PRÉVOST DE L'ÉGLISE DE DIGNE, EN PROVENCE
Monsieur, je tiens à honneur le désir que vous me tesmoignastes , il y a quelque temps , par M' L'Huillier, d'avoir mon sentiment sur la vie de M' de Peyresc que vous luy aviés envoyée. Maintenant je vous diray qu'outre l'honneur j'y ay trouvé un profit notable, et que par plus d'une raison je suis obligé de vous remercier d'une si rare fa-
fait, à ce sujet, les observations que voici (p. 162) : «Le nom Coustard est deux fois dans le Bolœana ; dans le Menagiana on trouve Coustar et Coustard (I, p. 388). Costar iui-mème, dans une lettre adressée à M. de Coustard, dont il veut passer pour cousin , accuse les imprimeurs d'avoir supprimé une lettre de son nom ; mais en pareil cas les imprimeurs ont bon dos, et c'est apparemment par vanité qu'il revenoit alors sur une altération dont la vanité pourroit bien avoir été la première cause. Le père signait Coustard, qu'on prononçait apparemment Coutard...v
' Aucun des biographes do Ménage n'a parlé , ce me semble, de ce long voyage et de cette longue maladie.
- Le remède appbqué en janvier i6'io à Henri Arnauld avait déjà été appliqué, quelques années auparavant, à Ménage, et on lit dans les Mémoires pour servir à la vie de M. Ménage qui sont en tète du Menagiana (édition de 1715, 1. 1, p. 111) : «Ayant été attaqué d'une sciatique , et d'ailleurs dégoûté de cette profession, il quitta le Barreau, et s'en retourna à Angers pour faire appbquer le feu sur sou mal, ce qui ne se put faire sans d'extrêmes douleurs, qu'il souffrit avec beaucoup de constance: aussi, disoit- 11, que si on savoit ce qu'il avoil souffert, on lui erigeroit des statues. n Tallemant des Réaux dit, de son côté (t. V, p. 2i5) : trll estoit sujet à la sciatique. A .\ngers, il souffrit fort patiemment qu'on luy appliquast des fers cbauds à l'cmboisturede la cuisse, et n'en fut pas pourtant guery."
^ Le lendemain. Chapelain (P 296) écrit à «M^ le Chancelier, à Rouenr; ,pour le remercier
de la grâce accordée à Epestein (sic), et, le même jour, il remercie (T 297) M. Esprit de lui avoir fait obtenir cette grâce. Voici le début de cette dernière lettre toute de civilité : «Monsieur, il y a tant de circonstances obligeantes dans la grâce que M' Epestein a receue de M^' le Chancelier par vostre crédit, que je ne la considère pas comme un seul bienfait et que je la crois devoir ressentir comme mille. En ces matières je n'emprunte jamais qu'à usure et je pense mal satisfaire à ce que je dois quand je ne rens que la pareille. Jugés à celle lieure en quel estai vous m'avés mis et comment je doibs estre satisfait de vostre courtoisie, puisque par son excès vous m'avés mesme osté le moyen de vous rendre la pareille. C'est là proprement rendre un homme ingrat à force de luy faire du bien. D'estre ingrat donc. Monsieur, vous dit que vous pouvés désormais vous vanter que vous avés avantage sur luy, qui est une chose qu'il ne souffre à guères de personnes, et qu'il vous conle désormais entre ses bienfaiteurs qui ne sont, au plus, que deux ou trois en ce monde et d'assés bonne condition pour n'en pas dçsagréer la société. Tout de bon je ressens plus que je ne vous saurois dire l'important office que vous avés rendu à ce bon homme, et non pas seulement pour le bien qui luy en revient que j'avois fort souhaitté , mais encore pour ce qu'il luy vient par vous et d'une si noble manière. Par celle espreuve d'une si belle chaleur d'amitié je me suis confirmé avec joye dans le jugement que j'ay toujours fait de la noblesse de vostre âme, etc.n
LETTRES DE JEAN GHAPELAIiN.
veur. Je vous en rens donc grâces. Monsieur, pour l'un et pour l'autre, et il suffiroit, pour vous en dire mon avis, de vous dire que je vous en rens grâces. Mais, pour ce que ce seroit en termes trop généraux et (pie vous attendes de moy quelque chose de plus particulier, je vous asseureray que ny dans l'ordre, ny dans le choix des matières, ny dans la candeur historique, ni dans la netteté du slile, je nay jamais rien veu de mieux et ii'ay veu que peu de chose qui fussent aussy hien. Vous avés donné en cet ouvrage la parfailfe idée d'un héros de lettres et, en rendant justice à vostre amy, vous avés instruit le monde de mille curiosités exquises avec un langage si exquis qu'on est en peine de savoir duquel des deux vous estes le plus louable.
