AUX CINQ PRISONNIERS DE LYON
MARTIAL ALBA, PIERRE ESCRIVAIN , CHARLES FAURE , PIERRE NAVIHÈRES , BERNARD SEGUIN *
Imprimée. Histoire des Martyrs, L. IV, p. 225
Mes très chers frères , j'ay différé de vous escrire
1 Ce passage semble indiquer une édition desPsauraes, traduits en vers français par Théodore de Rèze , antérieure à celle dont il est fait mention par Senebier, Histoire littéraire de Genève, t. I, p. 289 : Septante-neuf pseaulmes mis en rithme française, quarante-neuf par Clément Marot, avec le cantique de Siméon et les dix commandements, in-24, Genève, chez Simon de Bosc, 4556. M. Picot, Hist. de Genève, t. II, p. 7, mentionne une édition des Psaumes, publiée en 1554. On sait que la première édition complète, à l'usage des églises réformées, parut à Lyon, en 1562, avec privilège du roi.
* Au mois d'avril 1552, cinq jeunes Français, instruits à l'école de
jusques icy, craignant que si les lettres avaient quelque mauvaise rencontre, ce ne fust occasion nouvelle aux ennemys de vous affliger plus durement. Et aussi j'estoys bien adverty que Dieu besongnoit tellement en vous par sa grâce, que vous n'aviez pas grande nécessité de mes lettres. Cependant nous ne vous avons point oublié, ne moy ne tous les frères de par deçà, en tout ce que nous avons peu faire pour vous. Si tost que vous fustes prins, nous en eusmes les nouvelles, et sceusmes comment et par quel moyen cela estoit advenu. Nous avons procuré qu'en diligence on envoyast au secours; maintenant nous attendons response de ce qu'on aura impétré. Ceux qui peuvent quelque chose envers le prince es mains duquel Dieu a mis vostre vie, s'y sont fidèlement employéz, mais nous ne sçavons encore combien la poursuite aura profité. Cependant tous les enfants de Dieu prient pour vous, comme ils y sont
théologie de Lausanne et voués aux fonctions du ministère, se disposaient à retourner dans leur patrie. C'étaient Martial Alba, de Montauban, Pierre Ecrivain, de Gascogne, Charles Faure, de Blanzac en Angoumois, Pierre Navihères, du Limousin, et Bernard Seguin, de la Réole. Après avoir passé quelques jours à Genève, ils prirent le chemin de Lyon et rencontrèrent au bourg de Colonges, près de L'Ecluse, un étranger qui s'offrit à faire route avec eux. Ils y consentirent sans concevoir aucun soupçon. Arrivés à Lyon, ils se séparèrent de leur compagnon de voyage, qui les pressa de le visiter dans son logis d'Ainay. Ils s'y rendirent sans défiance, furent arrêtés et conduits dans les prisons de l'officialité. Telle fut l'origine d un long et douloureux procès, qui tint longtemps les Eglises de la France et de la Suisse en suspens, et durant lequel l'acharnement des juges ne fut égalé que par la constance des victimes. Au premier bruit de l'arrestation des cinq étudiants, l'Eglise de Genève s'émut et prodigua aux captifs, par la voix de Calvin, les témoignages de la plus vive sympathie.
tenus, tant pour la compassion mutuelle qui doit estre entre les membres du corps, que pource qu'ils savent bien que vous travaillez pour eux, maintenant la cause de leur salut. Nous espérons quoy qu'il en soit, que ce bon Dieu donnera heureuse issue à vostre captivité , en sorte que nous aurons de quoy nous resjouir. Vous voyez à quoy il vous a appelés; ne doutez pas, selon qu'il vous employera, qu'il ne vous donne force d'accomplir son œuvre , car il Ta promis , et nous avons assez d'expérience, comme il n'a jamais deffailli à ceux qui se sont laissé gouverner par luy. Mesme vous en avez desjà approbation en vous, car il a déclaré sa vertu en ce qu'il vous a donné une telle constance pour résister aux premiers assauts. Confiez-vous donc qu'il ne laissera point l'ouvrage de sa main imparfait. Vous savez ce que l'Ecriture nous met au-devant, pour nous donner courage de batailler pour la querelle du Fils de Dieu ; méditez ce que vous en avez ouy et vu par cydevant pour le mettre en pratique. Car tout ce que je vous en sçauroys dire, ne vous pourroit guères servir, s'il n'estoit puysé de ceste fontaine. Et de faict il faut bien un plus ferme appuy que les hommes, pour nous rendre victorieux par-dessus des ennemis si robustes, comme sont le diable, la mort et le monde; mais la fermeté qui est en Jésus-Christ est assez suffisante à cela, et tout ce qui nous pourroit esbranler, si nous n'estions fondéz en luy. Sacha n s donc à qui vous avez cru , montrez quelle authorité il mérite qu'on luy donne.
Pource que j'espère vous escrire encore cy-après , je ne vous ferai à présent plus longue lettre. Seulement je respondray en bref aux articles, dont le frère Bernard
m'a demandé résolution. Touchant des vœux, nous àvons à tenir ceste règle qu'il n'est pas licite de vouer à Dieu, sinon ce qu'il approuve. Or est-il ainsy que les vœux monastiques ne tendent qu'à une corruption du service d'iceluy. Pour le second, nous avons à tenir que c'est présomption diabolique à un homme de vouer outre la mesure de sa vocation. Or l'Escriture nous déclare que le don de continence est particulier, tant au dix-neuviesme de saint Matthieu qu'au septiesme de la première aux Corinthiens. Il s'ensuit donc que ceux qui se mettent en lieu et nécessité de renoncer au mariage pour toute leur vie, ne peuvent estre excuséz de témérité, et qu'en ce faisant, ils tentent Dieu. La chose se pourroit bien desduire plus au long, en disant qu'il faut considérer qui est celuy auquel on voue, quelle est la chose, et tiercement qui est le vouant. Car Dieu est trop grand Maistre pour se jouer à luy, et Phomme doit regarder sa faculté ; et de présenter sacrifice sans obéissance, ce n'est que toute pollution. Toutesfois ce seul point vous pourra suffire, de leur remontrer que c'est un don spécial de se pouvoir contenir, et tellement spécial qu'il n'est que temporel à beaucoup. Parquoy celuy qui l'aura eu pour trente ans, comme Isaac, ne l'aura point pour le reste de sa vie. De là vous pouvez conclure que les moines s' obligeant à ne se marier jamais, attentent sans foy de promettre ce qui ne leur est point donné. Quant à leur pauvreté, elle est du tout contraire à ce que nostre Seigneur Jésus commande aux siens.
Touchant de la nature d'un corps glorifié, vray est que les qualitez y sont changées, mais non pas toutes. Car il
convient distinguer entre les qualitéz qui procèdent de la corruption du péché, et celles qui sont propres et inséparables à la nature du corps. Sainct Paul au 3me des Philippiens dit : Que nostre corps abject ou infirme , sera rendu conforme au corps glorieux de Christ. Par ce mot d'humilité ou Tapinosis, il marque quelles qualités nous portons aujourd'hui en nos corps, lesquelles seront changées ; assavoir, celles qui seront de Testât corruptible et caduque de ce monde. Et à ce propos S. Augustin dit, In epistola ad Dardanum, qui est en nombre, la 57 : Venturus est in eadem carnis forma atque substanr
tia ; eut profectà immortalitatem dédit , naturam non abstuiit. Secundum hanc formant non putandus est ubique
diffusus. Il poursuit cest argument plus au long, déclarant que le corps de Christ est contenu en ses dimensions. Et de faict nos corps ne seront poinct glorifiez pour estre par tout, lesquels toutefois auront ceste conformité dont parle sainct Paul. Quant au passage de l'Apocalypse, les mots sont tels au chapitre cinquième : Audivi omnem creaturam quœ in cœlo est, et super terram, et sub terra , et quœ sunt in mari , omnes audivi dicentes : Sedenti in throni et Agni benedictio , honor et gloria. Or, tous voyez que c'est une cavillation puérile d'appliquer cela aux âmes du Purgatoire. Car plus tost sainct Jean entend par figure qui se nomme Prosopopœia , que les poissons mesmes bénissoyent Dieu. Quant aux passages des Docteurs , renvoyez vos gens à PEpistre vingt-septième de S. Augustin Ad Bonifacium, où il traite en la fin : Quàd Sacramenta simili tudinem quamdam habeant earum rerumquas figurant. Quô fit,ul, secundum aîiquem moduniy Sacramentum corporis Christi, corpus Christi
sit. Item ce qu'il traita au livre troisième, De Doctrina christiana, où il dit entre autres choses au chapitre cinquième : Ea demum miserabilis est animœ semitus , signa pro rébus accipere, et supra creaturam corpoream oculum mentis ad hauriendum œternum lumen non levare. Item, chapitre neuvième : Agnoscit fidelisquo referantur mysterium Baptismi , et corporis et sanguinis Domini celebratio, ut ea non carnali servitute sed spirituali potius libertate veneretur. Ut autem Uteram sequi et signa pro rébus signatis accipere , servilis infirmitatis est , ita inutiliter signa interpretari, maie vaganiis erroris est. — Je ne vous en amasse point d'autres, pource que ceulx-là vous pourront bien suffire. Faisant donc fin , je prye nostre bon Dieu qu'il luy plaise vous faire sentir en toustes manières que vaut sa protection sur les siens, vous remplir de son Sainct-Esprit qui vous donne prudence et vertu, et vous apporte paix, joye et contentement; et que le nom de nostre Seigneur Jésus soit glorifié par vous à l'édification de son Eglise. De Genesve ce iOme de Juin 1552.
