la seule foy ; car Jésus-Christ seul est la cause de nostre

salut. Vray est que saint Jacques le prend en autre signification quand il dit : Que les œuvres aydent la foy pour nous justifier; car il l'entend pour approuver par eflect que nous le sommes ; comme aussy il ne dispute point sur quoy nostre salut est fondé, et en quoy il nous faut mettre nostre confiance, mais seulement comment est connue la vraye foy, afin que nul n'en abuse, se glorifiant en vain du titre seulement. S'ils retournoient à vous plus importuns sur ce poinct, j'espère que Dieu vous donnera de quoy pour les vaincre.

Quant à l'intercession de la vierge Marie et des saincts trespasséz, revenez tousjours à ce principe, que ce n'est point à nous à faire des advocats en paradis , mais à Dieu, lequel a ordonné Jésus-Christ un seul pour tous. Item, que nos prières doivent estre faites en foy, et par conséquent reiglées par la parole de Dieu , comme dit sainct Paul au 10 des Romains. Or est-il ainsy qu'en toute la parole de Dieu il n'y a point une seule syllabe de ce qu'ils disent ; parquoy toutes leurs prières sont propbanes et desplaisantes à Dieu. S'ils vous répliquent plus qu'il ne nous est pas desfendu, la responce est facile. Qu'il nous est défendu de nous ingérer à rien faire de nostre propre sens, voire en chose beaucoup moindre ; mais sur tout que l'oraison est une chose beaucoup privilégiée, et trop sacrée pour nous y gouverner en nostre fantasie. Qui plus est , ils ne peuvent nier que ce qu'ils ont recours aux saincts, ne vienne d'une pure défiance que Jésus-Christ seul ne leur soit assez suffisant.

Quant à ce qu'ils vont répliquant que la charité des saincts n'est point diminuée , la responce est facile :

que la charité se range et limite à ce que Dieu requiert d'un chascun. Or il veut que les vivans s'exercent à prier les uns pour les autres. Des trespasséz il n'en est nulle mention et en si grandes choses, il ne nous faut rien imaginer de nostre cerveau, mais nous tenir à ce qui nous est récité en PEscriture.

Quant à ce que les adversaires allèguent, qu'il est dit en Genèse que le nom d'Abraham et Isaac doit estre invoqué après leur trespas; vray est que le texte le porte ; mais c'est une pure moquerie de l'amener à ce propos. Cela est écrit au quarante-huitiesme de Genèse, où il est dit que Jacob bénissant Ephraïm et Manassé les enfans de Joseph , prie Dieu , que les noms de ses pères Abraham et Isaac et le sien soyent invoquéz sur ces deux enfans, comme sur les chefs des lignées descendantes de luy. Or c'est autant comme s'il disoit, qu'ils soyent réputéz et contéz au nombre des douze lignées , et qu'ils facent deux testes comme s'ils estoyent ses enfans en premier degré ; joinct aussi qu'ils estoient néz en Egypte. Il les joinct par sa prière au lignage que Dieu avoit béni et sanctifié, pource que de ce tempslà, ils en estoyent comme séparéz, selon l'apparence extérieure. Ainsy ceste façon de parler ne signifie sinon de porter le nom d'Abraham , et d'estre réclaméz de son lignage, comme il est dit au quatrième d'Esaïe : Que le nom du mari est réclamé sur la femme, d'autant que la femme est sous l'ombre et conduite de son mari.

Sur ce qu'on vous allègue sainct Ignace, vous n'avez point à faire grande responce. Il y a une sentence là où il dit : Que Jésus-Christ luy est pour toute ancienneté. i. 21

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Armez-vous donc de ce seul mot, pour les ramener à la pure doctrine de l'Evangile.

Pource que j'ay usé de ce terme-là contre les papistes, ils prenent couleur de dire que j'aprouve et prise ce livre-là. Or afin que vous n'en soyez point estonné , je vous asseure qu'il y a un amas de badinages si lourds , que les moines d'aujourd'hui n'escriroient point plus sottement. Mais pource que n'avez point connaissance de la langue latine, encores moins de la grecque en laquelle sainct Ignace a escrit (si nous avons quelque chose de luy à la vérité), vous n'avez que faire d'entrer en cesle dispute. Contentez-vous de leur respondre que ne pouvez faillir en suyvant Jésus-Christ, qui est la Lumière du monde. Quant aux docteurs anciens, ceux qui sont plus excitez leur en pourront dire assez pour leur clorre la bouche. Que ce vous soit assez d'avoir Vraye foy asseurée en la seule parole de Jésus-Christ lequel ne peut faillir ne mentir. Et mesme que c'est où les renvoyent tous les docteurs anciens, protestans de ne vouloir estre creus, sinon entant que leur dire sera trouvé conforme à ce qui nous est enseigné de Dieu, et qui est contenu en sa parole.

