AU R. P. JEAN FRANÇOIS SENAUT
Mon Révérend Père^ vous m'avés fait une belle surprise par la lettre obligeante que vous m'avés escrit. Je me fusse bien contenté d'apprendre vostre souvenir par la bouche de quelqu'un de nos amis communs, et c'estoit bien tout ce que je pouvois avoir mérité de vous par la négligente amitié que je vous avois tesmoigné. Mais vous avés voulu estre courtois jusqu'au bout et prévenir mes services par la )-écompense. Je vous en rends grâces très humbles et vous prie de ne vous point lasser de me mieux traitter que je ne vaux. Peut estre opérerés vous un petit miracle en moy : vous me pourrés par ce moyen rendre bon et habile, et, quelque jour, on m'alléguera pour une des preuves de vostre canonisation. Avec cela néantmoins j'aymerois encore mieux estre privé de ce bien et de cet
' Suit (f 61) une lettre, du 7 octobre i633, au R. P. Rreneche, ou Breveche, à Nancy. Chapelain appelle, dans cette lettre, Conrart «un autre moy rnesme,« et recommande à son pieux correspondant de prier Dieu pour la santé de cet ami, «qui n'est point bien asseurée. . . r> Chapelain iui dit, au sujet de la Pucelle : «Vous en avés veu le commencement, il y a trois ans. D'icy à vingt ans vous en verres peut-estre la (in.?) Il ajoute : «J'ay bien quelques vers d'amour nouvellement faits , mais ce n'est pas matière qui vous fut propre ni que je vous peusse civilement envoyer. »
^ Jean François Senault, qui était entré, dès son extrême jeunesse, dans la congrégation des prêtres de rOratoire, dont il devait être (de 1G62 à 1 672 ) le supérieur générai , était alors âgé de
boniieur et que nous vous vissions icy un peu plus souvent.
C'est une belle chose que cette éloquence animée. Quelque rare que vous soyés sur le papier \ lorsque vous parlés . vous persuadés au double et je sors d'avec vous tout autrement esmeu. Je ne voy point de raison pourquoy S'-Maio et Lion vous ravissent à Paris et à la Cour, et pourquoy ces extrémités du Royaume sont préférés à la Capitale. La charité de MM. vos directeurs est excessive, si elle ne se contente {)as d'envoyer en ces lieux là des gens de bien et œdificatifs'' et qu'ils les veuillent encore honorer de ce tpi'ils ont parmi eux de plus poli et de plus délicat, s'il ne leur sulfit pas de corriger leurs mœurs par des prédications solides et qu'elle passe jusqu'à vouloir réformer la rudesse de leur langage par des harangues exquises et dignes de la bonne antiquité. Il me semble que ces morceaux nous devroient estre réservés , puisque nous les sçavons gouster et qu'aussi il est à craindre que ces peuples barbares n'en profitent pas comme ayant un palais mal proportionné à cette nourriture. Si je nmrmurois davantage contre ce qui nous oste une vertu
trente-deux ans et avait déjà conquis une éclatante réputation. Le témoignage de Chapelain confirme ce que les autres contemporains nous avaient appris des précoces succès de celui qui fut, pendant quarante années , un des plus éloquents prédicateurs de son temps.
^ Rare, c'est-à-dire excellent, presque incomparable. Le P. Senault passait pour un très-habile écrivain. Tous ses livres furent fort goûtés : le premier de ceux qu'il publia ( Paraphrases sur Job, Paris, 1O37 ) n'eut pas moins de vingt éditions en neuf années. Son traité De l'usage des passions (Paris, 16^1 ) eut encore plus de retentissement et fut traduit dans presque toutes les langues de l'Europe.
^ Le mot édijicalif n'est donné par aucun dictionnaire.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
si excellente, vosfre modestie ne m'escouteroit pas. C'est ce qui me fait finir pour vous (lire seulement que je suis , etc.
De Paris, ce i3 octobre i633 '.
A M. DE BOISROBERT
Vous rn'avés ravi en m'asseurant de la sanle' de Monseigneur par laquelle nous avons eu de deçà une seconde alarme [)ire que la première ^ Le commun a pris son séjour de Sezane ' pour une recheute et nostre passion pour luy s'en est figm-e'e tous les accidens pe'rilleux. Mais cette grande âme est trop nécessaire à cet Estât et Dieu a trop de soin de cette monarchie pour croire qu'il souffre qu'elle soit privée de celuy qui en est l'unique soustien. Il nous doit la conservation de cette pre'cieuse vie depuis qu'il l'eust choisie pour l'instrument de sa gloire et de nostre restauration, et je vous avoue qu'au milieu de toutes mes craintes je n'ay jamais bien appréhendé qu'elle nous faillit, ayant opinion que le Ciel veut opérer toutes ses merveilles par elle, et sçachant qu'après la tirannie de l'Europe, celle de l'Asie demeuroit encore à ruiner '. Prions
le néantmoins continuellement qu'il nous laisse nostre libérateur, et craignons que l'ingratitude dont nous payons ses travaux ne nous rende indignes de le posséder davantage.