AU ROI D'ANGLETERRE * Orig. autographe. British Musœum. Fonds Harley, n» 6989, art. 83.
Sire , combien que je doibs craindre d'importuner vostre majesté , et que pour cela aussi je m'abstiens de vous escrire plus souvent, toutesfois j'ay prins la hardiesse
* Calvin écrivit cette lettre au roi Edouard VI eu lui dédiant
de vous envoier avec mes lettres une briesve exposition que j'ay faicte sur le psaulme 78 \ espérant que vous y prendriez plaisir, et que la lecture aussi vous en profitera beaucoup. Comme je l'exposois quelque jour au peuple en sermon , l'argument me sembla tant propre pour vous , que je feuz incontinent esmeu d'escrire la somme telle que vous verrez , quand il plaira à vostre majesté d'y employer seulement une heure de temps. Vray est que je traicte la matière en général , sans l'adresser à vostre personne. Mais si n'ay-je eu esgard qu'à vous en Inscrivant, comme de faict en l'appropriant selon vostre prudence à vostre usaige, vous trouverez qu'il contient une leçon et doctrine bien utile à vostre majesté.
Vous sçavez, Sire, combien il est dangereux aux Roys et aux princes que la haultesse en laquelle ils sont eslevéz ne leur esbloisse les yeux et ne les amuse icy-bas, en leur faisant oublier le royaulme des cieux , et je ne doubte pas que Dieu ne vous ayt tellement adverty de ce mal pour vous en préserver , que vous le considérez cent fois mieux que ceux qui en font l'expérience sans le sentir. Or au pseaulme présent, il est parlé de la noblesse
l'opuscule suivant : Quatre sermons de M. Jêhan Calvin traitans des matières fort utiles pour nostre temps, avec briesve exposition du psaume LXXXVll. Genève, 1552, in-8°; inséré au Recueil des Opuscules, p. 824. Ces quatre sermons ont été traduits à plusieurs reprises en anglais. Dans le premier, Calvin exhorte les fidèles à fuir l'idolâtrie ; dans le deuxième, il les encourage à tout souffrir pour Jésus-Christ; dans le troisième, il leur représente combien ils doivent s'estimer heureux de servir Dieu purement; dans le dernier, il leur montre que cette liberté ne peut s'acheter à un trop haut prix.
1 Erreur dans l'original : c'est 87 qu'il faut lire.
DÊ CALVIN. 347
et dignité de l'Eglise , laquelle doibt tellement ravir à soy et grans et petits, que tous les biens et honneurs de la terre ne les retiennent, ny empeschentqu'ilsne prétendent à ce but d'estre enrolléz au peuple de Dieu. C'est grand chose d'estre Roy, mesme d'un tel païs ; toutefois je ne doubte pas que vous n'estimiez sans comparaison mieux d'estre chrestien. C'est doncq un privilège inestimable que Dieu vous a faict, Sire, que vous soyez Roy chrestien , voire que vous luy serviez de lieutenant, pour ordonner et maintenir le royaulme de Jésus- Christ en Angleterre. Voilà comme en recongnoissant le bien tant singulier que vous avez receu de sa bonté infinie, vous debvez bien estre incité à emploier toutes vos forces à ce qu'il soit honoré et servy, donnant exemple à vos subjects de faire hommage à ce grand Roy , auquel vostre majesté n'a point honte de s'assubjectir en toute humilité et révérence, soubz le sceptre spirituel de son Evangile. Si jusques icy vous l'avez faict tellement que nous avons de quoy en glorifier ce bon Dieu, le pseaulme présent vous servira tousjours de confirmation et déboucher. Cependant je vous supplie, Sire, que ce peu d'escrit me serve de protestation et tesmoignage envers vostre majesté, du bon désir que j'aurois à m'emploier à faire mieux, quant le moien m'en seroit donné.
Sire, après m'estre très humblement recommandé à vostre bonne grâce , je supplie nostre bon Dieu de vous remplir des dons de son Sainct-Esprit , vous guider en toute prudence et vertu, vous faire prospérer et fleurir à la gloire de son nom. DeGenesve, ce 4 de Juliet 1552.
Vostre très humble et obéissant serviteur ,
Jéhan Calvin.
A JEAN L1NER * Copie. Bibl. de Genève. Vol. 107.
Très cher seigneur et frère, nous avons tous grâces à Dieu de ce qu'il vous a choisy pour ai pauvres frères qui sont là détenus en prison pa nemys de la foy, et vous a tellement fortifié pa. de son Esprit que vous n'y espargnez rien. J nous avons de quoy luy rendre grâce, car il ] gnoistre que ceste œuvre est sienne et que c'e^ qui vous y a conduict et gouverné. Vous a\ vous resjouyr de l'honneur qu'il vous a fan emploiant à ung service tant digne et honorai donnant grâce d y fournir. Car combien que fidelles qui sont persécutéz pour l'Evangile, : priséz et rejectéz des hommes, si sçavons-noi Jes tient comme des perles ; ainsi qu'il n'y luy vienne plus à gré que quant nous mett
* Lettre sans adresse, mais évidemment relative, c vent sa date et son contenu, au procès des cinq étu sanne. — Voir la lettre du 10 juin et la note p. 34 sonnage auquel écrit Calvin est sans nul doute Je marchand de Saint-Gall, fixé à Lyon, qui visita souv dans leur cachot, entreprit pour eux plusieurs voyage (ligua, durant tout leur procès, les témoignages de l; tion. Histoire des Martyrs, L. IV, p. 230, 234 . Ji dans sa patrie, y vécut jusqu'à un âge très avancé Charles de Jonvillers, secrétaire de Calvin, une conservée de nos jours à la Bibliothèque de Saint
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doubte ont réîrie soit lire qu'il e le proplus harnelle avec auvais que ions à ceste tel langage feront toutes -is persuader ar cela seroit i teste, de la e nous accous- ;o cecy pour le î pour la vierge tgnorans en leurs en cela, monstreier l'Eglise.
j, c'est chose frivole aonneur à ces bestes eu que c'est ung mot e de pape ne convient .pé le siège de Dieu. Je ; affection, suivre ce qui Le principal du différent çay qu'il fault bien distin-
iége abominable et mauldit.
je ne laisseray point de pourchasser vostre bien. Mais je suis contraint de tous en advertir, pource que telles fasçons de faire ne sont que pour ruiner plus tost que pour édifier. Et puis combien que j'ensevelisse telles choses, je ne puis empescher que beaucoup de gens de bien n'en soient offensés. Si ceux qui vous ont es m eu ces combatz ont prins occasion sur la diversité des cérémonies, comme M. A Lasco m'a mandé l, ils ont mal entendu en quoy consiste la vraye unité des chrestiens, et comme chacun membre se doibt conformer au corps de r Eglise en laquelle il vit. Vray est que si on a veu quelque forme diverse qu'on trouve meilleure, qu'il sera bien licite en devisant premièrement avec le pasteur, de luy en dire ce qu'on en pense, moiennant qu'on s'accommode à l'usaige du lieu auquel on est, sans appeler nouveauté, mais gardant paisiblement tout ordre qui n'est point répugnant à la parolle de Dieu. Or comment y ont procédé les deux dont il est question , je ne sçay sinon que je tiens bien au tesmoignage qui m'en a esté rendu. C'est qu'il y a eu de l'inconsidération par trop, et qu'ils n'y ont tenu ne mesure ny modestie telle qu'ils debvoient. Mais je dy cecy pource qu'il est bon de redresser telles gens par douceur, plus tost que d'augmenter le mal par remèdes trop violents. Non pas que je veuille dire qu'ils ayent esté trop aigrement traités, mais pource qu'il m'a esté rapporté, encores que je n'y adjouste point de foy. Je croy que vous ne prendrez point
1 A Lasco avait composé un livre intitulé : Toute la forme et matière du ministère ecclésiastique en l'église des étrangers, dressée à Londres par le prince très fidèle Edouard Vt.
mal que je vous en advertisse veu que cela ne vous porte nul préjudice.
Quant aux autres points qu'ils ont débatu, je ne doubte pas qu'il n'y ait eu de F ignorance en ce qu'ils ont réprouvé ceste façon de parler que la vierge Marie soit mère de Dieu , et avec l'ignorance il se peut faire qu'il y ait eu témérité et audace trop grande, comme le proverbe ancien dit que les plus ignorans sont les plus hardis. Cependant pour aller en rondeur fraternelle avec vous, je ne puis dissimuler qu'on trouve mauvais que ce tiltre soit ordinairement attribué aux sermons à ceste vierge, et de ma part je ne sçaurois trouver tel langage ne bon, ne propre, ne convenable. Aussy le feront toutes gens de sens rassis , parquoy je ne me puis persuader qu'il y ait un tel usage en vostre Eglise, car cela seroit autant comme de parler du sang, de la teste, de la mort de Dieu. Vous sçavez que l'Escriture nous accoustume à ung aultre stile, mais il y a pis en cecy pour le scandale , car de dire la mère de Dieu pour la vierge Marie, ne peut servir qu'à endurcir les ignorans en leurs superstitions. Et celuy qui se plairoit en cela, monstreroit bien qu'il ne sçait que c'est d'édifier l'Eglise.
Quant au nom d'évesque de Rome, c'est chose frivole de s'y amuser. Nous faisons trop d'honneur à ces bestes cornues de les appeler évesques , veu que c'est ung mot trop honorable pour eux. Le tiltre de pape ne convient non plus à ce brigant qui a occupé le siège de Dieu. Je vouldrois en cela, sans quelque affection, suivre ce qui seroit communément receu. Le principal du différent est de la prière formelle. Je sçay qu'il fauit bien distinguer entre la personne et le siège abominable et mauldit. i. 23
Mais il me semble que ceux qui prient nommément pour celuy qui porte une telle marque de réprobation, sont de grand loisir. Je n'impose loy à nul , mais il seroit bien à désirer que la sobriété de nos prières monstrast quelle révérence nous portons au nom de Dieu. Je parle en telle liberté , comme vous le devez souffrir en vostre frère, et aussy j'espère que le souffrirez. Car je seray bien prest d'estre admonesté de vous, quand vous ne trouverez pas bon ce que je vous en escris. Au reste quant vous y aurez bien pensé , et que chascun se voudra ranger à la vérité sans contention, l'accord, comme j'espère , sera bien facile entre nous. Au reste si ceste fascherie vous a esté dure, aiez compassion de nous qui avons icy journellement de bien plus rudes alarmes à soustenir. Et de mon costé je prieray nostre bon Dieu , comme je fays, qu'il luy playse vous augmenter de plus en plus les grâces de son Esprit, faire profiter vos labeurs, et vous tenir la main forte au régime qu'il vous a commis. Autant en feront mes frères, comme je sçay qu'ils y sont affectionnés. De Genesve, ce 27 septembre
AUX SEIGNEURS DE GENÈVE * Minute originale corrigée par Calvin. Bibl. de Genève. Vol. 14*.
Response de Jéhan Calvin ministre de la parolle de Dieu en l'Eglise de Dieu, présentée ce jeudy 6 d'octobre
* Au dos, de la main de Calvin : La cause contre Trolliet. Trolliet, de Genève, esprit inquiet et frondeur, se fit d'abord er-
Df CALVIN. 355
1552 à nos magnificques seigneurs messieurs les syndiques et conseil, contre Tescript produict lundy prochainement passé par le seigneur Troullet.
Premièrement, Messieurs, quant à ce qu'il appelle son escript soutènement de la dispute qu'il a eue contre moy, je ne sçay à quoy il prétend ni à quel à propos il dict cela, sinon pour acquérir réputation envers les ignorans de ce qu'il aura disputé contre Jéhan Calvin. Et vos Excellences sçavent quelle fut toute la procédure, c'est qu'il demeura confus, n'ayant que répliquer, sinon qu'il ne l'entendoit pas. Parquoy il seroit bon qu'il se déportast de ceste gloire laquelle l'a incité desjà par trop à donner trouble et fascheric sans raison , tant à luy qu'aux aultres. Car s'il eust cheminé en modestie telle qu'il devoit selon sa mesure, jamais n'eust esmeu ceste contention.
Mais le principal est de ce qu'il faict semblant de soustenir ce qu'il a amené contre moy, et toutesfois desmite en Bourgogne, et vécut en affectation de sainteté! Lassé bientôt de ce rôle, il reparut à Genève et sollicita les fonctions du ministère, dont il fut écarté par l'influence de Calvin auquel il voua une haine irréconciliable. H se fit des lors remarquer, dans les rangs du parti des libertins, par la violence de ses attaques contre le réformateur. Il incrimina ses écrits et s'offrit à prouver que, dans le livre de Y Institution chrétienne, Calvin avait fait Dieu auteur du péché. Ces accusations répétées à l'envi par les adversaires de la Réforme, et spécieusement revêtues de l'autorité de Mélanchthon, provoquèrent de vifs débats qui ne furent apaisés qu'à demi par la sentence des seigneurs de Genève, qui approuvèrent l'Institution chrétienne, tout en déclarant Trollîet « homme de bien, » par ménagement pour le parti auquel il appartenait. Toutes les pièces relatives à la controverse de Calvin avec Trolliet se trouvent réunies au vol. U5 des Mss. de la Bibl. de Genève.
guise le tout. Car le différent lequel fut débattu, le premier jour de septembre, estoit qu'il m'imposoit que je fais Dieu autbeur de péché, ce que je niois, voire avecques telle protestation qu'un tel crime méritoit, car c'est un blasphème par trop exécrable. Sur quoy il s'efforça de le prouver, alléguant les passages qu'il récite en son escript. Par quoy le poinct de nostre cause gist en cela, si j'ay faict Dieu cause de mal et de péché, ou non , comme il l'a maintenu en vostre présence plus de dix fois. Et sans cela il n'y avoit nulle difficulté quant au premier poinct. Car je ne désadvoue point ce que j'ay escript. Mais je dy que nous devons avoir en horreur d'appliquer le mot de péché à Dieu, veu qu'en iuy il n'y a rien que toute équité et justice, mesme qu'il en est la reigle et la fontaine. Parquoy je m'esbays qu'il n'a point eu honte de le nyer. Quoy qu'il en soit s'il est obstiné en sa négative, je requiers, comme le droict et la raison le veult, qu'il vous plaise devant que passer oultre, commander à vostre secrétaire de m'en donner acte. Car je ne puis et ne doibs souffrir qu'un tel blasme m'aict esté (improperè?), sans que j'en sois purgé comme il apartient.
Au reste aux sentences qu'il mect en son récit extraictes de mon Institution, il me faict grand tort, pour ce que ce sont propos couppéz et rompus. Et mesmes il fourre et mesle parmy la doctrine qui est de moy, les objections qui sont là faictes en la personne des blasphémateurs. Desjà il devoit avoir grand'honte quand je remonstray que par ce moyen on pourroit imputer à sainct Paul qu'il a appelle Dieu injuste. Mais ce qu'il persiste en une telle façon de faire, n'est nullement à supporter.
Parquoy ce qu'il amène du feuillet 461 en la première page, est mal couché, et contre la vérité de mon intention, veu qu'il entasse là ce que je récite des meschans, lesquels je réprouve et condamne \
Cependant je confesse assez que j'ay escript que Dieu non-seulement a préveu, mais aussy a ordonné la cheute d'Adam, ce que je maintiens estre vray %non sans bonnes raisons et tesmoignages de l'Escripture saincte. Partie adverse, sans toucher aux preuves que j'amène, dict que j'ay mal parlé, et n'amène rien pour monstrer qu'ainsy soit, sinon qu'il luy plaist d'en conclurre ainsy. Advisez, Messieurs, si cela est équitable.
1 « Puisque nous sommes tous corrompus et contaminéz en vices, il ne se peult faire que Dieu ne nous ait en haine, et ce non pas
d'une cruaulté tyrannique, mais par une équité raisonnable Que
tous les enfans d'Adam viennent en avant pour contendre et débattre contre leur Créateur, de ce que par sa Providence éternelle, devant leur nativeté, ils ont esté dévouéz à calamité perpétuelle. Quand Dieu au contraire les aura amenéz à se recongnoistre, que pourront-ils murmurer contre cela? S'ils sont tous prins d'une masse corrompue, ce n'est donc point de merveille s'ils sont assubjettis à damnation. Qu'ils n'accusent donc point Dieu d'iniquité, d'autant que par son jugement étemel ils sont ordonnéz à damnation , à laquelle leur nature mesme les mène. » Institution de la religion chrétienne, édit. de 4551, p. 464.
* » Le premier homme est cheu, pource que Dieu avoit jugé cela estre expédient. Or pourquoi il l'a jugé, nous n'en savons rien. Si est-il néantmoins certain qu'il ne l'a pas jugé, sinon pour ce qu'il voyait qu'il faisoit à la gloire de son nom... L'homme donc trébusche, selon qu'il avoit esté ordonné de Dieu, mais il trébusche par son vice. » Instit. de la relig. chrét., édit. de 1554, p. 463.
« Combien que par la Providence éternelle de Dieu l'homme a esté créé pour venir en ceste misère en laquelle il est, il a néantmoins pris la matière d'icelle de soy-mesme, et non pas de Dieu. Car il n'est péri pour aultre cause , sinon pource qu'il a dégénéré de la pure nature que Dieu lui avoit donnée , en perversité. » Ibidem p. 464.
Sur la seconde proposition.
Quant à ce qu'il m'accuse d'avoir escript que l'homme est par l'ordonnance et volunté de Dieu nécessité à péché , je vouldrois hien comme j'ay tant de fois dict , qu'on ne m'imposast point ce jargon de moynes, duquel je n'ay jamais usé. Et de faict il n'y a eu que les caffars qui aient ainsi gazouillé, selon leur barbarie. Que la doctrine donc soit considérée, comme je la mect. Et je confesse bien que les meschans pèchent de nécessité, et que telle nécessité est de l'ordonnance et volunté de Dieu ; mais j'adjouste aussi cependant que telle nécessité est sans contrainte, tellement que celuy qui pèche ne peultpas dire pour son excuse qu'il y soit forcé. Et je prouve si bien et deuement ceste doctrine par l'Escriture saincte qu'il est impossible à homme vivant d'y résister. Et je m'esbay que partie adverse ne monstroit sa subtilité à me rédarguer en ce que j'en dy devant vous, et mesmes, comme il dissimule les probations que j'en meetz plus qu'évidentes en mes livres. Il dict qu'il a soustenu le contraire sans vouloir ny pouvoir approuver mon opinion. Quant il seroit le plus sçavant personnage du monde , encores scroit-ce trop d'usurper d'authorité à luy de vouloir estre creu en respondant simplement qu'il ne veult et ne peult consentir à ce qu'on luy propose. Tant moins y a-il de raison qu'un homme qui n'est guères exercé en l'Escriture saincte , et n'est pas juge compétent en matières de théologie, vueillequ'à sa simple fantasie on réprouve ceux auxquels Dieu aura faict la grâce d'y estre un peu plus entendus. Or, magnifiques seigneurs, si les probations que vous avez ouyesnevous suffisent, je m'offre à en faire de plus amples, toutes-
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fois et quantes qu'il vous plaira. Et au reste je me remets à ce qui en est contenu au Livre de la prédestination et prudence de Dieu *.
Sur les contredicts que le seigneur Trouillet a imaginés.
Partie adverse pense que je me contredise quant j'enseigne que l'homme doit plus tost chercher la cause de sa damnation en sa nature corrompue qu'en la prédestination de Dieu , et ne voit point que je dy là expressément qu'il y a deux causes, l'une qui est cachée au conseil éternel de Dieu , et l'aultre qui est toute patente , au péché de l'homme. Or puisqu'il confesse que cela est vray, il se condamne par sa propre bouche et signature. Et quant à moy j'accepte voluntiers ceste confession laquelle monstre que jamais il n'a entendu un seul poinct de la cause dont il débat si hardiment. Voicy doneques, Messieurs, le nœud de toute la question : c'est que je dy que tous réprouvéz seront convaincus par leurs consciences propres d'estre coulpables , et ainsi que leur damnation est juste , et qu'ils font mal de laisser ce qui est tout évident pour entrer au conseil estroit de Dieu, lequel nous est inaccessible. Cependant l'Escriture nous monstre bien que Dieu a prédestiné les hommes à telle fin qu'il a voulu qu'ils vinssent. Mais pour quoy et comment cela se faict , il le nous fault ignorer, pource qu'il ne nous est point déclairé.
Touchant le contredict que partie adverse cuide amener de la seconde page du feuillet 463 ; c'est merveilles qu'apprès avoir esté déboutté avec si grand vergongne d'une objection si frivolle , il y retourne de nouveau. Je
1 C'est le livre : De œterna Dei prxdestinatione et providentiay Genève, 4550, in-8°; traduit en' français la même année.
dy là : que c'est perversement faict d'entrer aux secrets de Dieu où on ne peult atteindre, pour chercher Porigine de la damnation des hommes, et laisser derrière la corruption de leur nature dont elle procède notoirement. Cependant ce n'est pas à dire que le conseil de Dieu ne domine en degré souverain pour disposer de toutes choses, combien que les causes prochaines nous apparaissent devant les yeux. C'est aultant comme si quelqu'un vouloit trouver contradiction en ces propos qui sont tous de l'Escriture saincle : Que l'homme n'est point nourry de son labeur, ne de son industrie, mais de la seulle grâce de Dieu. Que ce n'est pas la vertu ou influence du soleil qui faict fructifier la terre , mais la pure grâce de Dieu. Que ce n'est pas le pain qui nous sustente et nourrit, mais la vigueur que Dieu nous inspire par sa bonté. Et à l'opposite que l'homme paresseux sera à bon droict affamé. Item, que la terre nous desniera pasture. Item, que nous sommes soustenus et confermés par le pain. Or la solution est par trop facile , quand on sçaura distinguer entre la cause souveraine et celles qui sont inférieures, et plus prochaines au sens humain.
Sur les sentences extraictes du livre de Mélanchthon *, je confesse que Dieu n'est point autheur du péché. Mesmes j'ay maintenu par livres exprès cest article de foy aussy visvement qu'on sçauroit requérir d'un fidelle serviteur de Dieu. C'est donc chose superflue de mettre ceste proposition en dispute entre nous. Ce pendant je
1 C'est le fameux livre des Lieux communs (Loti theologici) traduit en français par les soins de Calvin : La somme de théologie ou lieux communs de Mélanchthon , traduits du latin par Jean Calvin, avec une préface. 1546, in-8°.
