‹ Lettres. Publiées (volume 2)Chapitre 117 sur 134 · CCCLXXIV · texte numérisé non relu

CCCLXXIV

À M. DE BALZAC

Monsieur, j'ay beaucoup de consolation de vous voir interpréter si favorablement et si véritablement mes interprétations de vostre silence et certes vous ne vous trompe's pas lorsque vous croyés que mes inquie'tudes partent d'une sincère et cordiale affection '. Je suis seulement un peu en peine de ce que vous vous purgés avec autant de soin de cette petite discontinuation d'escrire comme s'il m'estoit eschappé de vous tesnioigner que j'attendisse cette faveur ainsy qu'une chose deue et à quoy il n'y eust rien qui vous deust permettre de manquer. Je serois malheureux si vous pensiés que mon amitié fust si tirannique et je mériterois que vous me punissiés d'un silence éternel, si javois trouvé à redire à celte courte suspension de nos entretiens. Soyés en liberté, quelque douleur que je puisse ressentir de n'avoir point de vos nouvelles , et ne m'es-

crivés jamais que quand vous le pourrés faire commodément. Vous avés un secrétaire qui, sansestre aussi éloquent que vous, l'est assés pour nous mettre l'esprit en repos par deux lignes qu'il escrira à vostre libraire de vostre disposition et de vos exercices, lorsque vous ne trouvères pas à propos de le faire par vous mesme.

iVr Esprit le jeune sçaura combien vous avés approuvé ce qu'il a fait pour mon amy et je prétens le payer de son bienfait par lavis d'une approbation si glorieuse.

Pour la vie de M' de Peyresc, quelque belle que je l'aye trouvée, j'avoue avec M' L'Huillier que c'est un ouvrage ajfectum quidem at nondum perfeclum, ce qui en retardera un peu la publication à cause que noslre amy en veut conférer auparavant avec l'autheur et y retrancher beaucoup de choses qu'il y trouve trop estendues, pour ne pas dire superflues. Il a pris un extrême plaisir de voir tout ce que vous avés mandé sur ce sujet et j'ay charge de vous dire que vos deux surnoms seront escrits ainsy que vous l'ordonnés. Je luy ay mis entre les mains l'extrait du Discours que vous m'avés envoyé et qui sera imprimé avec l'ouvrage eu la forme que vous l'avés disposé ^. Il m'a prié instamment de vous asseurer de sa passion tendre et violente pour vous, qui

' Balzac répondit à Chapelain (lettre XX du livre XXI, p. SaS) : «Puisque les lettres que vous ra'escrivez, sont des bienfaits que je reçois, et celles que je vous escris, des reconnoissances que je rends, vous voyez bien qu'il m'importe de ne vous laisser pas en doute un seul moment de la gratitude de mon âme. Le bon est que vous n'estes ni difficile ami , ni superbe bienfaiteur. Quand j'aurois failli, vostre indulgence cbercheroit des raisons pour justifier mon péché, et vous accuseriés non seulement le courrier, Totyla, et Rocolet, mais encore le Sort, les Astres et le Destin, plustost que de me croire coupable.-' Cette lettre, datée du lojuin 16^10, doit être de

la fin de février ou du commencement de mars. - Ce que Chapelain appelle discours est la lettre de Balzac à L'Huillier, où se trouve le magnifique éloge de Peiresc : tr Toutes les vertus des temps héroïques s'esloient retirées en cette belle âme, etc.?! Cette lettre, datée du i5 août i6io (p. ^96-/197 de l'in-fol.), n'a pas été reproduite dans la vie de Gassendi : elle y a seulement été mentionnée avec cette aimable recommandation : cPervenere ad me complures. Sed principem locum ea tenent, quibus lo. Ludovicus Guezius Balzacius, celebris iile scilicet, cui nemo non gailice modo, sed latine etiam scribentinm, elegantiœ palmam non facile cedat.'i

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

n'est pas une petite chose d'un homme que la phis part de ses amis appellent l'amy dur. il s'est chargé en mesrae temps de dire che's M" Dupuy la visite que M' de Thon vous a failte avec M' de Mo n trésor '.

Pour achever de m'accabler, j'ay un procès bizarre où il me va de treize ou quatorze cent escus.

De Paris, ce 12 février i64o.

Je n'ay rien de M' de Longueville que ce qui est dans la Gazette '. Depuis huit jours que je plaide et que l'abominable chicane m'a esteint le feu poétique et troublé le raisonnement, j'ay pris chés un de mes amys pour me reschaufifer, ou au moins pour me

' M. de Thou était François-Auguste de Thou , le fils aîné dn grand historien , celui qui , l'année suivante, allait si misérablement périr sur Téchataud de Lyon (la septembre i6'jû). L'autre visiteur de Balzac était le petit neveu de Brantôme, (Jaude de Bourdeillo, comte de Monirésor, l'infatigable conspirateur qui allait être obligé de se réfugier en Angleterre pour avoir été le complice de Cinq-Mai-s. De Thou , Monirésor et leur hôte étaient trois mécontents qui durent dire bien du mal du cardinal de Richelieu dans le petit château caché sous les peupliers du bord de la Charente.

- Il est question du duc de Longueville dans presque tous les n"" du l 'i janvier, du 4 février, du 1 '4 mars. Voir dans ce dernier n° (p. 1 '19) la Relation très particulière du passage du Ilhin par l'armée du Roy, commandée par le duc de Longueville.

^ Pier Angelo Mauzolli naquit à Stellata, bourg des environs de Ferrare, au commencemont du xvi' siècle; on ignore l'année de sa mort fX l'on n'a pas de détails sur sa vie. Les noms de Palingenio {Marcello) sous lesquels ce poète se fit connaître sont l'anagramme de Pier Angelo Manzolli. et le surnom de Stellatns indique le lieu de sa naissance. Le poëme dont Chapelain entretient Balzac est intitulé : Marcelli Palingenii Stellati,

divertir de mes noires pensées, un Palingenius Stellatus qui escrivoit sous Léon X et Clément VII en vers pédestres et faciles avec beaucoup de netteté, pureté et exquise doctrine Z)e moribus instiltœndts^. Si vous favés leu, je vous prie de me mander ce qu'il vous en semble. Si vous ne Pavés point leu . je vous diray que je croy qu'il est digne que vous le lisiés et que son slile, meslé de celuy de Lucrèce et de celuy d'Horace dans ses espitres et satyres, vous donnera plaisir et relasches de vos fortes estudes tant par la diversité des matières qu'il y traitte, que pour ce qu'il ne demande aucune contention d'esprit en le lisant \ Il y a mesmes certaines gaillardises qui se sentent de la liberté du temps où il escrivoit et qui passeroiont *

Zodiacus vitœ; hoc est, de Hominis vita, studio, ac moribus optime institunidis, libri XII (Bâle, 1537, in-8"). Cette édition avait été précédée d'une édition sans date qui parut à Venise, vers 10.31, selon le Manuel du libraire (l. IV, col. 017), vers i534, selon la Biographie universelle [l. XXVl, p. 607), suivie par la Nouvelle Biographie génè-ale (t. XXXlll, p. 334). On peut voir sur l'auteur et sur le livre les Dictionnaires de Moréri, de Bayle (au mot Paiingenius), de Prosper Marchand (au mot Colnnna, t. I, p. 190, note •^ô), les Jugemens des savans de Bailiet avec les notes de la Monnoye. les observations de Le Clerc et de Joly sur iarlicle d.> Bayle, les lettres de Guy Patin, etc.

* Bayle rappelle que Palingène était r l'auteur favori du sieur Naudé.i Le Zodiaque avait eu beaucoup de succès au xvi° siècle, comme le prouvent les nombreuses éditions qui eu furent données. Scévolle de Sainte-Marthe avait promis l'entière traduction en vers français de ce poème, mais il n'en publia que quelques Iragmenls dans ses Premières CEmitc* (Paris, F. Morel . 1Ô69). Deux autres poêles du xvi" siècle, Jean Avril et Olivier de Magny avaient entrepris une traduction envers du même ouvrage, mais il no semble pas qu'ils aient réalisé leur projet.

" Il V a, f^r erreur, passerait dans le manuscrit.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

pour de grands blasfèmes enceluy-cy ', d'où vous pourrés lirer du plaisir. Enfin, j'ay trouvé en ce galant homme mi certo ce)i'e/[lo] bahaiio' qui n'est ny tout fat ny tout sage et qui est tout divertissant. Quand vous laurés leu et que vous en aure's fait vostre jugement, vous pourrés lire celuy qu'en a fait Scaliger le père dans sa Poétique en l'ypercritique" et je m"asseure que vous vous rencontrerés. Mais pour en avoir le vray plaisir, il faut avoir le vostre devant.

A M. DE AIO.NSTRiiLILN

À LO>DBES^.

Monsieur, je vous puis, à cette heure, escrire en seureté et sans plus craindre que vous monstriés mes mauvaises lettres à M' de

' rll est certain,?) dit Bavle, «qu'il a parlé conlre les moines, et contre les abus de rÉ[;lise avec une exlrême liberté ; et de là vient qu'il parait dans Vfndex lihrorum prohibitorum entre les hérétiques de la première classe. On dit même que son cadavre fut déterré, et brûlé sous prétexte d'hérésie.. . A cela près, son Zodiaque est rempli de bonnes choses. •^

- Cerveau bizarre, capricieux. Cervel est cervello qui s'npocope de la dernière syllabe , dans le courant de la phrase , comme les noms semblables {castello , fratello , etc.).

^ Voici le jugement de Jules César Scaliger ( Poetices liber sextus, qui et hypermticus , p. 7 3 1 - 73 i. Editio quinta) : ttPaiingenii poema lolum satvra est : sed sobria, non insana, non fœda. Ejus diclio pura, versus ac stilus in imo génère dicendi. Ouare si noluit melius, ne à nobis quidem id tentandum est. Non placet famen consilium inscriptionis. Etenim cum humanœ vitae Zodiacum profiterelur : aut secundum signorum similitudinem, aut ex eorum vi deducere debuit argumenta ad viam nostram explicandam." Suivent deux grandes pages d'objections.

* Sur Jean de Montereul ou de Monlieiiil. voir une note delà lettre CCXXXV.

Bellièvre, puisque nous favons icy'% et que je ne croy pas que vous despeschiés un courrier exprès pour luy donner une si mauvaise lecture. Je vous escris donc pour vous féliciter de vostre agence présente et de vostre ambassade future \ bien aise qu'ayant à ne vous point voir de quelque temps, jaye au moins la consolation que ce soit pour un sujet si honnorable et dont l'esclat rejallit jusques sur ceux que vous aymés. Je ne m'attens point que vous me faciès de responce et ne vous en demande point pour ce qu'avant esté si secret dans le temps que vous pouviés parler sans crime, il y a apparence que vostre silence se renforcera maintenant que vous estes le vray dépositaire des mistères du Prince et que le bon Harpocrate vous a sellé la bouche de son anneau le plus serré.

'' Au retour de Rome, nous dit Pellisson, rii fut, avec la même qualité de secrétaire de l'ambassade, en Angleterre, avec M. de Bellièvre. . . '■ L'annotateur de VHistoire de V Académie française a ignoré (t. I, p. 2^2) que, dès les premiers jours de i6io, Jean de Montreuil était à Londres auprès de M. de Bellièvre.

'^ Le 10 janvier i6io, le cardinal de Richelieu écrit à M. de Bellièvre (Recueil de M. Avenel , l. VU, p. 254) que le roi consent à sou retour en France , et ajoute : w Avant que de partir de Londres je seray bien aise que vous preniés le soin de me faire faire deux douzaines de paires de gants blancs de cuir d'Angleterre. .. n M. de BeUièvre avait été nommé ambassadeur à Londres en septembre 1637.

' Montreuil ne devait jamais être ambassadeur, mais, comme nous l'apprend Pellisson (t. I, p. 2^2), il ^fut laissé pour résident en Ecosse. Il y servit fort utilement, car il était trèspropre à la négociation, d'un esprit souple et adroit, fort concerté, etc." On trouvera divers détails sur Montreuil diplomate dans le Recueil de M. Avenel (t. Vl. p. 766, 770, 797; t. VIII. p. 362).

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

Je vous demande bien de faire faire quelque diligence par le plus habile de vos gens chés les libraires de Londres pour essayer de trouver ces volumes cy de Jordanus Brunces , Nolanus ', qui y furent imprimés en 1 584 , si je ne me trompe*, et dont petit estre il se trouvera encores quelques exemplaires. Ce sont des volumes in-S" et que je croy de médiocre prix, mais pour cela je le remets à vostre prudence. Les voicy : Degli heroici furori\ DeVinfinilo universo e mondi ", De la causa principio et uno ', Spaccio (Ma hesiia triomphante \ Il y en a encore un autre latin du mesme imprimé à Francfort iSgi in-S" aussy qui a pour titre De monade'', etc., De innumoabilibitë^, etc., que

vous me fériés faveur de faire acheter avec les autres si vous le tronviés comme il est assés commun ' et vous m'envoyeriés le tout par la première occasion d'amy, favorable et seure, parce que je n'en suis point pressé . et quand vous n'en trouveriés qu'une partie, pourveu qu'elle se trouvas! entière, il ne faudroit pas laisser, s'il vous plaist, de me la faire prendre et de me l'envoyer aux conditions que vous savés qui peuvent rendre ma prière civile.

Je ne suis pas au reste devenu (rop mai audacieux d'employer ainsy familiairemenl un semi legato reale^^ en des bagatelles sans révérer son caractère n y considérer an in publica commoda peccem, moy qui dans une

' Giordano Bruno naquit à Noie (Terre de Labour) vers 1 55o et fut brûlé à Rome le 1 7 février 1600, comme apostat et hérétique. Voir sur ce philosophe le livre de M. Ch. Barthoimess {Jordano Bruno, Paris, i8i6-i8'i7, a vol. in-S"), livre que M. V. Cousin {Histoire générale de la philosophie , édition de 18G1, p. 3'26, note 1) trouve (^savant, mais trop enthousiaste."

- Chapelain ne se trompait pas : ce fut en i58?i que parurent pour la plupart les volumes qu'il recherchait. Voir le Manuel du libraire (t. I, col. 1297-1800).

3 Degli Heroici furori dialogi X. Paris, i585, in-8°. Paris est là pour Londres. Bruno, comme Ta rappelé M. V. Cousin (ouvrage déjà cité, p. 325), demeura quelque temps en Angleterre, -•chez Sir Philippe Sidnoy, que l'on trouve partout où il y a quoique essai d'indépendance philosophique, religieuse ou politique à protéger.') Le volume, qui, d'après J. Charles Bruncl, est fort rare, atteignait déjà le prix de 100 francs dans les ventes du siècle dernier.

* Le Dd' injinito universo e mondi parut à Londres sous la rubrique de Venise ( i586). Cet ouvrage et ie suivant sont dédiés à Michel de Casfeinau , sieur de Mauvissière, ambassadeur de France en Angleterre de 1.^75 à i585.

* Le traité : De la causa , principio , et uno pa-

rut aussi à Londres sous la rubrique de Venise (i584).

" C'est le plus célèbre des ouvrages de Bruno. Voici le titre complet donné par le Manuel du libraire : Spaccio ^de la bestia (rionfante , proposlo da Giove, effelualo dal comeglo, rcvelato da Mercurio, recitaln da Sophia, udito da Saultno , registrato da Nolano. Ditiso in tre dialogi, subdivisi in Ire parti. Stampato in Parigi, i58'i, in- 8°. — imprimé, croit-on, à Londres, chez Thomas Vautroiiier. On a supposé que dans cet écrit allégorique Bruno avait attaqué ia papauté.

' De monade , numéro el figura liber consequens , qutnque de minimo, magno el mensur a. [Vrancforl, 1591 ou i()i/i, in-8°.)

* Les mois : De innumerabilibus ne figurent point dans le litre do l'ouvrage «h'-siré par Chapelain.

' Ce traité parait être rosté msc: commun jusque dans le siècle dernier, où ii ne s'est vendu que de 10 à ao francs, tandis que d'autres volumes de Bruno, comme nous l'avons vu, ont été payés une centaine de francs, quand iis étaient dans des conditions ordinaires, et jusqu'à cinq ou six fois plus clior, quand ils élni'>nt dans des conditions exceplionueiies.

" En l'absence de M. de Beiiièvrc, Jean de Montreuil était un demi- ambassadeur du roi de France.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

posture moins considërable avois fait diffîcultë jusques icy de le divertir tant soit peu et de iuy demander le moindre de ses offices. Mais il y a des temps où il est quelquesfois à propos de se monstrer graviter hisolentem et peut estre ay-je mal fait jusqu'à présent d'user avec tant de retenue d'une affection et d'une bonté pareille à là vostre.

Par le discours de M' Conrart il m'a semblé connoistre que vous ayés fait vostre dernier voyage d'Angleterre seulement ou principalement pour Iuy pouvoir envoyer avec bienséance la belle lettre dout il me veut régaler au premier jour, car il m'a dit qu'elle estoit achevée longtemps devant que vous partissiés d'icy. Malherbe m'a dit autresfois ' qu'ayant à escrire à M'"^ la princesse de Conti sur la mort de son frère cette belle consolation que vous avés tantveue\ il Iuy fit faire un voyage exprès à Saint-Germain afin qn'on ne peust pas dire qu'estant en une mesme ville, il n'avoit qu'à iuy dire ce qu'il Iuy escrivoit\ Vous en avés peut estre usé de mesme sur le mesme scrupule , mais avec un peu plus de discrétion, aymant mieux faire un voyage que de le faire faire à vostre amy.

Je suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 12 février i64o.

CCCLXXVL À M. DE BALZAC,

À BALZAC

Monsieur, vous pouvés penser si la bonne opinion que vous avés de M"^ le duc de Longueville me doit plaire et si j'ay leu avec satisfaction ce que vous m'avés escrit de son passage en Allemagne sur l'avis que je vous en avois donné. Je vous envie la plume qui sait si bien parler des choses, mais seulement pour bien parler de la vertu et des actions de ce Prince, qui seront tousjours héroïques et qui, pour s'égaler aux plus belles des anciennes, n'auront besoin que d'occasions et de matière , au lieu que , pour ce qui me regarde, j'auray tousjours trop de matière pour le louer et n'auray besoin que de ces belles formes que je voudrois vous avoir desrobées.

C'est, au reste, une bien agréable pensée qui vous est venue que ce passage du Rhin s'est fait auspice Baccho'' et du rivage de Bacchara , à quoy j'adjousteray pour la fortifier que ceux qui l'ont fait sont la plus part Allemands, c'est-à-dire peuples bacchiques et qui, plus que nation de la terre, célèbre les orgies de ce Dieu solennellement, sérieusement et fréquemment, de sorte qu'il y a grande apparence qu'ils auront pris

' Quand François de Malherbe mourut (6 octobre i6a8), Chapelain avait déjà trente-deux ans. Tallemanl des Réaux a cité (t. I, p. 188) quelques mots dits par Malherbe à Chapelain.

* Voir dans les Œuvres de Malhe7'be publiées par M. Lud. Lalanne (t. IV, p. 1 95-926) la lettre « Madame la princesse de Conty.

' Piquante anecdote à joindre aux si nombreuses anecdotes recueillies par Tallemant des Réaux dans son historiette de Malherbe , qui est une des plus amples et des plus curieuses de tout le recueil (t. I, p. 270-806). La lettre sur la mort du chevalier de Guise, frère de la princesse de Conti, débute ainsi : «Ne pouvant aller

,'i Saint-Germain sitôt que je désirois, pour une affaire qui m'est survenue, et cependant ne voulant pas faillir à ce que je dois, etc."

'' Balzac (lettre V du livre XXll) avait dit (p. 863 et 866) : «... Je ne pense pas que les comtes de Dunois du temps passé ayent plus valu que les ducs de Longueville du temps présent. Le dernier miracle dont vous me faites la relation m'a fait trembler en lisant vostre lettre. Mon imagination en est encore toute effrayée , et j'ay peur pour ceux qui sont passez, comme si je les voyois encore dans le hazard et dans les difficultés du passage. . . Notez aussi que c'est au rivage de Bacchara (que les Latins d'Allemagne font venir

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

pour aller à la reconquesle de leur pais de ce breuvage entousiastique ' qu'on dit que Ion permet aux Turcs mesme de prendre pour aller au combat et à la conqueste des pais d'autruy.

\ ous vous défendes merveilleusement du titre que je vous ay donné de mon autheur et de mon livre ". Mais je ne say à quel titre vous ne me voulés pas estre ce que vous estes à toute l'Europe et aux antres parties du monde où nostre langage est connu.

C'est un mauvais tesmoignage d'amitié parfaitle de me priver seul d'une chose dont vous avés esté libéral aux proches et aux esloignés, aux petis et aux barbares, au siècle présent et au siècle futur. Je n'ay pas si mauvaise opinion de moy ny de vous que de croire que vous me parliés sérieusement quand vous me dittes ces paroles et je les prens comme je dois, je veux dire comme

des effets de vostre modestie ou des jeux de vostre esprit. Donques avec vostre permission je demeureray dans mes premiers termes et vous me serés livre, docteur, maistre et tout ce qui fait à l'instruction et à l'ornement de l'esprit humain, sans que je prétende que vous me le contestiés davantage.

Le jugement que vous me failles du Père Teron me confirme dans celuy que j'en avois fait , quoyque je n'eusse jamais veu de luv autre chose que ce que je vous en a y envoyé. Il est sans doute im très grand et très judicieux poète el c'est dommage qu'il est si paresseux que vous dittes \ 1! auroit peu acquérir beaucoup de réputation el donner beaucoup de contentement aux honnestcs gens s'il avoit bien usé de sa longue vie et de la belle inspiration qui luy dure encore dans un aage où le feu ses-

par ëlymoiogic de Buccht ara) où se cueille 1*^ Neclor Bhenanum , qui peut avoir donné de l'enthousiasme à Vostre Armée. n La lettre, daté.- du lî) février iGii , doit être reportée à la fin de lévrier ou au commencement de mars de l'année 1660. Dans la lettre XXV du livre XXI, datée du 20 septembre i64o, el qui doit élre du mois de mars de la même année, Balzac répond ainsi (p. 83i)aux compliments de son ami : tXovs laites beaucoup d'honneur à mon extravajjance de la nommer Enliiousiasme, et je ne pensois pas avoir esté de si belle liumeur. Ce n'est qu'en vostre présence que mon chagrin me laisse en repos, et si je n'eusse eu à escrire à monsieur Chapelain, je ne me fusse pas seulement souvenu du voyage du nouveau Bacchus.T;

' Mot que ne donne aucun de nos dictionnaires et que je ne me souviens d'avoir vu employé par aucun de nos écrivains.

- Voici le passage de la lettre de Balzac auquel se rapportent les paroles de Chapelain (p. 8'i/i ) : ff Je ne puis recevoir un honneur que je ne mérite point, ni souffrir que vous m'appelliez vostre I,ivrf>. voufi qui estes ma Bibliothèque et mon

Université. .Si \ous me Inscliez, je diray mon Trepié, et mon Oracle, et vous traiteray d' .Apollon, ou pour le moins de Prophète et d'homme divinemenl inspiré. Raillerie à part, vous sçavez bien la haute opinion que j'ay de vostre grand .sens, el la déférence que je rends à tout ce que vous prononcez ex cathedra.-^

" Balzac avait dil à son ami (p. H'^k) : «Puis que vous avez la curiosité de sçavoir qui est I' Père Teron, que je croyois que vous connoissiez mieux que moy, je vous diray que c'est un Poète qui a plus de soixante-quinze ans. Peu après la naissance du Roy, il fil deux poèmes en petits vers, à mon advis glyconique.s ; et le feu Roy sur le favorable récit qui luy en fut fait, commanda à Molin de les traduire. Us ont pour titre les Couronnes el les Dauphins, el ont été imprimez à Paris, le Latin el le François e regione. Ces deux ouvrages portent leur recommandation, elje suis asseuré qu'ils vous plairont. J'ay veu d'autres choses de hiy, où j'ay remarqué un excellent naturel ; mais je sçay d'ailleurs qu'il est paresseux, el l'Ouvrier du u)onde qui aime le moin.s son meslier.-

LETTRES DE JEA^ CHAPELAIN

teint dans le sein des mieux eschaufTés. Magdelenet l'hyver à la barba sonnante ' a fait des plus longs vers sur la niesme statue et une inscription pour y mettre de quatre ou de six vers que Ton m'a dit qui sont fort beaux'. 11 faut essayer de vous les recouvrer pour le premier ordinaire.

Vous m'avés appris bien des nou\elles tirées de la Gazette de M' de Thou et toutes vrayes, comme je Tay vérifié depuis^. Vous avés niesme esté cause que j'ay acheté le Philolus du S' Bouillaud '^ après lequel il y auroit grande opiniastreté de croire que Copernic fut un extravagant^ et qu'Aristote eust raison de mettre la terre dans le centre. Je vous avoue que j'ay bien du plaisir de

' Chapelain s'amuse à rapprocher du nom de Madelenel une des plus mauvaises métaphores de ce poêle, el Balzac ne manqua pas (lettre VIII du livre XXII) de recommencer la plaisanterie: «Les vers du poêle à la barbe sonnante sont tels que vous en avez jugé, el je suis tout à fait de voslre opinion.»

- M. de Montaiglon n'a ni reproduit ni mentionné les vers de Madelenet dans sa Notice sur l'ancienne statue équestre de Louis Xlll citée plus haut.

•'Au lieu de toutes ces nouvelles, on ne trouve dans la lettre de Balzac (p. 8/i^)que cette phrase: •rj'avois bien en revanche plusieurs nouvelles à vous demander [sic pour mander]. . .Monsieur de Thou qui m'a fait l'honneur de se destourner de son chemin pour l'amour de moy, a eu la patience de me les dire, et j'ay esté son auditeur durant vingt-quatre heures, qui ne m'ont pas duré vingt-quatre momens, tant ses narrations ont esté agréables. -î On voit que la lettre de Balzac a été déplorabiement tronquée, et il est facile de constater que plusieurs autres de ses lettres ont subi le même sort.

■• Philolaus, seti Dissertatio de vero systemate nnmdi {i6Sg, in-6°). Ismaël Boulhau était alors âgé de trente-cinq ans.

^ Rappelons, à propos de Copernic, que ce fut à la sollicitation de Chapelain que Gassendi

croire que je suis sur la terre comme dans un vaisseau et que je voyage perpétuellement par les lieux autour de ce bel astre que vous aymés tant et qui vous a fait dire que vous estes solaire ",

Pour récompense de vos nouvelles je vous en diray une fascbeuse pour le pauvre Croisilles qui est en prison pour son aflfaire et qui a desja esté confronté à des curés et à des vicaires qui luy ont maintenu en face que c'estoit luy qu'ils avoient marié ',. Je vous en dii'ay une autre agréable pour vous qui est que Corneille a fait une nouvelle pièce du combat des trois Horaces et des trois Guriaces où il y a une quantité de belles choses' et du même esprit du Cid.

écrivit la vie do Copernic, qu'il lui dédia. Voiî !e recueil intitulé : Tychonis-Brahei equitis Dani astrononiorum coriphei, Nicolai Copernici, Georgii Puerbachiiet Joanis Regiomontani , astronomorum relcbrimn Dite (Paris, in-6°, i65^i).

^ J'ai rappelé ( Lettres de Jean-Louis Guez de Balzac, dans les Mélanges liistoriques , p. A 67, note a ) que le cardinal de la Valette prélendtiït (jue Balzac était un adorateur du Soleil, et disait, lui empruntant ses paroles, que la lumière entrait dans son âme avec la joie.

' On lit dans les Historiettes de Tallemant des Beaux (t. III, p. Sa) : tr-M""" d'Aiguillon envoya chercher M. Vincent [Saint Vincent de Paul] , qui fut d'avis d'aller à Linas, y alla en eiTet, et amena le prestre qui avoit marié Croisilles, et deux marguilliers qui y avoient assisté. 11 plante ces trois hommes en sentinelle à un coing de rue, d'où l'on voyoil au visage tous ceux qui sortoient de l'hosfel de Soissons. Ces gens reconnurent Croisilles entre cent autres ; il estoit roussean et facile à reconnoistre.55 Les témoins dont parle ici Tallemant des Réaux furent les mémos qui, nu commencement de 16/40, dépo.sèrenl contre lui.

* Ni M. Taschereau {Histoire de la vie et des ouvrages de P. Corneille), ni M. Livet (Pièces ^m s tijicatives de l'Histoire de V Académie française , par PeUisson et d'Olivet), n'ont reproduit ce

LETTRES DE -JEAN CHAPELAIN

Nëantmoins je voudiois pour sa perfection qu'il eust invente' et dispose' autrement qu'il n'a fait, et s'il l'imprime bientost. je vous envoyeray mes senlimens dessus et la manière que je voudrois qu'il eust tenue pour en faire une chose accomplie '.

Je vis hier, chés noslre abbé de Chastillon, à qui Ton a fait lope'ration pour ses he'mmorro'ides et qui en a esté en danger de mort % je vis , dis-je , le seigneur d" Amboise ^ à qui je tesmoigaay que la satisfaction qu'il vous avoit faitte touchant ce mauvais logement, vous avoit laissé l'opinion de luy qu'il en pouvoit souhaitter, dont il m'a tesmoigné une joye extraordinaire, me protestant qu'il

n'avoit jamais eu une plus grande douleui que quand il avoit appris que tous les ordres précis qu'il avoit donnés pour l'exemption de vostre terre avoient esté inutiles par la rencontre de la séparation de sou régiment et par le malheur qui voulust que la partie qui avoit l'ordre prit ime autre route sans avertir l'autre partie que vostre village estoit sacré pour luy. Il me dit que son desplaisir en estoit d'autant plus grand qu'il vous avoit obligation et que c'estoit la seule occasion dans laquelle il s'en peut revancher.

Je suis. Monsieur, vostre. etc.

De Paris, ce 19 février i6io'.

curieux passage, qu'ont aussi négligé tous les critiques qui. en ces dernières années, ont écrit l'histoire du théâtre de Corneille, y compris M. E. Picot, l'auteur de la Bibliographie Cornélienne (187C).

' Balzac (lettre VII du livre .\XII) répond, non ie 1" mars i6ii, mais le 1" mars 1660 (p. Si6) : r Je seray bien aise de voir les six vers du poète perruque de glaçons [ Madelenel ] , el le duel des Horaccs et des Cuiiaces, et généralement tout ce qui viendra sous vostre passeport."

- Balzac [i6irf. ] reprend: rLe danger où \ous dites qu'a esté noslre parfait Ami , me fait trembler, et mon imagination est blessée de toutes ces armes de chirurgie, el de tous ces remèdes cruels, dont vous nie parlez. Je luy souhaite une parfaite gueri;on ; elle Sénat, el le Peuple Poétique qui luy ont tant d'obligation, luy devroient tiler aussi bien qu'aux princes, des vies d"or et de soye. dont j'ay si souvent ouy parler, et luy crier comme à son véritable bienfaiteur :

De nostris annis tibi Jupiter augeal annos.r

- S'agirait-il là de Louis de Clermont d'Amboise, marquis de Rénel, qui était alors mestre de camp d'un régiment de cavalerie, et dont le hls el le pelit-lils, le premier tué à Valenciennes en i656, le dernier tué au siège de Cliauny. furent également mestres de camp ?

* Suit (f •Sii'l une lettre, du 2Ô février, à la

marquise de Flamarons, où Chapelain s'étend sur un procès où il court hasard, dit-il, de perdre douze ou treize cents écus, ajoutant avec un peu d'amertume : rqui est tout ce que Monsieur vostre père a jamais fait pour moy en récompense de mes longs travaux et des diverses assistances qu'il a rweues de moi.n — «Pour me divertir agréablement- continue Chapelain, rje sollicite maintenant trente juges pour essayer de n'estre pas dépouillé de cette dernière pièce. . . •• Chapelain reparle encore de ce procès dans une lettre à Balzac, du 27 février, d'où j'extrais (f°.3i5) les lignes que voici : ^Monsieur, 1« punctualité dont vous me loués n'est pas une chose que je prétende vous faire valoir beaucoup. Il est aisé de vous escrire toutes les semaines une lettre dans le stile où je vous les escris, et jay quelquefois honte de moy-mesme de trailter avec un aussv éloquent homme que nous en des termes aussy pédestres el aussy populaires que sont les miens. . . Mais que dittes-vous de la bizarrerie de la fortune qui m"a voulu encore exercer de cette manière et donner la vexation de solliciter trente juges, de leur parler demie heure à chacun sur un sujet où je ne puis manquer de faire cent incongruités et ensuitte de comparoistre devant la Chambre et estre réduit à lever la main ? Il le faut tjutesfois et prendre patience, comme dit cjuclqu'un, mesrae en enrageant. J'allens avec impatience le discours que

LETTRES DE JEA^ CHAPELAIN

CCCLXXVII.

A M. LE MARQUIS DE MO>TALZIEr,,

E> ALSACE

Monsieur, vous luef'aittes une compassion si grande en Testât où j'approns par les vostres que vous estes , que je ne trouve point (le paroles pour l'exprimer et je sens vostre mai à tel point que joublie les miennes [sic pour miens) propres, ou ne les mets point en considération au prix de luy. J'ay fait des pertes notables au décry des pistolles légères et un pièces qui m'est survenu bizarrement me doit faire craindre d'en faire de plus grandes encore non seulement d'argent, mais de temps, qui est ce que je plains «lavanlage. Avec cela, lorsque je pense à vos justes douleurs, je suis insensible aux miennes et n'ay (!e desplaisir que pour vous. Ce n'est pas, à vous dire vray, que j'aye jamais espéré qu'on vous donnast vostre rongé, cette année, et le refus, (juoyqu'il

mail fort fasché,ne m'a pas beaucoup surpris. Mais la brouiilerie d'Hacttheim ' et de vous m'avoit laissé persuader qu'on vous retircroit de l'Alsace et qu'ainsy à quelque chose malheur auroit esté bon. Cela manque à ce que je voy maintenant et je ne me puis consoler que nous ne vous ayoris point veu de ce carnaval ny vous nous. Je dis nous pour M"' de R[ambouillet] qui a esté bien digne de vostre veue dans le ballet qu'elle a dancé avec Mademoiselle' où elle a remporté ia palme à son ordinaire et qui a bien des fois souhaitté que vous fussiés un des lesmoins de sa gloire. Peut estre que dans le paquet que je vous envoyé d'elle, vous trouvères la confirmation de ce que je vous dis, et que le soin qu'elle a pris de vous consoler à ma prière vous deschargeivi (l'une partie de vostre affliction.

J'approuve bien, au reste, que vous faciès tout ce que vous pourrés pour soilir honnestement de cet employ. Mais ce n'est

vous avés envoyé au Triumvir [Costa r], et je ne (Joute point qu'après l'avoir ieu je no luy alloue pour bonnes toutes ses hyperboles et toutes ses pasmoisons. . . Son aCTaiie n'est qu'ambition.. . W de Voiture en a fait son amy particulier et en parle lousjours comme d'un homme rare.. . Je vous envoyé deux poèmes latins du sieur Madelenet au lieu d'un que je vous promis la semaine passée. La fin de l'Ode à M' de Builion me sernhie belle et bien de l'air d'Horace où il dit : Vix(>re forte ante Agamemnona multi, etc. Le reste ne nie semble que pur. La Sylvie (sic |iour Silve) est une pièce de plus d'importance et je m'asseure (|iie vous !uy donnei es quelque prix. L'inscription de la fin n'a néantmoins rien de comparable à celle du Père Theron. Il y a aussy de belles choses dans cette Amphilrite Ruelliane, mais la fin m'en semble platte, et il me semble que j'entends la fin d'une Antienne et Oraison. 'i [En Pûst-Sci-iptum] : trJe vous prie de me mander comment vous prononcés ces mots verres, Iroureri'-x, dires , ferés et tous les futurs semblables..

Je veux dire si c'est avec l'e ouvert, tel qu'est Vc de mes, pronom, ou avec l'e fermé, tel qu'est celuy de dorés, adjectif.;? On trouvera la réponse de Balzac dans la lettre VIII du livre XXII (p. %h(> et 847).

' Capitaine allemand dont j'ai en vain cherché le non) dans nos recueils biographiques.

^ On lit dans la Gazelle du 25 février i6/io (p. lao): rDimanche dernier. Mademoiselle dansa .son ballet dans l'hostel de Richelieu, elle jeudi ensuivant à l'Arsenal, assistée de Mesdemoiselles de Bourbon, de Longueville, de Rohan et de plusieurs autres. n Et dans la Gazelle du 3 mars (p. 128) : r Dimanche dernier. Mademoiselle dansa devant Leurs Mageslés à Saint- Germain son balcl, qui fut celuy du triomphe de la beauté, où il y eut trente-deux entrées, fermées par le grand balet, composé de trois belles troupes. 55 Voir les détails que donne sur la première de ces fêtes un enthousiaste témoin oculaire, l'abbé de Marolles [Mémoires, 1765, in- 12, t. I, p. 289 et 2 '10).

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

pas [)oiu' ce que vous cmyes y passer mutilemenl vostre jeunesse et n'y voir point froccasion oii vous puissiés profiter dans vostre meslier. Car je voy former un orage contre vous du coslé du Tirol que je crains bien qui ne vous donne trop d'exercice , cet esté prochain, et qui ne vous instruise à vos despens, s'il est vray que vous ayés encore besoin d'instructionen unechoseoù vous estes si avance' dès il y a longtemps. Dieu vueille que mon augure soit vain parce que d'autre sorte j'y prévoy un bien plus grand mal que celuy de n'eslre pas venu cet hyver à Paris,

Je ne say si je vous envoyeray une lettre de M"" la Marquise de Sablé que j'en ay sollicitée et qui m'a promis plusieurs fois de le faire, mais qui est quelqucsfois paresseuse quoyqu'elle ne soit jamais tiède pour vous. Elle m'en leul une, il y a quinze jours, qu'elle ne m'a point voulu donner à cause que l'occasion qui la fît naistre estant passée, elle a jugé qu'elle ne seroit plus à propos. Si elle n'escrit point, consolés vous au moins sur ce qu'elle ne vous en honnore pas moins, car vous luy estes tousjours très aymable et très estimable, et comme elle parle souvent de vous , elle n'en parle jamais qu'avec éloge soit de vostre bonté, soit fie vostre esprit.

Poiu- M' le marquis de Pisani, il est plus galant que vous ne sçauriés vous imaginer,

et je croy qu'il en donnera jalousie à son demy corps ' que vous sravés qui aspire à la royauté de la galanterie. H me fit, avant hier, pitié (je dis ce deray-coriis) de la rude touche qu'il receut en ma présence par M"" de R[ambouillet] sur quelque liberté suffisante qu'il a voit prise de la vouloir convaincre d'avoir mal dit cpielque mot^, of certes je ne vis rien jamais de plus humilié que luy ny de plus mortifié.

Je feray tenir seureraent à M' le Duc de Longueville le paquet que vous luy addressés, et je suis bien aise que vous continués tousjours à estre bien persuadé de ses parties héroïques. Il sçaura par nioy que vous n'agisses point par simples complimens avec luy et que vous avés une véritable amitié pour luy. Sa posture est haute et grande aujourd'huy et son passage du Rhin et son establissement dans le cœiu- de l'Allemagne sont des choses dune telle conséquence pour Testât présent des affaires, que je ne sçay quel plus digne le Roy pouvoit attendre de qui que ce soit. Néantmoins je tremble pour luy au lieu où il est tant que nous ayons veu Rannierhors de danger d'estre battu. On ne sçait encore que dire de l'affaire de M' de Croisilles ([ui a la grande chandjre à présent pour juge \

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce a8 février iC4o*.

' Tallemant des Réaiix {Historicités, t. 11, p. 695) dit: «M. (le Pisani vint beau, ])lanc, l)londel droit au monde, mais il eut i'espine du (ios desmiso en nourrice, sans qu'on le sceusl, cl on devint si contrefait qu'on ne iuy pouvoit faire do cuirasse. Gela iuy gasta jusques aux traitf. du visage, cl il demeura fort petit, ce qui sembloil d'aulanl plus eslrange que son père, sa mère et ses sœurs sont tous grands ; on disoil les Saptns (le nambouillot auirdois, parce qu'ils estoientje ne sçay combien de frères de grande taille et point gros.» Sur la galanterie du marquis de Pisani, voir un passage de Tallemant des Réaux

i ibid.) qui confirme pleinement le lémoignage do Gliapolain.

- Tallemant des Réaux (ibid.) nous montre le marquis de Pisani disputant souvent, notamment contre le prince de Condé. Ajoutons, avec le mémo chroniqueur, que f M. de Pisani avoit beaucoup d'esprit et beaucoup de cœur.-)

^ Le marquis de Monlauzier avoit été un de ceux qui, pour faire plaisir à M'" Paulet, prirent la resolution d'enlever son cousin de la prison de l'Officialité.

* Suit (f" 3 17) une lettre, du i" mars lO'io, à M. de Monslreuil, toute pleine de compliments.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

CCCLXXVIIF.

À M. DE BALZAC

À BALZAC

Monsieur, la France n'est pas plus piquée contre l'Espagne que je suis ulcéré contre les coquins qui me mettent en procès et contre ceux qui sont cause que j'entre en cette dance. Je plaide avec un certain dépit de me voir engagé dans ce mauvais exercice, que je ne vous sçaurois assés bien exprimer et je peste nuit et jour contre la Fortune qui m'a suscité ce trouble sans que je le méritasse, comme si l'occupation à faire des vers n'estoit pas assés chagrine toute seule. La perte qui m'en peut arriver ne m'est, je vous jure, point sensible, et je me connois assés fort pour la porter, si elle me venoit comme celle du décry des pistolles légères et de réduction des droits. Mais la manière m'en est insupportable, et quand je pense que j'auray à visiter et entretenir trente juges dans un langage qui m'est inconnu sur une matière qui est mon aversion naturelle, il méprend souvent envie de laisser tout perdre et de m'espargner cette exaction dans le doute du gain ou de la perle, et souvent mesnie il me vient en fantaisie que le gain asseuré de ma cause ne raériteroit pas que je me donnasse toute cette peine pour l'obtenir.

Pour comble de mal je demeureray encore

trois semaines dans cet estât fascheux que l'on appelle incertitude du succès et qui à raoy est pire que le mauvais succès mesme, juata illud : elapestar dcl malo e mal peggioreforse che non parebbe il maie présente '. Cependant il faut que je sollicite et que je face solliciter. Et voyés si mon mal est grand puisqu'il faut que vous vous en senties à cent lieues de moy. En effet j'aurois honte d'employer mes autres amis et de ne vous donner pas une partie de la courvée principalement ayant un de M" vos cousins pour mon juge. Mon procès est à la première dont M' de la Nauve fait la meillleure partie, coirmie vous sçavés. Il suffit de vous dire cela et pour le reste je laisse à vostre bonté d'agir envers luy favorablement pour moy, si c'est chose qui ne vous face point d'autre peine que de luy escrire un mot. En ce cas, sans entrer dans le détail de la cause dont je ne vous importune point, je voudrois seulement qu'il sceust en quelle opinion vous m'avés du costé de la probité, et si vous croyés que je fusse capable de tenir la main à quelque chose d'injuste. Mais ne tenés point celte prière pour faille, s'il v a la moindre raison qui vous rende la chose difficile, pour ce que j'ay encore d'autres moyens de luy faire recommander mon droit et de l'esclaircir de ce que je suis".

J'ay leu avec admiration la response que vous avés faille à M' Goustard^ et j'ay

' La cilalion de Chapelain, dûtuent corrigée, fornie ces deux vers :

E l'aspeltar del maie è c:al peggiore Forse cbe uon sarebbe il mal présente.

On peut ainsi traduire ce dicton : El l'attente du mal est un mal pire peut-être que ne serait le mal présent.

■' Baizac (lettre IX du livre XXIJ) répondit à Chapelain, non le 22 mars 16/11 , comme on le fit (p. 8/17 de fin-fol.), mais le 22 mars 16/10 : «Je viens d' escrire à M. de la Nauve, non pas comme je devois, mais comme j'ay pu, dans

le mal qui me travaille. Je le conjure par la parenté, et par l'amitié, qui est quelque chose do plus, d'avoir soin de vos iuteresls comme de ma vie, et je m'asseure que vous connoislrez que je ne luy suis pas indifférent. Mais que je suis trompé, de m'imaginer qu'on me considérera, où il s'agit de vous servir ! Vostre nom est chéri et respecté de toute la terre, et Monsieur de fa Nauve, qui est parfaitement honneste homme, ne visera qu'à vous, dans la bonne justice qu'il vous rendra, w

^ Cette réponse est intitulée, dans le tome II

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

frouvé qu'il } avoit lieu dexpirer de ravissement, non seulement d'en pasmer pour lin quart d'heure. La pièce, en effet, m"a semblé digne de toutes les plus grandes louanges qu'il luy a sceu donner et je suis asseuré que dans l'éloge qu'il vous en a fait, il n'y a pas une seule hyperbole. Il reste à la faire voir à nos amis et amies et à les gratifier d'une si belle et exquise lecture, à (juoy vous croyés bien que je n'ay garde de manquer pour l'honneur de l'un et pour le contentement des autres et je suis bien certain de vous en mander des satisfactions et des applaudissemens estranges. Quant à trouver à redire à la grâce que vous avés faille à cette personne ', vous me connoissés trop généreux pour en estre capable, et il y a longtemps que dans une douleur jilus fraische je luy ay esté moy mesme civil (>t lay confondu de la noblesse de mon cœur, si je l'ose dire, et de ma courtoisie. C'est l'avantage que vous et moy pouvons prendre sur les âmes basses de maistriser noslre passion et de pardonner aux inlii-mcs. Pour moy je n'ay jamais plus de plaisir que quand la Fortune me donne sujel de monslrer la différence qu'il y a entre mon courage cl celuy du commun des hommes. Je ne m'apperçois que bien lard que je me loue assés franchement et que je vous fais une confession non pas de mes fautes, mais de mes perfections. 11 vaux miou\ estre modeste et se contenter de ce qui est dit que je pourrois bien effacer encore sans me faire beaucoup de tort. Vaille que vaille néanlmoins et finissons en vous prolestant que je suis plus que qui que ce soit. Monsieur, vostre, etc. Do Paris, en 8 mars iij'io.

CCCLXXIX.

À M. LE MARQUIS DE MONTALZiER.

EN ALSACE

Monsieur, je vous envoyay, 1 autre s<?maine, les lettres de M"' de R[ambouilletJ et de M'"° la marquise de Sablé, que je veux croire qui vous auront apporté du soulagement en vos douleurs el en vos misères. Il y en avoit encore d'autres |>ersonnes qui ne vous desplaisent pas et qui auront contribué h vostre consolation, si vous estes consolable. Cette fois, je vous en envoyé encore sinon des lieux dont vous en do^irés le plus, au moins de ceux qui ne vous sont point désagréables el dont vous avés ([ueiquesfois fait vostre joye. Je souhaitle (jue vos maux en soient charmés et que ces lectures vous servent de relasche en attendant que quelque bon démon vous lire de vostre enfer pour lousjours. Vous commanderés.

s'il vous plaist, qu'on rende seurement la lettre h l'un des oflSciers de vostre régiment et qui sera parmi les voslres.

Mon procès, au reste, me tient lieu dune autre Alsace et, bien que mon péril ne soit pas égal au voslre, pour ce (juil n'y \a pas de la vie, il ne laisse pas d'eslrc fort grand el fort inquiétant pour ce qu'il y va du bien, et, en quelque sorte, de l'Iionneui-. Jusques au gain ou à la perle de ma cause j'auray toujours l'esprit partagé et embarassé, et je seray incapable d'aucune production raisonnable. Mais je ne vous dcvrois point dire celle traverse que mo donne la Fortune, car vous estes bon el tendre de vos amis", et je ne doute point que vous n'en senties de la douleur, qui est une chose

(les Œuvres complûtes de Balzac : Di' la gi-andr éloquence. A Monsieur Costar. Dissertnlio)) II (p. ot9-53o).

' Balzac avait traité Costar avec «ne faveur extrême. .le n'en donnerai d'antre preuve que

colle première phrase : rr Vostre magnificence csl cause de ma disette, el je ne trouve point dibelles choses à vous rendre, parce que vous les avez toutes piises."

- Nous avons déjà rencontré (lettre GCGLXIV)

LETTRES DE JEAN GlIAPELALN.

que je voudi-ois vous oster plustost que de vous la donner. Et il ne m'est arrivé de vous le dire qu'alin que vous voyés qu'au séjour après lequel vous souspirés , il y a •les malheurs aussy bien qu'au vostre et que vous n'estes pas le seul qui souffres.

M"" la marquise de R[ambouillet] m'a monstre par grande faveur la galanterie que vous luy avés escrite qui est rare et qui ne semble point partir d'un esprit aussy affligé que vous me le tesmoignés par vos dernières. Elle a eu quelque honte que vous (issiés fort sur sa beauté, laquelle elle dit ostre ensevelie il y a longtemps si elle en a eu quelquesfois aucune partie ', et il luy a bien fasché, pour vous faire parler avec plus de ressemblance, de n'avoir pas la moitié moins d'aage qu'elle n'a. En vérité la lettre est belle et bien escrite et bien digne d'estre veue chez la Mfarquise] du Marais-. Mais, pour ce dernier, je ne l'ay peu obtenir et on m'a défendu mesme de faire paroistre que j'en aye aucune connoissance. Je suis en très grande peine pour M' le Duc de Longueville, non pas qu'il soit présentement pressé des ennemis et que sa condition soitempirée depuis mes dernières, où je vous mandois sa gloire et son establis- ?ement de là le Rhin, mais parce que la con-

tinuation de sa bonne fortune dépend du succès des armes suédoises pour lesquelles je vous avoue que j'appréhende fort depuis les nouvelles que nous avons eues icy de la prise de Colin ' et de Konigsgraelz '' qui incommodent extrêmement Bannier el qui donnent grande espérance à Picolhuoniini de le pousser en désoi-dre de la Bohême. Vous recevrés avis de ce qui se passera entre eux bien devant nous et peut estre que vous sçavés desja par Strasbourg ce que le sort a déciilé touchant cette grande affaire.

On ne dit point encore si le Roy ira à Lion pour Italie et pour soustenir ce qu'il a sur le Rhin contre les menaces espagnoles. Les Angiois arment et se font puissans. Si c'estoit contre nous, nous serions attrappés, car nous ne nous y attendons pas. Mais certainement c'est contre TEscosse qui se prépare, de son costé^ au cas qu'on luy vueille imposer le joug qu'elle a secoué, l'année passée, par l'abolissement de ses évesques contre la dignité et authorifé de son Roy.

L'abbé d'Aubignac' no [u-esche plus el fait des sujets de ballet el des règles pour la comédie. Il compose maintenant un traitîé qu'il nomme la Pratique du théâtre ' que le s' de la Ménardière atlend impatiemment

ceKo expression : tendre de vos amis, an iioii rie : tendre pour vos amis.

' La marquise de Rambouiilel avail cinquantedeux ans en iG^o. Son futur gendre pouvait jusqu'à un certain point parler de sa beauté, puisque Tallemant des Réaux (t. If, p. 5o5) disait bien plus tard : rHors qu'elle bransie un peu la teste, el cela luy vient d'avoir trop mange d'ambre autrefois, elle ne choque point encore, quoyqu'elle ayt près de soixante-dix ans. Eile a le teirvt beau.. . i

- C'est-à-dire chez la marquise de Sable'.

^ Kollin, ville de l'empire d'Autriche, en Bohème, sur l'Elbe, à 85 kilomètres de Prague.

* Kœnigsgraelz, ville de l'empire d'Aulriche,

i^n Bohême, à los kilomètres de Prague, sur la rive gauche de l'Elbe, nu confluent de l'Adler.

■' Chapelain avait lu cela dans la Gazette du .'{ mars, où, sous la rubrique de Londres, on annonçait, à la date du iti février, que les Ecossais fortifiaient leurs frontières el faisaient de grands préparatifs de guerre.

'* Fiançois Hédelin, abbé d'Aubignac, naquit à Paris le i août 160A, et il mourut à Nemours le 27 juillet 1 G76.

^ La Pratique du Théâtre ne parut que dix-sept ans plus tard (Paris, Antoine de Sommaviile, 1607, in-lx"). L'abbé d'Aubignac, comme le rappelle le P. Niceron {Mémoires jwur servir à l'histoire des- hommes illustres, t. IV, p. 12.9), avait

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

afin de faire contre, de quoy je me resjouis pour ce que cela sera délectable, et peut estre utile aussy.

Je suis , Monsieur, vostre , etc.

De Paris, ce 8 mars i64o'.

À M. DE BALZAC

A BALZAC

Monsieur, resfueilietés ies registres de Totiia et vous trouvères que je n'ay point donne' d'éloges a ceux que vous aviés donné à M. le Duc de Longueville qui ne leur fussent bien deus. et cjue j'aurois esté un ingrat de ne vous en tesraoigner pas du ressentiment. Mais pom^quoy vous renvoyer à ces legistres? 11 suffit de vous dire que vous navés qu'à vous ressouvenir que vous avés parlé de ce Prince, pour vous faire croire que vous en avés éloquemraent parlé. El certes il n'y a point dapparence qu'un honune qui relève ies moindres choses par la sublimité de ses paroles eust peu rien du-e de bas des actions de ce Prince que sans flaterie et sans poésie on peut apeller grandes". Cependant, quoy^iue victorieux et quovque couvert de gloire, ses travaux pour cela ne sont pas encore achevés, et la Fortune qui a veu quelle luy opposoit en vain des ennemis et des fleuves pour 1 eni-

pescher de contribuer au reslablissement de l'Allemagne, s'est avisée de luy dresser des embusches domestiques et l'a arresté, au milieu de son cours, par une fièvre cjuedes lettres de Nancy et de Sedan font continue, c'est à dire assés périlleuse pour nous faire craindre tout ce qu'il y peut avoir de pis. Jugés par là où j'en puis estre et quelle nouvelle secousse mon esprit a à souffrir !

Je veux toutesfois m'imaginer, pour ma consolation, que ce mal n'est pas si grand qu'on nous le fait, car de deux lettres que nous avons veues de Cologne, lune dit simplement que M' le duc de L[ongueville^ est indisposé et l'autre qu'il est dans ses incommodités ordinaires, ce qui iroit à quelque forte atteinte de sa scialique ou. au plus, à quelque légère fièvre, si les marchands qui Tescrivent estoient personnes sui qui on se peust fier. Cela n'empesche pas que je ne passe de mauvaises heures et que mon inquiétude ne soit assés forte pour me tourmenter. Je seray encore quatre ou cinq jours dans cette gesne et Dieu vueille que j'en sois quitte pour cela !

Je fis ' voir, dès il y a six jours . à M' labbé de Chaslillon la lettre que vous m'escriviés et que je venois de recevoir sur sa maladie \ 11 s'en tint extrêmement obligé et me pria de vous en faire ses baise mains très-humbles et. en mesme temj)s, ses ex-

f commencé cet oiivrafje pour pluirc au cardinal iie Riclielieu. qui l'avait passionément souhaité, persuadé qu'il pourroit èlre d'un grand usage aux poètes en leur épargnant la peine de chercher eux-mêmes dans les livres les instniclions dont ils avaient besoin."

^ 11 y a 5 , mais il est bien probable que ce 5 a été mis par inadvertance pour un 8.

■^ Chapelain répond en tout ce passage à la lettre VII du livre XXII (datée de mars i6ii pour février i6io), lettre où nous lisons (p. 8i5 et 8i6) : r Je ne sçay ce que je vous ay escrit, que vous avez trouvé si bon : mais je sçay bien que

vous trou\ez bon tout ce que je vous escns, et vous lisez mes paroles avec des yeux capables do toutes les illusions de TAmilié ! 0 la belle et l'innocente Magicienne !.. . Quelle apparence néant moins que sans dessein et sans y songer, j'a\o dicté quelque ligne qui .soif digne de vostre héros!.. . r>

^ Il y a dans le texte : Je vis voir.

* La lettre déjà citée dans la note 1 6 de la lettre à Balzac du 19 février 16/10, et dans la note j de la présente lettre. Communiquée par Chapelain à Boisrobert six jours avant le 9 macs ) 6io . celte lettre était donc arrivée à Paris le a

LETTKES DE JEAN CHAPELAIN

cuses, s'il ne vous escrivoit point dans l'accablement de ses affaires et l' estât où son mal Ta mis qui certes n'est pas trop bon , quoyque désormais il luy permette d'aller l)ar ville en carosse et qu'il face estât de faire bientost un voyage à Ruel. II ne se peut dire combien il a une bontë conlîrmëe et les amis que ses bons offices luy ont acquis.

Son Érainence, diu"aut sa maladie, luy escrivit des vers le'onins latins en raillerie, de sa main, qui nous Curent un nouveau tesmoignage de la faveur oii il le conserve et de la tendresse qu'il a pour luy '.

Vous avës veu , à cette heure , les vers latins de Madelenet, tant ceux dont je vous avois parlé, que ceux qui louent M' de lîullion et dont je n'ay eu connoissance que depuis. Je scray bien aise d'en avoir vostre avis afin de régler le mien , ou voir si nous les avons conformes"'.

Pour le combat des Horaces, ce ne sera

pas sitost encore que vous le verres, pour ce qu'il n'a encore esté représenté qu'une fois devant Son l'^minence , et que , devant que d'estre publié il faut qu'il serve six mois de gaigne pain aux comédiens. Telles sont les conventions des ])oètes mercenaires et tel le destin des pièces vénales. Mais vous le verres assés à (enq)s '\

Le paquet de M' Mainard a été porté chés le s' Flotte que vous ne devés point douter qui ne l'envoyé soigneusement. Je ne sçay encore que dire du prétendu prestre grec", s'il est innocent ou s'il est coupable. De huit tesmoins il n'y en a que trois qui luy maintiennent que c'est luy qui a esté marié \ les trois autres disent seulement que celuy qui le fust avoit cjuaranle-cinq ans, mais qu'ils ne sçavent si c'est luy. Les deux derniers n'ont point encore esté ouys, et [)our luy il monstre une asseurance comme s'il n'estoit point en prison et qu'il fut l'ac-

ou le 3 mars au plus tôt, et avoit par conséquent été écrile vers le 20 février.

' Ces vers ne paraissent pas être venus jusqu'à nous. Je n'en trouve nulle part la moindre mention , pas plus dans les notices sur Boisrobcrt que dans les travaux relatifs à la biographie du cardinal de Richelieu. Cette particularité si peu connue n'est pas une des moins piquantes révélations que nous devons à la correspondance de Chapelain.

- Balzac et Chapelain furent d'accord sur les vers latins de Madelenet. Voici le jugement rendu par le premier (lettre VIII du livre XXII), datée du 12 mars iGlilt et qui doit être du 22 mars 16 '10, p. Sli6 et 8^7 de l'in-fol.) : r.U fin de l'Ode à Monsieur de Buliion est meilleure que le commencement ; tout au contraire de l'Amphitrite qui tombe après son eslévation, et se soutient sur deux mauvais pieds -, car ce seroit trop de la nommer monstrueuse, et de dire d'elle comme des autres divinités de la mer, que

Dcsinit in piscera raulier forniosa superiie. La Silve est belle, mais non pas à mon advis de la dernière beauté, et je voy quelque chose au

delà, où la force du Poète n'est pas arrivée.;) ^ Ce passage a été reproduit par M. Taschereau {Histoire de la vie et des ouvrages de P. Corneille, i855, p. 95) et par M. Marty-Laveaux {Notice sur la tragédie d'Horace, dans le tome III des Œuvres de P. Corneille, 1862, p. 25o. M. Marty-Laveaux observe que Chapelain, parlant, dans ce passage, de la première représentation (ÏHorace comme d'un fait tout récent, en tixe par conséquent la date d'une manière fort approximative. fcPour bien se rendre compte de l'injustice des accusations de Chapelain, ajoutet-il, il faut savoir que Corneille ne pouvait conserver quelques mois ses droits d'auteur sur un ouvrage qu'en en retardant l'impression, w M. Marty-Laveaux regrette {ibid.) que Chapelain ne donne pas de détails à Balzac sur les premières représentations, et ne lui nomme aucun des acteurs chargés des principaux rôles.)'

* L'abbé de Croisilles. On devine l'allusion que fait Chapelain au mariage des prêtres de l'éghse grecque.

^ Le prêtre et les deux marguilliers menliounés par Talleniant des Réaux (t. III, p. Sa).

LETTRES DE JEAN CHAPELAI.X

cusnteui-. (le seroit dommage qu'il fust pendu.

Je suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 9 mars i64o '.

CCCLXXXl.

A M" LE DUC DE LO>GLE VILLE

EN ALLEMAGNE

MoiLseigneur. je ne vous dira y point quelle extraordinaire douleur m'a apportée la nouvelle de vostre maladie, elle déses[)oir où je me suis veu jusques à ce que les lettres de Cologne du 5 et celles de Cassel du It de ce mois nous ayent asseure' que vous estie's hors de péril et sur le retour de vostre niai. Je ne croy point avoir besoin de m'en expliquer envers vous et pense que vous m"avés fait l'honneur de vous mesme den croire tout ce que je vous en pourrois dire et de me conter au nombre de ceux que ce maiheur devoit le plus sensiblement toucher. Aussy ne prens-je cette occasion de vous escrire qu'affin de vous asseurer de la douleur publique en celte occasion et de la générale inquiétude oîi s'est trouvée la France lorsque l'on a appris que vous esliés malade avec danger.

Et, en vérité. Monseigneur, après que nous avons sceu que le danger en estoil dehors, ce ne nous a pas esté une petite consolation de reconnoistre que le siècle

n'estoit pas ingrat à vostre vertu et qu'il la payoit au moins de toute l'estime et de toute la tendresse que nous pouvions souhaitter. La Cour, la Ville, les gens d'honneur et le Peuple mesme qui ne connoist que les choses qui luy tombent sous les sens, ont rendu en cette rencontre des tesmoignages si avantageux et si glorieux de ce qu'il sentoient pour vous, que je ne cro\ pas qu'on en puisse désirer davantage, et qu'ils n'eussent pas peu faire plus si, dans vostre perte, la ruine commune eusf esté infaillible.

Je suis certain. Monseigneur, que vous tiendrés vos travaux et vos souffrances bien satisfaitles, lorsque vous croirés aussy vray qu'il est cet amour de tout le monde pour vous et cet estonnement général dans le ha zard où vous avés esté. Une ame aussy grande et aussy animée de la véritable gloire que la vostre ne |teut rien avoir do plus agréable que cet applaudissement uni- N.'rsel et que cet intérest qui devient public ^ par la part que chacim y veut et croit devoir ])rendre. \ous avés l'un et laulie au point que personne ne Teust jamais plus, et tout ce que vous avés de fidelles serviteurs en resseulenl une joye bien particulière. Madenioiselle'-. qui a esté aussy mdisposée d'une lièvre, mais très légère à comparaison de la vostre, nous a délivrés d'appréhension pre.--que en même temps que vous. et. après

' Le i3 ma^ssui^ant, Chapelain adressait au marquis de Montauzier (f" 82^, v°) une lettre qui roule presque en entier sur la maladio dti fîuc de Longueville, maladie dont la giiérison lui parait r désespérée.-' Chapelain proclamo son bienfaiteur un rsi {(rand ornement de ce siècle,et déplore fia perle irréparable que ferait l'Estat en sa personne.- Chapelain dit encore à M. d'> Montauzier : r-Ce qu'on vous a mandé de la rupture de M' de Vivans avec la maison de Clerraont est chose trop sérieuse et peut e.«tre que de longtemps il n'y a eu chose plus scandaleuse

poiM' d'honnestes personnes à la Cour. Ce qu'on vous a escril aussy du degoust qu'a eu M"" de R[ambouillet] des hardiesses et libertés de M' de V[oilarel est véritable. Mais il ne laisse pas df la voir et d'essayer de se bien raccommoder, o' qui sera assés difficile. ^ Chapelain termine sa lettre en parlant à M' de Montauzier de M"' do Chalais qui lui rend grâces de son souvenir obligeant.

- Marie d'Orléans, fille du duc de Loiiguevitie. future duchesse de Nemours, était alors âgée de quinze ans.

LETTRES UE JEAN CHAPELAIN

avoir respiré du trouble où ces deux maladies nous avoient jettes, nous avons admiré la sympathie qui se trouve entre vous et elle jusques dans vos maux qui commencent et finissent en niesme temps ^ Je prie Dieu que vous soyés aussy bien remis à présent qu'elle l'est et que nous soyons quittes par ces maux de tous ceux qui vous doivent airiver à l'un et à l'autre.

Entre ceux à qui le vostre aura esté sensible je suis obligé de vous dire que M"^ le marquis de Monlauzier sera des premiers, car il ne m'escrit jamais qu'avec des termes de passiop et de respect pour vous qui ne peuvent pailir que d'une âme qui vous est entièrement dévouée. Je joindray à cette lettre une despesche qu'il m'envoya, il y a quelque temps, par laquelle il vous rend conte de ce qui s'est passé entre luy et le colonel Hacllieim, désirant eslre justifié dans l'esprit de la personne du monde pour qui il a une plus haute estime. La nouvelle sera vieille faute d'occasion , mais elle servira au moins à tesmoigner son zèle et les sentimens qu'il a pour vous. Je suis, Monseigneur, vostre, etc.

De Paris, ce ik mars i6io.

CGCLXXXl!.

A M. DE BALZAC

.Monsieur, je crains que vous ne vouli

rompre tout commerce avec moy et que vous ne vous lassiés enfin des entretiens d'une personne si malheureuse et si plaintive. Les malheurs, depuis quelque temps, m'ont pris à tasche et il semble que je sois désormais leur but naturel. L'un ne m'a pas assailly que l'autre charge, et lorsque je pense respirer je me trouve accablé d'un nouveau faix qui m'oste presque lespérance de me relever. Je ne vous diray ici rien de mes pertes passées ny de celles dont je suis menacé par mon procès. Ce sont de petits maux dont la philosophie auroil honte que je me [)laignisse et qu'en effet je mérilerois qui fussent plus grands si je leur laissois faire impression en mon âme.

Le seul mal dont je uie permetlois de me plaindre, entre tous ceux qui me sont arrivés , est la maladie de M. le Duc de Longueville qui esbranle ma fortune jusques dans les fondemens et me met en péril de perdre une des plus douces et plus glorieuses communications que pourroit souhaitter un homme de ma sorte. Et je vous avoue qu'en Testât où il m'avoit mis je ne croiois pas que la fortune me peust rendre sensible par aucune autre chose. Cependant elle en a trouvé le moyen par la mort de M"^ de Feuquières ^ qui me vient d'estre apprise f.ar ses deux fils qui en ont apporté la nouvelle au lîoy \ 11 me suffisoit, pour en estre extrêmement louché, qu'il fust serviteur zélé et volontaire de M' le Duc de Lon-

' On lit dans la Gazette du 17 mais 16/10 (p. 160) : «Hier, arrivèrent nouvelles que le duc de Longueville se porloit mieux, n

- Manassès de Pas, marquis de Feuquières, né à Saumur le 1" juin 1090, mourut à Thionville, le i3 mars 16/10, selon le Dictionnaire historique de la France dt M. Lud. Lalanne (au mot Feuquières) ; le 1 i , selon le Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maineet-Loire, par M. Célestin Port (au mot Pus).

^ L'abbé Arnauld {Mémoires, édition de 1 766,

p. 187 et 188) dit: rNous étions prêts de partir avec d'assez bonnes nouvelles pour consoler M. de Feuquières de tous ses malheurs, puisqu'on lui promettoit de le faire maréchal de France et gouverneur de Monseigneur le Dauphin. C'étoit assurément un choix digne du discernement de celui qui l'avait fait, n'y ayant pent-ctre pei sonne en France qui fût plus capable que lui de cet important emploi. Mais comme nous étions prêts de monter sur nos chevaux de poste «jui nous attendoient dans la cour.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

gueville porté par liiy au geQéralat darmée, qu'il fust un grand homme de guerre', et tel que le Roy et son Éminence croyent maintenant avoir perdu leur bras droit" et enfin qu'il fust mon amy généreux et cordial. Mais sa sorte de mort suspecte de poison de la part des Espagnols qui ne gaignoient rien à sa rançon, à cause qu il estoit prisonnier de Picolhuomini , après neuf mois d'extraordinaires souffrances \ et sur lïnstant de sa délivrance et d'im employ semblable au précédent, d'autant plus glorieux pour luy qu'il luy esloit donné , malgré le malheur qui l'avoit accompagné,

pour tesmoignage que son malheur ne luy estoit point imputé ot que la mauvaise fortune n'avoit point passé jusques à son estime et à sa réputation, ces choses, dis-je. me rendent sa mort moins supportable encore et font que je m'en plains, quoyque puisse V trouver à redù-e l'impassible Zenon \ Vous sçavés bien que mon stoïcisme est mitigé et que je me suis permis des exceptions, pour mon usage, à la seurete des préceptes de ces âmes ferrées. Vous sçavez bien que je me suis tousjours réservé la liberté des larmes pour la perte de mes amis et des vertus éminentes, et que je tiens ce

nous vîmes arriver l'abbé de Feiiquières, qui n'etoil pas encore ecclésiastique , qui nous apprenant la triste nouvelle de la mort de M' leur père, nous précipitèrent, pour ainsi dire, du comble de la paix dans le plus profond abime de la douleur.-' Feuquières avait eu de sa femme, Anne Arnauld, fille d'isaac Arnauld, seigneur do Corbeville, et cousine germaine d'Arnai;ld d'Andilly, huit cnfynts. Le futur ecclésiastique dont parle l'abbé Arnauld était François de Pas , qui devint abbé de Reloc et grand doyen de Verdun.

' Les rédacteurs du Dictionnaire de Moréri (au mot Pas) déclarent qu'il fut ^l'un des plus grands hommes qui aient porté les armes dans le xvii' siècle.') L'abbé Arnauld (Mémoires déjà cités, p. 191) assure que le marquis de Feuquières fut w grand en toutes choses, hormis en fortune-".

^ Laissons parler encore l'abbé Arnauld ( ibid.) : ffll avoit servi le Roi dans ses armées depuis sa jeunesse, et avec tant de bonheur qu'il n'avoit jamais été blessé. Il avoit passé par tous les degrés, jusqu'aux premières charges de la guerre.'' En ce qui concerne particulièrement Richelieu, les biographes ont dit qu'il fut à la fois le conseiller et l'exécuteur de la plupart des grandes entreprises du cardinal. Aussi le marquis de Feuquières est-il fréquemment mentionné dans la correspondance de Richelieu. Voir {passim) les tomes IV, V, VI, VII et VIII. Tallemant des Réaux (t. II, p. 90) nous apprend que «le car-

dinal de Richelieu luy avoit donné une armée à commander pour le faire mareschal de France, ajoutant : «On l'avoit cru capable de tout, car il commandait fort bien sous un autre. -^

^ L'abbé Arnauld dit, de son côté {Mémoires. p. 1 90) : -Nous apprîmes après à loisir les particularités de celte mort, et avec d'autant plus de douleur, qu'elle n'avoit pas été toute naturelle, ni sans soupçon de poison. Il étoit guéri de ses blessures, et il y avoit déjà quelque temps qu'il avait quitté le régime d'un malade. Un jour maigre on lui senit une fort belle truite dont il mangea assez, quoique sans excès. Peu de lems après il sentit d'extrêmes douleurs, qui devinrent si violentes, que dans l'agitation qu'elles lui causèrent, toutes ses plaies se r'ouvrirent, la fièvre lui prit; et en peu d'heures il fut contraint de succomber à la violence du n)al.-

^ Le nom du fondateur du stoïcisme revient souvent dans la correspondance de Balzac avec Chapelain : c'est ainsi que l'on trouve (lettre VIII du livre XXll) cette spirituelle plaisanterie : « Zenon couronnera vostre modération, au mesme temps que Justinian vous fera gagner vostre cause.?! C'est encore ainsi que Ton trouve (lettre XI du même livre) cette antithèse : «Comme je n'approuve pas le cœur d'acier de Zenon et ses yeux de pierre-de-ponce , je ne sçaurois louer non plus ceux qui sont devenus fontaines aux pais des Métamorphoses, ou qui sont demeurez classieux tout le reste de leur vie.')

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

foible si beau et si digne de l'humaine société que je l'ay par élection tousjours préféré à cette fermeté diamanline' dont ces M" font une ambitieuse profession. Si maintenant il me vonoit nouvelle que le mal de M' de Longueville fiist empiré ou quelque chose de pis , vous jugés assés par ce que je vous ay dit en quel estât je me trouverois et combien je serois peu consolable. Ma tolga il ciel gli aiiguri, et j'ayme mieux croire que les avis de Cologne du vu de ce mois sont véritables, lorsqu'ils font son mal moindre qu'il n'a esté.

Mon procès languit et me fait languir, et par cela aussy bien que par le reste, vous pourrés aisément vous imaginer si mes Muses sont fort tranquilles et si elles ne peuvent rien dicter ny de bon ny de mauvais.

On parle extrêmement d'une tiève générale pour six ou sept ans qui seroit une chose fort soubailtable, et pour laquelle le Pape, qui la procure par ses nonces, recevroit plus de bénédictions qu'il n'en donne. Mais je ne vois point encore bien à quelles conditions elle se feroit, et j'ay peine à croire que

l'Empereur y condescendist , au mauvais estât où l'Allemagne a esté mise par les Suédois et par nous. Tout peut estre neantmoins et je n'en doute que parce que je le désire ".

Mes afflictions et embaras presens et passés m'ont empesché de faire voir ce beau Discours que vous m'avés envoyé \ Je suis fort aise du second que vous médités et m'en resjouis dès à présent avec vous pour la gloire que vous apportera l'un et l'autre. J'agiray envers nostre amy pour vostre pension selon vostre ordi-e et j'approuve bien que ce soit plustost par entretien que par sollicitation ouverte, où vostre prière ne pourroit estre employée que moins honnestement pour vous *.

Les livres viendront assés à temps quand ils arriveront, lorsque vous n'en aurés plus affaire. Je suis de vostre opinion pour la prononciation de trouvères, et M"^ Voiture aussy. Mais nos dames s'en moquent et disent que c'est une affectation de peur de paroistre Parisiens ^

Je suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 18 mars i6io ^

' M. Littré ( Dictionnaire de la langue française) ne cite qu'un seul emploi du mot diamantin {qui a la dureté du diamant) : c'est l'emploi qu'en a fait un conteur du xvf siècle, Jacques Yver, dans cette phrase de son recueil intitulé : le Printemps d'Yvei- (1672): «Si vous saviez de quelles fortes et diamantines chaînes. . . v

2 Balzac (lettre XI du livre XXII, p. Sluj) accueille ainsi cette nouvelle: trEst-ii bien vray au reste, comme vous me mandez, que les Princes se lassent enfin de faire la guerre, et que le Caducée de Messieurs les Nonces aura la vertu de séparer des combatans si aspres et si acharnez les uns contre les autres? Si le Pape est autheur de ce grand bien, il recevra autant de bénédielions qu'il en donne, et l'orateur Jean- Jacques aura droit d'en faire un ample remerciement au nom de toute la Chrestienlé.» Celte lettre, datée du 20 avril i6ii, est d'avril 16^10.

■* Le Discours : de la Grande éloquence dont il a été déjà question et qui forme la seconde des Dissertations de critique.

"" Balzac avait dit(letlre XJII du livre XXII, laquelle n'est point du 12 mai 16/11, mais est antérieure au 18 mars 1660 : «Je suis plus en peine de la santé de nostre cher Monsieur l'abbé de Boisrobert que de ma pension. Si par vostre crédit et le sien je venois à en estre payé, ce petit secours me viendroit assez à propos pour refaire quelques brèches de cette année. Mais je ne prétends pas en devoir remercier que vous et luy. .. »

'•• Balzac avait, à ce sujet, écrit à Chapelain (lettre VIII du livre XXII) : «Pour le mot dont je. vous ay demandé vostre advis, c'est bien se mocquer de me renvoyer à moy-mesme. Prononcez , je vous en supplie, car c'est la Cour qui doit régler le Village, ^t

« Suit (P 33o) une lettre à M. de Montauzier 7^.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

CCCIAXXIII.

V M. DE BALZAC

À B'.LZVC.

.Monsieur, si vous m'en demandés mon sentiment, je croy qu'il eust mieux valu me laisser perdre mon procès et ne point escrire cette éloquente recommandation en ma faveur, que de prendre la peine de l'escrire en Testât où vous estiés quand vous la fistes\ Car vous me donnés le scrupule qu'en travaillant pour le bon gain de nia cause, vous aurés peut estre travaillé à la perte de vostre santé, cl cet effort obligeant . à considérer mon intéresl d'une sorte, seloit bien désobligeant, à le considérer d'une autre, le prollit qui me viendroit d'un costé ne pouvant estre mis en conqîaraison du dommage qui me viendroit de l'autre. Mais , Monsieur, ne soyés point malade, s'il est posssible,ne fust-cc qu'afin de m'espargner ce mal dont je n'ay pas besoin et qui me

terraceroit dans le branslement où je me trouve par ceux qui l'ont précédé. Que je vous aye celte obligation et à ma bonne forlune de n'estre point mis à cette dernière espreuve qui pourroit estre fatale à ma constance, et en m'ostant un si grand sujet de douleur, laissés moy dans la liberté de m'imaginer que peut estre j'aurois esté capable d'y résister.

11 est vray que je vous fais une prière qui ne dépend pas absolument de vous el qu'il est possib'e qu'avec tous vos soins voslre mal fust encore le maislre. Faites au moins tout ce qui dépendra de vous et oslés moy le regret que j'aurois si j'apprenois que vous sériés incommodé par vostre négligence.

La lettre, au reste, que vous m'avés en- \ oyée par M" vostre cousin * sent si peu son malade, que , si je ne vous lenois pour 1res véritable, je penscrois que vous ne vous portasles jamais mieux que quand vous l'avés

(«.lu 19 iiiiii's iG'io) oi'i Ciiapolain parle de la mort de M. de Feuqiiières, wiin si excellent hommes, à la suite rd'nne reclieule neuf mois après sa prise», et de f l'amendement du main du duc de Longueville, M. de Tracy ayant écrit que ce prince «est hors de danfjer?ï. Le 28 mars, (Chapelain (f" 33 1 ) signale au duc de Longue- \ille la joie que cause sa convalescence, joie inerpriinable et universelle. Parmi les personuages qui ont le plus tremblé pour le malade, il onumère Louis XIII, le cardinal de Richelieu, la duchesse d'Aiguillon, M"° do Rambouillet, le comte de Guiche, elc. Chapelain fait l'éloge de Le Bois d'Avaugour, gentilhomme nommé major de la ville de Rouen sur la proposition du comte de Guiche; il le connaît bseuconp et le vante outre mesure. Le gouvernement de Verdun est < onservë au fds aine du manjuis de Feuquières [Isaac de Pas, qui devint lieutenant général des armées du Roi , ambassadeur extraordinaire en Espagne, vice-roi d'Amérique, etc. . .] « Le Prince Casimir est sorti de prison el est prest à parlir.

Le Prince Palatin en est aussy sorti, mais je croy qu'on l'oblige à demeurer encore quelque temps en France. Le premier a veu |ilus soigneusement qu'aucune autre Princesse M"" la Princesse Marie [la fdie du duc de Longueville], et le monde dit qu'il la regarde d'un œil de recherche et qu'elle poui roit bien estre cause de le faire revenir en France. Mais les Espagnols n'ont garde de le souffrir. . . -

' Balzac avait écrit à Chapelain, non le ■2^ mars i6ho, mais le 10 ou le la mars t6'40, en lui envoyant la lettre de recommandation pour M. de la Nauve(p. 8^7 de fin-fol.) : «Il y a plus de trente heures que je souffre.»

- Voir la lettre «.4 Monsieur de la Neuve, conseiller au parlement en la première Chambre des Enquesles», dans fin-folio de iGfi.'), p. 63/i. C'est la lettre IX du livre XV. Comme presque toutes les lettres de Chapelain à Balzac , cette lettre est mal datée, et au 10 septembre i()io il faut substituer le 10 mars de la mémo année.

escrite. Les termes, les couleurs, et l'énergie qui en accompagnent les moindres paroles sont capables d'esmouvoir un Scythe et de persuader un incrédule, et si M' de la Nauve estoit aussy bien toute la Chambre, comme il n'en est qu'une trentiesme partie, je conlerois dès à présent mon affaire pour gaignée'. Une seule chose m'y embarasse et me fait douter si je la luy dois présenter. Vous y parlés de moy avec tant d'éloge et d'avantage que je ne sçay comment en conscience je la puis laisser voir, ny avec quel front je seray moy mesme porteur d'une louange que je mérite si peu, et que peut estre celuy à qui elle s'addresse jugera que je mérite encore moins". Je la donneray pourtant à toutes fins et principalement afin qu'un si bel ouvrage ait l'estime dont il est digne et que je ne laisse pas périr ce (jui est

sorty de vous. Il seroit inutile de vous dire que j'en ay un extrême ressentiment et que je vous en rens de très parfaittes actions de grâces. Vous sçavés bien que cela ne peut estre autrement, ayant le cœur comme je i'ay.

Je vous diray bien icy que les nouvelles de l'amendement de M' le Duc de Longueville continuent et que , selon toutes les apparences du monde, il est, à cette heure, tout remis, ce qui m'a apporté un soulagement desprit que je ne vous sçaurois exprimer.

Cependant vous scaurés que M"^ Goustard esltousjours luy mesme, comme je I'ay tousjours jugé, quelque repentir qu'il ait tesmoigné de deçà de sa critique satyrique et quelque bien qu'd ait dit de moy au s' Totila. Car Cherelles Botru ', sur quelque amère

' Balzac repousse ou du moins a l'air de repousser ainsi ces éloges (lettre XII du livre XXII , p. 8^9 et 85o) : «A voslre ordinaire, vous faites valoir tout ce que je vous escris, et trouvez la perfection dans des choses qui à peine peuvent passer pour médiocres. C'est l'amitié qui vous desguise ainsi les objets, et qui vous fait prendre l'apparent pour le \éritable. . . S'il y a quelque chose dans ma lettre qui soit digne de l'estime que vous en faites, la Fortune y a plus de part que moy, qui n'y ay contribué que la bonne intention.»

- Balzac, en effet, n'avait pas vanté à demi le mérite de Chapelain. Que l'on en juge ! «Jusques icy je vous ay soUicité pour mes amis, mais ce n'esloil pas pour moy-mesme : aujourd'huy c'est pour quelqu'un qui m'est plus proche que moy, et je vous recommande quelque chose de plus ([ue ma propre cause, puisque c'est celle de Monsieur Chapelain. Je lire tant d'advantage de son amitié, et tant de profit de son exemple, que si j'ay de la consolation dans la sohtude, et de la bonté dans un mauvais siècle, je luy ay obligation de l'une et de l'autre. . . .le ne sçaurois luy devoir plus que cela, ni vous dire plus aussi, après vous avoir dit qu'il est tout seul mon Socrate, mon

Aristide et mon Phocion. Je vous demande justice pour ces trois justes réunis en un, etc.?? Balzac (lettre XII du livre XXII déjà citée) rassure en ces termes son scrupuleux ami : «Pour les louanges qui font quelque peine à voslre pudeur, ne vous imaginez pas, s'il vous plaist, que ce soient des amphfications, ou des lieux communs. Je suis tellement persuadé de vostre vertu, que je pense lever la main et jurer devant mon juge, quend je rends un semblable tesmoignage. . . n

^ Adam Bautru, sieur de Cherelles, était un cousin germain de Guillaume de Bautru , comle de Serrant. Tallemant des Réaux(t. II, p. oaa) nous le fait ainsi connaître: «Cherelles, la Roullerie et le prieur du Malras, trois frères Baulrus, cousins-germains de celuy dont nous venons de parler, ont esté tous trois fort plaisans en leur espèce. Le premier estoit d'espée; il avoit de l'esprit et faisoit des vers : c'estoit un vaillant homme.;; Selon M. P. Paris [Commenlaires , p. 338), le sieur de Cherelles fut capitaine au régiment de la marine. M. Célestin Port {Dictionnaire historique de Maine-et-Loire, t. I,

p. 9,3 A) lui donne les titres d'tîoITicier du roi, gentilhomme ordinaire de sa Chambre el premier capitaine au régiment de la Couronne n , et rappelle

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

censure qu'il avoit faille de quelque pièce qui luy estoil eschappée, luy ayanl fait dire qu"il se tenoit heureux d'eslre chaslië^«r/es verges qui dégoutoient encore du sang des Godeaiix et des Chapelains ', il pria M' Ménage, dans une lellre qu'il luy escrivoil, de faire sçavoir à M' de Gherelles que \'on estimoit encore en son pats les verges qui dégoutoient, etc. "

M' Bonair m'est venu voir avec une Ordonnance des deux mille livres de vostre pension qu'il a tirées de M' de Chavigny. C'est le meilleur garçon du monde et qui ne respire rien tant que vostre service'. Je ne doute point que nostre amy n'employé tout son crédit pour vous faire avoir satisfaction de bonne grâce.

Je vous envoyé deux sonnets de Malleville ' où vous verres que la pauvreté aussy bien que le vin inspire bien les poètes. Jay des vers du Père Theron sur la naissance de M' le Dauiin qui sont beaux, mais non pas comme l'inscription. Si vous ne les

avés veus, mandés le moy : je vous les envoyeray.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 26 mars i6io.

CCCLXXXIV.

À M. LE MARQUIS DE MOINTAUZIER

E> ALSACE

Monsieur, outre l'espérance que nous donne la proposition qui a esté faille à M' d'Aiguebonnne* du gouvernement de l'une et l'autre Alsace, nous avons encore celle que la trêve généralle nous peut donner de vous revoir icy dans peu de temps, mais nous n espérons rien du congé que vous avés demandé vous mesme, et quà moins que l'une de ces deux premières choses arrive, nous ne voyons nulle apparence qu'il vous puisse estre accordé. Nous sommes pourtant bien aise de voir que vous ne vous rebutés pas, pour voir la chose désespérée, et cela nous fait croire que vous nous souhail-

- qu'il était très savant dans les beUes-lellresp et que Ménage a dit de lui : r un liés docte et brave cavalier, que je nomme un second Montagne."

' Tallemant des Réaux — presque toujours d'accord avec Chapelain, comme je l'ai déjà remarqué — rapporte lui aussi ( (. V, p. i5i. note 3) que «Gherelles luy [à Costar] escrivoit une fois : Ne pensez pas me fouetter avec vos verges encore toutes dégouttantes du sang des Godeaux et des Chapelains.-^

- Balzac (lettre XII du livre XXII) oppose ces charitables observations aux plaintes de Chapetain (p. 85o déjà citée) : «Quant à l'autre article de vostre lettre, je vous déclare, Monsieur, que je ne veux point plaider la cause de l'accusé, et d'abord je ne justifie, ni ne condamne personne ; mais je sçay bien que tous les tesmoins qui sont contre luy ne sont pas si fidelles que moy ; et que la pluspart des donneurs d'avis ressemblent aux poètes épiques, qui sur un léger fondement de vérité, bastissent une infinité de mensonges. ji

^ Nous connaissons déjà ce M. de Bonair, qui s'occupait à Paris des affaires de Balzac.

* Claude de Malleville, membre de l'Académie française, était alors âgé de quarante-trois ans. Ses Poésies, qui parurent deux ans après sa mort (1669, in-i") et qui furent réimprimées dix ans plus tard (iCSq, in-ia), renferment un grand nombre de sonnets parmi lesquels on remarque le sonnet de la Belle Matineuse qui est le a 9' du Recueil.

* Rostain Antoine d'Lrre du Puy - Saint- Martin, seigneur d'Aiguebonne , frère aîné de Claude d'irre du Puy-Saint-Martin, seigneur de Cbaudebonne, mourut le 9 mai lô.'îG, lieutenant général des armées du roi, après avoir commandé dans la citadelle de Turin et avoir été ambassadeur en Savoie. Voir Tallemant des Réaux, t. llf, p. 308, et une note de son commentateur (p. 210). M. d'Aiguebonne est souvent mentionné dans la correspondance de Richelieu ( tomes IV, V, Vil, VUl).

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

tés bien autant que nous vous souhaitions, qui est vous accorder une grande chose, et presque aussy grande que vostre congé.

Je ne vous manderay point le menu du Balet de M"% tant pour ce que je ne l'ay point veu, que pour ce que M' de R[ambouillet] vous a escrit sui* ce sujet et m'a chargé d'un des livres des diverses entrées, qui l'explique tout et qu'il y a un mois que je vous ay envoyé \

Des autres nouvelles de la Cour et de la ville, vous sçavés que j'en suis peu curieux, et, lorsque vous m'en avés demandé, je croy que vous songiés à autre chose. J'eusse pourtant essayé de vous servir en cela , allant consulter la personne qui estoit autresfois vostre répertoire et qui vous en infornioit si exactement. Mais le malheur veut que je ne suis pas mieux avec elle que vous et il vous peut souvenir que cette mauvaise satisfaction qu'elle a de moy commença avec celle qu'elle a de vous et à peu près pour les mesmes choses, à quoy je pense qu'il s'est adjousté quelque chose que je n'ay peu faire autrement que j'ay fait et qui, à mon avis, a contribué beaucoup à son refroidissement -. Ce que je puis faire à l'avenir, si vous demeurés encore longtemps en Alsace, sera de prier M' de R[ambouillet] ou M' de Cb[audebonne] de prendre ce soin pour

vous et de ne vous rien laisser ignorer de ce qu'ils sçavent en cette matière.

La douleur de la mort de M' de Feuquière n'est point encore calmée dans nostre esprit. Nous avons bien ces deux maux de moins que nous ne pensions, je veux dire la perte du gouvernement de Verdun et la détention de M"'° de Feuquière à Thionville. Car le premier est asseuré au conte de Pas et, pour l'autre, nous avons nouvelle que M"' sa mère est de retour à Verdun et que les Espagnols se sont contentés de garder le corps du défunt'. L'armée de M' le grand maistre sera très belle ; M' le marquis de Gesvres y sera le premier mareschal de champ. M' Arnaud y sera aussy avec neuf compagnies de carabins. Vous n'avés pas besoin d'estre exhorté à luy lesmoigner la part que vous prenés en sa perte \ qui est grande sans doute et qui semble luy ester tout moyen de se relever,

iVI""' la marquise de Sablé ne me voit point sans me demander de vos nouvelles avec soin et sans joindre ses vœux aux miens pour vostre retour. Je croy vous avoir mandé la rupture de M' de Vivans avec M""' de Clermont pour une boëte de diamans qu'il prétend que M"° de Clermont luy a perdue, et qu'elle asseure avec toute sa famille luy avoir rendue '. C'est un scandai

' Le ballet du Triomphe de la Beauté avait été imprimé chez Brunet (Paris, in-'i").

- M"° Paulet, comme oa le verra dans une des lettres qui suivent (lettre du 2 avril i6io).

^ M. Avenel (note 2 de la page 35.5 du tome Vlll des Lettres, instructions diplomatiques et papiers d'Etat du cardinal de Richelieu) dit, après avoir parlé de la mort du marquis de Feuquières : rSa femme, de la famille des Arnauld, réclama en vain sa dépouille mortelle, qui ne fut rendue à la France que quand le duc d'Enghien s'empara de Thionville, en i643. Alors M"^ de Feuquières aussi avait cessé de vivre. La lettre quelle écrivit à Piccolomini, au sujet du

refus qu'on lui faisait du corps de son mari, témoigne d'une noble indignation. Elle a été recueillie par M. A. Gallois, ainsi que la belle lettre adressée par Feuquières à ses enfants une heure avant de mourir (page 267 du tome 1" des Lettres inédites des Feuquières , 18/1 5, 5 volumes in-S").

* En la perte qu'il venait de faire de son beaufrère le marquis de Feuquières.

^ Sans doute M. de Montauzier demanda plus de détails à son correspondant sur l'afTaire dont il lui avait dit quelques mots seulement, car nous allons trouver dans une des lettres suivantes un récit complet de cette affaire.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

public et le cavalier en a esté biasmé par tous les bonnestes gens, car il en a fait un éclat comme de Turc à More ' et a eu peu de considération au sexe, à la qualité des personnes et à l'amitié quon avoit pour lin dans cette maison.

Je suis, Monsieur, vostre. etc.

De Paris, ce 2Q mars i6in.

CCCLXXXV À W LE DUC DE L0>GLEV1LLE.

EN ALLEMAGNE

Monseiguem-. nous louons Dieu de toute la puissance de nostre ànie et luy rendons grâces infinies de ce qu'il luy a pieu rendre le repos à nostre esprit en vous redonnant 1^ santé que nous avions tenue déplorée". Et celte action de grâces nous est commune avec toute la France qui a creu courir fortune en vostre personne et qui a respiré à l'amendement de vostre mal, comme au soulagement du sien. Mais, entre les personnes qui m'en ont paru le plus touchées, après toute vostre maison , je suis obligé de vous dire que M'" de Ramb[ouillet] n'a point eu de pareille, et que nous luy devons une particulière reconnoissance de la lendi'esse quelle a tesmoignée en cette occasion. Aussy vous puis-je asseurer, Monseigneur, qu'au-

cun n'a eu plus de joye qu'elle de vostre guérison et elle eust le soin de me dire, il \ a cinq ou six jours, que s'estant trouvée chés M' le Cardinal au temps où l'on estoif le plus en peine de vous, comme elle en parloit avec sentiment à Monsieur, Son Éminence se vint mesler dans leur discours et leur dit avec des paroles qui ne pouvoient estre suspectes de cajolerie, qu'il ne pouvoit arriver un plus grand mai que vostre perte, qu'en un autre temps il se plaindroit. s'il venoit faute de vous, de se voir privé d'un amy de tel mérite et de telle considéralion, mais qu'en cettuicy il seroit obligé de jiiaindre le Roy et la France d'avoir perdu un de ses principaux appuvs, et tel que pour les choses que vous faisiés à cette heure, il n'y en avoit aucun qui vous peust succéder \ Elle me dit que ces paroles furent suyvies de quelques autres de mesmc substance.

M' le, Conte de (juiche me nionstra aussy alors grande douleur de vostre mal et beaucoup d'impatience d'en apprendre le soulagement. Hier, je receus une lettre de .M' le Duc de Retz sur le mesme sujet toute pleine d'inquiétude et d'afiliclion et dans des termes qui font bien voir qu'il parle du cœur et qu'il n'a point de plus forte passion que celle de vostre service'.

' .M. Lillré [Dictionnaire de la langue française, aux mots More et Turc) a retrouvé l'expression de Turc à Moi-e dans le Roman comique de Scarron, dans les Précieuses de Molière, dans nne lettre de M""' de Maintenon de rannéf^ i 68 d , et dans les Mémoires de Saint-Simon.

^ Déplorée dans le sens de perdue, sens que Ton retrouve dans cette phrase d'Ambroise Pari." ritée par M. Lillré (Dictionnaire de ta langue française) : ? Il leur demanda de rechef si pour certain ils le lenoieut tous pour déploré.- Nous lisons dans le Dictionnaire de Trévoux : rrOn dit dans un sens figuré, au Palais, qu'une cause est déplorée, qu'une afTairc est déplorée, pour dire

qu'elle ne vaut rien, qu'il n'y a aucune espérance de la faire réussir. On dit figurément qu"nne santé est déplorée, pour dire qu'on n'en espère rien , qu'on désespère de la guérison du malade. On appelle une maladie déplorée, une maladie sans remède (Académie française). Celle mauvaise phrase a disparu de la dernière édition."

^ C'est-à-dire vous remplacer en capacité, en talent. C'est ainsi que Corneille a dit dans Aicomède :

Si le graod Annibal n'avoil qui lui succède.

* Le même jour Chapelain écrivit (fS^i', v^)

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

On parle tousjours de cette trefve g-éne'ralle dont je vous escrivis, la semaine passée, et Ion attend un courier que le Nonce a envoyé en Espagne pour cet effet. Mais cela n'empesclie pas que l'on ne se prépare à de grandes choses, cette campagne. Le prince Casimir est party fort satisfait du Roy, de la Reyne et de M' le Cardinal '. Monsieur a esté fort mal satisfait de luy de ce qu'il avoit refusé de luy donner la droite dans les visites qu'ils se dévoient faire, ce qui a esté cause qu'ils ne se sont point veus ^

Je prie Dieu qu'il vous confirme bien en vostre santé et qu'il vous conserve , et je demeure. Monseigneur, vostre, etc.

De Paris, ce 3i mars lôio".

CCCLXXXVl.

A M. DE BALZAC

À BALZAC

Monsieur, je suis délivré de l'appréhen-

sion que me donnoit la maladie de M. le Duc de Longueville, mais non pas de celle que les Hongrois, les Austrichiens , les Saxons, les Bavarois et les Espagnols me donnent pour luy, qui a ou peut avoir sur les bras toutes ces nations ennemies et beaucoup plus dangereuse que sa fièvre. Il est vray que je me fie en sa conduitte et en sa valeur, que l'amitié de M' le Landgrave me rasseure un peu et que tant que Bannier ne sera pas plus mal qu'il est, je ne croiray point que nostre armée de delà le Rhin courre la dernière forlune. Ainsy je vous puis avouer que la plus grande de mes craintes est cessée et que mon esprit a repris une assiette assés ferme pour perdre mon procès sans esmotion, si les juges ne veulent pas me rendre justice. Je ne sçay co qui en arrivera et ma prévoyance ne s'eslend pas sur cette nature d'affaires dont j'ay affecté l'ignorance jusques icy. J'en veux bien espérer néantmoins puisque M' vostre cousin est l'un de ceux qui me jugeront et

au duc de Relz à Beaupréau pour lui donner des nouvelles delà conrajescenre du duc de Longue ville.

' On lit dans la Gazette du lo mars i64o (p. 1 iii) : «Le 8, ie prince Oazimir, frère du Roy de Pologne, alla saluer à Sainl-Gerrnain Leurs Majeslez, où il disna à la table du Boy. Le soir du mesnie jour, il vint aussi en cette ville visiter Son Eminence dans riiostel de Richelieu, el fut ma[;nif)quement receu partout. Le lendemain, Son Eminence lui rendit sa visite, w Et dans la Gazette du ai mars (p. 176) : tr Le 20', le prince Cazimir fut conduit à Saint-Germain par le comle de Brulon, introducteur des ambassadeurs et princes étrangers... Le Roy lui donna une bague de très-grand prix. 71 Enfin dans la Gazette du .3 1 mars (p. i8i): tfCetle semaine partit d'ici le prince Cazimir. n

^ C'est ce que confirme Montglat ( Mémoires , M' canipagne) : «H ne vil point Monsieur, à cause (ju'ii ne lui voulut pas donner la droite caiPKLAm. — I.

chez lui, sur ce que le Roinume de Pologne ctoil électif, et par conséquent qu'il n'en éloit pas? successeur comme il l'étoit en France. . . n

^ Le 3i mars 16/10, Chapelain écrivit aussi (P 336, v°) à la marquise de Flamarens, lui disant d'une lettre qu'elle venait de lui adresser : "Elle a cette clarté el cet air libre qui est surtout requis dans les lettres.» En revanche, Chapelain reproche à la cousine de M™' de Sévigné d'avoir mis un peu d'obscurité dans sa lettre à la comtesse de Maure. ffCroyés-nioyn, lui dit-il, «escrivés tousjours comme vous pensés d'abord et comme vous parlés. . . Je vous connois mieux que vous mesme et sçay que vous vous pouvés fier en vostre sens nolurel sans craindre de penser rien qui ne soit rai.sonnable. . . n Comme M°" de Flamarens avait accusé Chapelain, en plaisantant, de moins l'aimer depuis qu'elle était éloignée de lui, il lui dit : r/Tant que vous serés ce que vous estes, vous serés tousjours la première en mon affection. . . '•

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

que jay pour Iny une conjuration de vous plus puissante que toutes celles de Médée. Elle est. et je ne sçaurois me lasser de le dire, si ardente et si sincère que je ny •ïçaiirois rien désirer davantage, et les termes avantageux que vous y ave's coules demoy sont tels que j'y pourrois bien souhailter quelque chose de moins, car je ne sçav avec quel front je seray le porteur de mon propre éloge , et de quel éloge ? El vous avés mal pourveu à ma modestie lorsque vous avés fait cette e.xcessive profusion (le litres glorieux ausquels je n'oserois prétendre ouvertement, quoyque, dans mon secret, je ne m'en trouve pas tout à Aiit indigne, puisqu'il s'agit de candeur et d'iutégrité. Incontinent après Pasques. je croy que je feray cette présentation et que je re- (ueilleray le fruit de vostre crédit, ne doutant point que je naye un accueil favorable de M"^ vostre parent, et un appuy de mon bon droit en sa personne, après ce que vous avés bien voulu luy en escrire. Vous sçaurés des premiers le succès ' et, comme j'espère, avantageux, mais, quel quil soit, nous le recevrons également et je vous en denieureray également obligé.

Mostre amy est lousjours malade" et je crains que son mal ou ses remèdes ou tous deux ensemble ne nous le ravissent à la fin. Ce seroit un double malheur si son indis-

position lempeschoit de faii'e les soUicitations nécessaires pour vous faire mettre au nombre des recommandés à \P de Bullion et. de la façon qu'il m'en parla encore il n'y a que trois joui's, cela le tenoit en inquiétude et faisoit une bonne partie de son mal. Pour piquer sa générosité et le faire continuer dans les bons raouvemens qu'il me tesmoigna , je luy dis que je ne luv en parlois pas à vostre prière . mais de moy raesme et que je vous connoissais assés généreux pour aymer mieux les marques d'aflèclion quil vous donnoit en cela. (|ue toutes les pensions du monde.

J'ay veu M' Esprit, à son retour de vos quartiers, et luy ay extrêmement asseuré l'estime que vous fiutles de luy dont il lire une gloire très grande. Il seroit mal aisé de vous dire de quelle sorte il s'en ressent, et de vous rapporter les termes exquis avec lesquels il s'en explique. Je luy ay pourtant promis de le faire poiu' luy espargner une lettre et à vous une rcsponse qui vous déplairoit, si je vous connois bien.

Les seigneurs de la Mesnardière et de la '^,hambre vous envoyont par moy. le premier, la théorie et la pratique du (Caractère élégiaque\ à ce qu'il croit, pièce qui fait partie de sa Poétique, le second, les Caraclèrcs de quelques-unes des passions qui font un juste volume*, et qui seront suyvis de

' Résultat, événement.

* L'abbé de Boisrobert. Balzac répond, lo \i mai i6io, et non lO^'ii, comme on l'a imprimé à la page STn de Pin-folio::; Je suis plus m peine de la sanlé de nostre cher Monsieur l'abbé lie Boisrobert que de ma pension. -

' Le CaractÎTeèlègiaqiie (Paris, in-'i°, iGioV Dans le Catalogue des œm^ten laissées par les icadémiciens, l'abbé d'Oiivet indique un tirage in-i8 avec erratum pour l'édilLon in-'i° I Paris, même année).

* Les Caractèi'es des passions (Paris, in- '4°, iC'io). Voir, sur Marin Cnreau de la Chambre.

une note do la lettre CCLX. Balzac (lettre XIII du livre XXII, mal datée du la mai 16/11 ) répond ainsi à celle phrase de son ami : -J'altends le livre de Monsieur de la Chambre en trèsbonne dévolion, puisque nous entrons dans la semaine saincle. Il doit sans doute avoir trouvé quelque chose de nouveau sur le sujet des Passions, car il y a longtemps qu'il a dessein sur oelte matière, et que je sçay do sa bouche, qu'il vouloit la traiter en physicien, et la prendre par im autre biais que n'avoit fait Aristoto. 11 a l'esprit subtil et hardi , et l'expression agréable : et quand j'cstois à Paris, il me desplia quantité d'ex-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

deux autres dans leur temps '. L'un et l'autre de ces ouvrages vous divertira agréablement et vous ne me resprocherés pas que je vous ave embarassé de deux importans médecins ^ Ce que j'y trouve de bon, c'est que ces présens ne sont point accompagnés de lettres et que vous serés quitte envers les présentateurs par un article de compliment à chacun dans la première de vos lettres.

J'attens ce que vous me dires sur l'illustrissime dont vous traitte le poète ^ et je dirois qu'il vous prend pour évesque , s'il ne m'avoit point traitté de niesme, qui ressemble bien moins à un évesque que vous.

Je suis. Monsieur, vostre. etc.

De Paris, ce i" avril 16/10.

J'avois oublié à vous dire dans ma lettre que j'en avois receu une de .M' le marquis de Montauzier qui est bien moins pour mov que pour vous. Je vous envoyé la lettre mesme afin que vous en lisiés les propres termes et que dans ses termes vous voyés son cœur, car je vous puis asseurer que la langue, la plume et le cœur ne sont en luy qu'une mesme chose. Les misères dans lesquelles il vit en ce malheureux gouvernement et les chagrins continuels qui luy viennent de rextrémilé où il se trouve réduit par le peu de soin que Ton a de sa subsistance , rendent son souvenir encore plus obligeant et l'affection qu'il tesmoigne plus estimable. Vous me renvoyerés. s il vous plaist, la lettre et je m'a.sseure qu'avec la lettre vous m'escrirés au moins quelque chose de luy et du bien que vous luy vou-

lés, qui le consolera de ses maux et le resjouira au milieu de sa tristesse.

Pour ce que les ouvrages in-/i° de ces Messieurs les médecins font un paquet excessif pour la poste , vous coures fortune de ne les recevoir que huit jours après celuv-cy.

CCCLXXXVII.

À M. LE MARQUIS DE .MONTAUZIER

EN ALSACE

Monsieur, la mauvaise humeur où vous met la dureté de ceux qui vous tiennent attaché en Alsace comme un grand Prométhéè sur le Caucase, vous donne des pensées de vos tendres amis et passionnés serviteurs qui leur sont injurieuses. Vous vous desfiés de leur équité et de leur compassion à cause que d'ailleurs vous estes traitté le moins équitablement et le plus impitoyablement du monde. Vous appréhendez qu'ils ne se lassent de vous divertir et de vous consoler avec leurs lettres, comme si ce petit soin estoit de quelque grande peine, ou comme s'ils n'estoient pas capables de souffrir de grandes peines pour vous. Ne me faittes plus ce tort, Monsieur, et croyés de moy ce qui est , que comme je pense vous devoir ce médiocre soulagement au fascheux estât où vous estes, je prens un plaisir particulier à m'aajuitler de ce devoir et que vous me tenés tellement à Tesprit, que je ne pourrois m'en dispenser une seule fois sans m'y laisser un cruel remors et une importune inquiétude.

Estrivés luoy tousjours et deschargés

cellentes marchandises. De sorte que pour bien faire, il n'a eu besoin que de sçavoir bien cboisir; à quoy il ne sçauroit avoir faibli, connoissant la bonté de son jugemeul, comme je fais."

' 11 n'y en eut pas seulement deux autres, mais cinq autres. Le second volume parut en i6')5, ie dernier en i66i.

- On lit fort distinctement importam , mais il semble bien <\vi importuns vaudrait mieux.

^ Quel poète? Balzac ne répond pas, dans la lettre citée plus haut, à la question de Chapelain , pas plus qu'il n'y parle d'Esprit et de La Mesnardière. Mais on sait que les lettres de Balzac ne nous ont pas toutes été données m extmso.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

moy tousjours vostre cœur, e[ je vous respondray tousjours et vous desployeray tousjours le fond de mes pensées. Je vous diray tousjours quelque chose ou, si je n'ay rien à vous dire, je vous lesniojgneray au moins que j'ay regret de n'avoir rien à vous dire. Je soUiciteray ceux et celles de qui je sçay que vous aimés les lettres, de vous en escrire souvent et il ne tiendra pas à moy que vous n'a yës dans vostre désert, sinon le bien que je vous souhaitte, au moins son idée et sa représentation.

Avec ce mot vous trouvères une despesche de M' Gonrart dont Téloquence suppléera au défaut de la mienne et peut estre v joindray-je un compliment de M' Arnaud , si les affaires qu'il a à la Cour pour Verdun ne l'empeschent point de le faire, comme il la voit proposé.

Pour nouvelles, je ne vous en diray que de nos amis et me deschargeray de celles de la Ville et de la Cour que j'ignore tousjours ou que je ne sçay jamais que des derniers, sur \r de R[ambouillet] ou M' de Cli[audebonne] , puisque la Lionne s'est rebutlée de vous en informer et que pour vous elle n'est plus charitable. Tout Ihostel de R[ambouilletJ se porte bien. Madame mesnie a ftiil quelques visites et il y a espérance que vous la trouvères toute remise à vostie retour. iM"^ de Clermont est tousjours foible et languissante et, à ce qu'on croit, malade de douleur de n'estre pas homme pour lirer raison par elle même du cavalier' qui luy a imputé la perle de sa boette. M"" P[aulet] est tousjours en travail du mal de son cousin ■ dont l'affaire n'avance point et qui est encore dans la prison et, au jugement

de ses amis, entre la mort et la vie. M"' la \I[arquise] de S[ablé] est aussy en peine de se voir comme obligée à faire un voyage en Anjou, à quoy vous sçavés quelle a les plus mauvaises dispositions du monde. Sa santé est fort bonne et son esprit se rafflne de jour en jour jusqu'à donner de l'estonnement. Il faut avouer qu'elle escrit bien délicatement et qu'elle a la plus nette mignardise dans ses lettres aussy bien que dans la conversation que l'on puisse souliaitter\

Au reste, vous vous estes oschauffé sur io sujet de M' de Balzac le plus obligeamment pour luy qu'il se pouvoit et je suis asseuré que cet ample te.-^moignage de vostre annlié et de vostre estime luy tiendra lieu d'une consolation extraordinaire. Vous pouvés croire que je nay garde de luy laisser ignorer, autant ou plus pour luy que pour vous qui mettes vostre ambition à des choses bien plus hautes qu'à conquérir des cœurs faits comme les noslres, et qui nous laissés n'aspirer à rien de plus grand que d'estre aymés et estimés de vous. Je vous rendray conte de la sorte dont il aura receu la faveur que vous luy avés faitle.

r.ependant, jesuis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce -y avril lO/io.

Si dans Colmar ou les autr-es places de vostre gouvernement il se trouvoit nn livre de Kepler nommé Soinnium Keplcri ou Ulrommia lunaris'' et un autre de (ialilei appelle yuncius Sidereus^. je serois bien aise que vous les fissiés prendre. Du moins y en aura-t-il à Strasbourg, si vous estes en paix.

' M. de Vivans. Je note que Taliemanl des Réaux n'a rien dit de cette scandaleuse affaire.

- L'aiibé de CroisiiJes.

' Si M. V. Cousin avait connu ce flatteur jugement si bien exprimé, n'aiirait-il pas été

tenté d'en faire l'épigraphe de son li\re siii' M'"' de Sablé ?

* /. Keplei-x somnium, nrit opns poslhuminn ilc nstvonoinia lunan (^Francfort, i 63 'i , in-'i").

' Sideteus nwicius, magna hm^eque admira-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

CCCLXXXVIII.

A M. DE MONSTREUIL,

À LO^DRES.

Monsieur, vous estes accreu de tant de qualitës depuis nostre dernière veue que je ne sçay si je puis avec bienséance garder mon ancien stile avec vous et vous parler alla carlona ', comme j'ay fait jusques icy. Ambassadeur, Bienfaitteur, Riche, sont toutes pièces de respect et qu'il ne faut aborder qu'avec de l'encens et des révérences quejeserois d'autant plus blasmabie de vous refuser que c'est une marchandise aisée à fournir par un poëte. J'attens pourtant vostre déclaration la dessus avant que de changer de note, et cependant je proleste que mon procédé ordinaire sera sans préjudice de ce que je vous dois.

Je respons à deux de vos lettres qui m'ont esté rendues à trois jours l'une de l'autre, et ne puis assés me louer de vos soins et de la peine que vous voulés bien prendre à ma prière. Quand les livres que vous avés trouvés seront venus , je les logeray en la plus éminente partie de mon cabinet et nous marquerons dans nos fastes le jour de leur entrée et par qui ils y sont venus. Mais n'admirés-vous point que vous avés trouvé de cet autheur *, en Angleterre, tout ce qui n'y a point esté imprimé et que vous n'y ayés rencontré ny le Spaccio ny Dell injinito qui néantmoins n'ont esté veus que de son impression? Puis donc que cela se

bilia spectacula pmdens, etc. (Florence et Venise, lOio, in-'4°; Francfort, 1610, in-8°j.

' vAlla carlona, grossièrement, à la bonne foy.n (Ant. Oudin, Recherches italiennes et/rançoises, 16^3.)

- Giordano Bruno. Voir la lettre n° CCCLW .

^ Chapelain veut évidemment parler du prétendu magicien Henri Corneille Agrippa, né à Cologne le 1 h septembre 1 iSô , mort à Grenoble en i535, auteur du De occulta PhUosophia libri

rencontre ainsy, souffres que je me laisse aller à la tentation qui m'est venue de vous prier qu'un de vos gens voye chés les libraires si le Somniim Kepleri, autrement Aslronomia lunaris, et le NuntiusSidereus de Galilei, tous deux latins, n'y sont point. Et je croy asseurément qu'ils y seront, car ils ne sont point imprimés à Londres et cela suffît pour les y faire trouver.

Au reste vous me pouvés envoyer sans scrupule de conscience ces livres que vostre amy croyoit que le docteur Fauste ou le Martin d" Agrippa^ a voit composés; s'ils parlent de magie, ce n'est que de la blanche et de celle dont les mages el les gymnosophistes faisoient profession, d'oii les Sages de la Gi-èce ont tiré la pluspart de leuis meilleurs principes et qui les a rendus ensuitte les maislres des nations qui ayinent à raisonner. On m'en a parlé de la sorte et je l'ay creu sur la foy de mes autheurs. Vous le croyrés aussy sur la mienne lorsque je l'auray vérifié in rem presenlem.

Pour la résolution de vostre dilîicultégrammaticale, je vous puisasseurer en tidelle académicien qu'il faut dire: rrles personnes qui y ont maintenant le plus de crédita.

Je vous rens grâces Ires humbles de vos nouvelles et vous prie de continuer autant que le permettra con l'honor la fede, el l'interest de l'ambassade hors.

Je suis de tout mon cœur, Monsi^nu-.

vostre, etc.

De Paris, ce 5 avril tO'iu.

très (Anvers, i53i) et auquel on a faussement attribué un traité De Cœremoniis magicis qui u été inséré dans le recueil de ses œuvres (Anvers, i53/i). Voir sur Agrippa l'ample et curieux article du Dictionnaire critique de Ray le (p. 287- 309 du tome I" de l'édition Beucliol), article dont on peut dire aujourd'hui comme du temps du P. Niceron {Mémoires, t. XVII, p. Sa) : T C'est ce que nous avons de meilleur sur cet auteur, n

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

CCCLXXXIX.

A M. LE PRÉSIDENT MAINAKD ,

À SAIM-CÉRÉ.

Monsieur, j'ay veu vostre lettre en allant à Zénobie ' et par ce que Ton ma dit qu'il seroit encore temps d'y respondre vers le soir, j'ay fay le reste de ma dëvotion par prëférence^ et suis venu, après, achever le jour avec vous. Et je vous avoue que j'ay eu une sensible consolation de vostre souvenir marqué par tant de bomies et obligeantes paroles, et j'ay admiré vostre libéralil» qui m'a voulu payer le petit soin de donner l'addresse aux paquets qui viennent pour vous de Balzac d'une profusion de tant de grâces et de tant de tesmoignages daiVeclion. Ce seroit à moy. Monsieur, à vous remercier de ce que vous trouvés bon que je sois l'entremetteur de vostre commerce et que vous ne m'ostés pas le seul mojen que j'ay de vous servir. Car il m'est glorieux de vous pouvoir estre utile mesme dans les moindres cboses puisque je ne suis capable des grandes . et je souiTrirois avec grande impatience que vous ineussiés elïacé du nombre de ceux que vous estimés à vous et de qui vous attendes service.

Cela estant, jugés si vous atu-iés raison de douter de ma constance dans I amitié que je vous ay vouée, et s'il y auroil apparence que vous eussiés besoin de solliciteur

auprès de moy pour m'cmpescher de vous manquer de parole '. Permettes moy de philosopher ces trois mots avec vous. Je puis bien, par l'embarras des affaires que me cause la vie que je meine et le lieu où je vis . faillir à certains devoirs que requièrent les scrupuleuses amitiés et à un certain menu qu'on ne sçauroit bien rendre dans le monde qu'à un maislre ou à une raaistresse. mais [non] à l'essentiel et au solide. M' de Balzac et moy sommes de sorte que nous n'y sçaurions jamais faillir. Nos affections sont fermes et durables pour ce quelles sont justes et elles sont justes pour ce quelles sont des effets de nostre jugement plustost que de nostre caprice. C'est pourquoy nous avons quelquesfois offensé certaines gens qui vouloient d'abord nostre cœur que nous ne donnons jamais qu'après une meure délibération et connoisssance de cause. Aussy n'avon!»-nous jamais rompu les pactes que nous avons jurés et dans le nombre assés considérable des amis que nous nous sommes faits, s'il s'en est trouvé quelqu'un qui se soit lassé de nous . au moins ne se peuvent-ils [>laindre que nous nous soyons lassés d'euv et. dans leur haine ou leur indilTéreiice, nous avons tou.^jours regardé en eux ce qui nous les avoit fait. 'ly mer et les avons tollsjoursaymé^. il sullit de vous dire cela pour vous asseurer qn'une aussy précieuse personne que

• S'agit-il là, comme je le crois, de la Zeuobie de l'abbé d'Aiibignac, laquelie ne fui imprimée que sept ans plus tard (Paris, 16/17. i"-^')-' Est-ce à l'occasion de la repréiienlalion dont (".hapelain parle avec tant de brièveté, que le duc d'Enghien dit bien spirilueLlement qu'il savait bon gré à labbé d'.Aubignac d'avoir si bien suivi ies règles d'Arislole, mais qu'il ne pardonnait poiut aux règles d'.Aristote d'avoir fait faire une si mauvaise tiagôdie à l'abbé d'Aulàgnac?

* Le jour de Pâques, en 1660, fut le 8 avril. Les dévotions dont parle Chapelain seraient donc celles du Vendredi Saint , s'ils ne s'agissait là plu-

tôt, ainsi que me le suggère .M. Marly-La>eaux, de la dévotion à Zénobie.

■* Nous trouvons dans I'.' Recueil déjà cité des Lettres de Mamard (letl.e (JXCIX ) celte phrase : rPour me lendre heureux selon mon désir, li ni'imporli' de sçaxoirsi vous estes assez bon pour mainier et si je pojisède doux grandes fortunes en mesme temps [telle dètie aimé par Balzac et par Chapelain). J'espèro que vous me ferez une favoiable response, et qu'il me suffit pour estre en vos bonnes grâr es tpie vous me les ayez promises; c'est aussi à quoy je u)e fie. ne pouvant pas les mériter. :»

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

vous, et de qui nous n'avons jamais eu sujet que de nous louer extrêmement, ne sçauroit estre que très chère et très honnorée de nous, et non pas connue les autres, par courage, mais par tendresse et obligation. Vostre bienveillance est d'ornement à quiconque la possède et il ne faut que neslre point fou pour la conserver avec toutes sortes de soins et pour ne rien oublier, afin de ne la pas perdre. Et je dis cela. Monsieur, quand il n'y auroit en vous que la bonté' et la générosité. Je vous laisse à penser ce qu il y faudroit adjouster pour ces rares dons d'esprit et de délicatesse en quoy, depuis Malherbe, il y a si longtemps que vous tenés le premier lieu entre tous ceux qui se meslent de la belle poésie dans ce siècle. Vous estes nosire maistre et le serés tousjours, quelques modestes sentiments que vous ayés de nostre propre mérite, et nous ne vous faisons que justice lorsque nous vous déférons cet honneur.

11 n'y a aucun genre de ce bel art oià vous ne peussiés exceller si vous n'estiés point paresseux et quiconque a mis les Odes au point que vous avés fait eust bien fourni f héroïque et estouffé le son de ma trompette enrouée , si le travail ne luy eust point fait de peur. Vous vous contentés de mettre, en vous jouant, les épigramraes en leur perfection, et, par cet eschantillon, vous voulés que la postérité juge de la grandeur de vostre génie, si vos muses eussent esté plus capables de sujettion.

Je me resjouis du voyage que vous promettes à ]Vr de Balzac', mais non pas sans une secrette jalousie de ce qu'il vous possédera seul. 11 est vray que je ne puis estre

' Mainard avait dit (tbid) : «Dès riue l'Esté approchera, j'ay résolu d'aller visiter cet illustre amy : Vous serez souvent la belle matière de nos conversations, et serez cause que cent fois le jour nous envoyerons nostre esprit à Paris. ■'

^ C'est une réponse à celle politesse de Mai-

jaloux en cette matière sans une grande présomption. En tout je luy cède la préférence et en vous particulièrement qu'il possède à si bon titre. Javois eu envie de vous dire que vous aviés un peu de tort de mespriser tant celte Cour et de n'y vouloir pas venir tenir vostre place. Mais le tort n'est pas de vostre costé et il vaut mieux que je vous die que cette Cour est l'injuste qui ne vous force pas d'y venir avec cette sorte de violence qui est agréable à celuy à qui on l'a fait et ces chaisnes, qui sont douces et agréables , parce qu'elles sont dorées.

Je ma garderay bien de rien envoyer à Balzac de la Pucelle qui puisse rendre vos conversations moins douces ^ Sa rudesse et sa rusticité ne doit point se mesler dans des entretiens si exquis et doit éviter des oreilles si délicates. Je vous dis vray, je vous appréhende plus tous deux que toute la France ensemble, et je ne pense point à vous sur ce sujet sans un tremblement qui me fait tomber la pliune des mains et sans un petit repentir de n'avoir pas choisi un autre mes lier que celuy de poëie.

Je ne vous quitte que par force. Le papier me manque , mais non pas la volonté d'eslre tousjours, Monsieur, vostre, etc. De Paris, ce 6 avril lô/io.

CCGXC.

À M. DE BALZAC

À BALZAC

Monsieur, parmy tant de maux qu'il faut essuyer dans le cours de la vie , je ne sçay si la vie n'est point plustost lui mal qu'un bien , et si cet Ancien n'avoit point

nard (ibid) : «Si dans cette sçavanle solitude il vous plaisoit de nous faire voir quelqu'une des beaulez de vostre Pucelle, nous aurions de quoy disputer de la félicité avecque tous ceux qui portent des couronnes, et qui disposent du monde à leur fantaisie."

LETTRES DE JEAN CHAPELAIIN

raison lorsqu'il s'escrioit : Optimum no» nasci\ Cela soit dit nëantnioins sans préjudice de nostre philosophie qui nous fait trouver des délices dans le monde qui sont ignorées des sensuels et des âmes basses également, et qui empesche que nous croyons nos maux tout ce que le commun des hommes appelle de ce nom. Nous avons dit desja plusieurs fois que nostre patience est à l'espreuve de la perte de la fortune . des plaisirs du corps et de la santé mesme . et que . quand nous ne serions touchés qu'en ces parties, nous croirons pouvoir encore vivre avec satisfaclion et n'aurons point de regret à voir la lumière. Mais, quand on nous touche au cœur et qu'on nous ravit nos amis qui seuls nous font vivre, j'avoue que je murmure et qu'il me desplaist de survivre à ceux qui sont ma véritable vie. C'est ce foible qui autresfois ne vous a pas desplu en moy et que vous croyés qui valoit bien la force de nos sloïques ou qu'au moins vous trouvés plus humain et plus digne de la société. 11 est vray qu'il faut s'attendrir avec mesure et ne s'affliger de la mort de ceux qu'on ayme qu'à proportion de l'amitié qu on a pour eux.

Celuy dont vous me consolés si vigom'eusement ', bien qu'il fut fort aymé et fort estimé de moy, nestoit pourtant pas de ceux dont l'absence ne mepeust eslre supportable et que je ne peusse pleurer sans me déses-

pérer. Sa mort ma esté d'autant sensible pour le dommage qu'elle apporte à une famille à qui je suis dévoué par obligation , que pour mon intérest particulier, et je fax bien autant plaint comme bon patriote que comme bon amy. En un mot, il me touchoit au coeur, mais il me touchoit aussy à l'esprit et je ne regardois pas plus en luy l'affection qu'il avoit pour moy que les services qu'il estoit capable de rendre à son pais, en quoy jestois bien esloigné de penser de luy comme le commun a fait sur la relation des lasches qui l'abandonnèrent à Thionville. el je ne sçay quelle justice il y pourroit avoir de mettre en question la réputation d'un homme qui. depuis vingt ans. estoit en possession de vaincre, que le duc de Weimar avoit préféré quatre ans devant pour estre son lieutenant général à tout ce qu'il avoit de chefs de sa nation dans son armée, avec qui M' le Duc de Longueville avoit battu et ruiné le duc Charles dans le Comlë el dans la Lorraine, et qui [dans le] combat où il commandoit les forces du Roy en chef a bien pu succomber par le nombre des ennemis et la désobéissance des siens, mais non pas lascher le pied el n'est venu en la puissance do son adversaire que percé des coups qui enfin l'ont mené au tombeau . On a conservé l'honneur à l'admirai de Chastillon après la perle de quatre batailles \ M' le mareschal de Bouillon, pour avoir

' C'est Pline qui a dit dans le chapitre I" du livre Vil de son Histoire naturelle : sllaque muili exslitere , qui non nasci optimum cen.sornnt. a ut quam ocissime aboieri.Ti

- Le marquis de Feuquière.s. Balzac (lettre XI du hvre XXH, datée du 20 avril i6ii et qui est du 90 mars i64o) avait non sans rudesse écrit ù Chapelain (p. 869) : « Quoy qu'il en soit, le Roy de Suède est mort, et le duc de Weimar aussi ; et si on ne meurt â la guerre el dans les combats, on vient mourir dans les testes et dans les triomphes. Regardons donc tous les hommes

comme perdus, ou comme presls à se perdre. Tenons toutes les heures de nostre vie poiirchmateriques. Attendons de mauvaises nouvelles par tous les courriers, el concluons que le seul mojen de n'estre point affligé, c'est de n'eslre point de ce monde. En effet, Monsieur, ou il faut voir périr les autres, ou il faut périr soymesme. . . -

^ Je ne sais si la mort du marquis de Fe«quières a jamais inspiré une plus éloquente tirade.

* Gaspard de Coiigny l'ut succeesivement battu

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

esté malheureux toute sa vie, n'en a pas perdu le titre de grand capitaine ' et M' de Feuquières, pour avoir péri glorieusement et beaucoup plus que les autres, verra sa mémoire tachée et son honneur rais en compromis ! Vous estes trop équitable juge des actions humaines pour avoir pesé la sienne à la balance des simples ou des malins et par voslre propre expérience vous avés trop reconnu quel beste estoit ce peuple dont vous me parlés ^ pour l'avoir creu du mérite ou du démérite d'un homme qui estoit rachepté aux despens de ceux qui auroient eu le plus d'inlérest à sa punition et à qui ceux la mesme donnoient une armée à conduire qui en venoient de perdre une sous son commandement. C'est trop insister là dessus parlant à une personne aussy esclairée que vous.

JNous n'avons point encore de nouvelles de cette trefve tant désirée, mais ce que nous sçavons certainement c'est qu'il ne tiendra qu'aux Espagnols que cela ne soit. Car. pour le roy de Hongrie, la retraitte que Picol[lomini] vient de faire de la Bohème tesmoigne trop sa foiblesse pour laisser croire qu'il voulust opiniastrer la guerre malgré le conseil de Madrid.

J'ay veu l'abbé de Chastillon en peine de voslre pension et de quelque autre qu'il affectionne, après la vostre, sur ce que son mal ne luy permet de la solliciter que par de foibles procureurs et qu'il craint que Testât ne soit clos devant sa guérison et le parlement du Roy qui s'approche \ 11 ne désespère de rien néantmoins. J'ay agy en cela comme vous le désirés.

Vous verres par une lettre de M. IMainard, que je vous envoyé, ce qu'il me mande touchant le paquet que je luy fis tenir il y a quelque temps par vostre ordre. Il se fust bien passé des hyperboles qui me regardent dans ce papier. Mais il est poète et il croioit rimer et parler à un poëte de ceux qui se gonflent à tous vents. Je croy qu'il ra'ayme et m'en tiens fort honnoré. Mais je croy aussy qu'il me donne tout cet encens à vostre seule considération qui est comme s'il vous le donnoit à vous mesme. Vous me renvoyerés la lettre, s'il vous plaist, car tout m'est cher d'un si honneste homme. Je suis estonné qu'il ne vous a escrit par cette voye ce qu'il m'escrit.

Je suis , Monsieur, vostre , etc.

De Paris, ce 7 avril 1660.

à Dreux ( 1 562 ) , à Saint-Denis ( 1 567 ) , à Jarnac et à Moncontour (lôGg).

' Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, duc de Bouillon, auquel Henri IV donna, en 1692, le bâton de maréchal de France, mourut à Sedan, le 2.5 mars 1628, âgé (le soixante-sept ans.

- Balzac (lettre citée plus haut) avait choqué son ami en disant de Feuquières : ffBien que son mérite soit assez problématique dans l'esprit du Peuple.' A la protestation de Chapelain il répondit en s'excusant ainsi (lettre XIV du livre XXII, datée du 26 mai ilàhi et qui doit être du mois d'avril lO'io, p. 85 1 et 862) : «Je ne vous ay pas escrit que je fusse de l'advis

CHAPELAIN. i.

du Peuple, en ce qui regarde sa réputation, et je n'ay jamais favorisé l'injustice, qui luy a esté rendue par quelques personnes mal informées. Je suis pourtant bien aise d'avoir donné matière à une Apologie de donze lignes. Vous deffendez sa vie bien plus vigoureusement que je ne vous ay parlé de sa mort ; et après les exemples des illustres malheureux si judicieusement alléguez, il y a plaisir de vous voir maltraiter cette beste à plusieurs testes, contre laquelle vous intéressez presque tous les honnestes gens.w

2 Louis XIII arriva le 9 mai à Soissons. H quitta cette ville le 19 mai pour se rendre à Charleville.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

À W LE MARQUIS DE MOMAUZIER

EN ALSACE

Monsieur, je suis bien aise de voir par vos lettres que les miennes vous sont rendues fidellenient et que la correspondance du bon Epestein est aussy seure que je vous Pavois asseurée. Mais je suis bien fasché de voir non seulement que l'espérance de vostre retour s"aflbiblit de plus en plus , mais que vous estes réduit en Alsace à cette misère de mettre tout vostre bonheur îi ne pas niourii' de faim et de quereller vos meilleurs amis pour vous ayder à trouver à \ivre. Selon moy, ces travaux vous sont des travaux d'Hercule, et je vous trouve plus vaillant de n'y succomber pas que d'avoir desfait le Duc Charles et pris Brisac avec le Saxon dont jny fait l'épitaphe'. Munissés-vous de constance afin d'aller jusques au bout glorieusement et consolés vous par lasseurance que je vous donne que vous estes très plaint par les personnes de qui le souvenir vous est cher, et que vous n'avés point de mal qu'elles ne partagent avec vous. \près tout, il est impossible que cela dure encore longtemps et, en dépit de la mauvaise fortune, dabil Deus his quoquc finem^ .

Vous mavés surpris, je l'avoue, lorsque vous mavés escrit les diÛicultés qu'il y a eu à résoudre M' vostre Intendant à vous asseurer vostre misérable subsistance. Il n'y avoit que huit jours que M"' sa sœur m'avoit dit chés M' de Clermont que l'Alsace ne vivoit que sur son crédit et que jamais homme

de sa profession ne sengagea si librement ni si aveuglement que luy pour le service du Roy, si bien que dans le deplaisirde vostre absence je pensois au moins avoir ce sujet de consolations que vous ne peririés pas faute de secours. Mais je voy bien que la Demoiselle se vouloit faire honneur par ce discours et donner relief à la médiocrité de l'employ de son frère. Il faut qu'il ait reconnu quon nest pas trop pronl de deçà à dégager les gens qui se sacrifient pour les olîaires publiques et que celte considération ait refroidy lardeur qu'il avoit du conmieucement. Car je le tiens homme d'honneur et hors cet intérêt de sa propre conservation qui marche lousjours devant tous les autres, je ne doute point qu'il nentrast volontiers dans les vostres et qu'il ne fist toutes choses pour vostre satisfaction.

Vous n'aurés point de nouvelles par cette voye cy des personnes de qui vous en désirés le plus. La marquise de S[ablé] est si enrhumée qu'à peine parle-t-elle, et M"' de R[ambouillet] est encore h Verre où elle a passé la semaine sainte. Je voulois engager le Marquis, son frère, à vous informer du menu de la cour et de la ville, mais il m'a dit qu'il ne vouloit pas oster cette matière à M"' sa sœur et que c'estoit ce qui l'avoit erapesché de vous escrire plus de six fois, sachant qu'elle prenoit plaisir à vous instruire de toutes ces sortes de nouvelles et, pour luy, ne se pouvant résoudre à vous escrire ])our vous faire un simple compliment. Voilà de quoy il a couvert sa paresse, et j'ay fait semblant de luy allouer pour bonne sa mauvaise raison .

' Le duc Bernard de Saxe-Weymar.

' /Eneis., iib, I, vers. 198.

^ Chapelain, toutes les fois qu'il frouve l'occasion de jiarler du marquis de Pisani , cesse de montrer son habituelle bonhomie el semble quelque peu malveillant pour le fils de M"' de Rambouillet. Peut-être avait-il sur le cœur quelque

piquante épigrammedu malicieux jeune homme ! Peut-èlre n'avait-il pas ignoré quo, comme le rapporte Tallemant des Réaux (t. III, p. a(35), -rie marquis de Pisani, en je ne sçay quels vers quon a perdus, disoit :

J'avois des bas de Vaugelas El desbotU'sdeCliapelain.»

Li:TTRES DE JEAN CHAPELAIN.

Le corps est plus vray que jamais ' et la comtesse de M[aure] m'apprit, ces jours passes, que Vaillac s'en estoit fait", si bien que désormais ce sei'a un [larty redoutable. Quand nous n'aurions autre sujet de vous souhaitter icy, il suffiroit de songer que vous estes le seul qu'il redoutte, et que nous avons souvent besoin de vous pour le mortifier. J'ay fait, depuis peu, habitude avec cette dame qui, entre mille bonnes parties, a celle-là particulièrement d'esfre son ennemie déclare'e et d'en parler i'ort agréablement. .le ne croy pas avoir eu en ma vie plus di; plaisir que de luy entendre racconter les approches de V[oitnre] lorsqu'il se mit en teste de la desbaucher et le progrès et la fin désastreuse de celte sienne avanture^. Elle en a, à la vérité, perdu la tendresse de l'hostel de R[ambouillet] et de la marquise , sa très chère , niais , en récompense, elle s'est délivrée de tirannie et a satisfait son cœur. Dans nos entretiens, j'ay reniarqué quelle vous a en singulière estime et peuteslre, à vostre retour, la jugerés-vous digne de vos visites et de vostre amitié.

IVP Arnaud, autre anticorps, mais moins acharné, est «lemy brouillé avec le marquis de P[isani] sur le sujet de la boette de M. de Vivans et de cette scandaleuse querelle, le Marquis se plaignant qu'il l'en fait partout le principal autheur et le boute feu

unique afin de se divertir aux despens des deux parties, de quoy il se défend comme d'un meurtre, ayant reconnu que cette réputation ne luy seroit pas avantageuse, et ne voulant point passer pour homme qui ayme mieux son plaisir que ses amis. Vous sçavés ce qui en est mieux que qui que ce soit. L'autre partit, avant hier, pour Verdun avec contentement pour la famille de M' de Feuquières en toutes choses; il ne reviendra point qu'à la fin de la campagne. Vous trouvères icy une lettre de luy qu'il ne peust escrire, l'autre semaine, à cause de la multitude de ses affaires. Je vous envoyé aussy un Traitté du caractère elegiaque et une Elégie de modelle du médecin qui a fait la Poétique \ Vous en jugerés.

Je suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 9 avril i64o.

cccxcn.

A M" LE DUC DE LONGUE VILLE

EN ALLEMAGNE

Monseigneur, nous avons eu la dernière et plus certaine confirmation de vostre convalescence par M' de Chambois \ dont nous avons renouvelle nostre joye et nos actions de grâces à Dieu d'un si grand bien et si nécessaire à nostre vie et à nostre repos. Il nous a néantmoins dit que vos forces n'es-

' Le corps , c'est - à - dire un petit groupe de mauvais plai.sants, de faiseurs de quolibets, à la tête desquels se trouvait le marquis de Pisani.

- Probablement Jean -Paul de Gourdon de Genouillac, comte de Vaillac, baron de Montferrand, né le la mai 1631 , qui devint premier écuyer et capitaine des gardes tiançaises de Philippe de France, duc d'Orléans, et lieutenant général des armées du Roi, et qui mourut le i8 janvier 1681. Voir sur lui les Mémoires du duc de Saint-Simon (à l'année 1707;.

' Ni tes biographes de Voiture, ni ceux de la

comtesse de Maure, depuis l'époque de Tallemanl des Réaux jusqu'à notre époque, n'ont connu cette particularité.

* De Jules Pilet de la Mesnardière.

5 C'est le gentilhomme dont il est question dans ce passage des Mémoires de M"" de Motteville (t. m, 1869, p. 16Z1), au sujet du voyage du roi et de la reine en Normandie (i65o) : wChamboi, qui commandoit dans le Pont-del' Arche, et qui avoit ordre de Madame de Longueville de rendre la place à la première somnnation du Roi, la remit aussitôt, moyennant deux

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

toient pas encore revenues et qu'il falloit en core quelque temps pour vous rendre capable d'action. Dieu vueilie que Tamour que vous avés pour la gloire et la passion du service du Roy ne vous rejettent point plustosl dans le travail que vostre santé ne le permettra ! Je vous demande pardon , Monseigneur, si je me desfie un peu de vous de ce costé là.

Pour moy j'ay eu un si grand esbranlement desprit par la crainte que ma donnée vostre maladie, que j'ay esté incapable de rn'appliquer à rien de fort depuis. Je sens néantmoins à présent la vigueur qui me revient et sitost que le fascheux temps qn il l'ait sera changé, je me propose de commencer le sixiesme Livre afin de vous en pouvoir donner encore deux à la fin de la campagne et fort semblable à celle que vous faittes à cette heure , horsmis à la vérité (jue je n'ay point de Rhin à faire passer au conte de Dunois et qu'il ne va à Rheims, au travers de la France, qu'en la belle saison et sans avoir d'ennemis considérables qui s'opposent à sa marche. 11 est bien raison- :iable aussy qu'il me laisse à dire de vous quelque chose de plus que de lu y et je m'asseure qu'il le souffrira sans envie.

Des deux Princes eslrangers que nous avions dans le bois de Vincennes', le Polonois est party de la Cour assés satisfait , si Ion en excepte la rigueur que Monsieur a exercée envers luy, ne l'ayant jamais voulu voir pour ne luy pas donner la droitte, non

pas mesme à l'hostel de Guise et ayant défendu à Mademoiselle- de se trouver au bal que le landgrave de Hesse luy vouloit donner chés M"' de Rohan et oii tout le monde avoit esté prié, ce qui rompit l'assemblée. Il ne passera pas loin de vos trouppes en s'en retournant en son pa'ïs. Le prince palatin est à fhostel des ambassadeurs, deffravé par le Roy, et il doit estre encore icy quelque temps. Il a eu son audiance avec satisfaction réciproque et Sa Majesté, les deux fois qu'il l'a veue, a pris peine à l'obliger'.

La mort de M' de Feuquii'res a fait continuer à M' le mareschal de Cliastillon qu'on croit qui se fust, sans cola, reposé cette année. Son ordre est d'aller à Amiens, ce qui fait juger que la place qu'on attaquera . cette campagne, sera du costé de la Champagne et force gens croyent que ce sera Thionville *. M. le Grand maistre a dit qu'il auroit quatre-vingts canons en batterie le 1 5 du mois prochain , ce qui seroit une chose inouie. En effet, tout l'effort de celle année sera de ce costé là et par l'armée qu'il commandera.

M' le Duc d'Anguien, M" de Nemours.

M" de Vendosme et tous les volontaires seront dans cette armée. Je prie Dieu que ce soit pour Thionville. Cela ne pourroit que vous estre avantageux et serviroit à vous donner communication avec nous par le droit chemin. Les Espagnols paroissenl fort vers Fontarabie et M' de Grammont crie

mille pistoles qu'il demanda pour les frais de la gainison.-? Voir aussi les Mémoires de Monlglat (XVI' campagne, p. 107 du l. III de l'édilion de 1738).

' Le prince Cazimir et le comte Palatin.

- Anne-Marie-Louise d'Orléans n'avait pas encore treize ans révolus.

^ La Gazette, qui annonçait, dans le n" du ai mars 1660 (p. 176), que le comte Palatin

était, cette semaine, «sorti <Iu bois de Vincennes,?? annonçait, dans le n° du 7 avril (p. 190), que -lo 3 de ce mois le princp Palatin alla à Saint-Germain où il fut conduit par le duc de Chevreuse et le comte de Brulon"?.

* Ce fut Arras. Le siège fui commencé le i3 juin, et les trois maréchaux de Cliaulnes, de Cbâlillon et de la Meilleraye se rendirent maîtres de la place le 10 août de la même année.

au secours ! M' le Conte de Harcourl aura fort à faire en Italie où le Marquis de Leganes est fort puissant ' et il est mal aisé de faire passer les monts à nos soldats à l'ordinaire. De la conservation de Chivas dépend celle de Casai. Le Cardinal de Savoye

' Le comte d'Harcourt ouvrit la tranchée devant Turin Je i 6 mai, et, malgré tous les efforfs du marquis de Léganez , il entra dans celte ville le 24 septembre.

* Le même jour Chapelain adressa (P 0/17)3 Balzac une lettre où abondent les comphments et où je ne trouve à citer que ces deux passages : ffU [M. Bonair] me dit que M' Tabbé de Chastiilon s'estoit traisné à Ruel pour faire la sollicitation de vosire pension auprès de Son Eminence et qu'il en avoit eu de 1res bonnes paroles. . . Enfin j'ay leu à M""' la Marquise de Rambouillet et à M"' sa fille, M"^ de Voilure présent, le discours de l'Eloquence que vous m'avés envoyé. Il faudroit bien du temps et moins de rheume que je n'en ay pour vous dire toutes les exclamations qui furent failles et toutes les louanges qui vous furent données. Pour abréger, l'on vous fil justice, et Testât où celle lecture avoit mis M""" la Marquise la fil sortir de sa retenue ordinaire, et l'obligea à me dire qu'elle ne seroil point contente que le Discours de la Vertu ancienne et romaine ne fust fait, et qu'elle croyoit que vous esliés obligé par vostre propre inlérest à ce travail, n'y ayant point de doute que la matière ne donnast à la grandeur de vosire esprit toute l'élévation dont il estoit capable, et qu'en celte occasion vous ne fissiés le plus grand de vos miracles.» Ce passage a été cité par M. Livet dans Précieux et Précieuses (p. 37 et 38). — Le 17 avril, Chapelain se décide enfin à donner au marquis de Montauzier (P 348) des détails sur une affaire dont il lui avait souvent parlé brièvement : tr L'affaire de M"^ de Vivans est qu'il maintient qu'une boelle de diamans que lui donna la Reyne d'Espagne à son voyage de Madrid et qu'il fait valoir deux ou trois mille francs s'est perdue entre les mains de M"' de Clermont à qui il prétend l'avoir laissée en garde lorsqu'il s'en alla

vit pacifiquement avec nous et couvre la Provence des Espagnols qui s'en desespèrent.

Je prie Dieu qu'il vous conserve el suis , Monseigneur, vostre, etc.

De Paris, ce i4 avril i6Zio^

au siège de Hedin, et M"' de Clermont qu'elle la luy a rendue devant qu'il partit pour ce voyage, ne voulant plus en demeurer chargée, et la chose a passé si avant que toute la Cour l'a sceu et s'en est entretenue aux despens de l'un el de l'autre, en sorte que la demoiselle et toute sa famille ont creu estre obligées de s'en purger comme d'un larcin volontaire que Ton leur imputoil. M""' de Clermont s'est eschauffée jusques là que de luy faire dire qu'il ne mettroil jamais le pied chés elle ou du moins de le dire à tant de gens qu'il ne le peut ignorer. Pour V[oiture] il a esté plus de quinze jours tout à fait brouillé avec la personne que vous sçavés [M'" de Rambouillet] et l'esclat a esté si grand que ses amies du Marais et du fauxbourg Saint-Germain ont jugé que c'esloit un accommodement dont elles se debvoient mesler. 11 cstoil malaisé que de si puissantes entremetteuses ne réussissent pas auprès d'elle qui, à dire le vray, ne sera jamais enlièremont irréconciliable avec luy. Et s'il est permis de parier franchement d'une personne que nous croyons tous deux digne d'une vénération particulière, cet homme par la considération de sa sorte d'esprit et par le divertissement qu'il luy donne en celle partie, est son foible jusques à en scandaliser tous ses amis. Je croy pourtant qu'il se souviendra longtemps de la touche [c'est-à-dire du coup, expression employée aussi par d'Ablancourt dans sa traduction de Lucien : Us s'écoutent tous et craignent la touche] qui a donné grande joye à tous ceux de sa connoissance qui pèsent équilablement ses vertus el ses défauts. Vous ne m'escrivés jamais que celte personne ne vueille voir vos lettres. .. )i — Le 21 avril, Chapelain (f* 3/19) écrit à la marquise de Flamarens : «Je voy bien que vous craignes de m'afUiger en me mandant la grande brouillerie qui se prépare entre M' vosire niary et M"^ son père sur le sujet

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

CCCXCIII.

À M. DE BALZAC

A BALZAC

Monsieur, je respons à deux de vos lettres, l'une du 9 de ce mois que je receus ii y a six jours, et six heures après que j'eus envoyé' la mienne au bon Rocolet, l'autre du 16 que je reçois présentement, à dix heures du soir, par la puncluelle dili-

du mariage de M"' voslre belle-sœur. . . n Chapelain se plaint doucement de n'avoir appris celle nouvelle que par l'abbé de Flamarens. Comme il était question d'un procès, Cbapelain recommanda de l'éviter, disant qu'il faut avoir cent fois raison pour plaider contre un père. Il vante Vhumeur douce de la marijuise de Flamarens, ajoutant que l'Iimneur d'une fetnme ne consiste pas seulement en sa chasteté, mais en sa modestie cl en toute autre sorte de bienséance. Il engage son amie à continuer à mener une vie vertueuse et exemplaire. Dans une lettre du même jour. Chapelain (f .101 ) enlreliont le marquis de Flamarens de la brouillerie amenée par le contrat de mariage de M"' de Flamarens. Le même jour encore, (Chapelain (f" ib'-i) .s'adresse ainsi au duc de Longueville : rMonseigneur, voslre passage du Rhin se trouve aujourd'hui une affaire si importante, non seulement pour l'action en soy, mais encore pour ses suilles. qu'il asseure les Suédois désarmes Impériales et maintient la France dans ia raisonnable espérance de rendre la liberté à l'Allemagne et de donner enfin lu paix à l'Europe. . . Ce ne vous est pas une petite gloire d'es- Ire l'appuy mesme des victorieux et la, resourco do ceux qui jusqu'icy ont esté la resource des

autres [tels que le maréchal Bannier] Nos

nouvelles de la Cour sont que le Roy se prépare pour suyvre avec un petit corps l'armée de M. le Grand-Maistre qui doit estre très-puissante el où il y doit avoir quatre ou cinq Princes volontaires et tout ce qu'il y a de noblesse. M' le Mareschal de Chastillon et M' de Chaunes commandent chacun un corps en Picardie vers Abbeville et vers Péronne. Il y a trois rendez-vous différens potir ester la visée aux ennemis du siège

gence du mesme Rocolet lequel en vérité vous sert avec grande passion et mérite que je vous rende ce tesmoignage '.

Je suis d'accord avec vous touchant ces vitieuses anticipations de maux ' et vous me faittes souvenir de ce que j'ay dit plusieurs fois desja, que cette prudence dont l'homme se glorifie par dessus tous les animaux est un des plus grands bourreaux de sa vie. Et certes je tiens , en ce particulier, la condi-

que l'on veut faire. Je ne croy pas vous devon laisser ignorer la recherche que M' le duc d'Anguien fait de M"° de Brezé après en avoir esté demander la permission avec M' le Prince à Son Eminence."

' Les deux lettres du 9 et du 16 avril i6io ne figurent point, à ces dates, dans le Recueil de i665. Je reconnais une des deux dans la lettre XV du Hvre XXII (p. 8.')a) datée du h juin i6lii. Balzac y répond ainsi à ce que son ami lui avait écrit du bon accueil qui avait été fait, chez la inarqui.se de Rambouillet, au discoui's de VElocjuence : frCe grand sermon a donc esté desplié à i'hostel de Rambouillet, et vous avez eu assez de courage pour le lire, et Monsieur de Voiture assez de patience pour l'escouter! En voilà desja trop, à dire le vray, et je n'ose croire le reste, ni m'imaginer que j'aye mérité les acclamations dont vous me parlez. Elles sont pour la souveraineté de l'Eloquence, et non pas pour la médiocrité de la mienne ; elles sont pour Démostbène, et non pas pour moy ; on a applaudi au Texte, et non pas au Préliraleur. ■'

' Balzac (lellic XVI du li^re XXII, p. 853) parle ainsi de ceux qui, selon le mot spirituel de la princesse Marie d'Orléans, se plaisent é manger leur malheur en herbe : - Il est certain qu'il fait bon quelquefois n'eslre pas animal si raisonnable, et que la trop grande prévoyance donne souvent bien de la peine, et adjouste aux véritables maux tous les maux imaginables. Mais ne vous en desplaise , Monsieur, je ne croy pas que vous soyez de ces malades par anticipation, etc.:- Cette lettre, datée du i5juin 16Î11, est des premiers jours de mai 16/10.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

tion du beuf et de l'âne bien meilleure que la sienne. Cette stupidité innocente est une vertu qu'il faudroit achepter de la moite de nos avantages. Nous en serions plus naturels et moins chirae'riques, nous ne verrions que ce que nous voyons, et nous ne sentirions que ce que nous sentons, au lieu qu'avec ces belles lunettes d'approche ' nous nous remplissons la fantaisie d'illusions et en agitons la basse partie de nostre âme comme à la présence de quelque grand mal. Je me veux un mal que je ne vous sçaurois dire d'estre un de ces heautontimorumenos ' et vous me fériés une faveur singulière, si vous me pouviés desfaii'e de cette cruelle prévoyance qui me fait souflVir les peines par avance et qui me tourmentent nit'sme souvent pour des images de choses qui ne sont et ne seront jamais.

Il n'y eusl pas moyen d'envoyer plustost au messager les livres des médecins \ et le retardement de quinze jours n'est pas un trop grand mal et vostre curiosité n'eu devra pas estre beaucoup mortifiée.

Vous avés trouvé le secret de l'illustris-

sime et cela est digne de vostre sagacité *. Mais croyés vous que ce docteur, vain et fanfaron comme il est \ se contente de l'excellentissime? Son pai- regibus ipsis contemptu rerum , me fait croire que ce sera bien allé s'il nous en quitte pour l'Eminentissime el, puisqu'il s'égale aux Roys, je crains qu'il ne nous vueille obliger à le fraitter de Sérenissime. La Comédie françoise manquoit de Docteur 6t le bon Apollon nous a envoyé cettuicy qui, par mille raisons que vous connoissés, a mieux mérité qu'aucun autre le uom de docteur de Comédie. L'autre est plus renfermé dans sa pro- ' fession* ou, au plus, il ne sescarte guères et ne piend que des matières qui y ont affinité. Le volume que je vous ay envoyé de luy est son chef d'oeuvre et je suis trompé si le corps ne vous en satisfait. J'en apprendray volontiers vostre sentiment' comme aussy de l'Epislre que les déhcats mettent audessus des nues.

L'autheur des Vérités françoises^ se nomme Bienville, est gentilhomme et nostre amitié s'est commencée il y a plus de vingt

' Balzac complimente en ces termes son ami de sa pittoresque expression (p. 888) : de n'ay pas seulement icu avec joye vostre lettre du a a de ce mois, mais je l'ay ieue avec profit, et me suis desja pourveu de ces belles lunettes d'approche dont vous estes i'invenleur, el qui me serviront en temps et lieu.;'

- Tout le monde connaît la Comédie de Térence représentée pour la première fois l'an de* Rome 091 , au mois d'avril. Tout le monde sait par conséquent que P heautontimorumenos est celui qui se punit soi-même.

^ La Mesnardière et Cureau de la Chambre.

^ Nous n'avons pas la lettre ou du moins la portion de la lettre dans laquelle Balzac avait montré tant de sagacité.

^ La Mesnardière.

• Cureau de la Chambre.

' Balzac (p. 85-3) exprime son sentiment

de celte façon : ^J'ay receu enfin le beau livre de Monsieur de la Chambre, et en suis à la moitié. Que je souhaiterois qu'il fust aussi gros que le Calepin, pour faire durer davantage mon coutentement ! Je vous jure que je n'ay jamais rien leu avec plus de plaisir, ni qui m'ait touché plus sensiblement. Quelques autres nous avoient donné avant luy des pièces de fripperie, et des traductions desguisées. Celtuycy nous fait voir un vray et parfait original.. . ■• ' Balzac avait adressé (p. 85i) la question suivante à son ami : rMais qui est, je vous prie, l'aulheur des Veritez Françoites , qui m'a fait la faveur de m'envoyer ses livres? Le jour mesme que je les receus, un autre les prit ; et ne les ayant point leus, je ne sçaurois que vous en dire. Cependant je vous supplie qu'il sçache que .je luy suis obligé de son présent, et que je l'en remercie de tout mon cœur.')

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

ans \ Il est trop dilTus, mais il est net et son livre est arsenac - rempli de très bonnes armes. H sçaura que vous ave's receu son livre et que vous l'estimés et vous en sentes son obligé.

Je vous manday, la semaine passée, ce que M' Bonair m'avoit appris touchant la sollicitation de vostre pension. Depuis, je n'ay peu aller chés nostre aniy ^ ayant esté arresté au lit et au logis par mon rheume de printemps qui s'est rendu plus fascheux que d'ordinaire par la mauvaise disposition de la saison.

Mon procès dort encore et on ne me conseille point d'en presser l'expédition à cause que je jouis et que c'est à mes parties à courre.

J'ay leu avec une extrême joye la lettre que vous escrivés à M' le marquis de Moiitauzier ' et je sçay qu'il en aura une extrême consolation, et d'autant plus que je suis asseuré qu'il ne m'a escrit ce que vous avés veu avec aucune pensée que vous deussiés prendi"e celte peine, et qu'il sera aussy surpris que satisfait lorsqu'il trouvera dans mon paquet ce tesmoignage volontaire de

vostre affection. Il m'a plusieurs fois dit qu'il ne vous escrivoit point de peur que vous ne creussiés que ce fust pour tirer response de vous, quoy que vous fussiés im des hommes du monde pour qui il avoit plus d'estime et de passion.

Je vous demande pardon si je me suis emporté en parlant de M' de Feuquières. Ce n'esloit pas à vous à qui je parlois sur cet article, mais au peuple qui prend et donne tout sans peser et de qui il est quelquesfois permis à un philosophe de se plaindre. Je n'ay garde de croire qu'il y ait rien qui vaille dans ce que je vous ay dit là dessus, et ce seroit une merveille que je fusse eloquens ex tempore, moy qui ne le suis pas mesme quand on ma donné trois mois à proposer une harangue de six périodes.

Le père Theron n"a plus que de la cetidre chaude dans l'esprit ' et je suis surpris de voir tant de différence entre l'inscription de la Place Royale et le Jordatiua captivus de cet autheur. Je suis bien scandalizé de luy d'avoir passé un si grand temps de sa belle veine sans l'employer, lorsqu'il le pouvoit.