Le siècle à venir participera à cette utilité et bénira ce beau travail, mais le fruit principal qu'il en tirera sera de ce que sans doute im si glorieux exemple proposé à tous les temps ne laissera pas la vertu de ce grand personnage sans imitateurs, et sera comme la semence des nouveaux Mécènes des Lettres et des futurs promoteurs des Sciences, en quoy l'on peut dire que nous ferés [)lus que M' de Peyresc mesme qui n'a peu exciter à cette entreprise que ceux qui l'ont veu ou qui vivoient de son temps, au lieu qu'en luy prolongeant la vie par le soin que vous avés pris de l'escrire, vous pourrés vous dire i'autheur de toutes les bonnes inspirations qui viendront aux hommes puis-
sans de favoriser les Muses à sou exemple. Tout me plaist dans cette pièce et cette pure narration meslée d'une si belle diversité de doctrine délicate en fait la lecture si agréable qu'on ne s'en peut tirer et, quoyque le volume soit gros et la matière n'ait j)as la pompe de celles qui composent les évènemens publics, vous avés fait en sorte néantmoins qu'on s'y attache autant que s'il s'y traittoit de la fortune d'Alexandre et de la conqueste de l'Orient. La partie qui m'y touche principalement est celle où vous parlés de la forme de son corps \ de sa façon de vivre, de ses mœurs et de ses estudes, et je suis trompé si ce n'est celle qui sera la plus utile et la plus estimée. Cependant, avec toute l'admiration que le tout m'a donné, je nay pas laissé pour vous complaire de marquer sur un papier, en lisant, tout ce qui m'y a arresté soit par les négligences qui se trouvent dans tous les grands ouvrages, soit par l'ignorance qui m'accompagne tousjours. Vous aurés ce papier avec la présente, et, s'il ne vous tesmoigne mon habileté, il vous tesmoignera au moins mon soin et le zèle ardent que j'ay pour le bon succès de tout ce qui vous touche.
J'ay commencé à jetter quelque fondement pour essayer de vous débarrasser de cette fascheuse affaire qui vous oste le moyen de vous appliquer à la méditation des choses excellentes et à l'instruction de tous les siècles*. J'entretiendray M' L'Huillier du menu. Dieu v^ieille que cela réussisse ! J'ay
' C'est dans le livre VI de la Vie de Peiresc que Gassendi a réuni tous les détails qui plaisaient tant à Chapelain. On aura une idée de ces détails parfois bien minutieux en lisant le signalement que Gassendi donne de son ami : «Slatura ilii justa fuit, habilus gracilis, ampla frons et nasus levi aduncifate a rectiludine deflectens, capillulum flavum, etc.»
- Celte fascheuse affaire était ralfairc de l'agence du clergé, dans laquelle Gassendi avait pour compétiteur Tabbé d'Hugues, grand vicaire et neveu de Guillaume d'Hugues, archevêque d'Embrun. Voir sur le procès intenié à Gassendi et sur l'arrangement qui survint en i64i, les Mémoires de Charles de Montchal, archevêque de Toulouse (1728, 3 vol. in-12); la Vie de
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
un peu de honle de ne vous pouvoir parler du succès que douteuseuient. Voilà ce que c'est d'avoir à traitter avec les gens qui ne sont que bons et qui ne raisonnent pas corarae Tordinaire des sages. S"il faut que vous succombiés franc dans ce combat et que la personne à qui vous vous estes attendu ne face au moins ce qu'il faut pour vous en tirer lionnestement , je vous avoue que j'en demeureray très mal satisfait, et que j'auray cette amertume sur le cœuitoute ma vie. Mais il vaut mieux en bien espérer et faire tout ce qui se pourra pour empesclier que nostre espérance ne soit vaine.