DK CALVIN. 361
confesse, comme j'ay desjà déclairé par cy-devant, que la façon d'enseigner que tient Mélancthon est diverse de la mienne. Je vous ay aussy remonstré, magnifiques seigneurs, d'où cela \enoit. C'est que Mélancthon , estant homme craintif, pour ne point donner occasion à gens curieux de trop s'enquérir des secrets de Dieu, s'est voulu par trop accommoder au sens commun des hommes . Et par ce moyen a plus parlé en philosophe qu'en théologien , quant à la cause présente , ce qu'il monstre en la fin , n'ayant point meilleure authorité pour s'arrester que celle de Platon. Et puis notamment il appelle son opinion moyenne qu'il veult , aultant comme s'il confessoit qu'il nage entre deux eaux , ce que partie adverse devoit un peu mieulx priser \
Au demeurant, magnifiques seigneurs, celluy qui nous veult mettre en combat Mélancthon et moy , faict
1 II n'est pas sans intérêt de rapprocher ce jugement de Calvin sur Mélanchthon, du jugement si remarquable que renferme la préface des Lieux communs : — « Je voy que l'auteur estant homme de profond savoir, n'a pas voulu entrer en disputes subtiles, ne traiter les matières d'un artifice tant haut qu'il luy eust esté facile de faire Mais il s'est abaissé tant qu'il a pu, n'ayant esgard qu'à la seule édification. C'est certes la fascon et style que nous aurions à tenir, sinon que les adversaires nous contraignissent par leurs cavillations à nous destourner de ce train Aultant est-il de la prédestination, pourre qu'il voyt aujourd'huy tant d'esprits volages qui ne s'adonnent que trop à curiosité, et ne tiennent nulle mesure en ceste matière. Voulant prévoir ce dangier, il a mieux aymé toucher seulement ce qui estoit nécessaire à congnoistre, laissant le reste comme ensepvely, qu'en desduisant tout ce qu'il eust bien peu, lascher bride à beaucoup de disputes perplexes et confuses, desquelles cependant il ne revient nul fruict de bonne instruction. Je confesse que le tout ce qu'il a pieu à Dieu nous révéler par l'Escriture ne doit estre supprimé, quoy qu'il advienne; mais celuy qui
grand tord à l'un et à l'aultre , et en général à toute l'Eglise de Dieu. J'honore Mélancthon tant pour le sçavoir excellent qui est en luy , que pour ses vertus , et surtout qu'il a fidèlement travaillé à soustenir l'Evangile. Si je trouve à redire en luy, je ne luy dissimule pas , comme il me donne bien liberté de le faire. De son costé, il y a des tesmoings tant et plus qui sçavent combien il m'ayme. Et je sçay qu'il aura en détestation ceux qui prendront couverture de luy pour dénigrer ma doctrine en façon que ce soit. Et aussi telles gens ne cherchent qu'à mettre zizanies et scandales pour empescher le cours de l'Evangile. Je ne m'amuse point à réprouver les propositions amenées par partie adverse, où Mélanchthon ne satisfaict à nulles gens sçavans, pource qu'il fleschit d'une prudence trop humaine , n'osant point dire ce qu'il congnoist estre vray, pource qu'il craint que tous ne fussent point capables de l'ouyr.Tanty a que je vous ay produictlettresdesamain,où ce que je dy apparoist. Mais encores quand ceste licence seroit donnée à partie adverse de conclurre du costé que bon lui semble , et faire des résolutions telles quelles sur les escripts des gens doctes , vous seriez en sa miséricorde de recevoir trois sacrements entre lesquels sera la confession, pource que Mélanchthon le tient ainsi. Ce que je dy seullement affin qu'il appreigne de se mieux congnoistre , pour n'estre point si excessif à se jecler aux champs.
Quant à moy, magnifiques seigneurs, estant asseuré en ma conscience que ce que j'ay enseigné et escript
cherche d'enseigner au profict des lecteurs mérite bien d'estre excusé s'il s'arreste à ce qu'il congnoit estre le plus expédient, passant légèrement ou laissant derrière ce dont il n'espère pas tel profit. »
n'est point crett en mon cerveau , mais que je le tiens de Dieu , il fault que je le maintienne , si je ne voulois estre traistre à la vérité, comme je pense en avoir desjà sufiisamment respondu. Et en cas que bon vous semble, je m'offre derechef à y respondre plus amplement, jusques à ce que partie adverse soit convaincue de m'avoir mal accusé contre toute vérité et raison (6 oct. 1552.)
A MONSIEUR DE FALAIS * Minute autographe. Bibl. de Genève. Vol. 107 «.
Monseigneur, puisque vous pensez avoir bonne cause par devers moy, je ne vous puis satisfaire en confessant
1 Voici la sentence prononcée par les seigneurs de Genève : « Mereredy neufz novembris 4552. Estans ouyz en conseil les spectables et savans ministres de la parolle de Dieu, maistre Guillaume Farel et raaisire Pierre Viret, et après eulx spectable monsieur Jehan Calvin, ministre de teste cité de Genève, et noble Jénan Troillet, aussi de Genève, en leurs dires et réplicques jà souvent débattues de l'Institution chrestienne du diet monsieur Calvin, et le tout bien considéré, le Conseil a arresté et conclud que, toutes choses bien ouyes et entendues, il a prononcé et déclairé et prononce et déclaire le dict livre de l'Institution du dict Calvin estre bien et sainctement faict, et sa saincte doctrine estre doctrine de Dieu, et que l'on le tient pour bon et vray ministre de ceste cité, et que dès icy à l advenir personne ne soit ausé parler contre le dict livre ne la dicte doctrine. Commandons aux ambes parties et à tous qu'ils se doivent à cela tenir. »
Mes dits seigneurs syndics et Conseil. Roset.
* Cette lettre, la dernière de Calvin à M. de Falais, répand une
que j'aye tort, ce qui ne seroit qu'hypocrisie. Car je sçay que moy-mesme desjà de long temps vous ay déclairé de l'homme ce qui en estoit, et ça esté chose trop commune des actes qu'il a faicts. Depuis ce temps-là vous l'avez tellement loué, que celluy qui me le récitoit usast de ces mots, qu'il n'avoit ouy jamais faire si grand cas d'homme du monde. Quant vous en veniez jusques là , estant desjà adverty par moy, il falloit bien que vous le missiez si hault pour nous faire condamner avec toute nostre doctrine, de laquelle il s'est monstré si mortel ennemy, voire enragé et démoniaque , qu'il n'a pas eu honte d'escrire : Deus Calvini est hypocrita, mendax, perfidus, injustus, fautoret patronus scelerum9 et Diabolo ipsopejor. Ainsi il fauldroit que pour vous qualifier je
vive lumière sur les circonstances de leur rupture, dont le procès de Jérôme Bolsec fut l'occasion. Banni de Genève pour ses attaques contre la prédestination et ses invectives contre Calvin, Bolsec avait su intéresser à sa cause M. de Falais, dont il était le médecin, et qui intercéda vainement auprès de ses juges: — * Maistre Hierosme congnoit mon naturel plus à mon apaisement que nul aultre des médecins que je congnoisse... C'est celuy après Dieu, duquel je tiens la vie. » — Arch. de Genève. Lettres du 9 et du 1 1 novembre 4551. Ces démarches, dictées par un sentiment d'humanité, n'auraient pas tans doute indisposé Calvin, si M. de Falais n'avait pris trop ouvertement le parti de Bolsec contre le réformateur. Calvin s'en plaignit avec amertume : — « Scribat Fallesius hominem esse non malum, et in gratiam ignoti nebulonis famam suam ludibHo prostituât... » — Lettre aux ministres de Baie, janvier 4552. Expulsé de Genève et retiré à Thonon, Bolsec sut envenimer ce dissentiment que les souvenirs d'une longue amitié devaient apaiser, et qui se termina par une douloureuse rupture. Dans une lettre véhémente, Calvin, alors malade et souffrant, prit congé de son ancien ami, dont il raya le nom, quatre ans après, de la préface de son Commentaire sur la première épître aux Corinthiens, pour y substituer celui du marquis de Vico.
renonçasse à Dieu et à sa vérité, et au salut que j'en espère. Vostre intention n'est pas telle , je le croy ; mais si pour l'humanité et mansuétude de vostre esprit, vous estes content d'ignorer quel est celluy qui faict la guerre à Dieu , et non-seulement cela, mais n'adjoustant nulle foy à nostre tesmoignage, donnez occasion de nous rendre détestable, souffrez, je vous prie, que j'aye quelque zèle de maintenir l'honneur de mon maistre. Mais c'estoit pour le moins de vous en advertir : à quoy je responds qu'après avoir ainsi esté obliquement dégradé de vous, je me voulois garder de m'exposer à mocqueries. Si j'eusse esté adverty du propos que j'ay récité dix heures devant , ce m'eust esté assez que vous en eussiez entendu ce que j'en avois sur le cueur. L'occasion s'adonna que vostre amy tan tost après, ou le lendemain, me demanda si je vous avois veu. Je dy que ouy , dont je merepentois, et que si vous passiez cent fois, j'aurois moins d'accointance avec vous qu'avec tous ennemis manifestes, puisqu'en vous monstrant ainsi familliers, vous estiez, selon qu'on m'avoit rapporté depuis , les prescheurs des louanges de Castalio 1 , lequel est si pervers en toute impiété , que j'aimerois cent fois mieux estre papiste , comme la vérité est. Vostre amy lors me demanda si je vouldrois bien que vous le sceussiez. Je luy respondy que c'estoit à ceste intention que je luy en avois parlé, puisque je ne l'avois pas sceu assez à temps. S'il l'a divulgué plus oultre , ça esté contre mon opinion et vouloir, et sa promesse mesme. D'avoir dict que vous estiez tout infesté
* Sébastien Castalion, ancien régent au collège de Genève, professeur à l'université de Bâle. Il avait élevé des doutes sur la divinité des Ecritures, et attaqué la doctrine de la prédestination.