Sur la matière du sacrement de la Cène , quand ils vous parleront de leur transsubstantiation, il y a responce propre : que toutes ces sentences qu'ils ameinent, encores qu'elles deussent estre entendues à leur sens, ne se peuvent appliquer à la messe. Car, comme il est dit : Cecy est mon corps et mon sang; il est aussy quand et quand adjousté : Prenez, mangez et beuvez tous de ce calice. Or entre eux, il n'y en a qu'un qui mange tout; et encores à Pâques , il n'en donne que la moitié au

peuple. Mais qu'il y a cncores un plus grand mal , qu'au lieu que Jésus-Christ dit : Prenez; ils présument de faire un sacrifice qui doit estre unique et perpétuel. Et ainsy pour s'ayder de ces paroles , il faudroit qu'ils eussent l'usage de la Cène, ce qu'ils n'ont pas. Au reste, tous avez ton sj ours à protester que vous ne niez pas que Jésus-Christ ne nous donne son corps, moyennant que nous le cherchions au ciel. Sur toutes les cavillations qu'ils vous pourroyent amener, vous n'avez sinon à leur déclarer ce que vous avez veu et ouy, sachant bien que c'est Dieu de qui vous le tenez ; car nostre foy seroit bien maigre, si elle estoit fondée sur les hommes. Il n'y a donc rien meilleur, sinon de méditer continuellement la doctrine où gist la vraye substance de nostre chrestienté, afin qu'en temps et lieu vous puissiez monstrer que vous n'avez point creu en vain. Et comme j'ay dit du commencement, si les ennemis de vérité combattent par ambition, de vostre part montrez qu'il vous suffit de donner gloire à Dieu contre leurs ruses et sophisteries. Contentez-vous d'avoir pour vostre bouclier une simple confession de ce que Dieu a imprimé en vostre cœur. Tant moins vous faut-il tourmenter, s'ils usent de calomnies impudentes contre moy ou contre d'autres, puisqu'ils ont licence de mesdire sans raison ne propos. Portons patiemment tous les opprobres et vilenies , qu'ils nous jetteront dessus ; car nous ne sommes pas meilleurs que saint Paul, qui disoit qu'il nous faut cheminer par blasmes et par vitupères. Moyennant que nous facions ce qui est bon, quand on dira mal de nous, c'est assez pour nous descharger. Mais encores quand ils nous imposent telles calomnies , nous avons

bien à rendre grâces à Dieu , quand nous avons nostre conscience pure devant luy et devant les hommes, et que nous sommes hors de toute suspicion mauvaise. Et d'autre part combien que nous soyons povres pécheurs , si pleins de povreté que nous avons à en gémir continuellement , toutes foi s qu'il ne permette aux méchants de mesdire de nous, sinon en mentant; voire pour les condamner de leur propre bouche , d'avoir controuvé de nous ce qu'ils ne doyvent point chercher loin, d'autant qu'il est en eux. Gloritions-nous donc en la grâce de Dieu avec toute humilité , quand nous voyons que ces povres malheureux, comme yvrongnes, se glorifient en leur turpitude. S'il vous fait mal de les ouyr détracter ainsy frauduleusement de moy, vous devez estre bien plus marri de les ouïr blasphémer contre nostre Sauveur et Maistre, auquel tout honneur apartient, quand avec toute l'innocence qui sera en nous , nous sommes dignes d' estre accabléz en toute confusion.