J'ay veu dans les lettres de nostre amy la confiance que vous avés en mon affection. Vous le devés aussy et en cela vous ne me faittes point de grâce et ne me failtes que justice. Il n'y a rien que je ne fisse pour vostre vertu et mesme sans attendre den estre requis pourveu que ce fust en cbose qui dépendist de moy ou de mes amis raisonnables. Je croy que vous ferés aussy quelque effort pour me tesmoigner de l'amitié, ou pliistostjc connoy que vous lavés desja fait dans l'endroit de vostre ouvrage 011 vous violentés vostre sujet pour m'y donner une place dont je suis indigne et dont, par conséquent, je vous demeure infiniment obligé.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce aa janvier i6'io.
À M" LA MARQUISE DE FLAMAREiNS,
À MOMESTBIC'.
Madame , Je ne vous escriraj'' cette fois que pour ne vous envoyer pas sans compagnie la lettre que M"" la comtesse de Maure m'a prié de vous faire tenir. Mais pour ce que peut estre elle vous y parle de moy. il est bon que vous sachiés qu'elle a désiré que je la visse et, comme elle dit, que nous fissions amitié ensemble. Ce que vous ne doutés point que je n'aye receu avec joye et tenu à grand honneur, n'y ayant guères de personnes à la Cour qui la vaillent et sa vertu estant relevée par un esprit qui n'en voit guères qui luy ressemblent ^ Il est vray que ces raisons n'ont pas été les seules qui m'ont fait accepter les offres de sa bienveillance et qu'estant accablé d'affaires aussy bien que de connoissances , peut estre n'eusséje pas esté au devant de ses propositions, si je ne vous eusse considéré là dedans. J'y av moins regardé mon avantage «pie le vostre et je m'y suis porté principajenjcnt pour ce que j'ay creu que sa familiarité me serviroit à lentrolenir dans la bonne opinion que vous luy avés lai.ssée de vostre vertu et à nourrir l'affection qu'elle a pour vous dont il ne vous peut arriver que du bien et de la consolation. Et, en etTet, la première et seule visite que je luy ay encore faitte s'est presque toute passée à parler de vous et de l'estime qu'elle a tousjours failte de
Pierre Gassendi, par le P. Bougerel; les Documents inédits sur Gassendi (iS']'] , p. 19), etc.
' Montaslruc est une commune du déparlcmenl de Lot-et-Garonne, aTrondis.sen)cnt de Villeneuve, canton de Montclar. La famille de Flamarens y possédait une terre considérable avec un château.
- Éloge à rapprocher du non moins grand éloge que Balzac a fait à diverses reprises de la nièce du maréchal de Marillac, notamment dans
la lettre à Conrart du 26 septembre i6'iH (p. 87.3 de Tin-foi. de 1660), et à joindre aux témoignages flatteurs réunis autour du nom de celle femme si remarquable, par M. V. Cousin ( la Société française au xvii' siècle) , par M. Léon Aubineau {Notices littéraires sur le xrii' siècle; Paris, 1869, ia-8°, p. 92-173) et par M. Ed. de Barthélémy [Madame la Comtesse de Maure, sa vie et sa correspondance ;ï'ar\i>,i. Gay, i863, in-i 2).
ETTRES DE JEAN CHAPELAIN
vous , en sorte que je croy que vous pouvës l'aymer etl'honnorer, non seulement comme voslre parenle, mais encore comme vostre amie. Elle s'enquit de tout ce qui vous regardoit avec un soin qui me pleut extrêmement et me tesmoigna une joye toute particulière quand je l'asseuray de la grande union en laquelle vous vive's avec M' vostre mary, et vous du bon traittement que vous recevés de M' et de M"' de Flamarens, du soin que vous prene's de vos affaires, de la fermeté que vous tesmoignés à ne point entreprendre de voyage de deçà jusques h ce que vous les ayës mises en bon estât et enfin de la bonne opinion que vous aviés donnée de vous à toute la province. Il luy faut respondre aussy civilement, aussy affectueusement et aussy galamment que vous pourrés, afin qu'elle vous trouve accomplie de toutes choses et qu'elle voye en vous autant d'esprit que de vertu. Vous m'addresserés vostre response et j'en seray le porteur fidelle.
Je vous supplie que M' vostre mary trouve icy mes très humbles baise-mains. Je suis, Madame. \'t)stre, etc.
De Paris, ce 28 janvier t64o.
À M. DE BALZAC
À BALZAC
Monsieur, Je respons à vos deux dernières lettres du 1 6 et du 18 de janvier \ Je receus la première lundy et je reçois l'autre présentement contre mon attente. Mais je voy bien que le soleil qui regaigne peu à peu ce qu'il avoit perdu de sa carrière donne moyen à vos courriers de fournir plus prontement la leur. S'ils continuent leur diligence , vous am'és à l'avenir response à vos
despesclies huit jours plus lost que vous n'avés eu depuis deux ou trois mois.