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s- ? wircstre, cela tendoit à l'opposite de , ^ . ; î )i y Jy qu'il falloit bien que vous , àe louer en despit de nous un tel v :titiv retoit que j'eusse porté plus dou- ^ k ;::v fcile injure de tous aultres que de , i ;.i:?oe que j'avois en vostre intégrité ; scores plus fasché de tous voir adhé- . ^ «v. \ ; , pourquoy , à celuy qui est plus détes- . , papistes du monde. Et de faict je luy
„ ^ n v que je ne sçavois comment et pourquoy, , . . . -. umloit dire. Et puisqu'encores à ceste heure . »*v v do suivre une leçon toute contraire à celle *p prins en l'eschole de mon Maistre , (Car vous ,.<.x vous estes bien ayse d'oublier le mal qui , *„*va oetre en luy; et il nous est dict : Videte canes, **t*v*ifr» notait, fugite, cavete... ) je vous laisse vos déiw>' — Si j'ay esté trop aspre et lourd , pardonnez- «vy% vous m'y avez contrainct. Et affin que vous sçaoWt qu'il n'y a ne colère, ne malveillance, je vous <*\TtU la présente comme m'apprestant de comparoistre vivant Dieu, lequel m'afflige de rechef d'un mal qui tuVst comme un mirouer de la mort devant les yeulx. JU> le supplieray, Monseigneur, qu'en aiant pitié de moy et mo recevant à mercy, il vous conserve et guide par son Esprit, et vous augmente en toute prospérité avec Madamoiselle et toute vostre famille *. (1552.) Vostre serviteur,
Jehan Calvin.
* L'bistoire de M. de Falais, depuis sa rupture avec Calvin, demeure environnée d'une profonde obscurité. Il quitta Genève pour aller s'établir à Berne, perdit sa femme en 1557, et contracta un
DK CALTIÏi:
• A MATHIEU DIMONET *
Imprimée. Histoire des Martyrs, L. IV, p. 247.
Très cher frère , combien que je n'aye pas à soustenir pour ceste heure tels combats que vous , si est-ce que vous ne laisserez de recevoir aussy bien mon exhortation comme si j'estoye prisonnier avec vous , et de faict le zèle qui m'esmeut à vous escrire ne procède point d'ailleurs. Cependant je vous prie de considérer que nous devons remettre tout à la volonté et disposition de nostre bon Père céleste, qui appelle chacun de nous en tel rang
second mariage. On ignore la date et le lieu de sa mort. Est-il vrai, comme l'affirme Bayle, que ce seigneur, attristé par le spectacle des divisions dont il avait été témoin à Genève, finit par rentrer dans l'Eglise catholique? Nous croyons plutôt, en nous fondant sur les témoignages de Calvin et de Bèze, indirectement confirmés par le silence des historiens brabançons, que tout en se séparant sur quelques points de la théologie calviniste , l'arrière-petit-fils de Philippe de Bourgogne n'abjura pas les croyances auxquelles il avait fait le sacrifice de sa fortune et de sa patrie. Voir Bayle, Dict., art. Philippe de Bourgogne, remarque G.; Calvin, Comment, sur la 4** épître de saint Paul aux Corynthiens, dédicace au marquis de Vico, 24 janvier 1556; et la préface du Commentaire de Calvin sur Josué, par Théodore de Bèze.
* Mathieu Dimonet, religionnaire de Lyon, arrêté dans cette ville, le 9 janvier 4553. Il a raconté lui-même , dans ses lettres aux ministres de Genève, les détails de son procès : « — Le lundy, 9 janvier, estant en ma maison devant le lieutenant du roy et Tofticial, après qu'ils eurent cherché et visité mes livres, ne trouvèrent rien sinon un petit livre de chansons spirituelles en musique... » — Di-
qu'il lui plaist. Quelquefois il espargne ses enfans jusques à ce qu'il les ait conduits et formez de longue main, comme nous oyons qu'il est dict à sainct Pierre par la bouche du Maistre : Quand tu seras vieil, on te mènera où tu ne voudras point. Mais il adviendra aussy parfois qu'il en prend des novices, pour le moins qui n'avoient pas esté exercez de longtemps à batailler. Quoy qu'il en soit il y a un bien , qu'il n'est pas moins puissant à desployer sa vertu sur les débiles pour les rendre invincibles en un moment , comme pour la continuer à ceux qui l'ont desjà sentie par long espace de temps. A ce que j'entends vous n'avez pas esté appellé des premiers à sa congnoissance ; mais Dieu néantmoins vous a mis en avant pour estre de ses tesmoings. Il vous a donné telle vertu et constance au premier assaut , que les ennemis de vérité ont congneu la marque de Jésus-Christ laquelle ils ne peuvent souffrir. Je sens bien par la compassion que j'ay de vous , comme je dois , que Sathan ne cesse pas de vous faire nouveaux alarmes; mais il faut recourir à celuy qui a si bien commencé , le priant qu'il parachève son œuvre. Si vous avez beaucoup de tentations , ne vous en esbahissez pas ; mesme si vous sentez
monet subit un premier interrogatoire et fut conduit dans les prisons de l'ofncialité. « — J'ay eu, dit-il de grands assauts et tentations... car, d'un costé, l'on me mettoit les tourmens et la mort, puis la honte et déshonneur de moy et de mes parens, la mélancolie de ma mère, laquelle ils disent mourir de regret, et tant d'autres choses... lesquelles m'eussent esté fortes à porter, si le Seigneur ne m'eust fortifié par son Sainct-Esprit. » — Le prisonnier résista courageusement aux menaces de l'inquisiteur Ory et aux instances de sa famille. Le 15 juillet 1553, « tout joyeux et priant le Seigneur, il endura le tourment de la mort. >• Histoire des Martyrs, p. 247.
telle fragilité en vous que vous soyez comme prest à estre esbranlé. Plustost congnoissez que par ce moyen Dieu vous veut humilier, affin que son aide soit mieux congnue par la nécessité ; et puis, qu'il vous sollicite à invoquer son nom , et avoir tout vostre recours à sa grâce, selon qu'il est besoin que nous soyons pousséz à cela comme par force. Je ne doute point qu'il n'y ait aussi des boutefeux par dehors, lesquels, sous ombre d'amitié et parentage , vous seront les pires ennemys et les plus mortels, car pour sauver le corps , ils tascheront en tant qu'en eux il sera de mener l'âme en perdition. Et puis la fantaisie de l'homme est une merveilleuse boutique pour forger des folles imaginations, qui ne sont que pour troubler le vray repos que nous devons avoir en la saincte vocation de nostre Dieu, lequel nous commande de regarder simplement à soy , comme aussy c'est bien raison. Parquoy il est besoin d'estre armé et muny de tous costéz. Mais vous n'avez point occasion d'estre estonné puisque Dieu a promis d'équipper les siens, selon qu'ils seront assaillis de Salhan. Seulement remettezvous à luy en vous deffiant de tout ce qui est en vous ; espérez qu'il sera assez suffisant luy seul pour vous soustenir. Au reste , vous avez à regarder surtout à deux choses : quelle querelle vous défendez, et quelle couronne est promise à ceux qui se seront constamment portés en la confession de l'Evangile. C'est une chose tant précieuse que le service de Dieu , la grâce infinie qu'il nous a monstréc en son Fils, et toute la gloire de son royaume, qu'il ne doit pas faire mal à un homme mortel d'employer sa vie pour combattre contre les vilaines corruptions qui régnent partout au monde pour i. 24
370 LETTHLS
anéantir tout cela. Et puis nous scavons quelle sera l'issue de nos combats, et que celuy qui nous a rachetez, ne souffrira qu'un prix si cher comme son sang soit perdu, quand nous en aurons la signature. Or nous sçavons comme il advouc pour siens , et proteste de les advouer au dernier jour, tous ceux qui l'auront confessé icy-bas. Nous ne savons pas encore qu'il a délibéré de faire de tous , mais il n'y a rien meilleur que de luy sacrifier vostre vie, estant près de la quitter, quand il voudra, et toutesfois espérant qu'il la préservera autant qu'il congnoist estre utile pour vostre salut. Combien que ce soit chose difficile à la chair, si est-ce le vray contentement des fidèles, et vous faut prier qu'il plaise à ce bon Dieu le vouloir tellement imprimer en vostre cœur que jamais il n'en soit effacé. Nous le prions aussy de nostre costé qu'il vous face sentir sa vertu, et vous rende pleinement asseuré qu'il vous a en sa garde, qu'il bride la rage de vos ennemis , et en toute sorte se monstre vostre Dieu et Père.
