‹ Lettres. Publiées (volume 2)Chapitre 111 sur 134 · À M^" DE GOURNAY · texte numérisé non relu

À M^" DE GOURNAY

Vous estes bonne de m'envoyer ainsy la j)aix. Je la reçois de vostre main, mais seu-

' Tallemanl {Historiette de Bouchard, I. VII, p. 160) se moque du nom de Pyrostomo (c'està-dire Bouche-ard) et des vers à la louanjje du Pyrostomo tqu'il avoit mis au devant de son livre. ^ Tailemant ajoute que ces vers en tontes langues étaient une nouvelle Panglossie.

^ Farfante voulait dire : hâbleur, fanfaron, charlatan. Le mot a été trouvé seulement dans Ambroise Paré, sous la forme farfante , parM.Littré , qui le rapproche de l'italien furfante {coquin , fripon) et de l'espagnol /ar/an<e.

' Jean Victor de Rossi naquit à Rome en 1077 et mourut en 1657, après avoir publié, sous le nom de Janus Nicius Erylhraeus, plusieurs ouvrages dont les plus célèbres sont le roman allégorique : Eudemiœ libri VIII (Leyde, 1687, in-i 2) et le recueil intitulé : Pinacolheca virorwn illuslrium (Cohgne , i6^3, in-8°).

* On sait que l'ami de Luther changea son nom allemand en un nom grec qui avait la même signification (c'est-à-dire terre noire.)

^ Balzac écrivait (p. 81 3 de l'in-fol.) : «Je suis bien avant dans la querelle d'Annibal Caro; mais je ne change point de passion, et l'estime tousjours plus bonneste homme que son adversaire, quoyque, peut-estre, son adversaire soit plus grand docteur que iuy. Je n'ay guères veu de grammairien de la force de ce Modenois, soit icy, soit dans ses commentaires sur la poétique d'Aristole. Il faut advouer pourtant qu'il pèche quelquefois par trop de subtihté.n

'^ Voici l'éloge que donne Balzac (p. 80/1) à celle lettre , éloge dont personne jusqu'à présent , pas même M. V. Cousin, n'a su faire application à M"'" de Sablé : fcL'eschantillon que vous m'avez envoyé est exquis, et celte façon d'escrire me plaist bien davantage que celle d'une infinité d'autres dames si célèbres d'ailleurs par leurs escritures. Elles preschent et déclament la pluspart du temps , et leurs grandes lettres ne sont que de grands corps mal animez. Au lieu qu'icy tout est d'esprit, et que rien n'y sent l'estude ni l'impression."

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

lement pour les affaires gënérciles, car pour nos diffiérens particuliers vous sçavés bien qu'ils ne sauroient finir et que vous estes l'irréconciliable ^ ennemie de i'escorcheuse académie. Je suis marry que vous aye's fait juger pendant ce soir par ce tribunal que vous ne connoissës pas. Outre que vous y avés esté condamnée, vous luv" donnés encore droit de vous y citer quand bon luy semblera, ayant fait cet acte de reconnoissance. Voyés si je suis généreux et si, dans la différence de vos partis \ je traitte bien avec vous et vous fais bonne guerre. H est vray que cela vient de plus haut et que, la vertu nous liant, nous ne pouvons avoir de querelle ensemble que pour des lettres et des syllabes. Hors cet intérest, vous pouvés faire estât de mon amitié et de mon service.

Dimanche matin, 18 septembre 1689*.

cccxxxvir.

À M. DE BALZAC

À BiLZiC.

Monsieur, ça esté une belle tirade (|ue celle que vous avés faitte dans la lettre que je viens de recevoir sur ce que je vous avois mandé de nostre amy M' M[esnage], et il vaut presques mieux qu'il soit sujet à cette intempérance de langue dont il s"accuse luy mesme, puisque ce défaut vous a fait pro duire de si rares choses sur ce sujet'. Avec cela , je pense qu'il ne se faut engager d'amitié avec luy que de bonne sorte, c'est-à-dire de celle que vous me manjués si agréablement, pour ce que je n'y vois point de seureté pour les naïves bontés comme les nostres , et qu'il n'y a point de plaisir de s'olTrir pour marotte volontairement à cette race de Bouchards, de Costards, de M[esnage]et autres joviaux de cette nature , desquels je liens comme vous qu'il suffît de faire ses comédiens, sans estre le sujet de leurs farces.