Je ne connois de gens à recueils que M' de La Mothe ^ et [j'ay] un peu de honte pour luy qu'il vous ait donné si peu de satisfaction sur le sujet de ces brusieurs de jours ou plustost de ces ennemis de la lune et plus naturelle lumière ^ Il faut voir si nous n'en descouvrirons point quelque autre mieux fourni de ces denrées que luy et, en cette occasion , je suis obligé de plaindre la perte de M"^ de Peyresc qui nous eust sans doute esclaircy et instruit. J'en feray escrire au bon M' Gassendy pour voir s'il n'a rien tiré sur ce sujet de l'estroitte communication qu'ils ont eu ensemble, ou si, de son chef, il n'en a rien remarqué. Mais je le feray avec discrettion et comme le désirant sçavoir pour moy mesme.
J'ay fait voir à M' Conrart l'endroit 011 vous parlés de luy si obligeamment et à M' de Grasse le compliment que vous m'aviés ordonné que je luy fisse. L'un et l'autre s'en sont tenus infiniment vos obligés.
Vous m'avés confondu par ce que vous m'avés dit que je m'érige en dogmatiste. C'est ce que je n'ay nullement prétendu jusques icy envers qui que ce soit, mais bien moins envers un homme comme vous qui enseignés tous les peuples par vos rares ouvrages et qui estes le seul livre oii je fay profession d'estudier. S'il m'est donc eschappé de vous dire quelque chose qui eust le moindre air d'enseignement, gardés vous bien, s'il vous plaist, de le prendre pour cela, mais plustost pour un essay du profit que j'ai fait avec vous.
Je me sens bien fort vostre obligé du sentiment que vous avés de la fortune présente de M' le duc de Longueville qui continue à
1 Nous ne possédons , dans le recueil de 1 66.3 , aucune lettre datée du 16 et du 18 janvier iG'io.
François de la Mollie le Vayer.
Voir la lettre du 27 novembre 1689.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
estie la plus glorieuse et la plus périlleuse du monde. Depuis mes dernières lettres, il a passe' le Rhin à Bacliarach , oii il est trois fois plus large que la Seine devant le Louvre , on peut presque dire à nage , puisque les plus grands batleaux qui ont servy à trajelter ' son arme'e ne contenoient au plus que huit hommes et que tous les chevaux ont nagé cette grande traverse tenus en main par les cavaliers. Cent hommes de là l'eau tailloient en pièces cette petite armée, mais les ennemis n'imaginant point une si grande résolution, avoient laissé le bord de Teau sans garde. Ce péril cependant estoit le seul moyen de se sauver, et il fut embrassé par une prudence héroïque dont je ne croy pas qu'il y ait beaucoup d'exemples chés les Anciens ny chés les Modernes. Si nous vivons , nous essayerons de luy donner son prLx, M' le duc de Longueville est, à présent, dans la seconde Allemagne, dans le Woslervald' et ces terres qui apparlienuent de là le Mein au Landgrave de Damslad (sic), qu'on dit qui sont de fort bons quartiers d'hyver, et au cas que les Hessiens le voycnt pressé par les Bavarois, on croit qu'ils luy donneront la main et empescheronl qu'on ne l'opprime. Gela uéantmoins n'est pas asseuré pour ce qu'ils sont encore en trêve avec l'Empereur. Ce qui est asseuré et fort fascheux est que
ces conquestes de deçà le Rhin s'en vont estre attaquées par les Espagnols et par ce moyen toute espérance de retraitte ostée. Voila sa gloire et sa misère qui , à vous dire le vray, me partagent l'esprit extrêmement.
M' de Grasse a fait une Ode pour le vœu du Roy \ mais il ne l'a pas encore parfaitte. Vous serés des premiers à la voir quand il y aura mis la dernière main. Là finit la dernière de vos lettres.
Pour satisfaire à la seconde, laudo egreffiam constanlonque erga amicos etiam suspicione culpœ non cnrcnles benevolentiam. Aux deux frères le débat, pour ce que l'un allègue contre l'autre*, et quand {sic) à nous, jugeons le moins mal de celuy qui est le moms mauvais. En effet il vous sera plus aisé de me donner bonne opinion du Romain que de m'empescher de l'avoir mauvaise du françois.
Je suis entièrement de vosti-e opinion touchant les vers du Père Terron ' en ce qui [sic pour qu'i'/s) contiennent. Pour juger néantmoins de son mérite en comparaison de celuy de voslre ennemy r(tconciiié\ il faudroit l'avoir veu escrimer dans une arène un peu plus estendiie. Ces vers m'ont laissé cette impression de luy qu'il est pur, judicieux, juste et soustenu. Il faut essayer d'avoir quelque autre pièce de luy pour voir flrt sibi conslet '.
' M. Litlré {Dictionnaire de la langue Jrançaisc, au mot Trajet) dit : «Le ïvi' siècle employait trajettei-, traverser, transporter. -^ On voit que Irajetter se disait encore presque au milieu du xvn' siècle.
- Le Westerwald est une chaîne de montagnes entre le Lahn, la Sieg, le Rhin, qui commence en Weslphalie, traverse, au Nord, le duché de Nassau et se termine en face de Cobleniz.
^ Le vœu de Louis XIII est, non de i638, comme on l'a souvent dit, mais de la fin de 1687. Voir la Déclaration pour la protection de la Vierge , faite vers la fin de décembre i63j, imprimée dans
le XXII' volume du Mercure ( i64i ) et réimprimée dans le recueil des Lettres du cardinal de Richelieu donné par M. Avenol (t. V, p. 908- 91a).
* Jacques Bouchard et son demi-frère Ilullon.
' L'auteur des douze vers latins inscrits sur le piédestal de la statue de Louis XIII , le P. Theron.
" Quel ennemi? Serait-ce le R. P. Dom André de Saint -Denvs, religieux de l'ordre des Feviillanls, l'ancien auxiliaire du R. P. Goulu ?
' C'est la fin d'un vers de VArl i<oétique d'Horace {Ad Pisones, V. laS) :
Qualis ah inceplo yrocesstrit , ei sibi eonttet.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
Vous estes trop bon de souffrir patiemment la mauvaise socie'te' de me'rite que M' Gassendi vous a donnée dans la vie de son amy et encore meilleur de vouloir qu'il y marque plus précisément nostre union et l'amitié dont vous m'honnorés. M' L'Huillier verra tout ce que vous en dittes et donnera ordre que vostre désir soit satisfait.
Le remerciment de M' Coustard est fort beau, mais tousjours à sa mode. Je le veuxrevoir plus d'une fois et le gai-deray toute cette semaine. Je suis espouvanté ' de la letlre de M' Huggens. Il y a tel françois qui s'en feroit honneur, et cei-tes c'est un très galant homme, et bien digne d'une belle response ". J'ay trouvé la lettre à l'abbé de Ghastillon très galante'. J'en seray moy raesme le présentateur. Je vous envoyé un remerciment latin du bon Epestcin à M' Esprit pour la naluralité qu'il luy a obtenue de iM' le Chancelier à ma prière. Je croy que par cet eschantillon vous jugerés que mercbatur donari non solum gallica vcrum etiarn roniaua civitate.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce ag janvier iG4o.
CCCLXXII.
A M" DUC DE LONGUEVILLE
E.\ ALLEMAGNE
Monseigneur, il ne se peut dire combien Testât oij vous vous estes trouvé, depuis deux ou trois mois, a causé de trouble dans
' Epouvanté est employé ici dans un sens si favorable, qu'il équivaut presque aux mots : Je suis en admiration.
- Si cette belle réponse fut faite, elle n'a pas été recueillie dans le volume de i665. On y trouve bien (p. /187) une letltre du 1" février 16/10 «A Monsieur de Zuylichem , Conseiller et Secrétaire des Commandemens de ^lonseigneur le Prince d'Oiange;?; mais il n'y est nullement question du rouleau d'architecture envoyé à Bal-
Tesprit de vos fidelles serviteurs, ny assés exprimer les violentes appréhensions qu'ils ont eues pour vostre personne. Ils ne pouvoieiit songer, sans frémir et sans s'imaginer vostre perte, que vous estiés à plus de cinquante lieues de nostre frontière dans un paysennemy et entièrement ruiné, au milieu de deux armées ennemies et entre deux grandes rivières, au fort de Ihyver, sans ponts ny batteaux pour les passer et sans vivi-es pour faire subsister vos petites trouppes. Et quand ils avoient nouvelles par les courriers du party contraire que, dans toutes ces incommodités, vous ne laissiés pas de forcer des villes et de conquérir des pais, ils pensoient que c'estoient les derniers efforts d'une vertu héroïque qui se signaloit en mourant. Mais entin, contre toute espérance, et lorsque nous attendions que vous vous sériés ensevely dans vos triomphes, nous avons appris que cette mesme vertu supérieure à toutes nos craintes et à toute la prudence de nos adversaires , s'estoit fait voye par le plus difficile endroit et avoit eschappé le péril en s'y jettant et en le choisissant le plus formidable.
Il est certain , Monseigneur, que [le] passage du Rhin , au mois de janvier, au lieu où vous l'avés fait, dans des barques et comme à nage pour aller chercher les ennemis jusques dans le cœur de l'Allemagne, ayant une armée au double forte de la vostre, à craindre et non trop esloignée de vostre descente et perdant espérance de la retraitte ,
zac, ce qui me fait craindre que cette lettre, elle aussi, ne soit inexactement datée. Les autres lettres qui, dans le même recueil, sont adressées au même personnage (A Monsieur Huggens, conseiller et secrétaire des commandemens de Monseigneur le Prince d'Orange) sont antérieures à l'époque où nous sommes: l'une (p. 157) est de 1682, l'autre (p. /107) est de 16.S6.
^ 11 s'agit d'une lettre écrite par Balzac à Boisrobert et que nous n'avons pas.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
a je ne scay quoy de si haut et de si magnanime que le seul 'dessein pouvoit apporter une grande louange à celuy qui l'auroit, je ne dis pas exécuté, mais seulement conceu ' , et désormais toute la gloire que César creust avoir acquise pour avoir fait ce mesme passage et presque au mesme lieu " , n'est qu'une fumée à comparaison de la vostre, veu l'inégalité des cironstances qui se rencontrent dans ces deux actions semblables, ou, sans les examiner, on peut dire quavec les avantages cju'avoit César il eust esté infiniment blasmable s'il ne lui eust pas réussi comme il fit, el que dans les désavantages que vous vous trouviés avoir, quand vous l'eussiés manqué, vous en eussiés esté extrêmement excusable. Vous ne l'avés point manqué, Monseigneur, et avés fait un chefd'œuvre qui n'a point d'égal en ces derniers temps capable de donner la balance aux affaires et de les mettre au point d'une parfaitte restauration.
Et ce qui me contente pleinement en celte grande action , vous ne vous estes pas seulement acquis par là une palme immortelle, mais vous vous estes donné la subsistance qui vous manquoit et sans laquelle, avec toute vostre gloire , il vous falloit résoudre à périr. J'en loue Dieu de tout mon cœur et luy rends grâces de celles qu'il luy a pieu vous faire et à nous en cette occasion de laquelle je me resjouis encor particulièrement pour la matière qu'elle me fournit d'embellir l'ouvrage que j'ay entre les mains et qui en
recevra en son lieu une lumière extraordinaire.
Vous croyés bien, Monseigneur, que je n'ay garde de luy faire ce tort que de luy soustraire un ornement qui luy est si naturel, et que je ne suis pas si ennemy de mon propre honneur qu'encore que je ne fusse pas obligé à faire valoir cette merveille par le service que je vous dois , je voulusse perdre pour ma propre considération un brillant comme celuy-là qui peut relever tout ce qu'il y aura d'obscur et bas dans le reste de la pièce. J'attends cependant avec grande impatience quelle suitte aura ce beau passage et je ne désespère pas qu'il ne fasse haster la déclaration de la landgrave pour nous et qu'il ne serve d'une considérable diversion pour Banier dans les grandes oppositions qu'il trouve maintenant en Bohême. Il semble qu'on s'en promette cela dans cette Cour où vostre nom est dans tout le lustre et la considération que vous et vos serviteurs le peuvent souhaitler.
M' de Tracy, qui part d'icy, après avoir languy et fatigué près de deux mois dans la sollicitation de vos aiïaires, vous en rendra un conte plus particulier, comme aussy ce peu de nouvelles qu'il y a en cette saison. Les choses du costé d'Italie et d'Espagne estant comme mortes et la guerre ne causant aucun bruit que du costé où vous estes. On croit icy la délivrance des Princes Casimir et Palatin dans peu de jours. Le dernier a peu sortir sur sa parole ', mais il
' Presque en même temps que le duc de Longueville franchissait le Rliin, la duchesse mettait au monde, (a8 janvier i(5io) Charles Paris d'Orléans, qui, trente-deux ans plus tard (la juin 1673), devait être gloriousoment tué au passage du même fleuve et dont Boilcau, dans sa fameuse épitre, a oublié de célébrer l'héroïque élan.
