‹ Lettres. Publiées (volume 2)Chapitre 114 sur 134 · À M"' LA MARQUISE DE SABLÉ · texte numérisé non relu

À M"' LA MARQUISE DE SABLÉ

Madame, je croiray à l'avenir pouvoir l'aire des tourbes en conscience et ne rae repenliray point de celles que j'ay tailles par le passé % puisque vous en failles bien vous mesme et aux personnes qui se confient le plus en vous , j'enlens de ces tourbes obligeantes, oii le profit est tout entier du coslé de celuy qui est trompe'. Avoués que vous eustes bien du plaisir, lorsque vous me visles prendre ainsy bonnement de vos mains la pièce dont la lecture me devoil ap|)orter tant de confusion. Mais, Madame, que

M' de In Menardière' a mal fait de \ous croire, quand vous Iny avés persuadé de me donner une place si glorieuse dans son discours *. C'est un mauvais ofTice que vous lui avés rendu, en m'en voulant rendre un bon, et il se trouve qu'en cette occasion encore, il a plus de sujet de se plaindre de vous que moy de m'en louer. Far la favemque vous l'avés obligé à me faire, vous m"avés osté le moyen de luy faire justice, et je suis réduit à n'oser bien parler de luy, parce qu'il a bien |>arlé de moy\ En lisant son ouvrage, jay eu à chaque période des sentimens d'admiration que je vous eusse expliqués avec grande joye en vous les rop-

ces termes la visite de l'abbé Esprit : rr Afonsieiir l'Abhé de la Rorhefoucault a un de Messieurs Esprit auprès de luy, qui m'a fait la faveur de me venir voir, et de demeurer trois jours en ce lieu, .l'y ai trouve encore plus de bien qu'on ne m'en avoil dit , et je ne trouve guèros de gens de sa force, tant il est .sçavant et judicieux. Au reste, ijrand admirateur de voslre vertu. . .n La lettre de Balzac, datée du i°'' mai i6-'io, est des premiers jours d'octobre 1 689. Dans une autre lellm {ibid. , p. 820), datée du 22 mai i6io, et qui est encore d'octobre 1689, Balzac revient sur la visite de rOralorieri : «Au reste. Monsieur, que veut noslre cher Monsieur Esprit? Ses ci\ililez me couvrent de confusion. Ou il me joue, ou il esl bon et généreux jusqu'à l'excès, aussi bien ([uo Monsieur son Aisne, qui ne se contente pas d'excuser la pauvreté du village, mais qui abuse encore de son bien-dire à louer la mauvaise clière (]u'il y a faite.. . 75 Dans cette même lettre, Balzac parle de feu Caniusat, ajoutant : rJc plains bien fort l'infortune de sa Veufve, el si j'eslois de ces grands Messieurs, qui ont lant aimé le mari, je ne la laisserois pas périr, faute de secours. Mais ce sont-là des gens qui pensent tout donner, quand ils donnent les apparences; et ils aimeni bien mieux aller aux obsèques du Mort, que de ressusciter sa famille, ri

' Rappelons que la marquise de Sablé (Madeleine de Souvré) était alors Agée de quarante

ans, que Tallemant des Beaux et M. Victor Cousin ont , l'un en mal , l'autre en bien , tout dit sur cette femme célèbre, et que M. P. Paris, dans le Commentaire de la 126"" Hiatcmette (t. III, p. i."i8-ir)'i), a ramené les choses à leur juste proportion.

- Fourbe élait alors souvent employé dans Usens de superciierie. Voir ce mot dans le DicUoiinaire de M. Littré, où l'on trouve cette citation tirée d'une lettre de Balzac (lettre X.WIII du livre VII) : tSi je savais faire des vers, \ous pourrif'Z vous douter d'une fourbe.»

' 11. J. Pilet de la Mesiiardière, dont nou.s avons déjà rencontré le nom dans la lettre inscrite sous le n° CCXXXII, était, comme dit Tallemant des Réaux (t. V, p. /i8 et 6y) rtalors médecin domestique de la marquise de Sablé-i.

' Ce discours parut, l'année suivante, en tète de La Portique (Paris, chez Antoine de Sommaville, in-^i°). L'abbé d'Olivet {Histoire de l'Acadétnie française, édition de 1858, t. II, p. 98, note a) dit : «La critique qu'il fit de la PuceUr sous le nom de du Rivage après l'apparition du poëme est d'autant plus surprenante qu'auparavant, dans le Discours qui |)récède la Poétique, il en avait fait l'éloge.')

'" C'est le gracieux mot si souvent répété de la reine Marguerite à Brantôme, tout au commencement des Mémoires : «Je louerois davantage vcstre œuvre si elle ne me louoit Innl.v

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

portant', si ce que j'ay veu sur la fin du conte de Danois et de la Pucelle ne ni'eust point fait perdre la paroi le. C'est une chose cruelle, Madame, que je ne vous puisse plus dire par contbien de raisons cet avantpropos m'a semblé excellent, sans estre soupçonné de le faire pour rendre la pareille à son autheur et pour encenser celny qui m'a voulu paifumer de louanges.

Mais s'il est cruel pour vostre regard , il Test bien davantage pour le l'egard du public. Car le peuple qui ne peut pas, comme vous, discerner toutes les beautés de cette préface, et qui a besoin, pour en juger sainement, d'apprendre ce que nous en croyons, n'est plus capable de m'entendre sur celte matière ou d'en recevoir l'impression de moy, parce qu'il me considérera comme un juge corrompu ou une partie intéressée. Vous eussiés bien mieux fait. Madame, de laisser parler de ma Ibiblesse à cet homme rare'', selon son sentiment, et selon la vérité. J'eusse eu par là une plaiiie liberté de dire de luy ce que j'en connois et mes paroles auroient esté d'un poids d'autant plus grand qu'on eust creu que son mérite et la raison me les arrachoit par force de la bouche. Vous avés fait le mal. C'est à vous à le réparer. Cela veut dire, Madame, que désormais, sans vous attendre à nous, vous devés prendre à tache et vous charger seule de publier l'excellence de ce travail et l'authoriser en tous lieux par ce

' Celte admiration n'était pas sincère, comme on va le voir dans un ironique passage d'une lettre de Balzac, et comme on l'a déjà vu, sans doute, dans le Mémoire sur quelques gens de lettres vivants en i66a, rédigé pour Colbert, où l'on trouve citée une dure appréciation de tout l'ouvrage dont la préface est ici l'objet de si grands éloges : '.'Sn paraphrase plutôt que sa traduction du Paru'irjjrique de Pline, et sa Poétique le font paroitre dépourvu de jugement. . . "

- Cet homme rare en i ô'îg devint pour Clia-

beou crédit que vostre vertu et vos connoissances vous ont donné sur les esprits raisonnables. Et si vous devés souffrir que l'on y trouve quelque chose à redire, ce sera le seul endroit que vous y avés fait mettre pour combler de gloire injustement, Madame, vostre, etc.

De Paris, ce 2/1 octobre i03f).

CCCXLVJ.

À M" LE DUC DE LONGUEVILLE

À BitlSAC.

Monseigneui', enfin il a pieu à Dieu de couronner vostre patience et vostre conduitte par l'ajustement de l'affaire de Brtsac, selon le désir du Roy en toutes ses parties. Voilà une belle conqueste sans qu'il y ait eu de sang respandu et voila un notable service que Sa Majesté reçoit de vous en la plus didicile négoliation qui se soit jusques icy présentée. C'est avoir fait une très utile campagne , que d'avoir mis une si florissante armée que celle de feu M. de Weimar et des places si importantes que Brisac et les autres, dans une entière et plaine disposition du Roy, et je ne vous tiens pas moins glorieux, cette année, d'avoir ainsy conquis Brisac sur nos amis, que M' de Weimar le fut, l'an passée, de l'avoir emporté sur nos ennemis.

M'"" de Choisy ', dès hier, ine donna avis de ce bon succès sur une lettre du 9" de

pelain, en 1662, ffun homme dont on puisse rien faire, ni sur qni on puisse appuyer aucun dessein où il faille jouir de tant soit peu de cervelle, n

