‹ Lettres. Publiées (volume 2)Chapitre 113 sur 134 · À COLMAR · texte numérisé non relu

À COLMAR

Monsieur, de quelque temps vous ne devés attendre de nous de nouvelles ny de lettres qui soient gayes, si ce que Ion nous a asseuré icy se trouve vray, je veux dire la mort de M' le Cardinal de la \ alette. Mais cette asseurance n'est pas si infaillible

qu'elle ne soit contreditte par d'autres courriers et, entre autres, par Montandre qui maintient que, le 97 septembre, il la veu encore en vie, quoyque malade à l'extrémité *. C'est un esprit de douleur qu'il nous a donné et sur lequel nostre espérance a repris un peu de vigueur, puisque à un si bon corps que le sien il est malaisé de se laisser entièrement abbattre par le mal , et que tant qu'il y restera une estiacelle de vie, nous croyons avoir droit de croire qu'il se relèvera et restablira.

Je ne vous diray point la désolation que cette fascbeuse nouvelle a causé dans tous les bostels que vous sçavés et l'inquiétude où on y est dans le doute du succès do cette maladie. Jugés le par le sentiment quo vous en avés vous mesnie et par la connoissance du bon naturel de ces excellentes per-

' La veille de ce jour. Chapelain parlait ainsi {(" 2 19) à la marquise de Flainarons de son petit enfant :••... Vostre mi;;non que j'ayme sans l'avoir veu et que je désire aussy qui ra'ayme lorsqu'il .sera capable d"nmilié. Je seray bien aise que de bonne heure il s'accouslume à mon nom et que, comme M"" sa mère, ce soit un des premiers qu'il prononce . .. Je vis, il y a quinze jours, M"" la Marquise de Sablé qui me demantla de vos nouvelles et me donna occasion de Kiy taire entendre avec combien de vertu vous vous estiés résolue au voyage de Guienne et avec comliien de sagesse et de constance vous perscvériés dans le dessein d'y demeurer tant que vostre devoir et le bien de vos affaires vous y obligeront. De l'humeur dont elle est, cela Iuy pssa pour une action héroïque et elle ne .se pouvoit lasser de vous admirer. Ensuite je Iuy dis la substance de la dernière lettre que vou.s m'avés escrille qui Iuy sembla sensée et spirituelle de la borme .«orle et vous receusles encore beaucoup de louange de ce costé là. M"" ia marquise de Rambouillet et M"' sa fille. M"" de ClennonI , M"" ses filles et M'" Paulet me demandent souvent de vos nouvelles el

m'ont, la dernière fois, chargé instamment de vous asseurer de leur souvenir et de leur service. Je vous conserve et fais le plus d'amis que je puis et des bons. J'apprens que M' de Verthamonl a obtenu de M' d'Espernon la lieutenance colonelle du régiment de Navarre pour M' le chevalier vostre frère, en quoy il a fort mérité de toute la maison. Je suis d'avis que vous Iuy en escriviés et à M"" sa femme avec ressentiraeni et que vous faciès tesmoigner à M' d'Kspernoii par M' vostre mary la part que vous prenés à cette obligation. Nous verrons si la charge va«jiio cl si le Roi l'y voudra recevoir si jeune. »

- Ce fui le lendemuin, 98 septembre, que le cardinal de la Valette, à fàge de quarante-sept ans, ^finit, » conmie parle G. Girard ^ Histoire du duc d' Esppi-non , p. 5a5) «une glorieuse vie par une mort très-constante et Irès-chrélienne. » Il avait été attaqué le 11 du même mois d'une lièvre double lierce.qui devint continue, tlomme Chapelain , le cardinal de Richelieu ( TeslametU poUliqne) attribue la morl du prélat au chagrin. G. Girard lui aussi (p. 57^) trouve dans le chagrin le germe de la maladie qui emporta le belliqueux prélat.

LETTRES DE JEAiN CHAPELAIN.

sonnes qui sçavent choisir et aynier ce qu'ils ont choisi. Si Dieu nous console de ce costé la en nous rendant une vie si importante, nous en ferons chanter le Te Deum a la Lyonne ' comme d'une victoire remporte'e sur la mort, et, au lieu de Tombeau, M' de Grasse fera pour son aray et patron des Soieries ' où il se surmontera luy niesme.

11 falloit qu'il arrivast quelque accident pareil à celui qui nous menace de la pour nous faire moins sentir le vostre, quoyqu'il soit tel qu'il nous face frémir encore quinze jouis après qu'il est arrivé \ (Cependant vous me le passés dans la lettre que vous ni'escrivés du ûi pour une légère disgrâce et qui ne vous empesche pas de railler, et en cela il y a icy des personnes, qui ne le contant pour rien puisque vous n'y estes pas demeuré, vous ressemblent et le prennent pour matière de raillerie. L'on s'escrie sur cet embrasement de chausses et sur les cris qu'il vous fit faire comme sur une chose fort mislerieuse et l'on s'imagine des cheveux, des lettres, un portrait et autres pareilles ustancilles d'amoiu' ' capables de faire rougir la plus sage personne du monde, lorsque l'on s'en explique en sa présence. Pour à quoy remédier selon mon pouvoir et d'office, j'ay tesmoigoé, comme sur le

' On sait que M"' Paulet avait une admiraWe voix, dont, au dire de Voiture, les rossignols étaient jaloux.

- Soieries : anciens sacrifices que ies païens faisoient à leurs dieux, en reconnaissance de la protection qu'ils supposoient leur devoir. (Roquefort, Glossaire de la langue rmnane.) Du grec SwTrfpjoj^, salut, guéiison. 11 s'agit ici de pièces de vers de réjouissance, d'actions de grâce.

^ Chapelain le raconte ainsi (f° 21 3) dans une lettre, du i'" octobre, à M. de Lalane (à Mortagne) : <rW de Montauzier a pensé estre brûlé dans une hostellerie entre Genève et Lion,

rapport du jeune Grotius qui vint jusqu'à Lion avec celuy que vous aviés envoyé, que ce qui vous faisoit crier les hauts cris après vos chausses estoit une jolie monstre que M' vostre mère vous avoit donnée. Et il est vray que ce jeune cavalier me le dit ainsy, mais enfin adjoustant quelques autres galanteries que je n'ay point dittes, tant par ce que je ne les crois point , que pour ce que cola eust embarrassé des personnes que j'honnore, au lieu de les déharasser comme estoit mon dessein.

J'attens avec beaucoup d'impatience vostre arrivée à Basle et ensuitte à Gohiiar. Il n'y a point de soins si obligeans que les vostres et je ne sçay comment vous remercier de la pensée que vous avés eue de m'envoyer ce Capriata de Genève ainsy de vostre mouvement. Vous agisses selon vostre cœur et tousjours d'une manière si noble , qu'il faudroit plus d'éloquence que le siècle n'en est capable pour vous en rendre les grâces que vous mérités.

M' Conrart m'a dit que vous aviés eu le mesnie soin pour luy , dont je puis vous servir de tesmoin qu'il le ressent comme moy, c'est-à-dire au delà de ce qui se peut dire.

Je suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 3 octobre i63ç).

s'eslaut sauvé nu au travers de la tlamme e( ayant perdu par le feu quatorze chevaux avec tout l'équipage. 11 plaint surtout ses chausses où il y devoit avoir quelque chose de bien tendre, veu les lamentations qu'il en f;iit. 11 partit, le 21, de Genève, guéri d'une petite blessure qu'il se fil dans cette incendie {sic. Chapelain oubliait l'étymologie : incenditun) et nous attendons de ses nouvelles au premier jour. »

* Le mot ustemile était féminin au wii' siècle. La Fontaine et même Fontenelle lui ont donné le même genre que Chapelain. M. Littré dit que la forme régulière du mot serait ustensilk, au féminin, représentant le mot ustensilia.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

À M. DE BALZAC

À BALZAC

Monsieur, je vous abandonne tout ce qui est à raoy et de moy pour vous en laisser disposer comme il vous plaira sans restriction ni condition quelconque. Si vous enchâssés mes mauvaises rimes dans vos excellentes proses, mon obligation en sera d'autant plus grande que je le mériteray moins et que vous leur aurés donné une place trop noble. Mais prenés garde de ne vous pas deshonnorer en mlionnorant et surtout souvenés vous, si vous en recevés dn blasme, que je n'ay point recherché cette grâce et qu'elle m'est venue de vostre pure libéralité. Je voy bien que vous avés entrepris de me donner de la réputation et quoyque ce ne soit pas le plus grand des biens que je désire, je me sens infiniment obligé à vostre intention, et la gouste bien plus agréablement, m'estanl donnée de vostre main que si je la recevois de celle des plus grandes puissances de la terre. Vous y aurés un mérite particulier et dont il ne vous reviendra pas peu de gloire, en ce que, ini'ita Minerra mesme", vous m'avés rendu fameux par la seule force de vostre crédit et par les seules couleurs de cette éloquence maistresse qui commande en persuadant et qui ne laisse pas en

la liberté de l'esprit de douter de la chose du monde la plus douteuse.

Au reste, j'ay eu une extrême consolation de voir que mes sentimens sont conformes touchant la façon d'escrire de M' la marquise de Sablé. Et certes il ne se peut plus délicatement ni plus flaleusement exprimer ses pensées qu'elle a fait dans cette lettre que je vous ay envoyée d'elle, et si toutes celles qu'elle escrit sont de ce stile, comme je le croy, je n'ay garde de douter si je la dois préférer à vostre amie à <jui Ion ne sçauroit oster qu'elle n'ait beaucoup d'esprit et cpi'elle ne parle bien \ mais qui aussy escrit si ambitieusement et se pique tellement de quintaine de lettres polies *, que c'est tout ce que je puis faire que de la souffrii-, car toute affectation m'est insupportable et en ime femme il me semble qu'il n'y a rien de si dégoustant que de s'ériger en escrivaine^ el entretenir pour cela seulemeni commerce avec les beaux esprits. Si je juge bien des choses, vous ne verres jamais rien de semblable en noslre Marquise qui n'escrif jamais sans sujet et qui n'escrit jamais rien que de son sujet avec une belle nesgligence qui descouvre d'autant plus la beauté de son sens , qu'elle s'efforce le moins à le descouvrir.

Je luy ay fait voir ce que vous me mandés sur sa lettre dont elle a esté transportée, et

' j'ai laissé de côlé une courte lettre à Balzac, du 9 octobre (f a 1 5), où Chapelain lui dit : « Je vous donne ces deux mots pour prendre acte de ma punctualilé et vous tcsmoigner tousjours que mesme sans matière je veux entretenir les bonnes couslumes. » Il y parle d'une visite de Luillier qui lui a dit tant de bien de Balzac elqui est si lion juge : tfll ne se peut imaginer combien il a le goust exquis pour le discernement des bons et des mauvais cscrivains. » Il termine sa lettre par ce compliment, que Balzac, parmi les écrivains, n'est pas seulomenl le premier, mais Yuniqtte.

'' Tu niliii invita dicoe faciosve Minona.

(Horace, Art poétique . vers 38.ï.)

* M'"' Des Loges.

* Nous avons déjà trouvé dans les lettres de Chapelain l'expression quintaine, mais se piquer de quintaine de lettres polies me paraît une locution qui donne un cruel démenti à celte phrase de Balzac à son ami (p. 8i o de l'in-fol. ) : « L'art de votre expression n'est pas moindre que vostre grand sens. »

' Le mot ccrivaine n'est et n'a jamais été français.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

elle m'a bien prié de vous en remercier comme d\me grâce qu'elle ressent extrêmement. Je tascberay par le moyen de l'abbé de Bourzeis d'avoir quelque pareil eschantillon de M' de Liancouit. Mais c'est chose que je ne m'oserois encore promettre, car cette personne est la pudeur et la modestie mesme et il iaudroit qu'il la trompast pour luy faire recevoir l'bonneur que vous luy voulés faire \

Quant à nostre amy romain, j'ay imagine que ce changement si fréfjiient de noms vient de la fi-équente perte cpi'il fait des titres et des possessions qui les luy ont fait prendre. J'ay appris que ce dernier de S" Geneviève-, toulesfois n'a esté qu'un mois dans sa maison , si bien qu'au premier volume qu'il donnera au public, je m'attens qu'il se battisera de quelque nouvelle sorte. Tout ce que vous dittes sur ce sujet la et sur les femmes aulrices^ est admirable. Il ne se peut non plus rien adjousler au ju-

gement que vous faittes du Gastelvetro ". la létricité ducpel est insupportable à ceux mesmes qui l'adorent. Il est certain qu'il donne trop à son* sens et bien souvent sa logique pourroit passer pour sophistorie\

Je feray ce que je pourray pour vous faire avoir ciel voslro amico Caro la pièce que vous désirés et ces dial[ogues] du Sperone aussy \ quoyque ni l'un ni l'autre ne soit pas des communs et que l'on rencontre à tous les coins de rue. Je feray encore la diligence chés la vefve Camusat que vous ordonnés et vous aurés un double du catalogue de ses livres italiens, si son mary luy en a laissé un. C'est une bonne femme et à qui ses accablemens ne font pas perdre la connoissance de ce qu'elle doit et qui recevra cet ordre de vous sans doute avec beaucoup de contenlement.

M"^ de Bourzeis le trésorier a receu, il y a plus de six semaines, vostre lettre en

' Balzac avait écrit à Chapelain (lettre VIII du livre XXI, déjà citée) : «Feu Monsieur le mareschal de Schoniberg m'a monstre autrefois des lettres de M""' de Liancourl [Jeanne de Schomberg, femme de Roger du Plessis, marquis de Liancourtj qu'il arrosoit de ses larmes, en me les lisant. Je ne m'advisay pas de luy en demander copie. II eusl esté ravi de me faire ce présent, et nous les conférerions à cette heure avec celles de Vittoria [M™° de Sablé]. Je dis plus, Monsieur, dans le dessein que j'ay de parler de nostre langue, de nostre prose et de nos vers, de nos honnestes gens et de nos femmes de bon esprit, je serois bien aise d'alléguer quelque mot ou quelque ligne de celle cy, et ce seroit peut-estre la seule façon honnesle de faire connoistre son esprit au monde advenir. »

- Pour la régularité delà phrase, je supprime le mot lequel entre Sainte-Geneviève et toutesfois.

' Balzac s'était bien gardé d'employer la détestable expression : femmes autrices. Je crains

CHAPELAI.N. — I.

que Chapelain seul au monde ait jamais employé un aussi barbare féminin.

^ Balzac avait ainsi reparlé de ce critique (lettre VIll du livre XXI, déjà citée) : «Demeurons d'accord que Gastelvetro est un grammairien philosophe, qui cherche la vérité avec adresse, et se sert fortement de la raison. Quelquefois, néantmoins, il veut la porter plus loin (ju'il ne faut, et je pourrois le reprendre en certaines choses plus justement qu'il n'a repris mon ami. C'est le seigneur Annibal que je nomme ainsi, n

^ Sophisterie est dans le Roman de la Rose, dans Oresme, dans Théodore de Bèze, dans Bossuet. Ici, comme bien souvent. Chapelain fournit l'anneau qui dans la chaîne des exemples, joint le xvi^ siècle à la première moitié du xïh" siècle.

'^ Balzac (p. 8i5) avait dit: «Je vous conjure d'employer vos agens de la rue Saint- Jacques pour me faire recouvrer son Enéide (inquarto), avec les Dialogues de Speron Sperone,

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

main propre. M' Descartes est tousjoiirs en Hollande et toujours philosophant'. M' de La Mothe, qui voit souvent le Père Mersene , ni M' de Rebours ^ ne m'ont point dit qu'il eust rien publié de nouveau , ce qui me fait croire que l'avis qu'on vous a donné n'est pas bien fondé. J'ay donné charge de voir le moine pour m'en esclaircir ^

Nous avons tousjours très mauvaise espérance de la guérison de M' le Cardinal de La Valette '. Je suis tout à vous.

J'allois fermer ma lettre lorsqu'on m'a apporté la vostre du 39 ^ L'obligation que jay présentement pour assister à une prédication d'un autre M' Esprit, à quoy vous sçavés qu'on n'oseroit manquer, m'empesche d'y respondre pour cette fois. Ce sera pour le premier ordinaire et il sera mieux que je responde en mesme temps à vous et à \I' de La Thibaudière puisque j'ay receu vos lettres en luesnie temps. D'avance je vous

puis dire que je me sens infiniment obligé à sa courtoisie du bien qu'il me dit de moy. mais, en m'envoyant sa lettre, vous m'en devés aussy envoyer la response.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 9' octobre 1689.

À M. LE MARQUIS DE MONTAUZIER

EN ALSACE

Monsieur, voicy la rente que je vous dois toutes les semaines. Si la Gazelle vous apprend toutes ces nouvelles, je n'y sçaurois que faire : c'est la faute de vostre ordinaire qui part un jour précisément devant que je les aye recueillies et qui fait qu'elles me moisissent ainsy sept jours après entre les mains. En tout cas elles serviront à rectifier les relations du Gazelier et à vous apprendre quand il luy arrive de ne mentir pas.

pourcc que j'ay besoin de l'un et de l'aulre livre.»

' Voicicc([u'eiiécrivaitBaizac(p. 8i5): «M. le duc de la Rochelbucaut m'a parlé de quelque nouveauté de M. Des Cartes. Je suis en peine de luy, n'en ayant rien appris il y a long temps, et ie père Mersenne a tort de ne vous informer pas de ce qu'il en sçait.»

- Est-ce le janséniste Antoine de Hebourssur lequel M. P. Paris [HislorieUes , t. lll, p. ia5) rite VHisloire généale de Porl- Royal, de Ciéniencet (t. IV, p. i36), le Nécrologe des deffenneurs de la vérité, par Cerveau (t. III, p. 80), et sur lequel je citerai, de plus, diverses pages du Port-Royal de M. Sainte-Beuve (t. I, II, III , IV, V et VI.)?

' Le moine, c'est-à-dire le P. Mersenne, dut déclarer à Chapelain que Descartes n'avait rien publié depuis l'année 1687. La première édition des Méditations est de 16/11 (Paris, in-8°).

* Trois jours plus tard, Chapelain écrivait à Balzac (P 33^1): rrEnfin ie pauvre M«' le Cardinal de la Valette est mort le 1 7° de sa mala-

die el le 38" de septembre, en mauvais estai pour sa fortune et pour sa gloire, mais en très bon pour son âme et pour le ciel. Vous perdes en luy si non un amy, au moins une personne oliligée à l'ostre et qui peut estie, un jour, l'eusl esté , quand Paage eust affermi ses inégalités cl luy eust donné la liberté de bien user des boimes parties qui estoient en luy. Il est fort plaint et il importe que vous le plaighiés.55 La post-scnpitiiu do celle lettre du 1 3 octobre est ainsi conçu : «M. Conrart m'a monstre un rouleau de cinq estampes d'architecture représentant la maison de M. Huggens dont il a fait tirer le plan poui le proposer aux curieux de celle science et en j[ralitier ses amis. Il vous regarde comme le premier de ceux (ju'il avoit en France et vous en a envoyé cet exemplaire dont M. Conrarl s'est chargé." •• Cette lettre du 39 septembre est celle qui, dans l'in-folio de 1660, porte la date du 1" mai iG^o et où il est question d'une visite faite à Balzac par «un de Messieurs Esprit, i si digne (td'estre l'aisné de ce frère qu'il a auprès de M' le Cbanceher.')

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

Nous sommes plus incertains que jamais du succès de la maladie qui attaque M' le cardinal de la Valette et d'heure en heure nous attendons qu'on nous vienne achever de désespérer par sa mort. Le rapport des médecins que j'ay veu m'en fait faire ce mauvais augure. Dieu vueille qu'il soit faux aussv bien que mauvais ! H est malaisé de vous dire combien on en est touché à Thostel de Rambouillet, M"' vous escrivoit quand M' son père luy vint dire qu'il estoit allé à Dieu, et elle n'eust pas la force de finir sa lettre. Elle m'a dit que M' de Ghavaroche vous l'avoit envoyée en Testât qu'elle estoit. Jamais chose n'a esté tant de fois creue et mescreue -que celle cy et il y a huit jours entiers que le soir et le matin on en a opinion contraire. Cela travaille tous les amis du malade, mais plus que tous M"' de Rambouillet qui eusteslé g-uérie . il y a longtemps , sans cela. Son mal néanlmoins est tout pass^ à cette heure et elle ne garde plus le logis que pour reprendre ses forces et se baigner.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 9' octobre 1689.

À M. DE BALZAC

À BALZAC

Monsieur, j'avois respondu à vos précédentes et estois sur le point de fermer mon paquet, lorsqu'on m'a apporté vostre dernière du 10 octobre' que je n'ay point voulu remettre à expédier à une autre fois.

Aussy bien avois-je encore beaucoup de choses à vous dire qui navoient peu tenir dans les marges de celle que je vous escrivois et j'ay esté bien aise que vous m'en eussiés donné occasion de vous faire une nouvelle despesche pour y comprendre tout ce que j'avois à vous dire.

J'ay veu avec beaucoup de joye tout le bien que vous m'avés escrit du Conte de FiesrpieS et je vous prie de croire que vous ne iuy faittes point de grâce et qu'il est digne de toute la bonne opinion que vous en avés. Il est né avec une vraye anie de Prince, j'entens de vray Prince et tel qu'on le pourroit souhaitter ayant à obéir. Je n'ay jamais rien connu de si humain et de si respectueux pour la vertu qu'il connoisl , et bien qu'il se puisse trouver de plus habiles gentilshommes que luy, il a néantnioins assés d'habileté pour connoistre la plus part des vertus raisonnables. Sa mine et son humeur est toute d'homme de grande naissance et qui tient au dessous de soy beaucoup de conditions qui sont poursuivies et révérées par le commun des hommes. Avec cela , sa conversation est la plus commode et la moins contraignante qui soit au monde , et , pourveu que l'on soit son amy, on croit plus souvent eslre son supérieur que son inférieur.

Il traitte sans façon et prend plaisir que l'on traitte de mesme. Les cérémonies et les complimens l'offensent, et, gardant tout le cœur qu'il faut pour soustenir les grandes et réelles parties d'un homme de sa condition, il fait vanité de se laisser blasmer

^ Cette lettre du 10 octobre est la lettre X du livre XXI, p. 816-818 de Tin-folio, où elle est datée du 1" mai 16A0.

- La lettre à laquelle répond Chapelain débutait ainsi : r^Les faveurs de M. le comte de Fiesque ne me sont pas des choses nouvelles, il y a long temps qu'il prend plaisir à m'obliger, et çà a esté un des premiers prolecteurs de mes essais.

A Rome mesme, il se déclara ouvertement poui la vérité opprimée contre la calomnie triotnphanle. . . Je fais une estime très parfaite de sa valeur. Je prens icy valeur en sa plus large et plus estendue signification, et enferme sous ce mol une infinité d'excellentes qualité/, naturelles et acquises , civiles et militaires. . . j' Sur le comte de Fiesqne, voir une note de la leltre 111, p. 6-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

comme s'il en raanquoit pour celles qui consistent dans la seule apparence. En un mot, vous n'avés jamais vu d'homme plus naturel et moins sophistique que iuy. Je voudrois pour son bien qu'il peust captiver son esprit à songer à son propre avantage et à retenir cette nature magnifique qui regarde l'argent comme de la boue et qui le porte à des despenses ruineuses , sans vouloir en considérer le préjudice.

Nous n'avons jamais de querelle que là desssus, mais celte querelle ne finit jamais pour ce qu'il est dissipateur par grandeur de courage, et qu'il a esté conceu sous le signe du Verseau , qu'on dit qui est l'ascendant des prodigues. J'espère néantmoins que le mariage qui s'avance fort de Iuy et de M"° de Sully ' servira de digue à ce torrent de profusion et que, quand il sera mary, il se regardera comme père et non pas en enfant de famille, et qu'il se contentera d'eslre libéral. Il verra vostre ressentiment qui est trop obligeant pour vous en faire perdre la grâce et à Iuy la satisfaction. Il sera aussy bien aise de voir ce que vous m'escrivés de M' L'Huillier\ car ils sont fort amis , et c'est Iuy qui a fait nostre connoissance. Je ne vous dis point comment M' L'Huillier le ressentira Iuy mesme. Jugés

^ Ce mariage, qui s'avançait si fort, ne se fit pas, et le comte Charles-Léon de Fiesque épousa, en i6'i3 , Gilonne d'Harcourt, veuve du marquis de Piennes. A sa mort ( 1660), il laissa sa famille ruinée. Voir les Mémoires de Af"' de Montpensier (édition de M. Chéruel, l. III, p. 6 1 3 et /i 1 !i ).

- Balzac avait dit (p. 81 7 de l'in-fol.): trJesuis aussi très obligé à M. L'Huillier, in cujus sanctissima inemoria, exul aut etiam damnatus ad bestias , libenter acquiescer em. Je me console, en effet, presque de tous mes desplaisirs , quand je .songe aux boutez que ce cher aniy a pour moy. H me fait l'honneur de m'aimer et il se peut assourer qu'il n'a point au monde un plus fidèle et plus passionné serviteur que moy.ii

le par la connoissance que vous avés de sou esprit et de l'affection qu'il vous porte.

Le livre de M' Gassendi est achevé , mais non pas reveu ni corrigé, et il se passera plus de quatre ou cinq mois devant que l'on le mette sous la presse. Ainsy vous avés tout le temps qu'il faudra ' pour changer vostre belle lettre en un beau discours, et c'est de quoy je vous conjure au nom de M' L'Huillier à qui je ne sçaurois donner une meilleure nouvelle. Au premier jour, ou Iuy ou moy vous envoyerons une élégie qu'il a faille sur la mort de son amy que je croy qui vous divertira agréablement et qui vous donnera de Iuy une plus haute opinion que vous n'aviés encore.

M' Esprit, qui est auprès de M' l'abbé de La Rochefoucaud , est partagé en aisné pour ce qui regarde les belles lettres '. Il a grande force de cervelle pour bien concevoir et bien juger, grande méthode pour l'airengement de ses discours et une expression vigoureuse qui imprime puissammemt ce quil dit dans l'ame de ceux qui l'entendent. J'ay ouy dire qu'il avoit ravi Tolose, au sortir de ses esludes, par la grandeur de son sçavoir. Il fut en Italie avec M' l'abbé de Fiesque *, et comme il a l'esprit à tout, j'entens qu'il s'appliqua aux affaires importantes de cette

^ Balzac avait bien favorablement jugé ce personnage ( ihid. ) : «^ J'y ay trouvé encore plus de bien qu'on ne m'en avoit dit, et je ne trouve guères de gens de sa force, tant il est sçavant et judicieux. " Tallemanl {Historiettes, t. V, p. 276) dit que ce frère aîné de l'Académicien était run petit hommei) qui avait trde l'esprit comme un lutin.'

* L'abbé de Fiesque, «parent de M'"° de Rambouillet, 1 qui eut pour précepteur ce même Esprit dont il vient d'être parlé (note .3). Voir les Historiettes (t. V, p. 276) et le Commentaire de M. P. Paris (»6iW., p. 987 et 288), où, entre autres citations, on trouvera des vers de Loret au sujet de la mort (décembre i654) du frère du comte de Fiesque.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

maison et y monstra une dextërilé singulière. Mais la profession des lettres quil a reprise est plus digne de sa belle naissance, et je me resjouis quil se soit venu remettre dans le sein de sa mère la philosophie qui le traittera avec plus de tendresse et le fera vivre avec plus d'honneur. Il sçait que je suis son serviteur et que je me tiens oblige' à l'amitij^ qu'il m'a promise, et, à ce que vous m'apprenés, tenue en disant du bien de moy'.

Nous sommes de mesme opinion pour ce qui regarde le pauvre \r le Cardinal de La Valette. M' de Grasse ayant sceu l'extrémité de sa maladie partit aussytost pour luy rendre les dernières assistances et n'arriva qu'un jour après sa mort. Je ne sçaysi vous devés quelque chose à M"" la marquise de Rambouillet aulre que la correspondance de la respectueuse amitié qu'elle a pour vous '. Si vostre courtoisie vous oblige à davantage envers elle, je vous déclare qu'il n'y a point de plus humaine créantiere au monde et que vous ne devés jamais craindre den estre pressé. Elle aura bien tousjours impatience de voir ce que vous lui avés promis, mais une impatience civile et qui ne vous engage qu'à ce que vous voulés et dans le temps que vous le voudrés. Et certes ceste impatience est plustost obligeante qu'importune, parce que c'est une marque de l'estime

' çrAu reste," avait dit Balzac (p. 817), (fgrand admirateur de vostre vertu , et qui parle de vous comme il faut, pour estre escouté de moy favorablement, quand d'ailleurs il ne me diroit pas les plus belles choses du monde. -1

^ Voici la phrase de Balzac (p. 817) : «11 me souvient bien que je luy dois : mais je demande un peu de respit à cause que je suis accablé d'ailleurs. Je pleure tousjours la mort de M. le cardinal de la Valette, et la philosophie n'a point de remèdes pour m'en consoler, n

^ Balzac répond ainsi (lettre XII du livre XXI , p. 818 de rin-fol.) : «Le dernier courrier m'a fait

qu'elle fait de vous par dessus une induite de choses et une marque de la bonté de son esprit qui sçait estimer ce qui en est digne. Je luy diray le souvenir que vous avés d'elle et la sorte dont vous m'en parlés.