Or cependant consolez-vous en nostre bon Dieu , qui nous a fait la grâce de nous conjoindre totalement avec son Fils et que tous les diables d'enfer et tous les iniques du monde ne nous en peuvent séparer. Esjouissezvous en ce que vous soutenez sa querelle , en bonne conscience , espérant qu'il vous donnera la force pour porter ce qui luy plaira que vous souffriez. Nous avons telle souvenance de vous en nos prières , comme nous devons, en suppliant ce bon Dieu, puisqu'il luy a pieu vous employer à maintenir sa vérité, qu'il vous donne tout ce qui est nécessaire à un office tant honorable ; qu'il vous fortifie en vraye persévérance; qu'il vous donne vraye prudence spirituelle, pour ne chercher

sinon l'avancement de son nom, sans avoir égard à vous, et qu'il se montre tellement vostre protecteur, que vous le sentiez à vostre consolation , et que les autres aussy Paperçoivent pour estre esdifiéz. Tous les frères de par deçà vous saluent en nostre Seigneur, s'esjouissans de ce qu'il a besongné si puissamment en vous , ayans aussi compassion de vostre captivité , et désirant qu'il plaise à ce bon Dieu desployer sa bonté et mercy sur vous. De Genesve, ce 19 de janvier 1551.

Vostre frère en nostre Seigneur,

Jehan Calvin.

AU ROI D'ANGLETERRE * Copie. Bibl. de Geuève. Vol. 107.

Sire, si j'avois à m'excuser vers vostre majesté de la hardiesse que j'ay prise en vous desdiant ces livres que

* Edouard VI, fils d'Henri VIII et de Jeanne Seymour, roi d'Angleterre en 1547, mort, dans sa seizième année, le 8 juillet 4553. Doué d'une raison précoce et d'une vive sensibilité, instruit dans les langues anciennes et dans les littératures étrangères, ce jeune prince ne vécut pas assez pour réaliser les espérances que son avènement au trône avait fait naître. — « Ses vertus, dit l'historien Hume, le rendirent l'objet des plus tendres affections de son peuple. Il unissait à un caractère plein de douceur, une grande application à l'étude et aux affaires, avec une extrême facilité pour apprendre, un esprit très droit et un vif amour de la justice. » — Les lectures pieuses avaient un attrait particulier pour ce prince , dévoué de cœur

je vous fais présenter maintenant, il me faudroit trouver advocat qui portast la parole pour moy. Car tant s'en faultque mes lettres eussent assez de crédit pour ce faire, qu'elles auroient mesme besoing d'excuse nouvelle. Et de faict comme jamais je ne me fusse ingéré de vous adresser les Commentaires que j'ai publié en vostre nom, aussy n'oseroy-je pas maintenant vous escrire, n'estoit la confiance que j'avois desjà conceue que tous les deux seroient bien receus. Car puisque me tenant du nombre de ceux qui mettent peine d'advancer le royaume du Fils de Dieu , vous n'avez point desdaigné de lire ce que je n'avois pas nommément présenté à vostre majesté , j'ay pensé que si en servant à Jésus-Christ mon maistre , je rendoye pareillement tesmoignage de la révérence et affection singulière que je vous porte , je ne pourrois faillir de troubler bon accueil et humain.

Qui plus est, Sire, comme me tenant asseuré que mes lettres auront accès tel que je désire envers vous, je ne feray difficulté de vous prier et exhorter au nom de Celuy auquel vous donnez toute authorité et puissance, de prendre couraige à poursuivre ce que vous avez si bien et si heureusement commencé , tant en vostre personne qu'en Testât de vostre royaume. C'est que le tout soit consacré à Dieu et à nostre bon Sauveur qui nous a si chèrement acquis. Car quant à la réformation com-

à la cause de la Réforme. Calvin lui dédia deux de ses Commentaires : Joannis Calvinl Commentarii in Isaiam prophetam , Eduardo VI, Ànglise Régi, 8 cal. januarii 4551. — Joannis Cahïinl Commentarii in epistolas canonicas. La dédicace du premier de ces Commentaires (25 décembre 4550) nous fournit la dat* de la lettre de Calvin, écrite au mois de janvier 4 554, et portée au roi par le ministre Nicolas des Gallars.

mûrie, elle n'est pas encore si bien establie qu'il ne soit bon mestier de passer oaltre. Et de faict il seroit bien difficile de purger en un jour un si grand abisme de superstition qui est en la papaulté. La racine en est trop profonde, et s'est de longue main tant cstendue, pour en venir si tost à bout. Mais quelle difficulté ou longueur qu'il y ait , l'excellence de l'ouvrage est bien digne que jamais on ne se lasse à la poursuite.