3 Jeanne Hurault de Lhospilal avait été mariée, le 8 février 1628, à Jean de Choisy, tour à toiu' conseiller au Parlement, maitre des requêtes, conseiller d'État, etc. Sur M"'°de Choisy. à laquelle Chapelain écrivit, le 22 septembre 1689 (f° ao8), quelques phrases de politesse voir la note 3 de la page -'127 des Mélanges liis-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

son mary ' dattée de Brisac, et je ne le pouvois croire veu les diflîculte's que je sçavois qui Favoient empesche' jusqu'icy. Aujourd'huy vous ni'avés fait l'honneur de le confirmer, Monseigneur, et il faut que j'avoue que je n'a y jamais eu de plus sensible joye en ma vie, tant pour le bien qui en revient au public, que pour la gloire particulière que cela vous prépare dans la suitte. Il sera bien fascheux à tous ceux qui vous bonnorenl de ne vous voir qu'en février en cette cour, mais il faut se résoudre à patienter et souffrir cette privation de vostre personne puisqu'elle est nécessaire delà le Rhin pour le bien du Royaume.

J'observeray exactement le silence que vous me commandés touchant les particularités de la négotiation et altendray avec impatience la suitte de cette affaire et l'establissement des quartiers d'hyver. Car, pour la Cour, je ne doute point qu'on n'approuve avec éloge tout ce qui a esté trailté et conclu sous vos ordres en une aflaire de si grande conséquence que celle là,

La Pticellese sent trop honnorée de vostre souvenir. Elle prend lousjours ré[)utation de plus en plus, et plusieurs mesine en ont imprimé des louanges sans l'avoir veue^ Je travaille au 5' livre et j'espère l'avoir mis en

estât pour vostre retour. Mais je voudrois desja estre au 6% car il enti'e dans celuy çy une reveue qui est une pièce qui est d'une peine extrême et qu'on ne lira point, quoyqu'elle soit si essentielle au poëme qu'il sel'oit estropié si elle n'y estoit. Je tascheray de l'esgayer tout le plus qu'il me sera possible et de la rendre supportable, si je ne puis la rendre agréable.

Je fus tenté deux ou trois fois de faire le Tombeau que vous me failtes l'honneur de m'ordonner\ Puis je considéray qu'il en falloit attendre le commandement et sçavoiiles intentions pour n'estre i)as obligé de le refaire. Ce sera la chose à quoy je m'appliqueray la première, après que je seray sorti d'un pas de la Piicelle qu'il faut tirer d'haleine, si je veux qu'il ne soit point de deux veines difl'érentes, c'est à dire mauvais.

De Paris, ce 24 octobre i63().

• CCCXLVll.

À nii.zvc.

Monsieur, je sçay que je donneray beaucoup de joye à M' Silhon quand je lu) diray l'estime que vous avés faitle de sa lettre *. Celle qu'il fait de vous est telle qu'il

toriques de 1 878 (lettres de J.-L. Guoz de Balzac , n» VII).

' Sur l'envoi de M. de Clioisy, vers les quatre directeurs de l'armée du duc de Weymar et sur la négociation qui lut longue el difficile, et qu'il faillit manier avec beaucoup d\irt, voir le P. Grifl'el, Histoire du règne de Louis XIII, t. III, p. 208.

- C'était précisément parce qu'on ne la voyait pas qu'on admirait la Pucelle. Le mystère favorise l'illusion, suivant le mot si frappant de Tacite : Major e longinquo revei'entia.

" Le tombeau du duc Bernard de Saxe- W'eymar.

" Balzac avait écrit à Chapelain (lettre XII

du livre XXI, p. 818): «La lettre do Monsieur Silhon à Monsieur le cardinal Bentivoglio esl tonte pleine de belles et de bonnes choses. Elle ne n)'a pas seulement diverti, elle m'a instruit: e't ses judicieuses réflexions sur les endroits plus illustres du livre italien, sont les chef-d'œuvrcs d'un ouvrier consommé.» La lettre de Sillion au cardinal Bentivoglio n'a été mentionnée par aucun des biographes de l'académicien, pas même par M. B. Kerviler, dont la notice est plus ample que toutes celles de ses devanciers. La date de la réponse de Chapelain à Balzac prouve que la lettre de ce dernier n'est pas. comme l'ont marqué les éditeurs de iGôT), du 1.") mai 16 '10, mais du mois d'octobre i(i3o-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

choisira plus vostre approbation que celle du cardinal h qui elle est addressée, quoyque ce soit un homme rare et le premier éloquent de son pais. J'ay receu une response de iuy au remerciment que je luy fis, il y a deux mois, pour l'exemplaire qu'il m'avoit envoyé', par laquelle il renonce au niestier de bonne (jràce. Et certes il a assés travaillé pour la réputation et il est désormais temps qu'il se repose, ou, s'il travaille, que ce soit seulement pour la tiare que son astrologue lui destine , car vous sçavés qu'il est sujet papable et qu'il papège' avec apparence de succès. Si cela arrive, vous et moy aurons le gratis de nos bulles , si nous avons des bulles , qui est ce dont je doute le plus.

Quant à M' Huggens, M' Conrart n'a point receu sa lettre pour vous et il se chargea d'office de vous envoyer son bastiment '

qui avoit son addresse à M"" Des Loges*. 11 peut y avoir de la badinerie dans le dessein de publier ce plan, qui est une chose si odieuse que nos tous puissans de deçà n'en oseroient avoir fait autant de leurs palais. Mais il en revient au moins ce bien que les curieux d'architecture ont une pièce complette de ce genre qu'ils n'avoicnt point et surquoy ils pourront exercer leur critique. La dernière des cinq tables est une belle perspective, à resjouir mesnies la veue de ceux qui ne pipent ^ pas en ce mestier.

.le suis bien aise que mon impromtu sur le triumvirat de Niort" vous ait diverti. S'il y a quelque chose de raisonnable, vous me l'avés inspiré, et, si vous rehsés bien vos brouillons, vous trouvères, au moins en puissance , ce que vous diltes qu'il y a en eiïet dans ce que je vous en a y escrit. Si je pouvois a y mer ceux que je tiens incapables

' Un exemplaire de la troisième et dernière parties (en huit livres) Delki guen-a di Fiandra qui venait de paraître ( i63g).

- Pappger n'est dans aucun de nos dictionnaires anciens ou modernes. C'est un mot traduit de l'italien et qui signifie : être candidat à la papauté.

^ Chapelain avait dit à Balzac, dans le posticriptum d'une lettre du la octobre (1° 226): «M. Conrart m'a monstre un rouleau de cinq estampes d'architecture représentant la maison de M. Huggens dont il a fait tirer le plan pour le proposer aux curieux de cette science et en gratifier ses amis. 11 vous regarde comme le premier de ceux qu'il avoit en France et vous en a envoyé cet exemplaire dontM. Conrart s'est chargé. ?: Balzac reçut, avec beaucoup de mauvaise humeur, ie plan du bâtiment du savant hollandais, disant (lettre déjà citée un peu plus haut, p. 818 de l'in-fol.) : r Quelle vision est-ce que celle-là? Et que veut dire ce Républicain de tirer vanité de la structure de sa maison, sçachant que ce fut un crime à un autre d'avoir eslevé la sienne une toise plus haut que celle de son voisin?

Madame Desloges m'avoit desja annoncé cette importante nouvelle, et m'avoit mandé de plus que ce Bastisseur estoit en grande considération en son pais, et tout puissant auprès de son Maistre. Nous verrons ce qu'il désire de moy ; car il doit y avoir une lettre avec le pacquet, et il proleste à Madame Deslogcs qu'il m'en a escrit plusieurs autres que je n'ay pourtant point receues.-i

* Sur M""' Des Loges, voir une note de la lettre LXXV, p. 108.

^ Piper ici, c'est l'emporter sur les autres, c'est exceller. Voir dans le tome XII des Œuvres complètes de Corneille publiées par M. Marty- Laveaux et consacré au lexique de la langue du grand poète, p. 181 , les citations réunies autour de ce vers du Menteur :

En matière de fourbe il est mallre, il y pipe.

^ Ce triumvirat était composé de l'abbé de Lavardin, de Costar et de Pauquet. Voir, sur les deux premiers, la lettre IX du livre XXI du recueil de i665, lettre datée du 26 avril ifi^io et qui doit être du mois de septembre 1689.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

d'amitië, j'ayiiierois ce triumvir qui a parlé de vous si bien dans la lettre de M' de La Thibaudière \ Mais mon cœur est trop de'licat en cette matière, et dans ce commerce il ne souffre jamais- qu'on luy donne du faux pour du vray. Je luy rendray bien justice et l'estinieray au double de ce que je l'aisois, qui est dire beaucoup pour l'avoir rendue si éloquemment qu'il a fait.

Et certes la letlre, ou le panégyrique, ou lajjologie, comme vous voudrés l'appeller. est une des belles choses que j'aye veues, il y a long temps, et que je suis ravi qui vous ait pour sujet. Ce n'est pas, à vous en dire mon sens, qu'elle ait partout le caractère de lettre, et je me trompe si vous n'y avës trouvé celuy de discours ou de harangue. Mais, quoy que ce soil, c'est une belle chose et que je prêtons bien faire voir à nos amis et à nos ennemis. Les fréquentes pièces d'érudition don! elle est remplie, et, conuneje croy, trop fréquentes pour ce genre d'escrire *. vous lesmoignent bien ce que M' de La Thibau-

dière vous avoit dit de ces magazins de recueils sur lesquels je craindrois que l'esprit de l'homme se soustint plustost que sur ses productions mesmes^. Vous estes obligé de l'estimer et de [le] luy tesmoigner, sans considérer s'il sacrifie à sa propre gloire ou à la vertu . puisqu'il en a laissé aller un tesmoignage si Considérable et que la piuspart du monde prendra, comme vous le mérités, je veux dire pour sincère et pour cordial.

Le docteur est tel que je vous ay dit. et n'est philosophe ny religieux qu'm ordine à la fortune. Son frère vaut moins que luy en sens , mais il vaut mieu.\ en courage et , s'il estoit prudent, il a les parties acquises pour en faire un bon ami *.

. L'Avila dont on vous a parlé '" me fut apporté, il y a quatre ans, de Rome par le Conte do Kiosque qui m'en fit un extrême cas. Je me conlentois d'en croire la jnoitié et croyois luy faire grAce, et, un jour, voulant vérifier le jugement de ce genlilhomme, je me misa en lire les deux j)remièros pages

' S'agit-il là de Téiojje de Halzac que l'on trouve dans la letlre CCXXWll {A Monsieur de La Thibaudièi-e) du recueil iiitilulé : Les lettres de Monsieur Costar (Paris, Augustin Courbé, i()58,in-4°, p. 618-695)?

- Chapelain veut parler des citations latines que Costar prodigue dans sa lettre sur Balzac, comme dans la plupai t de ses lettres.

* Balzac avait écrit à Chapelain, au sujet de Costar, les lignes suivantes (p. 816 de i'in-fol., lettre I\ du livre XXI , dijà citée) : rrVous m'avez envoyé un si beau portrait, que je me passerois aisément de l'original, s'il ne vouloit point prendre la peine de venir icy. Monsieur de la Thibaudière dit qu'il a des montagnes de Recueils , ei qu'il ne lit aucun autheur ancien ou moderne, sui' lequel il ne face des observations. Ayant de l'esprit et de l'adresse infiniment, je ne doute point qu'il ne nous fas.se voir un jour les plus belles (hoses du monde, n L'auteur de la lie de Costar, publiée dans le tome IX des ffistorielles

(1860), donne force délails (p. 46) sur les recueils mentionnés par Balzac et par Chapelain, «lieux communs [qui] estoienl un exlraict de divers passages d'auteurs latins, grecs, italiens ou espagnols^.

* S'agit-il là de deux des frères Esprit?

'•• Balzac avait ainsi interrogé son ami (lett. XII du livre XXI, déjà citée) : ffAlandez-moi, s'il vous plaisi , quelle opinion vous avez d'un autheur italien nommé Davila, qui a escrit l'histoire des -guerres civiles de France. Est-il comparable aux Anciens, comme on m'a dit? Sa langue est-elle pure? Son esprit désintéressé? Sa politique solide? etc.'^ La première édition de VHistoria délie Giieire civili di Francia di Henrico Catei'iuo Davila (né le 3o octobre 1 57G, près de Padoue , mort près de Vérone, en i63i) est de 1680 (Venise, in-i"). On sait combien M"" de Sévigné trouvait Davila admirable (lettres du 1 1\ décembre 1689 et 1 1 janvier 1 6<)o). Voir édition de> Grondx érrivdinx de France, I. IX , p. •?.">-"? et /iO().

