À M. DU MAURIER
Je vous envoyé, Monsieur, le livre espa-
de Rome, je ie supplie de considérer qu'on ne sçaiiroit lirer de plus douces conséquences des exen)pies que j'apporte. Si ces exemples sont faux , je ne les ay point inventez, et les sources e.i sont l'ort cognues. Quand donc je parle avec libellé des vices de quelques Papes, el de la corruption de quelques-uns de leurs ministres, je ne pense pas faire tort à la lleligion , ny oflenser l'Eglise. . . . Tant s'en faut que je croye estre digne de biasme en cette conduite, que je pense sans vanité, si l'eu on juge sans passion, mériter (juelque cbose du Saincl Siège, n
' Voir sur la prise de la première de cos villes
gnol que vous listes laisser chés moy ces jours passés. Je l'ay ieu en courant, et quoycfue je vous puisse dire que l'autheur ne soit ny bon historien, ny bon orateui". il est vray pourtant qu'il a de l'esprit et que par endroits j'y ay trouvé des traits qui pourroient estre dits et avoués par les plus habiles hommes que je connoisse. Son stile est inégal et, pour l'ordinaire, affecté. Il Iraitte ses matières avec la passion qui est naturelle à tous les peuples pour l'amour du païs. ce qui fait qu'encore qu'il manque presque partout à la vérité, je l'excuse sur labus général; ce qu'il y a de fort curieux et qui me lend le livre considérable, est ce recueil de lettres du Roy d'Espagne et de consultes de son conseil d Estai touchant la récompense que le Conte Duc méritoil et ne vouloit point recevoir pour le bon succès de Fontarabie. En quoy ce conte ^ est bien ridicule ce me semble, de vouloir faire croire par ces plumes vénales qu'il a refusé par modestie ce qu'enfin il a accepté, et bien ambitieux de vouloir tirer double récompense de son service, je veux dire de vouloir avoir toutes les gralilications que porte ce recueil et, de plus, la gloire de ne les avoir acce|)tées que par force; ce qui est bien contraire h celte modestie dont il fail profession et qu'il tesmoigne bien peu en la publiant par l'impression de tant d'originaux
les Mémoires de Moniglal (l. I, p. 3o.3), el sur la prise de la seconde, les mêmes Mémoires [ibid., p. t2i3 et -2 16). -Le cardinal de Richelieu écrivit {Recueil de M. Avenel, t. VI, p. /i6.^) au cardinal de la Vallelle, le ai juillet i6;)9, que Louis XIII avait été «exlraordinairemenl aise d'apprendre la reddition de Fossan, de Bene, de Saluce». Dans une lettre du 27 juillet à M. dt; la Meilleraye {ibicl, p. /i68), le cardinal se réjouit de la prise de Bene, en mémo temps que de celle de Salces.
- C'est-à-dire Gaspar Guzman, comte d'Olivarès, le premier minisire de Philippe IV.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
et d'actes qu'un vroy modeste eust supprimé avec soin, d'autant plus que son Prince ne luy eust pas permis, en le foi'çanl de recevoir ses grâces, d'estre aussy modeste qu'il eust voulu.
Je vous prie de faire trouver bon à vostre amy que je luy emprunte ce niesme livre dans quelque tenqis pour le faire voir à M' de Bienville à qui la lecture n'en sera pas inutile.
J'attens avec impatience des nouvelles du duc de Veimar dont la santé m'a esté faille douteuse par quelques circonstances que je vous diray demain chés vous '.
Bene et Salces doivent estre de dure <ligestion aux Espagnols et il semble que la fortune commence à les vouloir morlilier à leur tour. Vous m'obligerés de me mander ce' qtie vous sçavés d'Allemagne et du glorieux Banier.
Je suis tout à vous.
De Paris, ce 38 juillet iC>3().
LE DUC DE LONGUEVILLE