Je ne doubte pas , Sire , que Sathan ne vous mette beaucoup d'empeschcmens au-devant pour vous retarder et refroidir. Vos subjects, pour une grande partie, ne cognoissent pas le bien que vous leur procurez. Les grans qui sonteslevés en honneur, sont quelquefois trop saiges pour spéculer au monde, sans regarder à Dieu. Et journellement il s'eslève de nouveaux combats lesquels on n'avoit point prémédités. Or j'espère bien, Sire, que Dieu vous a garni d'une telle magnanimité et constance que vous ne serez point lassé ni aifoibli pour tout cela. Mais la chose est en soy de si grande importance qu'elle mérite bien qu'on s'y employé par-dessus toutes forces humaines. Et puis quand on s'y sera esvertué jusques au bout, encore y reste-il tousjours besongne taillée.

Nous voyons comment du temps du bon roi Josias qui a singulier tesmoignage du Sainct-Esprit d'avoir faict tout devoir d'un prince excellent en foy, en zèle et en toute saincteté, néantmoins le prophète Zophonie monstre qu'il y avoit encore quelque résidu des superstitions passées, voire en la ville de Jérusalem. Ainsy quoyque vous travaillez avec vostre conseil, à grand peine, Sire, pourrez-vous jamais déraciner entièrement

tout le mal qui mériteroit bien d'estre corrigé. Mais ce vous doibt estre une grande confirmation à vous animer et inciter, et encore que vous ne vinssiez pas à bout de tout , comme il seroit à désirer, ce vous est une consolation très ample, quand vous oyez que la peine qu'a prinse ce bon Roy est un service agréable à Dieu , tellement que le Sainct Esprit magnifie la réformation faicte par luy , comme s'il n'y avoit que redire. Seulement doncq , Sire , tendez au but qui vous est proposé , en exemple de ce sainct roy, afin que vous ayez le tesmoignage non-seulement d'avoir abatu les impiétés répugnantes à l'honneur et service de Dieu , mais aussi d'avoir aboli et raclé tout ce qui ne sert qu'à nourrir superstition. Car quand Dieu veult louer comme à pleine bouche les princes fidèles qui ont restauré et remis audessus la pureté de son service , notamment il adjouste ce mot qu'ils ont aussy rasé les haults lieux afin que la mémoire des folles dévotions s'anéantist.

Vray est, Sire, qu'il y a des choses indifférentes qu'on peult licitement souffrir. Mais si nous fault-il tousjours garder ceste reigle qu'il y ait sobriété et mesure aux cérémonies , en sorte que la clarté de l'Evangile n'en soit obscurcie, comme si nous estions encores soubs les umbres de la loy ; et puis qu'il n'y ait rien sinon accordant et conforme à l'ordre establi par le Fils de Dieu, et que le tout serve et soit propre à l'édification de l'Eglise. Car Dieu ne permect pas qu'on se joue soubs son nom , meslant choses frivoles parmi ses sainctes et sacrées ordonnances. Or il y a des abus manifestes qui ne sont à supporter, comme de prier pour les âmes des trespassés,* connue de mectre en avant à Dieu l'intercession des

saincts en nos prières, comme de les adjoindre à Dieu en jurant. Je ne double pas, Sire, que vous ne soyez adverty que ce sont aultant de corruptions de la vraye chrestienté. Je vous suplie au nom de Dieu qu'il vous plaise y tenir la main, à ce que le tout soit réduict à sa droicte intégrité.

Il y a un autre poinct , Sire , qui doibt vous estre en singulière recommandation , à sçavoir que les paoures trouppeaux ne soient destitués de pasteurs. L'ignorance et barbarie a esté si lourde en ceste mauldite papaulté , qu'il n'est pas aysé de recouvrer du premier coup gens propres et idoines à faire cest office. Toutesfois la chose vault bien qu'on y prengne peine , et que vos officiers , Sire, ayent l'œil dessus, comme il aparticnt. Sans cela toutes les bonnes et sainctes ordonnances que vous pourrez faire ne profiteront guères pour réformer les cœurs à bon escient.

Au reste d'aultant que les escholes sont la semence des pasteurs , il est bien besoing de les tenir pures et nettes de toutes mauvaises herbes. Je dis cecy, Sire, pource qu'en vos universités, à ce qu'on dit, il y a plusieurs jeunes gens nourris de bourses fondées , lesquels au lieu de donner bon espoir de servir à l'Eglise, monstrent plus tost signe d'y vouloir nuire et la ruiner, ne dissimulant pas qu'ils ne soyent contraires à la vraye religion. Parquoy, Sire, je vous supplie de rechef au nom de Dieu qu'il vous playse y donner quelque ordre, à ce que le bien qui doibt estre comme sacré ne soit converty à usage profane , et tant moins à nourrir bestes venimeuses qui ne demanderoient qu'à tout infecter à l'advenir. Car par ce moyen l'Evangile seroit tousjours rc-

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culé par les escholes qui en doibvent estre comme les piliers.