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

ijiii me luenèreui insensibleineal et \inr lorce jusqu'à In un. Je n oseiois le coaipareiaux anciens que nous adorons. Mais, poulies modernes, je l'égale au (îuicciardiii ' el, si j'en voulois croire les politiques de Rome, à qui j'en ay demande' des nouvelles, je le mellrois mesnie au dessus de luy. Les harangues luy manquent, mais les considéralions d'Estat y sont en foule et jamais liistoire, non pas mesmes les anciennes, ne fui plus utile pour instruire des intrigues et du jeu du cabinet. Son langage est purissirae et lluide, tout propre à la narration. Il n'a dinlérest que celuy de la vertu et de la justice et, lorsqu'on l'accuse d'excuser trop sa niaistresse la Reyne Callieriue, il ne s'est pas encore trouvé un homme qui l'ayt bhasmé ny soupçonné de paitialilé-. Depuis quatre ans, je ne l'ay pas eu deux mois en mon pouvoir pour ce qu'estant rare, chacun le flemande à empi'unter, et la dernière peisonne qui me la rendu est M'"' de Rohau. cette héroïne dont parle M' Siihon \

' Dell' isloria d'ilalia libri XVI (Florence, 1 56 1 , in-fol.). L'ouvrage de Francesco Guicciardini (né à Florence, en i68â, mort io a a mai lùio) ne saurait, quoi qu'en dise Chapelain, èlre mis en balance avec l'ouvrage de Davila.

^ Voir les appréciations de Ginguené (dans la Rio^rrapUe universelle) et de M. L. Élienne {Histoire delà liuêraltire ilalimne, 1875, p. /iBg et '190). Balzac approuva presque entièrement (non le 1" juin i6io, mais en novembre 16.39) l'opinion de son ami (lettre XIV du livre XXI, p. 821) : «Je vérifie tous les jours ce que vous m'escrivezde Davila, et mon advis n'est presque jamais différent du vostre, dont je suis bien glorieux. J'y adjouste seulement que c'est une grande honte à nostre nation d'eslre instruite

de ses propres afiTaires par un eslranger 'i

Ce fut sans doute Balzac qni recommanda à son ami Guillaume Girard le livre de Davila, livre que le secrétaire de Jean-Louis de Nogarel lisait à son vieux maitre. {Histoire île la vie du

Vous m'obiigerés de me conserver ia ))art que vous m'avés donnée aux bonnes grâces de M' de la Thibaudière, dont je fais une véritable et extraordinaire estime, 11 faut ou que le bon Rocelet n'ait pas receu la lettre pour M' Gonrart, ou qu'il ayt creii qu'il la devoit rendre luy inesme. Tant y a que je ne l'ay point eue et, comme je vous escris en recevant les vostres , je n'ay peu encore vérifier ce qui en sera arrivé.

Je receus, il y a quatre jours, avec vostre billet, la lettre de M' l'Official * pour \I. Mainard. Jel'envoyay, dès l'instant, au s' Flotte qui promit de l'envoyer fidelleuieiit. Les vers de M' Mainard, qui estoient dans le billet, sont des plus beaux et plus naturels qu'il ait fait encore \ Nous avons veu icv beaucoup de nouvelles ëpigrammes de luy et toutes dignes de sa réputation. Je voudrois seulement qu'il alfectast un peu davantage la j)oinîe à la fin et que la queue fust au moins aussy belle que la leste'. Quand il vous verra, je vous prie de le

due d'Espernon, édition de i/So, in-'r, p. .ji.)

^ Celle héroïne était- elle M"' Anne de Bolian, sœur du duc de Rohan, la bossue dont Taileraant cite un si plaisant quatrain ((. III, p. ."{SG), ou la nièce de cccette bonne fille ?; , comme dit encore Tallemant {ihid. , p. hWa), Marguerite de Rohan, qui devint (16/10) la ibmme de Henri de Chabot et dont Siihon {ibid.,ç. liali) célébra la vertu qui devait, pins tard, être si contestée?

'' Claude Girard.

^ Balzac reproduit ces vers [À PIntis <ij)l)gèe) dans la lettre XII du bvre XXI, déjà citée, et en ajoutant que le caractère lui en semble "bien doux et bien naturebi. On retrouve celte charmante petite pièce dans les OEtwres poétiqafs de FuAPfçois DE MArnAitD réimprimées sur les éditions de Paris ( Augustin Courbé, 16Ù6, in-â") enrichies de variantes, revues et annotées |.,ai' PuosPER Blanchemain (PaHs, i864).

^ Chapelain avait bien raison : c'est su; toul

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

tenir lousjoiirs persuadé de mon service et de mon amitié.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 3o octobre 1609.

CCCXLVIII.

A M' LE MARQUIS DE MO?<TAUZIER

Page 1