Je vous suis sensiblement obligé de l'office que vous ni'avés rendu auprès de luy, en luy renouvelant les asseurances de mon zèle ardent et de mon perpétuel service. Et je croy que vous l'avés fait avec d'autant plus de chaleur que vous conuoissés plus le fonds (sic) de mes pensées et que vous sçavés bien que vous pouvés jurer pour moy sans pécher. Aussi aye je une indicible consolation de la bénignité avec laquelle il a reçeu ce que vous luy avés dit de moy et ne vous puis exprimer d'autre sorte mon ressentiment, qu'en vous protestant que sa bienveillance est ce qui m'anime , et que je ne mets point de différence pour moy entre le titre d'homme raisonnable et celuy de son passionné serviteur, ce que je tesmoigneray au inonde, non seulement dans le premier livre de la Pucelle, mais dans les suyvans en tous les lieux où l'art le permettra \ car comme il est inespuisable en ses grâces, je veux faire voir aussi que je le suis en mon affection.
' On trouve un peu plus loin (P 65 ) une autre lettre au P. Senault (du 19 novembre i633), où abondent les compliments , parmi lesquels je ne citerai (jue celui-ci : «Peut-esire qu'après que vostre mérite aura esté promené par toute la France, Paris enfin vous possédera, comme il est raisonnable, et que nous ne verrons plus vos excellents discours que par le secours des oreilles. 7>
' Le cardinal de Richelieu , qui avait quitté Nancy le 1 " octobre , en même temps que le Wo\ , était assez gravement malade à Sainl-Dizier (aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement de Vassy-siir-Blaise, Haule-.Marne), où il était arrivé le 4 octobre. Voir sur cette maladie, dans le recueil de M. Avenel (t. IV, p. 688,
i 89 et 695), deux notes où l'on trouvera divers détails empruntés soit à la Gazette , soit à des documents inédits.
' Sézanne est maintenant im chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Epcrnay (Marne). Nous avons, dans le recueil de M. Avenel (//>ù/.,p. /uj'jigG), deux lettres écrites de Sézanne, l'une le 3o octobre, l'autre le ^ novembre.
* Chapelain croyait-il sérieusement que Richelieu eût le projet do quelque croisade? Ou sa phrase n'est-elle autre chose qu'une figure de rhétorique?
'■■ Chapelain n'a pas tenu sa promesse : je ne trouve aucune mention du nom de Richelieu ni dans le premier livre de la Pucelle ni dans les autres.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
Au reste, vous me laissés deviner comment vos beaux vers ont été receus de luy, et quel accueil il a fait à cette Muse qui luy t'ait si bien accueillir toutes les autres. Jaltendois que du moins vous eu fériés une partie de votre lettre, et que j'y lirois que ce grand héros n'a pas moins donné d'éloges à vostre esprit qu'à vostre bonté et qu'il vous estime autant qu'il vous chérit. Mais vous avés mieux aynié m'informer de la générosité de M^' le garde des sceaux ' et du bien qu'il s'est résolu de faire aux gens de lettres*, jusqu'à me dire de sa part, en me cajolant, qu'il me vouloit mettre de la consultation avec vous pour aviser fnvers qui ses libéralités seroient le mieux employées, et certes je dis, comme vous, que cette intention et ce mouvement part d'une âme peu commune, et que ce siècle est heureiLx de trouver encore de ces cœurs héroïques qui se sont eslevés au dessus des intérests sordides , et qui ne considèrent les richesses qu'en tant qu'elles peuvent servir à exercer la munificence, que la
morale veut estre la particulière vertu des grands.
Toutesfois, sans rien diminuer de son mérite , je puis dire que Monseigneur l'a le premier pratiquée, et que, de mesme que M^' le garde des sceaux luy doit le rang qu'il tient dans le royaume, il luy doit peut estre cette bonne inspiration que je loue infiniment Qt qui m'engage à l'honorer autant que j'en suis capable. Si vous luy tesmoignés en quelle révérence j'ay sa piété, son équité, son sçavoir et toutes les autres rares parties que la France a admiré en luy, je vous en demeureray fort obligé, et si vous m'obtenés la permission de me dire son serviteur, je croiray que vous estes le meilleur des hommes.
M. du Chastelet' est trop généreux de me donner ses bonnes grâces sans me connoistre. Vous le pourrés assurer que je liens à singulière faveur ce que vous me mandés de son inclination pour moy, et que je ne la démériteray jamais que par ma foiblesse.
J'ay averti le pauvre Gombaud * et le bon
' Pierre Séguier avait été nommé garde des sceaux à l'âge de quarante-cinq ans (février i633). Voir sur celte nomination la noie 6 de la page ^og des Mélanges hislonques. Lettres de Balzac, n° lll, et le chapitre III de la monographie de M. R. Kerviier (187A), chapitre intitulé : Séguier garde des sceaux (p. io-63).
- Sur les- relations de Séguier avec les gens de lettres, voir (passim) l'ouvrage de M. Kerviler, et surtout les pages Gi-63.
^ Paul Hay du Chaslelet, alors âgé de quarante et un ans, et qui allait mourir deux ans et demi plus tard (5 avril i63t)). Voir sur cet académicien la note 2 de la page /172 des Mélanges historiques {Lettres de Balzac n° XXI ), et une notice de M. R. Kerviler, laquelle a paru, en 1873, dans la Revue de Bretagne et de Vendée (livraison de juillet et livraisons suivantes).
* Jean Ogier de Gombaud avait alors une quarantaine d'années, s'il est né [à Saint-Just-de-
Lussac, en Saintonge] vers iSgo, comme l'a soutenu le premier l'abbé L. J. Leclerc (édition de 1734 du Dictionnaire critique de Rayie), et c'était un sexagénaire, s'il est né vers 1670, comme on l'a presque toujours dit, et comme le répète son dernier biographe , M. R. Kerviler (J. Ogier de Gombauld, 16^0-1666, étude biographique et littéraire sur sa vie et ses ouvrages, Paris , 1876, grand in-S" de 1 0 2 pages extrait de la Revue d'Aquitaine). L'auteur d'Endymion et des Danatdes mérita toute sa vie l'épithète que Chapelain appHque ici à ce acadetd'un quatrième mariage'', comme il s'appelait lui-même par irouic. Les démarches de Roisrobert avaient pour but d'obtenir le payement de la pension jadis accordée par Marie de Médicis au poète sain-
tongeois , pension
successivement réduite de
1,200 écus à 800 et de 800 à 600 (encore ces 4 00 ne lui étaient-ils pas régulièrement comptés!). Sur cette pension et sur celle dont Séguier
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
Baudoin ' de vos heureuses sollicitations. La haste de vostre laquais ne leur a pas donné le loysir de vous 'rendre grâces ni à mov de vous dire la moitié' de raes pensées sur ce que vous m'escrivés. A noslre première veue je vous rendray conte de tout ce que vous ra'avés commis , dont je m'acquitteray avec la fide'lité dont. Monsieur, vostre. etc.
De Paris, ce a6 octpbre i633.
AL R. P. .lOSEPH.
-Mon Très Rève'rend Père , j'ay receu le tesmoignage de vostre souvenir avec le respect que je dois et dans un transport de joye qui n'est jjas facile à exprimer. C'est une nouvelle faveur que vous ave's adjouste' à tant dautres, et je vous considère encore en cela comme mon singulier bienfaicteur. Que si Testât où vostre vertu vous a mis et l'absolu détachement que vous avés de toutes les choses de la terre ne vous rendoient point inutile la passion que j'ay de vous
servir, je voudrois faire un effort pour essayer de m'aquitter des obligations que je vous ay ou , du moins . pour vous en nionstrer une généreuse reconnoissance. Mais vostre sainte vocation ne vous ayant laissé autre ambition que de bien faire aux hommes et ne vous permettant de regarder que le Ciel pour récompenses de vos bonnes actions, il faut que jen demeure dans les termes de mon simple ressentiment, et que je me contente de vous honorer dans mon cœur et dans mes paroles.
En attendant que vous me jugiés digne de vos commandemens. je suy vos ordres et vos préceptes pour le dessein du poème, duquel vous ne desdaignasfes pas de vous faire entretenir, il y a quelque ti;mps^ Je prétens y employer, dès le premier livre, avantageusement un des prédécesseurs de M^' le Cardinal , pour luy faire paroistre de la gratitude et du zèle, si je ne puis de l'habileté. Vous estes assés charitable ^ pour dérober aux alfaircs publiques une demie heure et la donner à la correction de ce tra-
ie gratifia plus tard , voir Taliemant des Réaux ( t. III , p. 9 'i 2 et a i 3). L'auteur des Hislnrieties dit qu(til estoit dans une nécessité extresme . et n'en tesmoignoit rien,n et que ffM. Chapelain hiy fit avouer qu'il ne sçavoit plus de quel bois faire flesches, et par le moyen de Boisrobert iiiy fit restabiir la moitié de sa pension.») Boisrobert a lui-même rappelé, dans WAdvis qui ouvre son second recueil des Epistres en vers ( 16.Ô9), que Gombauld , à cette occasion , le surnomma Vardent toUiciteitr des Muses incommodées.
' Jean Beaudoin , né à Pradelle en Vivarais , on ne sait trop en quelle année, fut un des premiers académiciens. Il avait été lecteur de la reine Marguerite et se fit surtout connaître par sa traduction de Davila. Lui aussi resta toujours pauvre , comme nous l'apprend Pellisson ( Histoire de l'Académie française, t. I, p. 289), et l'on a même prétendu {Sorbei-iana) qu'il mourut presque de faim et de froid ( i65o). Ce fut un des protégés
du chancelier Séguier, dont il loue la générosité dans la dédicace de son livre : Les Saintes Metajnoi-phoses (Paris, \n-lt°, 16/1 4).
^ Savait -on que le P. Joseph, non content d'aider le grand Cardinal dans ses plus difliciles entreprises politiques, avait aussi voulu aider Chapelain dans la préparation du plan de son poème ?
' Je répète que, malgré cette nouvelle promesse, le nom de Richelieu ne figure pas dans la Pucelle. On pouri-ait me soupçonner de n'avoir pas eu assez de courage et de patience pour lire attentivement tout le poème, mais je ferai observer aux incrédules que le splendide volume infolio de i6ô6 (Paris, Augustin Courbé) est terminé par une Table alphabétique des noms propres et des matières principales de ce poème, et que rien n'est plus facile que de s'assurer, en v jetant un coup d'oeil , de l'absence du nom de RichcliL'u dans la Pucelle on la France délivrée.
LETTRES DE JEAN CHAPELALN
vail lorsqu'il sera achevé, principallement l'intérest de ce grand personnage y estant meslé. Mais comme ce n'est pas un ouvrage que l'on vous puisse encore présenter, je viens à vous avec celuy de M. Godeau, lequel a esté réimprimé d'un autre volume plus commode que le précédent' et que j'espère que vous agréerés tant pour l'amour de son autlieur que pour celuy, mon Très Révérend Père, de, etc.
Paris, ce [en blanc] novembre i(J33.
\U COISTE DE FIESQUE.