M' Silhon , ayant fait une lettre au Cardinal Rentivoglio sur le sujet que vous verres, je luy ay conseillé de vous l'envoyer pour vous divertir et l'ay obtenu sans peine. Il me l'a apportée ce matin et nous avons très longtemps parlé de vous dans les termes que vous ])ouvés souhaitter. Pour conclusion il m'a dit que vous estiés son maistre , et qu'il ne prend jamais la plume pour escrire chose importante qu'il ne s'aille eschaufïy' dans vos esprits, fuyant au reste tous les autres de peur d'en prendre quelque vitieuse impression. C'est un homme de bien et d'honneur et dont vous devés faire estai et conte '\

Je vous envoyé encor, outre cette lettre de M' Silhon, une autre lettre de M' Gonrart qui accompagnoit le rouleau d'architecture dont il vous parle sans doute et qui mempeschera de vous en entretenir. Le souvenir de AP Huggens est de galant homme et je luy pardonne la vanité d'avoir fait imprimer sa maison puisque cette estampe luy devoit servir de tesmoignage envers vous de la continuation de sa bienveillance. Si M' Conrart ne vous a point

riche, et vous ave's esté libéral, tant de vos présens que de ceux d'autruy. La lettre de M. Silhon à M. le cardinal Bentivoglio, est toute pleins de belles et de bonnes choses. Elle ne m'a pas seulement diverti, elle m'a instruit ; et ses judicieuses réflexions sur les endroits plus illustres du livre italien, sont les chefs-d'œuvre d'un ouvrier consommé, "i M. R. Kerviler n'a pas manqué de reproduire dans son Jean de Silhon ( 1876, p. 56) cet éloge de la lettre au cardinal Bentivogho, ainsi que le passage de la lettre de Chapelain relatif à l'entretien qu'il avait eu touchant Balzac avec le publiciste gascon.

LETTRES DE JEA^ CHAPELAIN

protesté qu'il n'attend point de response, je vous le proteste icy pour luy, afin que vous sçachiés que cela vous est libre et que, si vous le faittes, ce sera sans aucune obligation'.

J'ay donné ordre qu'on fist le catalogue des livres italiens qui sont chés la veuve Gamusat pour vous l'envoyer. Il est commencé et sera prest pour le premier ordinaire. Les embarras de cette pauvre famille affligée, tant par la mort du maistre de la maison que par les affaires qu'il a laissées très fascheuses , n'ont pas permis que ce petit service n'ait peu estre sitost rendu.

.le laisse la lettre à M' de la Thibaudière ouverte afin que vous la brusliés si vous ne jugés pas qu'il ne la luy faille pas porter et que la galanterie que vous y soubaittés y manque ^

La personne dont vous me demandés un jugement liistorique a toutes les pai-ties de l'esprit que je vous ay mandées '. Pour les mœurs elles pourroient estre meilleures. On luy a reprocbé en lace, en ma présence, quoyqu'en riant, qu'il a voit des principes, de la probité, de la candeur et de la sincérité tort corrompus. J'ay ouy dire fort cons-

tamment que c'estoil un cœur intéressé e chc sera messo dietro la reputatione d'huoino du bene. Par quelques petites expériences je lay trouvé foui'be et des plus affinés. Il est dangereux davoir amitié, mais non pas habitude, estant de fort bonne conversation. Gela soit dit entre nous deux seuls, car je serois marry que cela luy nuisist dans sa condition présente, et, puis, il n'est pas impossible quil ne se soit changé.

Je suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 16 octobre lOStj.

cccxLm.

AL DUC DE LO>GUEVILLE

\ COLMAn.

Monseigneur, enfin nous avons sceu avec une extrême joye la bonne conclusion de l'affaire qui nous a tenus si longtemps en suspens, et nous nous pouvons maintenant promettre de grands succès des armes du Roy sur le Rhin , puisque les directeurs de l'armée de M' de \ eimar se sont résolus à vous reconnoistre. Le premier de \os exploits de ce costé doit estre considéré dans l;i victoire que vous avés obtenue sur ces

^ ffDe libéral vous deviendriez uiagnifique,dit Balzac au sujet de la lettre au cardinal Bentivoglio (p. 818), ^si vous me pouviez faire souvent de pareils présens ; et ils seroient bien mieux receus icy, que le plan du bâtiment de M*** jHuggens]. Quelle vision est-ce que celle-là? Et que veut dire ce Républicain de tirer vanité de la structure de sa maison, sçachant que ce fui un crime à un autre d'avoir eslevé la sienne une toise plus haut que celle de son voisin ? M"'* Desloges m'avoit desja annoncé cette importante nouvelle, et m'avoit mandé de plus, que ce bastisseur estoit en grande considération en .son pais, et tout puissant auprès de .son maistre. Nous verrons ce qu'il désire de moy: car il doit y avoir une lettre avec le pacquet, et il proteste à M"' Desloges qu'il m'en a escril

plusieurs autres que je n'ay pourtant point receues."

- Balzac avait écrit à Chapelain (p. 818), après avoir fait un grand éloge de la conversatio;i et des manières de M. de la Thibaudière : rSi j'eusse sceu que sa lettre vous eust esté incommode, je l'eusse empesclié de vous escrire : mais je m'imaginois que douze Ugnes de vostre stile à tous les jours, ne vous donnoient pas beaucoup de peine ; outre qu'à vous dire le vray, l'envoj (les gans d'Espagne à .M. de Voiture m'agréa si Ibit, que j'avois envie de voir encore un billet de ce mesme air.-

^ Balzac répond ainsi à cette tirade (p. bii)): "Vous me surprenez estrangenient, de me diro que le vieux docteur que nous avons tousjour.< tant aimé, n'est qii'im tourbe ralTiné. . . •>

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

esprits malaises à réduire, et que par voslre excellente conduitte vous avés mis au point que vous désirie's. Qui en sçaura bien juger trouvera que cet avantage ne mérite point moins de gloire que ceux que vous avés tant de fois remportés sur ses ennemis, et que, pour en venir à bout, il n'y avoit que vous en France qui le puissiés. Tout le monde m'en vient féliciter, sachant l'intérest que j'y ay, et, parmy la resjouissance publique, j'entens avec un contentement extraordinaire les louanges particulières cpie chacun vous en donne et la grande espérance que l'on met en vous.

De Paris, ce 17 octobre 1O39.

CGGXLIV.