Cependant, Sire, tous bons cueurs louent Dieu et se sentent grandement obligés à tous de ce qu'il tous a pieu de Tostre grâce octroyer églises à tos subjects qui sont de langue française et allemande l. Quant à l'usage des sacremens et ce qui concerne Tordre spirituel , j'espère que la permission qu'il tous a pieu leur en faire aura son effect. Toutesfois, Sire, je ne me puis tenir de tous en prier encores, sçachant combien cela est nécessaire, non-seulement pour le repos et contentement des bons qui désirent de serrir à Dieu, et vivre paisiblement en vostre obéissance, mais aussi pour tenir en bride gens vagabonds et desbauebés, s'il s'en retirait en vostre royaume.

Je sçay bien , Sire , que vous avez gens de sçavoir exquis à vostre commandement qui vous pourront déchirer ces eboses de bouche beaucoup mieulx que moy par lettres; aussy qu'en vostre conseil vous avez gens de

4 « Le privilège octroyé par le roi Edouard VI à l'église des protestants étrangers instituée a Londres, 4550. » La patente royale s'exprimait ainsi : — « ...Considérant que c'est l'ofUce d'un prince chrétien, pour bien administrer son royaume, de pourvoir à la religion et aux malheureux affligés et bannis à cause d'elle, nous vous faisons savoir que, ayant pitié de la condition de ceux qui depuis assez longtemps demeurent dans notre royaume, et y viennent journellement, de notre grâce spéciale... voulons et ordonnons qu'il y ait dorénavant dans notre cité de Londres un temple appelé le temple dn Seigneur Jésus, où l'assemblée des Àllemans et des autres étrangers puisse se tenir et se célébrer, dans le but que par les ministres de leur Eglise, le saint Evangile soit interprété purement, et les sacremens administrés selon la parole de Dieu et l'ordonnance apostolique. »

prudence et de zèle pour advancer tout ce qui est expédient. Entre les aultres, je ne doubte pas que Monsieur le duc de Sommerset ne mecte peine de poursuyvre ce à quoy il s'est fidèlement employé jusques icy. Mais je croy. Sire, que tout cela n'empeschera pas que ne receviez humainement ce que vous congnoistrez estre procédé d'une mesme source.

Au reste, Sire, pource que je crains de vous avoir desjà ennuyé par ma trop grande prolixité, je vous prie qu'en cest endroit comme au reste il vous plaise m'excuser et pardonner de vostre bénigne grâce, à laquelle très humblement je supplie estre recommandé , après avoir supplié nostre bon Dieu et Père de vous raainctenir en sa saincte protection, vous guider par son Esprit et faire que son nom soit de plus en plus glorifié par vous. De Genève (Janvier 1551 ).

A MONSIEUR DE FALAIS •

Orig. autographe. Bibl. de GenCve-lVol. iw.

Monseigneur, je vous prye qu'il vous plaise me mander en un mot si je dois consentir à Monsieur de Paray, qu'il retourne en Italie. De sa commission, je le despescheray comme impossible. Mais la difficulté est, s'il doit faire le messaigc ou non, craignant qu'il ne s'esgare

* Vpir U note de 1* lettre du î4 décembre 4550, p. 344.

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par les chemins; toutefois il ne semble pas qu'il veuille la ne que bien. Mais je vous prye m'en mander vostre aii>is. ^uant au passé, ayant ouy tout ce qu'il allègue, je u\ trouve pas grant raison, tellement qu'il a besoing dVstre teuu Je près, de peur de ses mélancbolies. Au reste» s'il vous en souvient, il semble que je feusse kIvmh en disant comme il se porterait à son arrivée. tVtuvo que j'ay baste, après m'estre affectueusement recommandé à la bonne grâce de vous, de Madamoisclle» je supplieray nostre bon Dieu vous avoir en sa protection v et vous faire sentir en toutes sortes qu'il a nou^ do vous. De Genesve, ce 22 mars 1551.

Vostre serviteur et humble frère,

Jéhan Calvin.

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