Pource que j'entends que nostre frère Pierre Berger 1 est en une mesme prison avec vous, je vous prieray de le saluer de par moy, et que ces lettres lui soyent communes. Marchons jusques à ce que nous soyons venus à nostre but, pour estre recueillis au royaume éternel. Le dixième de janvier 1553:
1 Pierre Berger, de Bar-sur-Seine, bourgeois (Je Genève, fut pris a Lyon, trois jours après les écoliers de Lausanne, qu'il rejoignit dans les cachots et précéda au martyre. « — Estant monté sur le bois, il dit : Seigneur, je te recommande mon âme. Depuis, en regardant au ciel d'une vue immobile, et s'écriant ,il dit : Aujourd'buy je voy les deux ouverts. — Et incontinent après ce sainct personnage rendit 4'esprlt à Dieu. » Hist. des Martyrs, j>. 234.
J'avoye oublié un point, c'est que vous respondiez aux ennemis avec révérence et modestie, selon la mesure de foy que Dieu vous donnera. Je dy cecy pource qu'il n'est pas donné à tous de disputer, comme aussi les martyrs n'ont pas ëstés gratis clers, ne subtils, pour entrer en disputes profondes. Ainsy en vobs humiliant sous la conduite de l'Esprit de Dieu , respondez sobrement , selon vostre congnoissance, suyvant la reigle de l'Escriture : J'ay cru, pourtant je parleray. Et toutesfois que cela n'empesche pas que vous procédiez franchement et en rondeur , estant, tout résolu que celuy qui a promis de nous donner bouche et sagesse à laquelle tous adversaires ne pourront résister, ne vous défaudra point.
AUX CINQ PRISONNIERS DE LYON ï Imprimée. Uut. des Martyrs, L. IV, p. 447.
Mes frères , nous avons esté ces jours passez en plus grande solicitude et tristesse que jamais, ayans entendu
* Déclarés coupables du crime d'hérésie et livrés au bras séculier par l'ofReialité de Lyon, les cinq étudiants firent appel au parlement de Paris, pendant que messieurs de Berne multipliaient vainement les démarches pour sauver « leurs escholiers. » transférés de cachots en cachots, durant un procès qui dura plus d'un an, ramenés eflfln de Paris à Lyon pour y attendre la sentence de leurs juges, la constance de ces jeunes hommes ne se démentit pas un seul jour. Enfin, le 4" mars 4553, ils reçurent communication de l'arrêt 'du
la conclusion prinse par les ennemys de vérité. Quand le seigneur que vous sçavez passa par icy *, pendant qu'il disnoit bien en haste pour éviter tout retardement, je lui fis telle forme de lettres qu'il me sembloit estre expédient d'escrire. Dieu a donné tant à vous qu'à tous les siens encore quelque respit ; nous attendons l'issue telle qu'il lui plaira d'envoyer, le priant toujours de vous tenir la main forte , et ne permettre que vous défailléz, au reste vous avoir en sa garde. Je me tiens bien asseuré que rien n'esbranle la vertu qu'il a mise en vous. Desjà de longtemps vous avez médité le dernier combat que vous aurez à soustenir, si son bon plaisir est de vous amener jusques-là. Mesme vous avez tellement bataillé jusques icy, que la longue pratique vous a endurcy à poursuyvre le reste. Cependant il ne se peut faire que vous ne sentiez quelques poinctes de fragilité ; mais confiez-vous que celuy au service duquel vous estes, dominera tellement dans vos cœurs par son Sainct- Esprit, que sa grâce viendra bien à bout de toutes tentations. S'il a promis de fortifler en patience ceux qui souffrent quelques chastimens pour leurs péchéz , tant moins encore défaudra-t-il à ceux qui soutiennent sa
parlement de Paris, qui les livrait au bûcher. Hist. des Martyrs, L. IV, p. 230. Cette triste nouvelle bientôt répandue, porta le deuil à Lausanne et à Genève.
1 C'était le pieux marchand , Jean Liner, de Saint-Gall. Voir la lettre du 40 août, p. 348. Il se trouvait auprès des prisonniers, au parquet de Roanne, quand ils reeurent leur sentence de mort. 11 partit aussitôt pour Berne, alin de provoquer une dernière instance des seigneurs de cette ville auprès du roi de France. Hist. des Martyrs, p. 230 à 234 . Mss. divers de la Bibliothèque de Saint- GaU.
querelle , lesquels il employé à une chose si digne que d'estre tesmoings de sa vérité. Ainsy qu'il vous souvienne de ceste sentence : Que celuy qui habite en vous est plus fort que le monde. Nous ferons icy nostre devoir de le prier qu'il se glorifie de plus en plus en vostre constance, et que par la consolation de son esprit il adoucisse et rende amiable tout ce qui est amer à la chair, et tellement ravisse vos sens à soy qu'en regardant à ceste couronne céleste, vous soyez prests de quitter sans regret tout ce qui est du monde.
J'ai receu un certain papier contenant des argumens bien subtils de ceste malheureuse beste Orry l, pour prouver qu'il est licite de faire des idoles. Je ne sçay si vous me l'avez envoyé, et si vous entendez que j'y face response. Je n'y ay point voulu toucher, pource que je en estoye en doubte , et de faict je croy que vous n'en avez pas grant besoin de vostre costé. Mais si vous le désirez , vous en aurez response par le premier. Il y a une chose dont j'ay à vous requérir : Vous avez naguères veu lettres d'un petit moqueur de Dieu qui est icy, lequel ne fait que troubler l'Eglise, et n'a cessé de faire ce métier passé à cinq ans. Je voudroye bien donc que par le premier vous fissiez un mot d'advertissement pour descouvrir sa malice, puisqu'ainsy est qu'il continue sans fin. Et de cela je vous prie, comme vous aimez le repos de ceste Eglise, laquelle est plus vexée que vous ne sçauriez croire par les ennemis domestiques.
1 L'inquisiteur Nicolas Oritz, préposé au procès des cinq écoliers. La pièce dont il est ici fait mention existe encore à la Bibliothèque de Genève, 4 13, avec ce titre : « Copie d'un papier de l 'inquisiteur Houriz , donné aux prisonniers pour la parolie à Lyon, pour faire tenir à M. Calvin. »
faict lequel vous pourrez, si bon vous semble, entendre mieuix par ce que le gentilhomme présent porteur en déclarera. Seulement je vous supplie au nom de Dieu , le plus affectueusement qu'il m'est possible, voire d'aussy grand désir que je vouldrois taire pour ma propre vie , qu'il vous plaise m'octroier ceste requeste , de le faire demander au rov de France, aiïia qu'il le laisse aller hors de soa pais avec sa femme aussy bien détenue , et ce qu'à pourra retirer de son bien. En ce taisant, nonseuiement v :o5 m'obligerez à prier Dieu pour vostre prosj*r::e de plas en plus, mais un nombre iniiny de bocs iîti ^i^ds.
Str± T après d'esté recommande tant humblement que je pds i *-:stre bonne çràce, je supplie nostre boa Dieu à-r v:<i* tenir en sa saine te protection, et vous gouverner par so a esprit en toute prudence, droicture et force, et faire do or vostre couronne de plus en plus. De Genesre, ce 12 de mars 1553.
\ ostre très humble et obéissant serviteur,
J - iis Cu.vm.