Monsieur, je ne sçay comment satisfaire nostre Saint Père d'avoir eu la vanité de désirer son approbation ', puisque vous ne voulés pas que j'aye recours à ses indulgences avec lesquelles seules je me pouvois laver de ce péché. J'attens de vous, qui estes au lieu des expédions , pour en avoir quelqu'un qui me délivre de la censure et ([ui mettent (sic) ma conscience en repos de ce costé la. Je vous plains de la langueur (jue vous cause le séjour de Rome et me plains moy mesme de n'estre pas auprès de vous pour jouir de ces bonnes heures que vous perdes. Mais, pour vous consoler, souvenés vous qu'on languit partout, et que vous n'avés pas tousjours eu en cette Court , où vous vous souhailtés , toutes les hem-es agréables ni toutes les occupations plaisantes. Les affaires et l'honneur règlent nos volontés et nous font faire de nécessité vertu.
Je [vous] conseillois par mes dernières de charmer vos ennuis par la lecture soi-
gneuse des bons livres italiens. C'est un amusement agréable et utile tout ensemble et il s est trouvé bon nombre de personnes qui ont fait le voyage d'Italie seulement pour en tirer cet avantage. J'en parle avec quelque connoissance et sçay l'extrême satisfaction que j'ay trouvé , en mille rencontres de troubles et de douleur , dans la lecture de ces autheurs, qui ont traitté excellemment toutes les sciences et qui nous ont laissé en toutes matières de quoy nous entretenir délicieusement. Pour cela il importe d'approfondir la langue et d'en connoistre les délicatesses, ce qui vous sera aisé, pourveu que vous y appliquiés vostre esprit bon et excellent.
Vous m'avés obligé de me mander que M. le cardinal Rentivoglio avoit respondu à mon petit avis sur son histoire. Je serois bien aise que vous me peussiés envoyer sa deffense, mais je le juge difficile pour ce (jue je sçay que vous n'estes pas amis , et qu'il fait un secret de cette alfaire. En tout cas, etc.
(Sans date.)
A M. DE BOISROBERT
Monsieur, je ressens pour vous les inquiétudes des amans et reconnois encore en cela que je vous ayme bien fort, car je [vous] trouve icy extrêmement à dire. Toutesfois je n'en murmure pas et ne veux pas mesme vous désirer icy, puisque vous estes utile à Ruel près de Monseigneur et que vous contribués par vostre présence à celte importante santé ^ de laquelle toutes les
' Il s'agit des Œuvres chrestiennes déjà mentionnées plus haut, et qui auraient eu, d'après le témoignage de Chapelain, deux éditions en i633, ce que paraissent avoir ignoré tous les bibiiograplies.
^ Voir la lettre du 9 septembre i633 adressée au même personnage ( n° XXIV ).
^ On sait combien ia gaieté de Vabbé comique était indispensable à Richelieu, et la phrase de Chapelain s'accorde bien avec la spirituelle ordou-
nostres dépendent. Je me plains seulement de mon malheur qui m'a fait perdre les heures et les jours que vous ovés esté à Paris , sans que j'aye peu profiler de roccasion . ni me consoler l'esprit d'un moment <le vostre entretien. Il est vray que vostre bonté y a suppléé par vos lettres et que je m"y suis lousjours recoimu en faveur auprès de vous, dont je me tiens vostre obligé au delà de ce que je vous puis dire. Il ne s'est point passé de jour de vostre absence que je naye esté, ou envoyé en votre logis, mais en vain. Qui eust dit que j'estois d'accord avec vous pour vous visiter quand vous n'y estes point?
Aujourd'huy encore j'y ay appris que vous estiés venu et reparti en mesme temps.
\insy je prétens avoir grand mérite en mon afléclion, puisqu'en vous aymant jayme une chose invisible. Hier, je fus assés malheureux pour ne pas disnerchés moy quand vosire laquais m'apporta vostre despescheet le mien fut assés mal habile pour ne me la pas apporter où j'estois. J'eusse esté ravi de vous faire response sur l'heure et de vous
envoyer l'Ode de Porchère ' imprimée pour la faire voir à Monseigneur, avant qu'elle se débite. C'est un bon homme, et, comme cette pièce le tesmoigne. plein de mérite, pour lequel vos offices seront tousjours bien employés. Vous ferés chose digne de vous de les luy rendre, tant auprès de Son Eminence, qu'auprès de M^' le gaixle des sceaux . qui ne sçauroient mieux respandre les bienfaits que sur luy. et, pour ce que je suis en train de solliciter, je vous feray souvenir de la promesse que vous avés faitle au pauvre Coltet (sic)^, dont le mérite vous est connu , et dont l'incommodité exige de vous de faire une forte recommandation auprès do M^' le garde des sceaux pour le porter à ne le pas obuiettre dans le nombre de ceux qu'il veut gratifier. Il m'a pris pour fort puissant auprès de vous et je seray bien ayse si vous avés besoin d'ostre exhorté pour luy rendi-e assistance que ma prière luy serve de quelque chose , sçachant bien que je ne prie pas pour un indigne ni pour un ingrat.
Quand à M. de Ly [ ] \ je m'en dé-
nance que le docteur François Citois formula pour son illustre client : «Monseigneur, nous ferons tout ce que nous pourrons pour votre santé , mais toutes nos drogues sont inutiles, si vous n'y mêlez un peu de Boisrobert.» (Pellisson, Histoire de l' Académie française , t. 1, p. 12.)
'.Il s'agit ici non d' Honorât Langier, sieur de Porchères, mais d'un autre acadc'micien , François d'Arbaud, sieur de Porchères , né en Provence en 1 590. Ce qui ne permet pas le moindre doute à cet égard , c'est ce passage de la notice de Pellisson sur ce dernier poète {Histoire de V Académie, 1. 1, p. 183) : «M. de Boisrobert, à qui tout le monde rend aujourd'hui ce témoignage , que jamais homme qui fut en faveur n'eut l'humeur si bienfaisant, lui fit donner une pension de six cents livres par le cardinal do Richelieu. « On voit que Chapelain fut de moitié dans la bonne action de Boisrobert en faveur de Fran-
çois d'Arbaud , c'est-à-dire qu'ajirès en avoir eu la première pensée , il en assura le succès par sa chaleureuse insistance auprès du favori du cardinal. Bien souvent , dans les lettres qui suivront, on aura la preuve que, sous Riclielicu conjme sous Colbert, Chapelain fui pour ses confrères \m prolecteur dont on ne saurait trop louer l'initiative et l'élan.
" Guillaume Colietet était alors âgé de trenlecin<| ans. Sur son mérite, comme sur son incommodité, laquelle dura autant que sa vie , voir mon Introduction aux Vies des poêles fjascons tirées du manuscrit autographe de la bibliothèque du Louvre (Paris, 1866, grand in-8°). Le témoignage de Cliapelain est à joindre à tous les témoignages réunis dans cette introduction.
^ Je ne vois aucun nom de littérateur ou d'érudit, commençant par Ly ou par Li, auquel ce passage puisse s'appliquer. S'il avait fallu lire
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
clare sous vostre bon plaisir et le prens contre vostre colère en ma protection. Asseurés vous qu'il vous honnore et qu'il est plein de reconnoissance des biens que vous luy avés prociu-é. Pour ce regard , je lis dans le fons de son àme, et en respons en mon nom. Sa probité est grande, son sçavoir est public. Ces deux parties contre -pèseront bien la fascheuse bumeur que vous avés re-' marqué en luy, particulièrement lorsque vous considèrerés qu'elle ne luy est pas naturelle et qu'elle n'a autre fondement qiie la persécution que luy fait la mauvaise fortune. H n'y a rien de si ordinaire que de s'atlrisLer quand on est mal en ses affaires, et il n'y aura rien de si digne d'un homme de bien comme M. de Boisrobert, que de laisser l'usage des plaintes à celuy qui souffre et de ne luy demander pas conte de toutes les paroles que la tloulem- luy tire de la bouche. Il m'a veu quatre fois sui* ce sujet et m'a justifié son bon droit. Il vous conjure en ses {sic) termes propres de suspendre vostre jugement et vostre condamnation jusques à ce que vous l'ayés ouy.
Pour le fait de M. Beaudoin, il proteste qu'on nous a séduit et non pas instruit , et pour son humeui' il vous prie de croire qu'elle n'est pas indigne que vous la souffriés , mais qu'il n'a esté rien veu de vous que dans son amertume. Je vous confesse que cela et plusieurs autres choses de cet air m'ont touché et persuadé que vous le déviés reprendre en grâce. Vous avés jette des larmes autresfois pour des sujets moins pitoyables. Je ne veux point que vous de-
meuriés endurcy pour celuicy. Vous trou verés par la suitte que cette personne peut mériter que vous agissiés pour l'amour d'elle mesme , mais cependant je vous demande que vous le faciès pour l'amour de moy et, avec vostre permission, pour l'amour de vous mesme qui aurés grand honneur et grande satisfaction d'avoir servi la vertu d'un homme , sans en avoir esté empesché par les défauts que vous avés creu voir en luy.
J'ay ri de vostre aventure avec M. J.
[ ] '. En faveur de nostre ami, je vous
prie de continuer dans vostre retenue. Le neveu vous en escrira : il est icy d'hier.
Je suis tout à vous.
De Paris, ce [en blanc] novembre i863.
À M. DE BALZAC
Monsieur, je dérobe à mes occupations le temps qu'il faut pour vous respondre, bien qu'il seroit mieux dit que mes embaras me dérobent le temps que je vous dois donner et qui vous est bien plus légitimement acquis qu'à ceux raesmes que j'appelle mes Maistres. J'aurois un long discours à vous faire si je vous voulois exprimer mes sentimens sur ma fortune et sur tout combien je suis peu d'accord avec ceux qui m'estiment heureux, parce qu'ils me voyent chargé de chaisnes d'or. Je fais tous les jours , pour me mortifier et pour me consoler tout ensemble , un voyage à vostre république de Balzac et vous envie beaucoup l'indépendance dont
Si au lieu de Li , j'aurais proposé de voir là l'abréviation du nom de Silhon , qui avait , à cette époque, ie même âge à peu près que Chapelain, et qui étant à la fois honnête , instruit et pauvre, me paraîtrait, grâce à cette triple ressemblance, devoir être sûrement identifié avec le personnage décrit par la charitable plume de Chapelain.
' Le nom dont nous ne trouvons ici que la lettre initiale, je n'ai pu le découvrir d'une façon certaine, mais je me demande s'il ne s'agirait pas là de Nicolas Janiti ou Jeannin de Castille, trésorier de l'Épargne, fils du receveur du clergé et frère de la comtesse de Chalais, lequel mourut en 1691.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
vous jouisses. Cet air libre que vous y respire's et la sujettion que vous ne donne's qu à vostre vertu et à vos vertueux , qui sont vos Livres, me semble valoir plus que tout ce que la brutalité' du Surintendant fait perdre aux gens de mérite '.