' L'expression iiTéconriliahle enupiui est dejn dans YHistoire univei-selle de d'Aubigné.

- M. Livet, qui a roproduit celte petite lettre (Histoire de rAcadêtnie franraise, t. I, p. 383), appliquant aux ncadémiciens ce que Chapelain applique à la compagnie, a lu leur au lieu de luy.

^ Il y a bien tffos partis •', mais le sens exige que nous lisions ^nos partis n.

' Le 39 septembre tGSg, Chapelain écrit au comte de Guiche, en Dauphiné, lui promeltanl (P 907) que Tannée «ô/io ne s'écoulera pas "Sans que nous voyons entre les mains d'un homme jeune encore la marque d'une dignité qui ne s'accorde guère qu'à ceux qui onl vieilly dans la guerre avec avantage et éclal.') La prophétie de Chapelain ne se réalisa pas en t64o, mais en 16/ii, le futur duc de Gramont n'ayant encore que trenle-sppt ans. Le 9 a sepleml)re, (jhapelain ëcri\-it aussi (P 208 ) à M"" de Choisy, à Forges, regrettant de ne pouvoir répondre sûrement à celle question : M. de Choisy demeurera-t-il intendant de l'armée du duc de Longuevilie en la place de M. de Miromesnil? «Les

résolulions de la Cour,- remarque Chapelain, fsonl si changeantes qu'on ne sçauroil jamais estre as,seuré de rien."

" Balzac avait dit de Ménaoro (lettre VI du livre XXI, p. 81 3 de l'in-fol.) : «Quelque inclination qu'il ait à la mesdisance, je ne laisseras pas de le trouver gentil garçon, et mesme galant homme. Que si je ne l'aime pas de celte amitié sainte et sacrée que j'ay pour vous, j'auray une passion pour luy qui ne m'incommodera point . et dont il demeurera assez satisfait. Je le melti-ay au nombre des charlatans, violons, parfumeurs, faiseurs de ragousU, et de tous ces artisans de volupté, qui sont virtuogi en Italie, et conmie vous sçavez :

Delect.nnt, Capel!an<?. dod aniaiïtur.

Ces gens là estoient chassez de la République de Sparte, mais on leur faisoit entrée en celle des Sybariles." On ne savait pas qu'il fût question de Ménage dans cette lettre (datée du 1 5 mars 16 '40, et qui est du 1 5 septembre 1639). Une bonne édition des lettres de Balzac n'aurait

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

Je suis iiiarry que vous n'avés receu la

visite du S^"^ L ' Sa mine, son esprit,

son alleterie, son sçavoir, ses humilités, ses vanités, ses mesdisances , ses flatteries, en un mot sa costardise, vousauroit donné une matière exquise pour un caractère particulier qui eust bien valu voslre Pédant ' et qui eust esté l'Idée du pédant de Cour à différence de l'auti'e. Mais cela se pourra renouer et M' de La Thibaudière, qui en devoit estre le proxénète \ si je m'en souviens bien , ne vous laissera pas mourir sans vous donner cette joye ou ce divertissement.

Nos lettres désormais sont des secrets dTstat, et ne se doivent non plus laisser voir à qui que ce soit que les mystères de ce genre, poui ce que ce qui ne se dit que pour vous et pour moy et à l'oreille passeroit pour détraction '' envers ceux qui ne vous connoistroient pas et ne serviroit qu'à irriter ces crabrons avec lesquels il est mieux d' estre en paix, si l'on ne peut estre en amitié. C'est ce qui m'cmpesche de vous prier icy de cette suppression religieuse dont nous sommes desja convenus il y a longtemps.

pas été possible avant la publication des lettres de Chapelain.