A Os'ÂlST^FrtE ET \ TH«>Mô ZOLLk < »FFRE *
vrw «fiwrsM*. Hi*L Je Saint -^jX V-L Y\L f. ill
Très cners Mes&eurs et frères, je vous esc ris la présente t>rt ea haste, ne faisant que d'arriver en la ville
• 4m \* : X su» ;v<l> ;';tr;> t\ r:\< *± trêves l'fcn*;-:-*** et
Dï CALVIN. 377
de Lausane. La cause est que Messieurs de Berne cscrivent au Roy lettres si affectueuses, que, si jamais ils doivent rien impétrer de luy, nous espérons qu'il n'y fauldra plus retourner. Or les prisonniers ont mandé que pour les despens du voyage on s'adressast à vous. Nous vous prions donc d'aviser et conclurre en diligence ce qui sera de faire. Si vous avez aultre messager plus propre à envoier en cour, nous vous prions de luy rembourser les frès de Berne et Lion. Si vous estes d'advis qu'il passe oultre , qu'il vous plaise donner ordre qu'on luy fournisse argent sans qu'il soit retardé. Dieu par sa bonté infinie vueille faire profiter la despesche , comme nous espérons. Je me suis adressé privément vers vous, suivant ce qu'ils ont mandé, et je croy que vous ne prendrez point mal d'estre emploiéz en telle affaire. Sur quoy après m'estre affectueusement recommandé à vous , je supplie nostre bon Dieu vous avoir en sa saincte protection, vous conduire par son Esprit et vous faire prospérer. De Lausane en l'hostellerie le 28 de mars 1553.
Vostre humble frère et entier amy,
Jéhan Calvin.
Vous pourrez voir les doubles des deux lettres que Messieurs de Berne ont escrit. Il seroit quasi à désirer que les premières de date du 1 5 mars eussent esté rete-
Thomas Sollicoffres, marchands de Sainct-Galle, demourans à Lyon. Pardonnez à l'erreur des noms et à la haste.
Le 21 mai 1552, les seigneurs de Berne, informés de l'arrestation des cinq écoliers de Lausanne, avaient écrit au roi de France pour solliciter la délivrance de leurs « pensionnaires. » Le bourgmestre de Zurich, Jean Hab, obtint une audience de ce prince et le trouva inflexible. L'année suivante, mars 1553, les Bernois sollicitèrent de nouveau la grâce des cinq prisonniers, condamnés par
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nues '. ftjajs c'en est faiçt. Le remède est bon en ce que les dernières sont aussi pleines qu'on les sçauroit souhaiter. Ayant veu le tout, nous vous prions le faire tenir auxdits prisonniers. Nostre frère Pierre Viret se recommande de bon cœur à vous.
Copie. BiW. de Genève. Vol. 107.
Monsieur, je ne doubte pas que vous ne soiez à présent en grandes perplexités, veu que la raige des ennemis
l'officialifé de Lyon et le parlement de Paris. C'est à cette dernière intercession, provoquée par Calvin et Yiret, que se rapporte la lettre du réformateur aux frères ZolHcofifre.
1 Dans une lettre au roi, du 15 mars, Messieurs de Berne s'étaient plaints vivement de la conduite du cardinal de Tournon, qui, après leur avoir promis de s'intéresser au sort des cinq étudiants, avait fait instruire leur procès avec une extrême rigueur. Dans une seconde lettre, écrite trois jours après, ils représentaient à ce prince l'innocence de leurs écoliers, arrêtés à Lyon avant qu'ils y fussent demeurés un seul jour, et condamnés à mort, quoiqu'ils n'eussent ni prêché, ni dogmatisé, ni excité aucun trouble dans le royaume. Ils terminaient en disant : » Vostre Majesté très humblement prions les nous donner en pur, royal, gratuit et libéral don, lequel tiendrons si grand et précieux, comme s'il nous eût fait présent d'inestimable somme d'or et d'argent. » Ces prières furent inutiles. Inspiré par le fatal génie des cardinaux de Tournon et de Lorraine, Henri II confirma la sentence du parlement de Paris.
* ...Seigneur de Picardie, sans doute un des ancêtres de cet îl-
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s/enjambe journellement, et les dangers croissent de plus en pins. Ainsi vous avez bien besoing de recourir à Çeluy qui ne s'attribue pas en vain l'office de consoler les siens en leurs afflictions. Combien que ce soit cbose difficile à l'infirmité de nostre chair de persister constamment, encore que nous ne voions nulle fin aux combats, mesme que le mal empire , quant nous serons munis des armes que Dieu nous donne, il ne fault point craindre que nous ne venions à bout de tout ce que Sathan pourra machiner. J'appelle les armes de Dieu, non-seulement les promesses et sainctes exhortations par lesquelles il nous fortifie , mais les prières qui sont pour obtenir la. vertu laquelle nous defifault. Ainsi, Monsieur, selon que la nécessité vous presse , réduisez en mémoire ce que l'EsçrjJure nous monstre tant de la condition présente des Chrestieps, et des misères auxquelles il fault qu'ils soient subjects , que de l'issue heureuse et désirable qui leur est promise, et aussi comme jamais ne seront abandonnés au besoing. Je sçay, comme les longues maladies sont plus fascheuses, qu'il vous est bien dur de languir si longuement. Mais si les ennemis de vérité sont si obstinés en leur raige , nous devons avpir honte de n'estre
lustre confesseur Louis de Marolles qui expia aux galères de Marseille le crime de sa résistance au zèle convertisseur de Louis XIV et aux pressantes sollicitations de Bossuet. « L'heure de la liberté, dit M. Charles VVeiss, ne sonna point pour ccf infortuné. I) mourut en 1G92, à l'hôpital des forçats de Marseille et fut enterré au cimetière des Turcs, sépulture ordinaire des réformés qui mouraient aux galères, tidèles jusqu'au bout à la religion pour laquelle ils avaient souffert. Histoire des réfugiés protestants a)e France, t. I, p. 101. Voir également le livre intitulé: Histoire des sovffrances du bienheureux martyr M. Louis de Marottes. La Haye,
pour le moins aussi constans à bien faire, surtout quand il est question de la gloire de nostre Dieu et Rédempteur, laquelle, par sa bonté infinie, il a conjoinci avec nostre salut. Et je ne doubte pas que vous ne practiquiéz ce que dict PApostre, d'affermir les genouils tremblans et remettre en vigueur les mains faibles. Car il ne se peult faire qu'on ne se trouve estonné aux premiers coups , sinon qu'on éveille vertu pour résister aux tentations. Et pource que je me tiens bien persuadé que vous n'estes point lascbc à vous solliciter, voylà qui me faict estre plus bref. Car ce m'est assez de vous avoir adverti en peu de mots, et cependant vous asseurerque vous n'estes point oublié icy, mais que sentant en quelles difficultés vous travaillez, nous en avons compassion. Je ne dy pas telle que nous devons, mais pour le moins qui est tesmoignage de la vraye amour fraternelle que nous sommes tenus vous porter. Au reste en priant Dieu qu'il vous augmente le couraige et vous maintienne en sa protection, vous aurez aussi à le requérir qu'il vous adresse en conseil , et vous donne les ouvertures propres. Si peu de moiens qu'il vous offrira, vous estes délibéré de les prendre, comme je croy, et en user promptemcnt, de peur qu'ils ne vous eschappent. Quant au cbemin qu'il sera meilleur de prendre , je ne sçay que vous en dire. Combien que je serois bien joieux de vous veoir, et jouir de vostre bonne compaignie, si est-ce que je ne seray pas marri, sçacbant que pour tendre à Dieu et vous approcher tant mieulx de luy, vous serez eslongné de moy au double. Je ne sçay pas les commodités de l'aultre lieu. Des nostres je ne vous dissimule pas qu'elles sont tant maigres que j'ay honte d'en parler. Je voul-
drois bien qu'il y eust de quoy pour vous attirer icy , et seroit à souhaitter. Mais je ne vous doibs point allécher par vaine espérance, ne désirant sinon que vous soiez bien, quelque part que ce soit. Vray est que ce qu'aulcuns se promettent en se retirant par delà, n'est que frivole , ce me semble. Tant y a que les Chrestiens y ont liberté de servir purement à Dieu, qui est le principal. Maintenant il vous fauldra remettre à Celuy qui a l'esprit de prudence, pour estre conduict par Luy.
Sur quoy faisant fin, Monsieur, après m'estre affectueusement recommandé à vostre bonne grâce et prières, je supplie nostre bon Dieu de vous augmenter les dons de son Esprit, vous tenir la main forte pour ne jamais deffaillir, brider Sathan et tous ses supposts, à ce qu'ils ne puissent rien contre vous , et faire que son nom soit glorifié par vous jusques en la fin. Je désire aussi que Madame ait sa part des recommandations. Mesme si l'occasion s'offroit, je vous prie bien fort d'en présenter aussi bien à Madame vostre voisine \ Je prie de rechef ce bon Père de vous avoir en sa garde non-seulement pour préserver les corps , mais aussi maintenir les âmes impollues. Ce 12 d'apvril 1553.
Vostre humble frère et serviteur,
Charles d'Espeville.
1 Sans doute Madame de Cany. Voir la note, p. 281.
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