Dans ma servitude, je vous considère comme un Souverain et ne vous puis assës louer de vous estre affranchi glorieusement des entraves de la fortune. Je suis marri que mes fers soient illustres et que je ne les puisse quitter sans estre blasme'. Je vivois à moy aupai-avant, maintenant je vis aitx autres. Le Monde m'a tiré à luy : il m'a fait sortir de moy mesme. Je ne suis plus homme, je suis Courtisan. Consolés vous par mon chagrin des injustices qu'on vous a fait et croyés que la fortune est ime mauvaise Mais- Iresse , puisqu'elle laisse avec tant de dégoust ceux qu'elle traitte le mieux et qui ont eu auparavant raison de se tenir satisfaits d'elle. De Paris, ce ay novembre i633'.
Al MARQUIS DE MO>'TAUZIER.
Monsieur, je ne sçay si je vous plais en vous escrivaut, je sçay seulenjent que je vous obéis et que je suis vos ordres. Il me suffira tousjours de ne vous pas déplaire, n'ayant pas assés bonne opinion de moy pour croire que je vous puisse agréer. Vous estes néanmoins assés généreux pour vous contenter de mes foiblesses et pour fermer les yeux sur mes deffauts. A toute rigueur, je vous puis du moins estre agréable par celte partie qui me fait estre à vous. Vostre bon cœur ayme naturellement le bon coeur, et si le mien vous est aussi connu que je festirae, vous ne sçam-iés luy dolTendre de luy vouloir un peu de bien. C'est de ces pensées que je me console dans le desplaisir que mapporte vostre éloignement ^, lequel sans cajolerie m'est plus sensible que je ne vous lose avouer et que je n'espère que vous le croyés.
' Claude de Builion , déjà nommé dans la lettre XXIIi.
- Indiquons (f 69) une lettre à AI. d'Elbène, du 3o novembre, et (f" 70 v") une lettre à Conrart (des preraiei"s jours de décembre). La leltre à M. d'Elbène, à la fois vaillant capitaine et intn''pide chasseur, est assez bien tournée. Chapelain lui dit: «Je ne sçay si vostre humeur fjuerrière vous a emmené en Alsace pour faire repasser le Rhin au duc de Fera, si vous vous contentés d'exercer l'image de la guerre autour de voslre maison sur les bosles innocentes. . .1 M. d'Elbène avait promis un cheval à Cbapelain : « Pour le Diomaiidè-e(sic),ie l'attens patiemment puisque vous le voulés et luy donne la préférence dans mon service. Il sera bien desnaturé s'il ne s'affectionne à mes intérests puisque j'ay pris les siens sans le connoislre, et que je l'ayme sans sçavoir s'il m'aimera. Il est certain que j'ay trailté de mespris quantité d'autres honnestes chevaux en sa considération. Vous luy ferés entendre le tout, s'il vous plaist, et me liendrés, Monsieur, etc.?' — Dans la lettre à Conrart, Chapelain, au lieu
de plaisanter, se montre grave el triste. Son ami Conrart avait entrepris de le réconcilier avec un certain M. B. .. [serait-ce par hasard Balzac, el y eut-il là un de ces nuages qui voilent parfois les meilleures amitiés?] Chapelain résiste en trois verbeuses pages dont voici quelques lignes : tJe vous dis sérieusement que c'est dommage qu'un esprit si présent , si agréable et si vif avec tant de bonnes parties ne soil pas né pour posséder celle de bien aimer, sans laquelle, selon ma philosophie, je ne conte toutes les autres pour rien. . . Je conclus que je suis pour le regard de ce raccomodement prétendu au mesme point que j'eslois avant noslre entre\eue, que je ne crois point qu'il m'aime et que je ne l'aime point aussi , mais qu'il aura toujours les mesmes oflTices et services de moy que si nos cœurs esloient autant unis que jamais, donnant cela à mon courage et à la mémoire de nostre deffunte afleclion.n ' Le frère aîné du futur duc de Moulauzier était en Lorraine , où lui avait été adressée déjà la lettre (n° XXVI) du ai septembre précédent.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
A vostre retour, nous apprendrons comment il vous a ennuie de ne voir ni vos amis ni vos ennemis , car vous avés désiré en vain jusqu'icy les uns et les autres. On nous parle de vostre armée comme d'une pièce de réserve et qu on la va mettre dans les frarnisons. Que si cela vous doit donner le temps de venir passer icy le carnaval , je béniray la résolulion et dispenseray volontiers la fortune, jusqu'à la nouvelle saison, de nous accorder les avantages qu'elle doit à la justice de nostre cause. Mais je me plaindrois extrêmement d'elle si vous estiés retenu de delà , sans rien faire , et si elle abusoit inutillement de vostre loysir que cette cour emploieroit si bien. Vous y estes souhaitté avec passion des personnes que j'y connois. Je ne doute point que vous n'y soyés attendu avec impatience de celles dont je n'ay pas si particulière connoissance. Pour mon regard, je suis en peine de deux choses, si vous estes en santé et si vous me continués vos bonnes grâces. Je demande à Dieu la première quand je la devrois payer de la mienne propre. La seconde ne me peut estre niée par vous sans cruauté, puisque je l'ay méritée par la fidélité et par le zèle qu'a pour vous , Monsieur, vostre , etc.
De Paris, ce 8 décembre 1033.
À M. DE BOISROBERT
Monsieur, vous sçavés trop bien de quelle importance m'est la nouvelle que vous m'avés mandée pour croire que je l'aye reçeue sans transport et sans ravissement. Les moindres faveurs qui viennent de Monseigneur, une
parole, un regard, un souvenir de cette grande âme glorifient un homme et le rendent bien heureux. Mais lorsqu'il l'honore de ses bienfaits, qu'il le reçoit au nombre des siens , et qu'il le met de sa propre main au rang de ceux auxcp.iels il distribue de ses grâces, il faut avouer qu'il luy donne quelque chose de plus que la félicité humaine, et qu'il l'eslève à un degré de gloire que l'on peut bien sentir, mais que l'on ne sçauroit exprimer. Je vous confesseray que j'ay souhaité de la réputation et me suis jette dans le train de ceux qui la poursuyvent. Il est vray aussy que j'ay pris mes mesures pour cela et que j'ay establi, pour y parvenir, cei'tains fondemens que mes amis n'ont pas estimé tout à fait desraisonnables. Toutesfois la petite opinion que j'ay eu de mes forces m'a fait jusqu'icy douter du succès de mon entreprise , et j'ay tant veu de mérite au dessus de moy que j'ay souvent craint de demeurer estouffé dans la foide de ceux qui prétendent à l'inunortahté par les lettres. Monseigneur est venu au secours de ma foiblesse et, selon mon humeur, par le tesmoignage que sa libéralité a rendu de moy au public, m'a fait avoir cette réputation recherchée à un bien plus haut point et plus certain que je ne l'avois jamais osé désirer. Je n'ay pas tant receu de gratification de luy dans ce bienfait considérable en soy que j'ay acquis d'estime. Il m'a plus donné par la conséquence de la grâce que par la gi-âce mesnie. 11 me suffira à l'avenir, pour toute louange, que le Monde sçache que je n'ay pas dépieu à cet homme divin et qu'il ne m'a pas jugé indigne d'estre avoué et gratifié de luy'. On supposera tousjours
' Tout cela paraîtrait ridicule, si la sincérité du sentiment ne rendait excusable l'excès des expressions. N'oublions pas que Chapelain resta fidèle à son prolecteur même après que la mort le lui eut ravi. J'ai eu l'occasion de dire
(note 2 de la page h^h des Mélanges historiques , Lettres de Balzac, n° VI) : çtChapelain s'honore en défendant avec tant de fermeté la mémoire du grand ministre contre les implacables rancunes de Balzac, n
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beaucoup de vertu en celuy sur lequel on apprendra qu'il ait daigné faire réflexion, et qu'il aura choisi entre un million d'adorateurs pour estre un des principaux sujets de ses largesses.
Pour ce qui me regarde, je ne soubaitte plus rien, je ne soubaitte pas mesme la conservation de ma vie, de laquelle je n'avois demandé la durée qu'afîn d'avoir le loysir de laisser bonne odeur de mon nom envers ceux qui viendront après nous. Maintenant que Monseigneur m'a affrancbi de la jurisdiction du Temps par le caractère qu'il a imprimé sur moy, je ne me soucie plus de vivre pom' moy mesme. Mes veilles ni mes travaux n'auront plus pour objet mon bonneur propre. Je ne les eiiiploieray qu'à bénir le ciel de ce qu'il l'a fait naistre en nostre siècle pour opérer ses hautes merveilles et" pour nous donner en luy une vivante image de la Divinité. Toutes mes entreprises auront pour but de persuader la repenfance à ceux qui le traittent avec ingratitude et d'augmenter la joye au cœur de ceux qui se resjouissent de ses bons succès.
Je sçay au reste combien vous avés contribué au bien (jue je reçois de sa générosité et l'obligation que j'en ay à vos ofEccs. Mais
remettant à vous en remercier à nostre première veiie. je vous conjure cependant d'asseurer Monseigneur que j'ay un ressentiment extrême de la grâce qu'il m'a fait, que je prens l'establissement qu'il luy plaist de me donner, non pas pour une récompense de ce que j'ay fait ni de ce que je feray pour son service, puisque je luy dois tout , mais pour un tesmoignage de l'approbation du zèle très ardent que j'ay pour sa gloire, lequel je m'imagine qu'il a reconnu en moy avec cette angélique Imnière qui luy fait lire dans les esprits des hommes et qui ne permet pas qu'il y ait de secret pour luy.
Je laisse le surplus à vostre prudence, après vous avoir dit que vous ne luy promettras jamais rien de moy que je ne tienne, non pas mesme ma vie, laquelle je mettrois avec courage et gayeté pour sa cause, si elle avoit besoin de martirs pour ia soustenir. Aymés moy tousjours et me croyés véritablement. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 29 décembre i633 '.
À M. LE MARQUIS DE GESVRES'
Monsieur, vous m'avés mis en très grande
' Chapelain écrivait à M. d'Elbène le 3o décembre (et non le 10, comme on l'a marqué au f° -jU): «Je vous plains au reste de n'avoir autre employ dans celle guerre que de deffendre vos maisons de vos propres amis, et que vous ayés plus de peine à destourner leurs passages que vous n'en auriés à passer sur le ventre de la Germaine à la leste des trouppes que vous mérités de commander. Si les nouvelles d'Allemagne continuent, on vous ira chercher jusque dans vostre terre au milieu de vostre constitution pour relever nos affaires et donner sur les doigts des [le nom est resté en blanc] et des
Valsleins Je vous prie de réserver toujours
la monture pacifique que vous m'avés promise et de ne pas emmener à la boucherie cet animal
qui par le destin doit philosopher avec moy...n * Louis Potier, marquis de Gesvres, était le fils aîné de René Potier, comte, puis duc de Tresmes (i(3'i8), capitaine des gardes du corps du roi el lieutenant général au gouvernement de Champagne , el de Marie de Luxembourg. Le Di:li<m- 7iaire de Moréri (1759) nous donne sur le jeuni? correspondant do Chapelain cette petite notice : w Louis Potier, marquis de Gesvres, lleulenant général des camps et armées du Roi, bailli de Valois et de Caen , qui fut accablé au siège de Thionville, sous les ruines d'une mine, le 6 avril de l'an i6i3, âgé de 33 ans, après s être signalé extraordinairemenl, avoir reçu quaranleune blessures, el avoir mérité le brevet de maréchal de France.?)