' A la place de Tiniliale L, il aurait fallu l'initiale C, puisqu'il s'agit là de Coslar, comme le prouve la phrase même. Balzac dit à Chapelain (lettre IX du livre XXI, p. 816 de Tin-fol.) : -Au reste, Monsieur, vous m'avés envoyé un si beau portrait, que je me passerois aisément de l'Original, s'il ne vouloit point prendre la peine de venir icy. Il est à présent à un quart de lieue de ÏNiort, avec M. l'abbé de Lavardin. M. de la Thibaudière dit qu'il a des montagnes de recueils, et qu'il ne lit aucun autheur ancien ou moderne, sur lequel il ne face des observalions. Ayant de l'esprit et de l'adresse in6niment, je ne doute point qu'il ne nous face voir "Tin jour les plus belles choses du monde.» La lettre, datée du 20 avril i6/jo, est du mois d'octobre 1689.

^ C'est-à-dire le Barbon.

^ M. Lillré ne cite, sous le mot proxénète.

Pour iVP Voiture , c'est en vérité un rare esprit et je ne vois point d'homme en France à qui vous déviés faire plus de dépit qu'à luy , car il est vray que vostre mérite nuit au sien et que si vous n'estiés point, il neseroil pas réduit à n'avoir que la seconde place ^ Je suis asseuré qu'il vous ayme cordialement et constamment, et si quelquesfois vous avés creu qu'il n'avoit pas assés mesnagé et porté vostre intérest dans l'estime qui estoit deue à quelqu'un de vos ouvrages, c'estoit sans doute plustost par deffaut de jugement que d'affection, dont par conséquent il ne peut estre biasmé puisque l'un n'est pas en nostre puissance comme l'autre, et, à cette heure, de qui peut-on dire qu'il ne se trompa jamais h juger? Du reste, comme je vous dis, il est vostre amy sincère et presque en tout admirateur. Je luy monstreray ce que vous dittes de luy , car il n'est pas encore party pour Blois à cause du séjour de Monsieur à Paris , et je sçay qu'il en aura un [resjsentiment extrême.

M° la Marquise de Rambouillet, sur ce qu'elle a sceu que vous désiriés ces vers de

que les mémoires de Suily et le Claude et Néi-on de Diderot. Balzac, dans la lettre IX du livre XXI, déjà citée , disait : r Le rare Monsieur de la Thibaudière ne fait que de partir d'icy, où il a demeuré toute la semaine. ^

* Déiraction, que nous avons à peu près abandonné, est dans le Roman de la Rose, dans Joinville, dans Euslache Des Champs, comme dans Coineille, dans Fléchier et dans Massillon.

^ Balzac avait ainsi parié de Voiture (lettre VI du livre XXI, déjà citée) : «fPour M. de Voiture, il est tousjours luy-mesme, c'est-à-dire tousjours excellent homme; et s'il a esté dit que la nature n'estoit jamais plus grande que dans les petites choses, tournons cela à l'advantage de ses billets, et préfèrons-les aux volumes des aulheurs asiatiques. Je vous demande la continuation de ses bonnes grâces, et vous prie de TasBurer de mon service. 11 y a peu de choses dans le monde que j'estime tant que luy.-' 6:^

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

Du Vivier, a fait d'office beaucoup de diligence pour vous procurer ce contentement. Je l'en ai remercié d'avance pour vous et certes quoy qu'il en arrive, ce motu proprio est une chose fort obligente et que je m'asseure qui vous touchera '.

Vous jugés très sainement de la Métamorphose, mais ce n'est pas chose nouvelle que vous jugiés sainement ^. Cet entassement d'expressions figurées, outre qu'il jette de belles ténèbres sur la matière traittée, et oblige souvent à aiguiser les yeux de l'esprit pour en pénétrer le sens, corrompt encore la nature de la narration et l'estouffe à force de la charger d'ornemens. Pour la fable, c'est un nonada, mais je ne la blasme pas pour cela , car elle est de ces sortes de fables qui sont hors de la jurisdiction d'Aristote et du destroit de la vraysemblance , de celles qui sont véritablement fables au sens que ce mot se prend en nostre langue et non pas à l'autre sens des

Grecs qui signiûe aventure vraysemblable et sujet de poème épique ou dramatique. Tout Ovide est plein de ces beaux monstres et j'ay bazardé, si j'ose m'alléguer, deux fables de celte nature pour le Roy et pour M"' Paulet qui n'ont pas été rejettées'.