^ Jules César franchit le Rhin deux fois : la
première fois l'an de Rome 699, la seconde fois l'an de Rome 701 (voir livres IV et VI des Commentaires). Quelques-uns ont prétendu que le passage de l'armée romaine s'etîectua, en (199 comme en 701, à Andernach, mais aujourd'hui on paraît croire généralement que ce (ut à Bonn. ^ On lit dans les Ménoires de Moniglat {W campagne) : «Durant le mois de janvier, par les instantes prières du Roi de Pologne, le
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
ne la pas voulu que du consentement du roy d'Angleterre dont il attend response et le premier a icy l'ambassadeur extraordinaire, le Palatin de Smolensko, qui vient demander sa liberté.
Je prie Dieu qu'il vous conserve et demeure à jamais, Monseigneur, vostre, etc. De Paris, ce 3 février i64o'.
CCCLXXIII.
À M. DE BALZAC
À BALZAC
Monsieur, ce ne sera qu'au mois de mars que vous aurés de prontes responses à vos lettres. Pour celuy cy les couriers ne sont pas encores assés réguliers, et s'ils piquent ferme une semaine, ils se haslent lentement" à l'autre et nous font attendre vos despesches au delà du temps qu'il faudroit qu'elles vinssent pour y satisfaire. Mais il importe peu puisque les affaires que nous traittons ensemble sont aussy bonnes une semaine que l'autre et que, pour nostre commerce, /jmcM/w/H non est in mora^.
A cette fois je vous entretiendray peu pour ce que vous ne m'en donnés point de
matière et vous savés que je suis niuot quand vous ne me touchés point. J'avois oublié , ce me semble , par mes précédentes de vous tesmoigner le desplaisir que j'avois de la perte que M"'° vostre sœur ' et vous avés faitle sur les pistolles, La fortune, qui m'avoit trouvé assés peu sensible à la mienne, a trouvé ce moyen de me faire ressentir cette sorte de calamité que, pour mon regard, j'avois jugé au dessous de ma philosophie, mais qui me donne du sentiment en la personne de mes amis. C'est un effet de cette infirmité dont je ne me veux point desfaire et dans laquelle il est vray que la vertu dont je fais profession rencontre de quoy se contenter. N'est-il pas bien bizarre que l'affection me donne ainsy du contentement, et n'est-ce pas se soustraire encore en souffrant à l'effet du coup de la fortune ? En effet je compatis à la peine que vous peut donner cette perte et prens un plaisir secret à voir que je suis capable de cette douleur. 11 est remarquable cependant que moy qui fais profession publique de n'estre qu une mesme chose avec vous en cette occasion , et pour avoir ce sentiment, j'ay besoin de me séparer de vous et de me considérer
Prince Cazirair son frère sortit de la Bastille et fut mis en liberté : le Roi le traita à Saint-Germain et le fit manger à sa table, et puis lui permit de retourner en Pologne : il ne vit point Monsieur, à cause qu'il ne lui voulut pas donner la droite chez lui, mais il fut visiter le cardinal sans prétendre la droite chez lui, tant cet homme le portoit haut et tant il étoit redouté de tous les étrangers. L'Électeur Palatin en usa de même, car quoique Luthérien et même Calviniste, qui ne portent aucun respect auxdignilez de l'église, il lui céda dans sa propre maison, et ayant été délivré de prison par la sollicitation du Roi d'Angleterre, son oucle, il ne voulut point voir Monsieur, à cause du rang qu'il prétendoit sur luy comme Electenr de TEnipire, et ne disputa rien au Cardinal, disant
qu'il ne luy déféroit pas comme cardinal, mais comme étant le plus grand homme qui fût au monde et qui eût été dans notre siècle.-) Conf. la Gautte du 3 mars i6/io (page laS), du 10 mars (page lAi), du ai mars (page 176), etc.
^ Le lendemain, Chapelain (f° 3o5, v°) adressa au duc de Retz une lettre qui roule en entier sur le duc de Longueviiie et principalement sur le passage du Rhin.
* C'est \efestina lente du poêle traduit trentequatre ans avant que Roileau en fit un des vers de son Art poétique (167/1).
