CCCXVIII
À M' LE DUC DE LOAGLEVJLLE
EN ITAMK.
xMonseigneur, je croyois avec tout le monde que la mort de M' le duc de Veimar seroit le dernier de nos malheurs de cette année, et que la fortune se voudroit réconcilier avec nous par mille bons succès pour nous faire oublier le mal qu elle nous nvoit causé dans la perte d'une [iersonne si consi[dérable]. Mais la nouvelle que nous avons apprise de Thurin alTIigeanle et déplorable nous fait bien connoistre qu'il n"y n point de disgrâce (pi'olle ne nous vueille faire souffrir \ et quelle nous a pris pour but de toutes ses injustices. C'est une chose
' Dans lu Bibliothèque des écrivains de la compagnie de Jésus, on ne trouve aucun auteur du nom de Du Breton. On y mentionne seulement le P. Charlex Le Breton, né à Reims en i6o3, admis dans la compagnie en 1618, qui publia, de i653 à i663, divers ouvrajjes en prose et en vers, notamment une Paraphrase des pseaumos de David (Paris, 1660) et des Poésies sur la mort [ibid., 1 6 6 a - 1 6 6 3 ) .
- j'ai changé un en \ine, pensant bien que c'est par inadvertance que Chapelain a fait du genre masculin un mot qui a toujours été du genre féminin, conformément à réiymologie (^avrao/a).
^ Balzac (lettre XVII du livre XX déjà citée) disait: (r Jugez... si j'approu\e la curiosité de Monsieur de Scudéry qui vous veut avoir parmi ses illustres. Je désirerois seulement qu'il ne vous donnast point do compagnons indignes de vous.
Car outre le grand poète que je reconnois en \ostie peisonne, j'y trouve encore un grand conseiller d'Eslat , secrétaire, ambassadeur, bref tout, en toutes choses, et je n'en parle jamais autrement à ceux qui me demandent qui est ce parfait ami que j'ay à la cour, et cet homme de qui je fais toute ma gloire. :i
' M. Litlré a rappelé qu'jiistt//e (en latin iiisultus , en italien insulta) était du masculin dans le xvii' siècle, et il a donné pour exemples un vers de Corneille et deux vers de Boileau.
" <fLa nuit du a 6 au 27 juillet, dit le I*. Grifl'el (t. 111, p. al 8), le prince Thomas lit appliquer le pétard à une des portes [de Turin] , et à ce signal toutes les autres furent ouvertes. Ses troupes entrèrent aussitôt dans la ville, et il y fut reçu lui-même aux acclamations du peuple. La duchesse eut à peine le temps de se sauver dans !a citadelle avec ses pierreries.-
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
cruelle et bien dure à supporter à vos zéle's serviteurs comme moy de vous voir engagé, avec une poignée de gens, et loin du secours, contre une puissance formidable dans un pais où il n'y a rien qui [ne] vous soit contraire et loin de tout secoui's.
Avec tout cela, néantmoins je ne puis désespérer de vostre fortune, et ne me sçaurois persuader que Dieu permette que vous succombiés dans une cause si juste et avec de si justes intentions que vous en avés. Vostre cœur et vostre conduitte sont deux pièces assés extraordinaires, et c'est en des occasions pareilles à celle où vous estes niaintenant, que le Conte de Dunois s'est le plus signalé et a le plus relevé sa gloire. Nous attendons avec grande impatience le rlesmeslement de cette fusée et prions Dieu continuellement pour vob.tre conservation. Je vous envoyé, Monseigneur, ce que nous, etc. Je prie Dieu qu'il vous garde de tant de périls et demeure, Monseigneur, vostre, etc.
De Paris, ce 5 aoust i63<j.
À M.L'ÉVESQUEDEGRASSE(GODEAU),
A GKASSK.
Monsieur, n'ayant point eu de vos nouvelles de cet ordinaire, j'estois tout résolu à
' Le lendemain , Chapelain écrivait ( f° 1 60 ) à la marquise de Flamarens : « Après les bonnes nouvelles que nous avons eues de la prise de Salses sans bataille, et sans } avoir perdu aucune personne de considération , surtout sans que Monsieur vostre mary y ait recou aucune blessure, je eroy que je me puis resjouir avec vous de ce bon événement et vous exhorter à bien espérer de tout son voyage par un commencement si heureux. Je vous conseille bien néanmoins d'accompagner voslre espérance de vos prières et de les redoubler tous les jours pour mériter de Dieu la grâce que vous en attendes. Quand vous me ferés l'honneur de m'escrire, mandés moy ce que vous sçaurés
ne vous point escrire, lorsque M' L'Huillior m'est venu dire que l'affaire de M' Gassendi estoit en fort bon cbemin, et que vous l'y obligiés avec tant de générosité et de bonne grâce, cp'avec M' le Conte d'Alès tousses amis s'en dévoient tenir vos redevables, et qu'en son particulier, il en a voit de très grands ressentimens qu'il me prioit de vous tesmoigner. A ce que je voy, il faut que la chose ait bien changé de face, depuis que vous ra'enescrivistes, et qu'il se soit fait de merveilleuses conversions de volontés en ceux qui estoient si peu favorables à nostre amy. Si l'affaire s'achève, je prie Dieu que ce soit pour sa gloire aussy bien (pie pour nostre satisfaction !
Je vous envoyé une lettre de M"' de Rambouillet en response de celle (pie je luy rendis de vous, il y a quelque temps. Pour le présent, elle est fort incommodée d'un rbeume, mais nous sçavons à un jour près quand elle en sera quitte et n'en sommes en aucune appréhension. M'"" la Marquise s'est un peu remise, mais c'est un peu et sa santé ne diffère guères de la maladie ; elle peut se vestir, lire e't souffrir la conversation de SCS familiers amis. Nous essayons de la divertir et de luy faire oublier ses peines.
Je suis , Alonsieur, vostre , etc.
De Paris, ce 5 aoust 1689 '.
de la santé de Monsieur vostre mary, laquelle, après vous, je désire pins que personne du monde. J'aj)prendray aussy volontiers Testât de celle de vostre mignon, et s'il a esté baptisé en cérémonie, qui l'a tenu sur les fonds et comment on l'a nommé. Il le faut, tous les jours, offrir à Dieu afin qu'il l'ait en sa garde. C'est son soin paternel qui fera valoir tous les vostres et qui le préservera de tous les accidens à quoy ce jeune aage e.st sujet. Je veux croire qu'il est bien aymé dans toute vostre famille et que Monsieur vostre beau-père ne luy veut pas moins de bien qu'au premier. Lorsqu'il sera en ange de connoissance, il le faut de bonne heure ployer au respect qu'il
MU
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN