‹ Lettres. Publiées (volume 2)Chapitre 108 sur 134 · À DIGNE EN PROVENCE · texte numérisé non relu

À DIGNE EN PROVENCE

Monsieur, vous avés fait selon vostre vertu et mon courage de ne point procéder avec moy par i-emercimens en forme pour la volonté peut estre inutille que j'ay eue de vous

' L'abbé de Bourzeys, frère du trésorier de France. La lettre dont parle Chapelain est-elle celle qui a été insérée dans le livre XV' I, sous le n°XXV et avec la date du aô juin i63() (p. C)Ç)i et 69a del'in-fol.)?

servir. La profession que nous faisons de la belle philosophie et de cet amour si rare de la sagesse nous unissant d'inclination et d'intérest, et, si je l'ose dire, ne faisant de nous qu'une raesme chose, si iun de nous remercioit l'autre de ses bons offices, c'est comme s'il s'en remercioit luy mesme. El quand mesme nous nous considérerions comriîe personnes distinctes, le plaisir est si grand de faire plaisir à un homme vertueux qu'il paye tout le bien qu'on luy peut faire avec grande usure et, si l'un des deux esfoit redevable à l'autre, je ne crains point de vous dire que c'est, à mon avis, celuy qui a eu une si belle occasion d'exercer sa vertu . plustost que celuy qui, par son besoin, la luy a fournie. Ainsy, s'il estoit question de complimens et d'actions de grâces, vous voyés que par bon raisonnement ce seroit à moy à les faire. Mais bannissons ces superlluités de nostrc commerce et croyons aussy bien, sans démonstration extérieure, que nos amis ne sont pas ingrats, que nous voulons qu'ils nous croyent leurs amis, encore que nous passions souvent des années entières sans leur en reuouvoller les asj

rances.

Je dis cela pour moy, Monsieur, vous le connoissés bien, et prétens que ce mot seul me tienne lieu auprès de vous d'une excuse très vallahie , si je me suis abstenu de vous escrire tant de temps, et si je rae suis contenté de vous entretenir en la pei-sonne de nostre exellent M' L'Huillier lequel xctr' è^exvv' est un autre vous mesme.

Pour ce qui regarde vostre affaire ^ j'ay sceu de semaine en semaine Testât où elle estoit. J'ay remercié par avance M' de Grasse

'' Par excellence.

' L'affaire de l'agence du clergé, dont il a été déjà plusieurs fois question dans cette correspondance.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

de lassistaiice qu'il vous y reml. J'ay for(i(i(^ M' de Chaudeboime dans la volonté que M' de Beaurecueil luy a donne'e de vous servir. Enfin j'ay remué tout pour vous acquérir le suffrage de ce M' de Vence, mais, pour ce dernier, il nous a esféjusqu'icy impossible d'y rien faire, n'ayant peu encore sçavoir qui il est el ayant mesme appris que M. Ribier n'en a point nommé encore. Quand il sera déclaré, nous verrons ce qui s'y pourra faire et, en tout cas, nous recourrons à M' de Cbaudebonne pour engager M"" la duchesse d'Ësguillon à interposer son crédit encore envers luy. Il y a trois semaines que M Maignhe est à Orléans avec M'"' la Comtesse de S' Pol et il n'en reviendra qu'à la Toussaints, et ainsy il nous est inutile quand (sic) a présent. Je luy manderay vostre souvenir et vostre ressentiment.

J'ai parlé ' à tous ceux qui ontouy traitter de cette affaire dans les termes où vous me parlés quand à l'interest que vous y prenés , et les ay fort asseurés que s'il y avoit de l'ambition, elle estoit dans l'esprit de vos amis et non pas dans le vostre, à qui le succès estoit comme indifférent, et qui ne pouvoit mesme estre bon qu'au détriment de vos belles estudes, à propos desquelles j'ay à vous féliciter de celte rare vie de M. de Peyresc que vous avés faitte et qui imniorlalisera plus son nom que toutes nos rimes , [)our pompeuses qu'elles soient. J'ay impatience que vous y ayés donné la dernière main afin que le public en jouisse, et que nous la puissions voir imprimée pour l'utilité du commun ^

Aymés moy tousjours, s'il vous plaist, et me croyés. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce Soaoust i63ç).

À M. L'ÉVESQLIE DE GRASSE (GODEAL ),

À ghasse.

Monsieur, sur la nouvelle de la prise de Nizze je fus si alarmé pour vous que je ne songeay presque point au dommage qu'en recevoit le public, et il me sembla que le plus grand mal que causast cet accident estoit celuy dont vous estiés menacé. Depuis, j'ay calmé mon esprit tant par ce que j'ay appris de la fidélité du chevalier de Sales, que par la trêve qui s'est faitte en Piémont entre nos généraux et ceux d'Espagne. Mais avec tout cela je ne puis m'empescher de lu'aifliger de voir par ces progrès des ennemis la paix de plus en plus reculée. Il esl vray que Dieu est maistre et sçait trancher ou applanir les difficultés , quand il luy plaist. Je m'asseure que c'est la première et la plus fervente des prières que vous luy faittes.

Le bon M"^ Gassendi me conjure de vous rendre grâce pour luy de la générosité que vous avés monstrée en son affaire. Je lui ay respondu que les complimens estoient inutiles chés vous et que vous vous payés de vos bienfaits par eux mesmes. En effet, si vous aviés à recevoir remerciment pour cela, il faudroit que vous vous le fissiés à vousmesme, car je tiens que nous ne faisons jamais aucun bien à autruy, que nous n'y prenions la principale part, et que nous ne nous soyons obligés de cet ornement que nous avons adjousté à nostre ame.

Vous aurés dans quelque temps la re vision du poème de la Vierge dont la dédicace sera belle estant faitte à elle mesme. Il faut pardonner le retardement aux embarras de M' Conrart qui n'a pas eu un moment à luy

' Cliaptlairi devait être bien préoccupé en copiant cette lettre, car il a mis : j'ai purhiy pour fai parlé. On a vu qu'un peu plus liaut il n'a pas évité la fâcheuse répétition : tfle plaisir

est si grand de faire plaisir à un homme vertueux, n

- Ce livre, comme j'ai déjà eu l'occasion de le rappeler, parut en 1 6/i i .

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

depuis son retour de Jonquières. Il vous aura mandé le mariage qu'il a fait de M' Le Duchat avec M"° sa belle-sœur. Je prie Dieu qu'il vous conserve.

Je suis . .Monsieur, voslre , etc.

De Paris, ce i" septembre 1689 '.

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