PaVene, ^ont on vous a escrit, est, si je ne me trompe, une comédie desseignée j)ar l'abbé dAubignac et exécutée par celuy de Chastillon '\ Je ne l'ay point veue. Gombaud m'a dit que l'exécuteur n'avoit point réussy. Lises la , si l'on vous l'envoyé. 11 faut baiser jusqu'aux embrions de nos amis et donner cela à l'affeclion qui de soy est diffusive.

Je m'enquesteray de l'habitation fobuleuse ou véritable de ces princes bourrus qui préfèrent un bout de chandelle à la granfle lampe du monde et qui doivent estre les princes des chathuans et des orfrayes ".

M' Hobier est auprès d'Orléans h une petite acquisition qu'il a faitte depuis deux mois. Son hosle '* est presque aux prises

' Balzac répond (letlre X du livie XXI, p- 8 1 7 dei'in-foi.) : «Madame la Marquise de Rambouillol m'oblige lousjours beaucoup plus que je ne mérite. ..n Cette lettre, datée du 1'^ mai i64o, est à peine du mois de novembre 1689, et ce qui aurait dû empêcher les éditeurs de la si mal classer, c'est que Balzac y parle, comme d'ufi événement tout récent, de la mort du cardinal de la Valette, qui est du 28 septembre.

' «On m'a envoyé la Métamorphose ,1 dit Balzac (p. 816), «que j'ay leue, sans l'avoir considérée. Je n'ay pas laissé pourtant, dans celle lecture lumulluaire, de remarquer quantité de belles choses, et pout-estre que l'obscurité qui m'a paru en certains lieux, ne vient que du peu d'allenlion que j'y apportois. Je ne vous parle point de l'invention de la Fable. Pour i'expiession des pensées, elle m'a semblé quelquefois bien rafinée, et m'a fait souvenir de cet ancien orateur, qui ne voulait pas dire sans figure : Je vous donne le bonjour. n

^ Balzac (p. 816) revient ainsi là-dessus: «Les Métamorphoses de la couronne impériale

et de la lionne céleste ont fondement et rapport, et la première ne peut estre faite pour un autre que pour le Roy de Suède, ni la seconde que pour M"' Paulet. Mais l'invention dont il s'agit [dans le pocme de G. Haberl] n'est pas si juste qu'on pourroit s'imaginer. ^i

' Dans le Catalogue des œuvres laissées par U-s académiciens dressé par l'abbé d'Olivet , mention est faite de La belle Palène , tragi-comédie, 1 6'i 2 , sous le nom de l'abbé de Boisrobert. Aucun critique n'a réclamé pour l'abbé d'.\ubignac la responsabilité du plan de Palène.

' Balzac avait posé (lettre II du livre XXI, p. 810) cette question à son ami : «Je vous supplie que je sçacbe au vray ce que c'est de cette ridicule mode de certaines gens, qui en plein jour, et lorsque le soleil n'est obscurci d'aucun nuage, se font servir aux flambeaux.^

■' Son hosle, c'est-à-dire Godeau. L'évèque de Grasse possédait- il une maison à Paris où résidait Hobier? Hobier, au contraire, avait-il à Paris pignon sur rue et recevait -il quelquefois dans son logis févêque de Grasse?

LETTRES DE JEAN GHAPELALN

avec les Espagnols depuis la révolle de Nizze et de Villefranche et toutes ses despesches sont plaines de la peur qu'il a des Marannes. Je luy feray sçavoir voslre souvenir et suis , Monsieur, vostre , etc.

De Paris, ce a5 septembre 1639'.

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