' M. de Bienville n'est mentionne dans aucun de nos recueils biographiques, et son iivie ne ligure dans aucun de nos recueils bibliographiques.

- Le mot arsenac est écrit par-dessus le mot magasin. Chapelain écrivait arsenac comme l'avaient écrit Rabelais et Malherbe, comme récrivaient, de son temps, Balzac et Ménagi;.

^ L'abbé de Boisioberl.

* C'est la lettre XV du livre XI (p. 5oH), datée du 3 5 novembre i638, et qui, comme on le voit, est du mois d'avril 16/10. Ce qui ne permet pas de douter que ce ne soit là ce que Chapelain déclare avoir lu avec une extrême jote , c'est celle .illusion à la difficulté qu'éprouvait Monta uzier de faire subsister son armée, diflîcuile dont il entretenait alors sans cesse Chapelain : r Est-il vray que non -seulement j'amuse votre loisir, mais

aussi que je guérisse vostre tristesse, et q^ue des ouvrages, qui n'estoient que des jouets des oisifs, soient devenus les remèdes des affligés?.. . Je demanderois à Dieu, encore pour l'amour de vous, la fertihtc de ce bon Prélat [sans doute Camus, l'évéque de Bolley], qui a semé de livres toute la France, et qui comptoit dernièrement le soixante-quinzième de ses volumes. Ce seroit afin de vous en envoyer des convois do temps en temps, et d'obliger par mon exemple ceux qui font languir les troupes du Roy, à ne vous laisser non plus manquer d'argent et de munitions, que j'aurois soin de vous fournir d'Histoires et de Discours. -

^ Balzac avait écrit à Chapelain (p. 85a . lettre déjà citée) : «Toutes les gouttes de sang qui restent au vieux Jésuite sont encore belles, et son couchant mesme est plein de lumière."

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

à sa gloire et à vostre contentement. Il mériteioit par sa paresse de faire de plus mauvais vers encore en sa caducité' qu'il n'en fait.

Je suis bien aise d'apprendre que vous avés une voye pour vous entre conmiuniquer M' Mainard et vous, sans faire le circuit de Paris. C'est un homme d'honneur et qui vaut bien celui que vous luy failles.

Je suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 32 avril i64o '.

CCGXCIV.

A M. DE BALZAC

Monsieur, vous me croyds sans doute, encore que vous fassie's semblant de ne me pas croire , pour ce qui i-egarde les applaudissemens que vostre discours de l'Éloquence a eu à l'hoslel de Rambouillet. Vous en connoissés trop la beauté et sçavés trop d'ailleurs combien ce monde est plein de justice pour n'estre pas persuadé cjiie vous en

' Le 9/1 avril 16^0, Chapelain écrit à M. de Montauzier (P 355) : pJe ne sçay si je me trompe, mais je crains moins. . . les ennemis que la faim et les iutendans à qui vous avés à faire. Les plaintes que nous faisons à vostre occasion se réduisent là pour cette heure el nous ne mangeons plus de bons morceaux que nous ne vous le souhaittions et que nous n'ayons regret de manger sans vous. Et quand je dis nous j'entens l'Hostel de la rue Saint-Thomas et ceux du Marais où vous sçavés que l'on vous honnore . . . Vostre misère nous rend tous misérables. . . îi A la fin de cette lettre il est question en termes assez obscurs d'un personnage dans lequel je crois reconnaître Voiture, qui, suivant son habitude, aurait éprouvé de grandes pertes au jeu, et qui ra entrepris une certaine dame du fauxbourg nommée La Grillière [serait-ce une madame de la Grillière dont Daniel du Moustier avait fait le portrait, au bas duquel il inscrivit, selon Tallemant desRéaux, t. III, p. 691, ce mot vengeur : Elle n'a oublié qu'à payer ?] , assés riche et qui le referoit de tontes ses pertes, s'il la pouvoit espouser. Mais il y a quelque chemin à faire et Ton m'a dit qu'elle n'y mordoit pas. . . n — Le surlendemain. Chapelain déclare à M. d'Olive du Mesnil (f°357) qu'il n'accepte pas ses compliments sur la belle lettre dont son correspondant toulousain le félicite. aJevay,^' lui dit-il, ctousjours au sens et me mets peu en peine des paroles.. . V 11 assure qu'il se tient dans «le genre familier qui est le caractère de la conversation et des lettres qui le représenlenl,!5 ajoutant: cSi

j'y avois mesme quelque attention, ce seroit seulement pour prendre garde qu'il ne m'y eschappât rien qui peust paroistre recherché et trop beau pour n'estre pas soupçonné de cette afî'ectation contraire à la naïveté si requise dans les lettres. Je sçay bien que cette opinion n'est pas commune, mais je croy sçavoir que c'est la bonne.. . » — Le 28 du même mois, dans une lettre au duc de Longuevilie (f° 358), Chapelain exprime l'espoir que Bannier a repris de nouvelles forces en s'approchant de ce prince, et que, de son côté, ce prince a affaibli le parti des Impériaux par quelque combat avantageux contre les troupes de Bavière. . . «M"^ d'Andilly prie tous les jours Dieu des mesmes choses et par ses prières qui sont saintes et efficaces me fortifie dans mon espérance. . . C'est un des hommes du monde qui a le plus d'attachement à vostre personne et qui sent le plus vos biens et vos maux. . . Mademoiselle [la fille du duc de Longuevilie] .se porte bien à merveilles et elle grandit à veue d'œil, croissant encore et s'avançant plus de l'espril que du corps. Il ne se peut rien adjouster à sa raison naturelle ny au soin qu'elle a de se faire informer par tout le monde de Testât où vous estes maintenant. . . M' le Grand Maistre est party d'icy il y a six jours. M" le duc d'Anguien deux et M' le marquis de Brezé partira dans trois sans faule. . . Faret m'a dit aujourd'huy [au sujet de Casai] que son maistre [le comte d'Harcourl] estoit party avec ce qu'il avoit de trouppes pour essayer d'y en jelter pour le faire durer jusques aux chaleurs. 55

LETTRES DE JEA> CHAPELAIN

avés este souverainement îoué , et que toutes les périodes en ont esté admirées. Mais, pour vour monslrer d'abondant ' que je vous ay dit vray, il faut que je vous die ce que j'avois obmis dans ma relation afin de ne me pas trop estendre. Jene leus pas seulement ce discours, mais je puis dire que je le releus, n'y ayant presque point eu de page qu'on ne ni'obligeast de relire pour la seconde fois, tant toutes choses y touchoienl l'esprit de mon auditoire. Si vous me faschés , je vous diray de plus que je n'y ay point fait de visite depuis, qu'on ne m'en ait parlé avec éloge et qu'on n'en ait donné une extrême envie à ceu\ qui s'y Irouvoienf |)résens.

Au reste, j'appréhende que vous n'ayés pris pour un vray ressentiment ce que je vous ay mandé de la personne à qui il s'addresse ' et croy qu'il est nécessaire que je vous asseure que je n'ay eu autre motif pour vous en escrire comme j'ay fait que de

vous esclaircir de l'humeur de l'homme pour vostre intérest plus que pour le mien . estant mal aisé que sa démangeaison de se signaler^ aux despens d'autruy ne s'estende jusques à vous parmy ses familiers et d'autant plus jusques à vous que vostre mérite vous a eslevé au dessus des autres, car c'est un critique généreux et qui croiroit faire tort à sou calemar * et à son stilet de les omj)loyer contre une vertu ordinaire et une réputation commune, si bien que. si vous estes asseuré qu'il vous respecte et qu'il vous dispense de ses atteintes, vous me fériés desplaisir de vous retrancher de sa eoninumication pour moy qui me suis endurci de ce costé là et désormais m y attens sans le trouver ni mauvais ni estrange. Le portrait que vous m'en avés envoyé est de bonne main*, et, si je ne me trompe, je le vis il y a vingt ans chés M' le président de Thou \ Et certes il ressemble extrêmement à celui de Florent Chreslien dans l'humeur.

' De plus, outre cela. Cette locution, souveni employée par La Fontaine, a vieilli, mais ell'' n'est pas inusitée, selon la reniarque tic M. Lillré [Dictioimatre de la largue française). Les auteurs (lu Dicliotmaire de r»-et'oiix (édition de 176) ) se montiaient plus sévères pour l'adverbe d'abondant : «Ce mol vieillit, et ne se dit guère qu'au palais pour marquer la surabondance de droit.?'

- Costar. Byizac avait écrit à .'■on ami (lellie \V du livre XXII, qui est non du ai juin 1 6i 1 , mais du mois d'avril 16/10 , p. 852): s J'ay considéré ce que vous m'escrivés du Docteur ironique, et je sçauray un de ces jours, an i,U deploratœ saluti$, aut ad meliorem frugem redinpossit. . . •!

^ Le mol démangeaison , employé dans un sens ligure, n'a été retrouvé par M. Lillré que dans des écrits postérieurs à i6'io, tels que la traduction de Xhnilalion par Corneille, diverses comédies de Molière, divers discours de Bossuet et de Bourdaloue.

* On lit dans le Dicttoinnire do Riclieiel (édi-

tion i\f 17Ô1)) : -Mol hors d'usage, dont Sarazin s'est servi en riant. 11 veut dire cornet d'éciiloire, et l'écritoire même. 1 Le Dictionnaire de Trcvoiu donne ces autres explications : <iCalmar. Quelques-uns écrivent calemar. Etui, canon d'une écritoire portative j)0ur mettre des plumes et un canif. Ce mol n'est guère en usage qu'an collège. . . " Un trouve calamarium dans le Glossaire de Du Cange.

^ Ce portrait en six lignes latines est dans la lettre XV du livre XXII déjà citt'e. Balzac avait fait précéder et suivre ce portrait de ces deux phrases : «Je veux vous faire part de ce que je viens de lire de Florent Chreslien , qui à peu près ostoil de l'humeur de nostre honmie."i — «La différence qu'il y a entre eux, c'est que celui-cy a passé cinquante ans, et que sa mesdisance est maladie, et non pas jeunesse. "

* Chapelain se trompait, comme son ami (lettre XVII du Hvre XXII, p. 8.^/1) le lui rappela : «Ce n'e.st pas Monsieur de Thou qui peint si bien Florent Chreslien : c'est un de ses amis.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

mais non pas dans l'objet de ses Me'nippe'es ', nostre ténuité" nous obligeant à mettre les distances que la poésie a mise entre le grand Ronsard ^ et nous.

M" L'Huillier, dont vous me demandés des nouvelles *, ne me voit jamais sans me demander des vostres, et tousjours avec passion pour vous. Il est vray que, depuis trois mois , je l'ay peu veu à cause de son desmenagement qui l'occupe tout entier dans le rangement de sa bibliothèque ^ Il a encore l'occupation de la comédie italienne qui est cause que je le vois quelquesfois . lorsque son retins vient jusques à moy.

Pour M' Ménage je luy dois deux ou trois visites qu'il m'a failtes depuis son retour

quoique c'ait esté sans me rencontrer. Je n'ay veu M' Grotius qu'une seule fois encore et j'en dis ma coulpe, car il est très digne d'estre visité par bien d'autres gens que moy. Vous serés cause que j'y retourneray quand ce ne seroit que pour luy donner la joye d'estre estimé de vous, et à vous la satisfaction de luy avoir fait sçavoir voslre estime ^

Je commence à n'espérer plus si bien de l'affaire de Ruel ' depuis que j'ay veu les sollicitations ardentes de nostre aray pour vous et pour trois autres du nombre desquels est M"" de Vaugelas entendues avec' froideur par la disetle où se trouvent les royales finances. Néantmoins nostre amy ne

Scœvola nempe Sammarlhanus in aureolo Elngiorton libella, iligm, mejudice, omnium Bemborum et Sadoleloium invidia.^i La lettre, datée du I "juillet iG'ii, est de mai iG4o.

' On sait que Florent Ghrestien (né à Orléans en loii, mort à Vendôme en 1096) fut un des plus mordants rédacteurs de la Satyre Menippée. On lui attribue (voir Y Introduction lie rédilion donnée par M. Ch. Read, chez .Jouaust, 1876, p. v) la harangue du cardinal de Pellevé, qui est le chef-d'œuvre du recueil. Selon un moins sûr témoignage {ibid.,p. 010), il aurait été l'auteur de la harangue du recteur Roze.

- Le mol ténuité était alors bien rarement employé, M. Liltré {Dictionnaire de la langue française) ne cite, au sujet de ce mot, aucun écrivain du xvn' siècle.

^ Balzac proleste ainsi (lettre déjà citée, [j. 8Ô/1) contre répithèle dont Chapelain gratiûe Tauteur de la Franciade : rMais est-ce tout de bon que vous parlez de Ronsard , et que vous le traitez de Grand, ou si c'est seulement par modestie, et pour opposer sa grandeur à nostre ténuité? Pour moy, je ne l'estime grand que dans le sens de ce vieux proverbe : Magnun liber, magnum malum; et me suis déclaré là -dessus dans une de mes lettres, que vous avez laissé passer, sans y former d'opposition. Puisque la

chose est faite, il n'y a plus lieu de s'en desdire, et il faudroit que Monsieur de Malherbe, Monsieur de Grasse, et vous fussiez de petits poètes, si celuy-Ià peut passer pour grand. ?i

* Il n'est pas question de L'Huillier dans la lettre de Balzac à laquelle répond Chapelain, lettre qui, comme tant d'autres lettres du Recueil, a subi des coups de ciseaux.

•' Savait-on que L'Huillier possédait une bibliolhèque assez considérable pour que l'arrangement de ses livres l'absorbât pendant trois mois ?

* Il n'y a pas un mot sur Grotius dans la lettre de Balzac déjà citée, mais dans une lettre précédente (n° XXV du livre XXI, p. 83o) on lit : «Ne sçauray-je point si vous vous estes remis dans le chemin de l'Hostel de Monsieur l'Ambassadeur de Suède?... Voyez cet excellent homme et devenez son confident; vous verrez celte incomparable histoire qu'il tient prisonnière depuis laiit d'années. . . Tout ce qui part de luy, m'est en singuhère recommandation, et outre la solidité de la doctrine, la force du raisonnement.' et les grâces de la langue, j'y remarque un certain charactère de probité qui fait que, noslre foy exceptée dont malheureusement il est estranger, on se peut fier en luy de toute auire chose, V

' L'affaire de la pension.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

se rebutte pas et [est] résolu de pousser jusqu'au but devant que de lascher la main et désespérer de la chose. Je vous puis jurer saintement que vous estes celuy qui le touche le plus, quoyque vous soyés celuy qui l'en presse le moins \

J'auray joye de voir M' voslre neveu ^ et de luy tesmoigner par mes avis et par mes services combien vous m'estes cher eu luy, et combien sa propre vertu me sera tousjours considérable. 11 ne me faut point dire qui esloit feu M' son père \ l'ayant veu en mon jeune aage et me souvenant extrêmement de la haute réputation de courage où il estoit à la Cour.

H est vray que le s' Paul Fiesque se niesle

d'affaires, mais non pas d'affaires [d'Estal], au moins jusf{u'icy ', si ce n est qu'on ait pris pour paix ce discours de la trêve duquel les Espagnols nous ontbeiflés^ et qui se tiailtoit entre le nonce de France et celuy d'Espagne, le S' Paul agissant pour celuy de France comme ayant l'intérim de la Nonciature, à cause du degoust qua donné M^"^ Scotti au Roy et aux Ministres qui ne l'ont point voulu recevoir pour Nonce °.

Je vous envoyé l'extrait qui vous regarde dans la lettre italienne que j'ay receue du S^' Pyrostome' et qui vous tesmoignera qu'il a receu vostre gros paquet.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, r,e ag avril i64o.

' Balzac (p. S.t^) dit sur ce point : «Je suis au désespoir de donner tant de peine à Monsieur l'abbé de Boisroberl, qui n'en sçauroit prendre en Testât qu'il est, sans un notable préjudice de sa santé. Obligez-moi de luy dire, quand vous le verrez, que pourveu qu'il se porte bien , et que Dieu me conserve un si cbor ami, je ne me plaindray ni du mallu'ur du temps, ni du mien particulier.»

^ Bernard Patras de Campaigno. Le passage relatif à ce neveu de Balzac est im de ceux qui ont été supprimés dans la lettre où déjà nous avons noté tant de retranchements.

^ François Patras de Campaigno. Voir sur ce beau-frère de Balzac la Généalogie des Patras, seigneurs de Ligardes et de Campaignn (Paris, in-6", 1775).

'' Balzac (lettre XV du iivr.^ XXll, déjà citée) avait (p. 802) donné à Paul Fiesque ce grand éloge : «Quelqu'un m'a dit que le seigneur Paul Fiesque est à la Cour, et qu'il se mesle de l'affaire de la paix. Si cela est, j'en espère bien ; car c'est un Démon dans les négociations, et non pas un homme, et je ne croy point qu'en tout le monde il y ait un esprit plus souple, plus adroit, ni plus intelligent que le sieu.-i

* Béjler, selon le Dictionnaire de Riclielel, t vieux mot qui ne peut entrer que dans le burlesque, et qui signifie mo(|uer, se moquer,

tromper. ( Il a vu ses espérances béflées. ) » Befjler, selon le Dictionnaire de Trévoux, «mener un homme par le nez comme un buffle, le tourner on ridifiile, se moquer de lui. le tromper.-

•^ Voir sur le nonce Scoti, prélat connu comme un des plus ardents parmi ceux do la faction f'spagnole à Rome, deux notes de M. Avenel {Lettres du cardinal de Richelieu, t. VI, p. 621 et suiv. ; p. (i'i8 et suiv.) et divers documents, les uns publiés dans ce même volume (p. ti5o- (55(5), les autres analysés dans le tome Vil (p. 9 5;).). A la page GS5 du tome VI, on trouvn dans une lettre de Richelieu à M. de Chavigni (tin d'avril ou commencen)ent de mai 1G60) un passage relatif à l'abbé Paul Fiesque, chargé par M' le nonce trde faire savoir au roy pendant Testât auquel il est, ce qu'il voudroit faire cognoisiro sur le sujet du repos de la Chrestienté, etc.- Voir encore {ibid. p. 698) une lettre du cardinal «à M. Paul Fiesque'i, du 20 mai jOAo, laquelle débute ainsi : «Monsieur, Testât auquel M. Scoli est avec le roy ne me permettant pas de luy escrire comme je ferois sans cela, je m'adresse à vous à ce que vous luy fassiez entendre la response que je puis faire à la lettre qu'il m'a faictla faveur de m'escrire; je désire la paix avec tant de [lassion qu'il n'y a rien que je no veuille faire en mon paiticulier pour une sy bonne fin.-

' Jacques Bouchard.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

CCCXGV.

À M. LE MARQUIS DE MONTAUZIER

EM ALSACE

Monsieur, je vous escris celle fois cy pour ce qu'il est mardy et pour ne pas manquer aux bonnes couslumes et non pas pour que j'aye aucune chose à vous mander, de sorte qu'il vous couslera du port pour ne'ant et seulement pour estre asseuré que ma punctualiléne se relasche jamais pour mes amis, principalement lorsqu'ils sont esloigne's et que le souvenir qu'on leur tesmoigne leur peut apporter quelque consolation.

Mais sera-t-il dit qu'il n'y ait rien dans cette lettre qui luy puisse faire mériter ce nom , et que je vous aye empli une page d'escriture qui ne signifie rien et qui ne vous apprenne aucune chose ? Quand je ne vous dirois autre nouvelle sinon celle de tous nos amis et amies, ce seroit assés pour ne croire pas avoir escrit inutilement, il faut pourtant vous mander autre chose encore et vous dire que la sufEsance de vostre aversion ' a este mortifiée , ces jours passés , et le sera encore à l'avenir par un ordre précis qtii est venu de Ruel à tous ceux qui font part^ de l'Académie, d'avoir à opter dans trois jours, ou d'y donner ses soins et ses

assistances régulières, lorsqu'ils seront à Paris et qu'ils ne seront point malades, ou de faire place à beaucoup de personnes de considération qui demandent à y entrer. Et cet ordre sérieux, et tesraoigné par M"'° la duchesse d'Aiguillon, qui y estoit présente, a eu un tel elTel que nostre homme s'est résolu de contraindre son libertinage, et de venir plustost à l'Assemblée en enrageant que de la négliger comme il avoit fait, de peur d'attirer sur luy ^ l'indignation de celuy qui peut toutes choses. La nouvelle s'en est espandue" partout où il est connu, et amis et ennemis s'en sont resjouis presque également el luy en ont fait des huées qui le persécutent. L'Académie raesme ne s'en est pas abstenue et s'est resjouie en sa présence et à ses despens de l'avoir veu venir par force au lieu oii il faisoit profession de ne venir point de son bon gré. Peut estre y adjousterés vous les vostres ^ au lieu où vous estes et que ce petit passe temps suspendra pour un moment les chagrins qui vous accablent ordinairement. Je le souhaitte et vous en souhaitte encore des soulagemens d'autre importance, comme celuy qui vous honore plus que toutes choses et qui est véritablement, Monsieur, vostre, etc. '^

De Paris, ce 3o avril iG4n.

' V^oiture. Nous avons déjà vu que h marquis de Montauzier délestait Voiture , qui le lui rendait bien.

- Sic pour partie.

' M. Livet, qui a reproduit {Histoire de l'Académie française, t. I, p. 384 et 385) tout ce passage, depuis : «Il faut vous dire,» jusqu'à : «de son bon gré,» a mis sur eux au iieu de sur lut.

'' M. Livet {ibid.)a remplacé espandue par répandue.

' Les vostres, c'est-à-dire, si je comprends bien l'ellipse, vos huées.

'' Suit (f° 36i , v°) une lettre, du 5 mai, an duc de Longuevilie, auquel, après bien des compliments, Chapelain envoyait quelques nou-

velles : !?Les nostres [entreprises] ne sont ponit encore commencées de deçà , mais elles sont sur le point d'ëclorre, M'' le Grand Maistre estant à Guise et ses trouppes grossissant tons les jours. On ne sçait point encore où tombera cet orage. . . Les ennemis paroissent assés forts vers Valenciennes où l'on dit qu'ils ont pris leur place d'armes. . . On ne dit point que M' de Bourdeaux soit encore à la mer, quoyque l'Italie ait grand besoin de sa présence. . . M'' de Coupauville, abbé de la Victoire, antien serviteur de M' le Conte d'Alais, et fort chéiy de M' de Ohavigny, homme d'honneur et d'esprit et l'un des plus zélés serviteurs que vous ayés, ne se peut lasser de publier vostre gloire et le fait avec elTicace et

Glù LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

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