CCCXXXVIII
À M. L'ÉVESQUE DE GRASSE (GODEAU
À GRASSE
Monsieur, vous ave's fait très -prudemment de m'escrire la lettre d'esclaircissement sur le bruit ridicule que certains impertinens ont fait courir parmy les dévots de deçà que vous voulie's permuter vostre Evesc\\é contre des bénéfices simples jusqu'à nommer ceux avec qui vous traittiés. Il faut que ceux qui ont persuadé et ont esté persuadés de cette vision sçachent que vous la désavoués et voyent Testât de vostre esprit sur cette matière. On ne fera point de cojne
de la lettre dont il puisse arriver de mal. M' Conrart en aura une, M'*'" Paulet une autre, et je garderay l'original afin que nous la puissions faire voii' à plus de personnes, sans estre obligés de la laisser sortir de nos mains.
N'allés pas croire cependant que nous persécutions le monde pour la voir. li est demeuré concerté que nous ne la mons(rerons qu'à ceux qui ont connoissance de celte nouvelle et qui ont besoin d'estre désabusés. Vous vous fiés bien à nous et ne nous croyés pas trop estourdis dans les choses qui vous regardent.
Nizze est une chose cruelle, mais jusqu'icy il semble que cette place craigne plus qu'elle ne fait craindre, puisque les Nizzards travaillent à tant de forts. Le frère de M' de Genève est un grand perfide et n'est guères digne d'un si bon frère'. J'attends au premier voyage des nouvelles de vostre voyage à la Cour, car sans faillir M' le
' Le lendemain, Chapelain écrivait au duc de Longueville (T 210), se plaignant de i'incerli- (ude où l'on était toujours en ce qui regardait le commandement des troupes du duc de Weymar. Les anglais insistent, dit -il, pour que le successeur du duc de Weymar soit le prince Palatin. Chapelain félicite le duc de Longueville de sa bonne santé. ffLe pauvre Cardinal de la Vallette,» ajoute-t-it, wn'est pas si bien traitté, car j'ay appris, depuis mes nouvelles escrittes, que sa fièvre s'est redoublée et que son mal de teste augmente, estant en danger au jugement des médecins. On croit que son mal vient du desplaisir et que les avis qu'il a eu de la Cour font causé. En effet, il ne veut boire ny manger. Mais cela peut avoir une autre cause. M. Des \oyers a esté fort mal, mais il se porte mieux. . . Le combat des Hollandois et des Espagnols dans la Manche a esté plus furieux encore que je ne vous ay marqué. On en attend la suitte.» Au marquis de Montauzier Chapelain dit, le même jour (P 211): cj'appris, avant-
hier, chez M'"° vostre mère, l'accident qui vous est arrivé et la perte que vous avés faitte de vos chevaux par un incendie. . . Les dames [de Rambouillet] sont de retour de Vigny, toutes en santé, après avoir dansé deux ballets dont le dernier a de beaucoup effacé l'autre. Il s'est fort parlé de vous à leur retour. Le pauvre M'' le Cardinal de la Valette nous fait peur de deçà avec sa fièvre qui empire tous les jours et qui , à ce qu'on dit, est mesiée d'une mélancolie qui fait croire qu'il n'estoit pas satisfait de la Cour. '5
- On a déjà vu que le chevalier de Sales aurait été, au contraire, d'après le P. Griffet, le martyr de sa fidélité à la cause française. Quelle opinion doit-on définitivement garder de la conduite du frère du saint Évêque de Genève? Je n'ose trancher cette délicate question, et je me contente de rappeler que le cardinal de Richelieu ne paraissait nullement sûr (septembre i63()) de la loyauté du gouverneur du château de Nice. (Recueil de M. Avenel, t. VI, p. .5o6; L VIll, p. 357).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
Cardinal ira avec le Roy à Grenoble et j'approuve fort que vous iuy alliés rendre jusques là vos devoirs. M'"° de Rambouillet a eu deux jours la fièvre qui Iuy a quittée. M' sa mère est bien, veu ses maux ordinaires. Dieu vous fasse profète de paix!
De Paris, ce 29 septembre 1689 '.