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
confusion par la lettre que j'ay receue de vous. Elle ne m'a pas seulement surpris, elle m'a encore fait honle des excessives courtoisies dont elle est pleine et qiie je ne puis mériter, quelque service que je vous rende jamais. Je devois vous escrire et me tenir heureux que vous souflrissiés les tesmoignages de ma passion, et dans cette diligence vous me prévenés dans ce devoir et m'accables de bienveillance et de civilité'. Vous m'escrivés de générosité' pure et au milieu des embarras qui accompagnent les armées qui marchent, vous me conservés place dans vostre souvenir parmi les pensées guerrières qui vous remplissent l'anie, et qui nous promettent tant de beaux effets.
Vous me rendes conte des bons offices dont vous mavés honoré auprès dmie des plus grandes princesses de l'Europe', et me faitles connoistre que je suis désormais quelque chose dans son esprit par vostre recommandation. A tout cela je ne puis ([ue respondre, sinon que vous estes obligeant jusqu'à l'excès et que vous m'avés mis hors de la puissance de m'aquitter jamais bien envers vous, que je rougiray autant de fois que je songeray à vous, et que je ne croy pas m'oser trouver mesuie en voslre présence à l'avenir, quelque bon accueil que vous me prépariés et quelque disposition que vous ayés à me remettre toutes mes debtes.
Si la fortune vous est équitable et qu'elle vous offre des obstacles dignes de vostre
cœur, je me consoleray par vos bons succès du mauvais qu'a eu la grossesse de madame la duchesse de Longueville ^ laquelle est encore au lit de la mort avec beaucoup plus de crainte que d'espérance, après avoir souffert la violence d'une petite vérole très maligne et un accouchement avant terme d'un fils que Dieu luy avoit donné. Nous sommes dans la sixiesme semaine de son indisposition et la fièvre luy dure encore sans que les médecins nous assurent encore de rien qui nous plaise. Les extrêmes obligations que j'ay à cette rare princesse me rendent en cette occasion aussi malade de l'esprit qu'elle l'est du corps , et je ne sçay comment je m'en suis peu servir pour achever ce sonnet que je vous envoyé sur la mort du jeune conte de Dunois qui n'eut que le loysir de recevoir le baptesme ^
Vous voyés, Monsieur, qu'après cette perte , je suis plus propre à faire des plaintes qu'à donner des louanges et que je réussirois bien mieux à parler des ténèbres qu'à mettre à la lumière les vertus et les grâces de la Princesse que vous me marqués , la réputation de laquelle fait le mesme effet sur moy que la présence de celles qui sont le plus estimées parmi nous. Je sçay qu'elle est aussi courageuse que M. le Duc, son frère, a esté prudent*, et qu'il n'a pas tenu à elle que nous n'ayons pris Nancy plustost par force que par amitié, et que [nous] n'ayons acheté cette possession au prix du sang des plus
1 Henriette de Lorraine, fille de François de Lorraine, comte de Vandemont, née le 5 avril i6o5, avait épousé, en 1691, Louis, bâtard de Guise, prince de Phalsbourg et de Lixen. Chapelain, loué par elle, la déclarait une des plus grandes princesses de l'Europe, comme M"' de Sévigné, après avoir dansé avec Louis XIV, le trouvait le plus grand roi du monde.
"^ Henri d'Orléans, duc de Longueville, avait épousé en premières noces, le 11 avril 1617,
Louise de Bourbon, fille du comte de Soissons, laquelle mourut le 9 septembre 1687.
^ N. d'Orléans, comte de Dunois, naquit le 16 janvier i63/i et mourut aussitôt après sa naissance. Le sonnet dont parle Chapelain est conservé dans le recueil de ses poésies (fonds Français, nouvelles acquisitions, n° 1890), sous ce titre : Tombeau du comte de Dunois.
' Charles IV, duc de Lorraine et de Bar, né le 6 avril t6o4, avait succédé à Henri, duc de
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braves des nostres. Mais Dieu n'a pas voulu que Nancy sortit pour jamais de la maison de Lorraine et a inspiré à M. le Duc des conseils moins eslevés , mais plus seurs et moins ruineux.. Cependant les ressentimens que cette belle princesse monstre de ce qui s'est passe en ce voyage dernier iuy sont bienséans et, en descouvrant la grandeur de son ame, tesraoignent quel redoutable ennemi nous eussions eu en elle, si le Ciel leust fait naistre ce qu'est M. son frère, et avec la résolution qu'elle (it paroistre lorsque nous l'assiégions '.
Je (inis en vous demandant la continuation de vos bonnes grâces et la permission de me dire tousjours, Monsieur, vostre, etc. De Paris, ce janvier i634.