A M. DE BALZAC

À BALZAC

Monsieur, soit donc ainsy puisque vous le voulés! J'endureray toutes les louanges qu'on me donnera ou à bon escient ou en raillerie. Je forceray ma propre connoissance et croiray que je ne suis pas seulement homme de bien, mais encore homme de mérite, que ma réputation est légitime et

' Gliapeiain répoudait ainsi à ce passage de la lettre XI du livre XXI (t. 1, p. 817) : «Mais de m'escrire que vous n'avez point de mérite, et que c'est moi qui vous fais valoir, prenez garde que ce ne soit donner un desmenli au Public, en flattant un particulier.)! La lettre de Balzac n'est pas datée et on a eu le tort de la placer entre une lettre du 1" mai et une lettre du i5 mai 16/10 : on voit qu'elle appartient au mois d'octobre 16.39.

- ^îous avons déjà cité cette phrase de Balzac ( lettre XXVI du livre XX , p. 8o5 ) : «r Jugez par là si je vous estime, et si j'approuve la curiosité de Monsieur de Scudéry qui vous veut avoir parmi ses illustres. Je desirerois seulement qu il ne vous donnast point de compagnons indignes de vous.w Les divers biographes de George de Scndéry ne nous ont guère parlé de sa collection de portraits

mesraes (|ue l'on ne me fait que la moitié de la justice qu'on me dit, lorsqu'on m'esgale aux premiers poëtes de ce temps'. Je m'imagineray encore que je possède tout l'honneur que vous me souhaittés et que mon pourti-ait peut estre mis chés M' de Scudéry entre les lestes illustres qu'il ramasse ^ Car le moyen de contester davantage et principalement avec vous qui disposés souverainement do toutes les couleurs de la rhéthorique et qui , pour mon particulier, me persuadés par vostre seule volonté? Dieu sçail néantraoius ce qui en est, et je crains que vousn'ayés, un jour, à luy rendre conle d'avoir contribué à ma ruine si, quelque jour, je me laisse eslever sur les principes de la vanité.

Je consens bien volontiers à tout ce que vous me dittes de M' de La Thibaudière, me semblant avoir remarqué en luy dans les deux ou trois rencontres où je l'ay veu cet agréable meslange , que vous me représentés, de solidité et de galanterie, de philosophie et de gayeté ^ et il est certain que c'est de cette trempe d'hommes qu'on fait les excellentes conversations et dont s'accommodent les plus excellons hommes comme

d'hommes célèbres. Tallemant des Beaux dit seu lement (Vil, p. 62) : «fil part -donc pour aller demeurer à Marseille, et cela ne se put lairo sans bien des Irais, car il s'obstina à transporter bien des bagatelles, et tous les portraits des illustres en poésie, depuis le père de Marot jusqu'à Guillaume CoHetet : ces portraits luy avoient cousté; ils'amusoil à despenser ainsy son argent à dos badineries.-7

•^ Balzac avait écrit à Chapelain (lettre déjà citée dans la note 1) : «rJo vous advoue que la compagnie de ce gentilhomme me plaist merveilleusement, elle est meslée du Monde, et des Livre| : il y fait entrer du sérieux et du ridicule ce qu'il en faut justement pour tenir l'esprit entre la desbauche et l'estude, dans cet agréable milieu qui participe de l'une et de l'autre. «

vous. Son enjouement ma paru sage et soustenu d'esprit et d'érudition avec un certain lerape'rament qui sesioiguoit autant de la brutalité de nos braves , que de la pédanterie de nos latiueurs. Si j'avois à le baptiser je croirois ne luy pouvoir donner autre nom que celuy d'Urbain, et, à mon avis, il le mérite mieux que le Pape, quoyqu'il soit le roy d'une cour délicate et qu'il tienne sa place entre les bons rimeurs de son siècle '. En effet, je luy trouve ce don d'urbanité^ que Cicéron affectoit et qui est d'autant plus difficile à acquérir qu'il fait le caractère le plus essentiel et la partie principale qui constitue l'bonnesle lionime.

Je ne luy peus respondre, il y a quinze jours, pour ce que je receus sa lettre et l'autre, en sortant de mon logis pour une affaire qui ne se pouvoit remettre, et, un quart d'beure après, il falloil envoyer mon paquet au S"^ Rocolet. Je m'acquittay de ce

' Chapelain a déjà pailé d'Urbain VIII poëte.

- M. V. Cousin ( la Jeunesse de M"" de Longueville, û'"' édit. , 1859, p. 133, note) a dit avec une double inexactitude : «Le mot même d'«rtanité est de Balzac, un des premiers et des plus illustres habitués de la maison [c'esl-à-diie de l'hôtel de Rambouillet.] n — Loin d'être un des habitués de l'hôtel, Balzac n'y mit jamais les pieds, et le mot urbanité, loin d'être de lui, se trouve déjà au xvi" siècle dans Jean le Maire, au \v% dans Oclavien de Saint-Gelais, au xiv°, dans Nicolas Orcsmo. C'est Ménage qui a dit le premier, en 1672, dans ses Observations sur la langue française : « M'' de Balzac a fait le mot d'«rbanilé, qui a e.slé bien receu.i En 1676, Bouliours répète à son tour, dans ses Doutes sur la langue française : tfM. de Balzac a fait ce mol comme vous sçavez, et co fut, je pense, dans le discours De la conversation des Romains qu'il l'introduisit la première fois. — Si en leur cause on doit croire leur témoignage, dit-il, ils ont effacé toutes les Grâces et toutes les Venus de la Grèce; et ont laissé son Atticisme bien loin derrière leur f/r6a)ii<é. C'est ainsi qu'ils appelèrent cette aimable

devoir l'ordinaire suyvant. non pas comme vous le désiriés, je veux dire galamment, tant pour ce que je suis mauvais galand que pour ce que je ne pouvois pas respondre dans ce stile, qui suppose familiarité, à un bomme qui m'avoit escrit d'un stile si sérieux et si eslevé, que je doutay, deux ou trois fois , si c'estoit à moy que s'addressast sa lettre , et avec qui je n'avois traitté jusqu'icy qu'avec retenue et respect. Je Un devois un remei'ciment de l'extrême honneur qu'il m'avoit fait en des termes proportionnés aux siens et de la mesme manière, sinon delà mesme bonté. Vous l'aurés receu . il y a huit jours, et je pense que vousm'aurés fait la grâce de la luy envoyer et d'appuyer mes prétentions de vostre authorité , que je ne doute point qui ne soit fort grande sur son esprit.