3 Les hommes de loi disent encore : Il n'y a pas péril en la demeure.
* Anne de Guez, mariée avec François Patras de Campagnol ou Campaigno.
comme une autre de peur de sortit- de mes principes et de pe'cher contre mes maximes en me plaignant en vostre personne. Cela toutesfois vous pourra passer pour trop raffiné et il vaut mieux achever cette lettre moins subtilement.
Je vous renvoyé vos deux lettres du Triumvir et du secrétaire architecte'. La première est fort belle et bien du beau caractère de l'homme qui vous l'a escritle ; si elle a attiré une response, je ne serois pas marry de la voir. Pour la seconde, je la trouve très sensée et ce qui ma le plus surpris, je la trouve pour un Ilollandois une chose très extraordinaire. Et ne m'allégués point l'Allemand de vostre voysinage qui, |)our escrire mieux francois que cela, me semble moins merveilleux à cause du long séjour qu'il a fait en cette Cour et de l'habitude estroitte qu'il a eue avec des personnes si éloquentes ^
Je finis en vous disant que si Bannier ne
pert point la bataille qui se doit donner ou qui peut estre s'est donnée à cette heure entre luy et le général Picolomini en Bohème ^^ M' de Longueville est le plus glolieux françois que nous ayons veu il y a longtemps. Car depuis le passage héroïque du Rhin dont je vous escrivis la dernière fois, il est allé prendre ses quartiers d'hyver dans la partie de la Hesse que le landgrave de Casse! se plaint qui luy a esté enlevée par celuy de Darmstad, son cousin, et a réduit ce dernier pour rédimer* la dévastation de tout son pais, à luy donner 3, 600 lichedales * en ^ certain nombre de chevaux et quartier dans ses villes pour trois mois, chose qui, entre" son éclat, a esté d'autant plus agréable à toute l'Allemagne, que ce landgrave est l'instigateur de la guerre qui l'a ruinée et l'autheur de la paix de Pione (jui a rendu la généralle presque impossible. Il y auroit beaucoup de circonstances h considérer pour relever l'action du Prince
' Le triumvir est Coslar et le secrétaire -architectv est Constantin Huygliens.
- Quel est donc cet Allemand transplante en Angoumois et écrivant si purement notre langue ?
^ Celle bataille ne se donna pas, ainsi que lyionfglat {Mémoires, V Campagne) nous l'apprend en ces termes: «Il (le duc de Longueville) fit faire un pont de bateaux à Loric, où il passa ce fleuve et joignit le général Melander sur la rivière de Vivare, et les troupes du duc de Lunebourg, puis ils marchèrent tous ensemble vers Herfort, où le maréchal Banior éloil ri-lranclié contre les armées Impériale, Saxonne et Bavaroise, plus fortes que la sienne : celle de Brandebourg venoit encore les fortifier; et le duc de Longueville Taiant apris, hâta sa marche, et arriva promptement à Herfort, où il fut reçu du maréchal Bauier avec la joie que peut produire un secours de telle conséquence. Dès le lendemain ces armées se mirent en bataille composées de plus de quarante mille hommes, et sortant de leurs relranchemcns se campèrent en
pleine campagne sans crainte des Impériaux. Ces deux puissantes armées passèrent l'été à se regarder Tune l'autre sans aucun exploit considérable; et après a\oir bien mangé du pais, elles se trouvèrent à la fin de l'automne sur le Weser, où elles se séparèrent pour prendre leurs quartiers d'hiver.-^
* Les contemporains de Chapelain, tels que La Mothe le Vayer, Patru, ne disent pas rédimer, mais bien se rédimer. Cliapclain, toujours fidèle aux souvenirs de sa latinité, a employé le verbe rédimer dans le sens actif que les latins donnaient au verbe redimere.
* Nous lisons dans le Dictionnaire de Trévoux : cfMonnoie d'argent battue en Allemagne, qui vaut trois livres.. . Los Richedales sont aussi monnoie de Danemarck. En François on écrit communément i-isdale, ou rizdale. Une riulalc vaut environ un écu de trois livres (Voltaire).-^
<* Il faut entendre, je crois, un certain nombre de chevaux d'une valeur de 3, 600 richedales. ' Parmi l'éclat qu'elle a jeté.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
dont je vous escris, si je parlois à un homme moins capable de les voir de lu y mesme, et si je nestois pressé de vous dire que je suis , Monsieur, vostre , elc.
De Paris, ce 5 février i64o.