A MONSIEUR LE DUC DE SOMMERSET
Copie. Bibl. de Zurich. Coll. Simicr, vol. 7S.
Monseigneur, je ne vous sçaurois assez remercier du recueil tant humain que mon homme a trouvé envers
• Voir la lettre au roi d'Angleterre, du mois de janvier, p. 325. |,o ministre Nicolas des Gallars, chargé d'offrir au roi les lettres i«| Ii»h Commentaires de Calvin, avait trouvé l'accueil le plus flatteur u lu cour. On lit dans une lettre de Calvin à Farel : « Rediit (amen ex Anglia Sicolaus... Se tam amanter ac bénigne exceptum fuisse litirrat, ut jure milii gratuler laborem optime collocatum. Quum iluei Sommerseti Hteras meas dédisse t, atque altéras quoque ad re^ein uïxtehet se habere, ipse offerendi partes ultro suscepit, ac
vous , non-seulement à ce qu'il vous a pieu prendre la peine d'offrir mes livres au roy, mais de tout le reste, en quoy vous pouviez déclairer une singulière affection d'amitié, que, de vostre grâce, vous aviez desjà assez monstrée cy-devant. Quant à l'enfant que vous avez receu à vostre service , je n'eusse point prins la hardiesse de vous en escrire; sinon que j'eusse pensé qu'il avoit adresse de plus grand bien , comme aussy on s'y attendoit. Mais d'autant plus en suis-je obligé à vous, quand je voy que ma faveur a valu quelque chose en cest endroit. Mais pource que tout ce que j'en sçaurois escrire seroit bien maigre auprès de ce qui est en mon cœur, et aussy que vos bienfaits méritent, j'ayme mieulx me déporter de vous eu faire plus long propos. Seulement je vous prie, Monseigneur, de me tenir tellement du tout vostre, que si j'avois moien de vous faire de bons services, il ne tiendroit pas à m'y employer que vous n'eussiez approbation d'un meilleur vouloir que je ne le puis exprimer. Je vous eusse fait ces excuses plus tost, ou bien ces remerciemens , s'il vous plaît les tenir pour tels, n'eust esté le désir que ce gentil homme avoit de vous présenter mes lettres. En quoy aussy j'aperçois l'amitié qu'il vous plaît monstrer envers moy, quant ceulx qui méritent bien d'avoir accez envers vous, espèrent d'estre très bien venus par le moien de mes lettres.
Cependant, Monseigneur, je ne cesseray de vous re-
postridie in aulam profectus est. Nisi mihi verba dantur , cum regio consilio perplacuit munus, tum vero regem ipsum mira perJudU lœtiiia... Hoc mihi longe gratius quam si ingenti pecuniœ summâ ditatus forem. » Calvinus Farello, 45 junii 4551.
commander ce qui vous est de soy assez cher et précieux, (Test que vous procuriez tousjours et mectiei peine que Dieu soit droictement honoré et servy; surtout qu'il se dresse meilleur ordre en l'Eglise qu'il n'y est pas encores. Combien qu'il ne soit pas aisé de recouvrer gens propres et idoynes pour faire cest office, toulesfois, à ce que j'entens, il y a deux grands empeschemens auxquels il seroit nécessaire de proveoir : l'un est que les revenus des universités qui ont esté fondés pour nourrir les escholiers sont mal distribués en partie* Car plusieurs sont nourris de bourses, qui font profession manifeste de résister à l'Evangile ; tant s'en fault qu'ils donnent espérance de maintenir ce qui aura esté là édifié, à grande peine et travail.
Le second mal est que le revenu des cures est distraict et dissipé, ensorte qu'il n'y a point pour nourrir gens de bien qui seroient propres à faire l'office de vrays pasteurs. Et par ce moien on y mect prestres ignorans, qui emporte une grande confusion. Car la qualité des personnes engendre un grand mespris de la Parole de Dieu; et puis quand ils auroient toute l'authorité du monde, il ne leur chault guères de s'acquiter. Je vous prie doneques, Monseigneur, de faire tousjours advancer en mieulx la réformation, et luy donner fermeté permanente à ce qu'elle tienne ; qu'il vous plaise employer toutes vos forces à la correction de cest abus. Je croy bien qu'il n'a pas tenu à vous que les choses n'ayent esté mieulx réglées de prime face. Mais puisqu'il est bien difficile d'avoir du premier coup un estât si bien dressé qu'il seroit à désirer, il reste de tousjours insister pour parfaire avec le temps ce qui est bien commencé*
Il ne doibt pas faire mal à ceux qui tirent aujourd'huy profit du bien des églises, que les pasteurs aient nourriture suffisante, veu que chascun se doibt efforcer de les nourrir du sien propre, quand il n'auroit point de quoy du publicq. Mesmes ce sera leur profict de s'en acquiter, car ils ne pensent pas prospérer en fraudant le peuple de Dieu de la pasture spirituelle, en ce qu'ils privent les églises de bons pasteurs. Et de vostre part, Monseigneur, je ne doubte pas, quand vous aurez fidellement travaillé à réduire ces choses en ordre, que Dieu ne multiplie d'autant plus ses bénédictions en vous. Mais pource que je me tiens asseuré que vous estes si bien affectionné de vous-mesme qu'il n'est jà besoing en faire plus longue exhortation , je feray fin , après avoir supplié nostre bon Dieu qu'il luy plaise vous conduire tousjours par son Esprit et vous augmenter en tout bien, et faire que son nom soit de plus en plus glorifié par vous. Ainsy, Monseigneur, je me recommande bien humblement à vostre bonne grâce. De Genesve, ce 25 de julict 1551.
Jehan Calvin.