J'apprcns avec beaucoup de joye le pieux article du testament de vostre premier aniy ^.

Vertu du commerce, après l'avoir pratiquée plusieurs années, sans luy avoir donné de nom assuré. Et quand l'usage aura meuri parmi nous un mol de si mauvais goust el corrigé l'anierlume do la nouveauté qui s'y peut trouver, nous nous y accoutumerons comme aux autres que nous avons enipruntez de la mesme langue. n ( Œuvres de Balzac, t. II, p. /iSa.) Ce que Bouhours conteste, c'est seulement que ce mot ait été bien reçu. Ménage le soutient dans la seconde édilron de ses Observations (1678 ) , où il ajoute du reste ; "Il le faut avouer, je me suis trompé en disant que M. de Halzac avoit fait le mot ù'urbanite. . . Ce mot esloit dans noslre langue longtemps avant que M. de Balzac fust au monde." Maintenant est-ce du moins, comme M. Liltré l'assure, Balzac qui a définitivement introduit et autorisé le mot? Ne serait-ce pas plutôt Chapelain? Balzac a bien l'air d'attribuer le mot à son ami, quand il lui écrit (en octobre 1689, page 820 de l'in-folio): «Ce don d'urbanité dont vous félicitez Monsieur de la Thibaudière luy plaira bien lori.v

■" Ce premier ami était le cardinal de la Va-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

Peu tle gens meurent impe'nitens , et la bonle' divine ne laisse périr que rorenicntcequ elle crée pour sa gloire. C'est une raisonnable charité de ne pas croire tout le mal qui paroist, et, quand ou le croit niesme, d'espérer un final amendement. En effet [Del]la vita la fin et di loda la sera\ C'est la dernière heure qui nous juge et c'est sur elle que nous devons prendre pîed pour faire nos jugemens. J'auray soin d'apprendre les senliinens du docteur profane là dessus ' et j'ay opinion que je n'en ajjprendray que ce que vous m'en avés desja mandé. Toulesfois il a obligation à sa [méjmoire, et il ne voudra

pas peut estre la troubler par ses murmures publics.

Vous verres par l'autre lettre qui est dans ce paquet la diligence que j'ay failte pour les livres italiens. J'ay esté surpris de la pi-otestation que vous me failles touchant ceux que vous avés à moy, desquels je n'ay rien à vous dire, sinon que vous les pouvés garder tant qu'il vous plaira, et que, si j'en eslois pressé, j'ay un amy qui en a de pareils et qui me les presleroit de bon cœur.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce aS octobre iC3q '.

lelto. Baizar avait donné à Cliapeiain les nouvelles que voici (p. 818) : «Monsieur de Tliou a envoyé à Monsieur Girard la Relation de la mort de Monsieur le cardinal de la Valette. Il a voulu eslre enterré à Thoulouse, dans une Église où reposent les corps de trois Apostres et de plusieurs Saincts. J'y remarque encore beaucoup d'aulres senlimens d'une véritable piété, et je vous advoue que c'est en cela où je trouve quelque subject de consolation. Pour le moins , est-ce la seule dont je veuille me servir dans une si grande perte.i On peut voir dans la Gazette du 12 novembre 1689 (p. 7^6) une lettre écrite de Toulouse, le 3 du même mois, qui contient io récit de la translation en celte ville de la dépouille mortelle du cardinal de la Valette. «Le corps, y lit-on, fut amené [à l'église de Saint-Sernin] le 28"" du passé, et receu en grande cérémonie à la porte de Saint-Michel par nostre dit archevesque, assisté des évesques de Rieux, de Mirepoix et de Paniiers, et des ciianoines de l'Eglise de Saint-Etienne. n On ajoute que l'ancien archevêque de Toulouse fut enterré en la chapelle de Saint-Exupère, rrnonobslant l'arrivée d'un courrier dépesché par le duc d'Espernon qui demandoit le corps de son fils pour eslre nus à Cadillac, au sépulchre de sa famille, n

' La fin loue la vie, comme le soir Ipue la journée. Ce proverbe a été oublié par le P. Ch. Gabier dans son recueil de quelques six mille proverbes et aphorismes (Paris, i856, in-12).

- Ce docteur profane, c'est François Guyet, l'ancien précepteur du cardinal. Les éditeurs des Lettres de Balzac ont mallieureusement retranché de la lettre à laquelle répond Chapelain le passage où son ami lui faisait connaître les sentiments du docteur profane sur la mort du cardinal de la Valette.

^ Le 28 du même mois, Chapelain écrivait à Balzac (f° 221)): «Je suis aujourd'huy le fadeur de M' Esprit et son agent auprès de vous. Il a receu une lettre de son frère dans laquelle il se loue exlraordinairement du bon accueil que vous luy avez fait lorsqu'il fut à Balzac vous rendre son hommage.. . Le bon M' Esprit, son frère, m'a veu sur ce sujet et m'a conjuré de vous asseurei que tous les trois hères et toute leur famille vous en demenront redevables. ... La pauvre femme [la veuve Camusal] est à la veille de sa ruine, persécutée par M" des Gabelles pour une response de douze ou quinze mille francs que fil son mary pour un sien parent employé par eux et qui rend mauvais conte de son administration. C'est un malheur très déplorable, car sans cela elle eut peu faire une fort bonne maison et elle n'attend que l'heure qu'on iuy vienne saisir et vendre tout pour une dette qui n'est pas sienne avec une perte et un scandale irréparable. Je vous avoue qu'elle me fait grande compassion.'; La lettre de Chapelain est une réponse à la lettre \ du livi'e XXI {les Œuvres de Monsieur de Balzac, iG65, t II, p. 817), où Balzac lui annonçait en

LETTRES DE JEA.N GMAPELAliN.

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